( 23 juin, 2020 )

Histoire de l’Afrique, édition actualisée

 

 

 

Histoire de l'Afrique, édition actualisée  dans communiqués

 

 

 
Aboutissement de plus de quarante années de recherches à travers le continent africain, ce livre n’a aucun équivalent, tant dans le monde francophone qu’anglophone.
Pour la première fois, une histoire globale faite par un seul auteur, ce qui lui donne son homogénéité, rassemble les Afriques nord et sud-saharienne, déroulant la longue durée du continent, de – 10 000 ans à 2020.
Changements climatiques déterminant la mise en place des populations et la naissance des sociétés étatiques, au premier rang desquelles l’Égypte des pharaons ; conquête arabo-musulmane ; empires et royaumes précoloniaux ; grandes découvertes ; traites esclavagistes, européenne et musulmane ; colonisation ; décolonisation ; guerre froide ; démocratisation ; réveil de la tectonique ethnique… L’histoire des peuples africains est une succession de chocs violents entre des modèles extérieurs et des constantes identitaires locales qui ont su résister au temps, telle l’opposition entre pasteurs et agriculteurs qui explique nombre de conflits actuels.
 
Inscrites dans la longue durée, les crises de la bande saharo-sahélienne, de la Libye, de l’Afrique du Sud, de la Somalie, de la région du Kivu et de l’Ituri, etc., deviennent enfin intelligibles au lecteur, lequel s’élèvera ici bien au-dessus des stéréotypes idéologiques ressassés par tant d’africanistes francophones contemporains pour accéder à la vérité profonde de l’Afrique.
 
Cette re-édition est refondue en profondeur pour tenir compte des nouvelles découvertes, tant dans le domaine des origines de l’homme que dans celui des grandes évolutions de l’historiographie et des évènements  intervenus depuis la première édition de 2008.
 
- 1160 pages, 
- 200 cartes et planches dont une quarantaine de cartes en couleur.
- Disponible en librairie et sur Amazon .
 

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( 23 juin, 2020 )

Editorial du n° 362 de LA LORRAINE ROYALISTE

 

 

« Je veux aussi domestiquer le commerce de l’argent. L’argent n’est qu’un serviteur, le vrai capital, c’est savoir-faire. Il est pernicieux que l’argent produise de l’argent. Toute stipulation d’intérêt relève d’une vilaine paresse car elle vient, sans labeur, grossir, au moment de la restitution, la somme prêtée. Je veux interdire l’usure et l’argent qui prospèrent en dormant ». Voici une belle citation du Roi Louis IX, Saint Louis.

Citation brulante d’actualité. Comme vous le savez, elle fut pourtant écrite il y a 8 siècles. François Mitterrand, homme de culture et qui connaissait l’histoire – deux choses ignorées par nos dirigeants actuels – avait repris la même image en parlant des financiers qui s’enrichissaient en dormant. Hélas, il n’a rien fait contre…

Comme nous le voyons, rien n’a vraiment changé depuis le règne de Louis IX sauf que lui mettait en application ces principes salutaires pour notre pays et ses habitants. Nos Rois, par la suite, surent également mettre toujours en avant les intérêts de la France et des Français face aux financiers qui existaient déjà bien qu’ayant moins de moyens qu’aujourd’hui du fait des techniques modernes spécialement en communication. C’est d’ailleurs, une des causes majeures de la révolution qui ne fut pas faites pour le « peuple » comme les ignorants le disent mais pour permettre à « l’argent » et ses détenteurs de régner sur le pays. Nous en avons  vu les conséquences : exploitation de la population, misère généralisée dans nos campagnes et nos villes, division de la population… et cela sans grand résultant : rappelons que la France était la première puissance économique avant la révolution et qu’elle n’a fait que régresser ensuite.

Aujourd’hui, il est « à la mode » de parler du « monde d’après » qui serait différent de celui d’avant la crise sanitaire que nous avons vécu (en espérant qu’elle est bien terminée !). En particulier, nous devrions « relocaliser » certaines de nos productions essentielles. Si nous sommes arrivés si bas, c’est en grande partie parce que nous sommes gouvernés par des financiers qui veulent avant tout faire des profits à court terme, moyen terme dans le meilleur des cas. Ainsi, on fait fabriquer là où cela coûte le moins cher, on cherche le profit maximum dans les entreprises quitte à sacrifier certaines production pas assez rentables bien que nécessaires à la nation, produire là où les salaires sont les moins élevés en sacrifiant le personnels, etc. A la moindre crise, tout peut s’écrouler, entraînant encore plus de misères mais gageons que les financiers arriveront encore à gagner plus…

C’est aux principes qu’énonçaient Saint Louis qu’il faudrait revenir. Ce savoir-faire, comme l’écrit le roi, c’est le travail effectué par les Français. Et Saint Thomas d’Aquin, contemporain de notre Prince, ajoute : « Chacun, de par sont labeur, doit pouvoir vivre dignement ainsi que sa famille, et épargner ». Tout est dit. Aujourd’hui, nous pourrions parler de salaire universel (et non pas de revenu universel), idée dont a parlé le Pape François. 

C’est la justice, premier devoir d’un chef de l’Etat. Nos rois en étaient conscients. Nos dirigeants actuels, non. Pour avoir une chance de réaliser cet objectif en France, il faut que chacun ait la possibilité d’avoir un travail, ce qui nécessite à la fois une bonne formation pour les hommes et femmes de notre pays, et des entreprises qui peuvent les faire travailler. Ces entreprises doivent pouvoir vendre leurs produits et donc ne pas avoir à faire face à une concurrence déloyale du fait de salaires et de charges moindre. Il est donc nécessaire que l’Etat puisse rétablir l’équilibre par exemple en taxant les produits étrangers en fonction des kilomètres parcourus pour arriver sur le sol national. En plus ce serait très « écologique » car cela diminuerait les transports internationaux. Cette idée est à étudier car elle est, à mon avis, d’avenir. Il est également vital pour notre pays d’avoir une indépendance nationale dans tous les domaines où cela est possible, en particulier sur les plans de la défense, de l’énergie, de la nourriture, de la médecine…  Enfin, pour en revenir à la finance, il faut pouvoir empêcher les prises de contrôle des entreprises stratégiques, donc de ces secteurs, de passer sous contrôle étranger, particulièrement de certains fonds de pension qui ne cherchent qu’à faire des profits à court terme quitte à mettre en péril les entreprises. Nous connaissons plusieurs cas précis dans ce domaine. Or, avec la crise que nous traversons, nous risquons beaucoup de voir des sociétés françaises faire l’objet de prise de contrôle par ces fonds que l’on surnomme fort justement « vautours ».  Nous ne devons pas les laisser jouer avec la France et les Français comme ils joueraient au casino mais en gagnant toujours ! Un gouvernement vraiment français devrait être très attentif et intervenir. L’on peut même se demander s’il ne serait pas judicieux de fermer un temps la bourse ! Gageons qu’il n’en sera rien. Nous l’avons vu, entre autres, avec  Alstom et Latécoère et bientôt, sans doute, avec Pont à Mousson (du groupe Saint Gobin Pont à Mousson) qui risque bientôt de passer sous contrôle chinois.

Le pouvoir ne fera rien car d’une part il est prisonnier de l’Union Européenne qui lui interdit de prendre les mesures indispensables et d’autre part car il ne le veut pas : tout ce passe en effet comme si le président Macron haïssait la France, veut qu’elle disparaisse pour le plus grand profit des financiers qui ont aidé à la prise de pouvoir.

Il est temps que la France retrouve les principes qu’énonçaient Louis IX et saint Thomas d’Aquin. Pour cela, il faut qu’elle retrouve à sa tête le descendant légitime de ce grand roi : Jean IV, actuel comte de Paris. Travaillons à cela.

Philippe SCHNEIDER

 

PS : à noter que cet éditorial est écrit avant l’intervention de Macron prévue le 15 juin. Si jamais il annonçait quelque chose de bien – on peut croire aux « miracles » ! – j’en ferai part sur le blog de La Lorraine Royaliste que, je n’en doute pas ( !), vous consultez tous les jours.

En ce jour (23 juin), je ne peux que constater que le Président n’a rien dit d’intéressant, comme il était prévisible. A noter qu’il a parlé de souveraineté nationale tout déclarant, juste après, qu’il était très heureux qu’il soit réalisé un emprunt « européen » pour nous « sauver » de la crise, ce qui revient à abandonner tout volonté de souveraineté !

( 23 juin, 2020 )

Réindustrialisation et volonté politique : la piste royale.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

Le déconfinement a commencé depuis déjà deux semaines, et nombre d’illusions sur « le monde d’après » sont déjà entrées au cimetière des bonnes intentions, peu aptes à survivre dans une société de consommation, mais aussi « distractionnaire » comme la qualifiait Philippe Muray avec une ironie un peu triste. Ainsi en va-t-il de l’idée, souvent émise au cours de la période de confinement, de la relocalisation des industries parties hier (un hier qui remonte parfois aux années 1990…) vers les pays asiatiques ou est-européens, idée qui est déjà démentie par les propos du commissaire européen au commerce, M. Phil Hogan, et que rappelle Serge Halimi dans son éditorial du Monde Diplomatique de juin 2020 : « Quelques entreprises sanitaires seront relocalisées sur le Vieux Continent, comment faire autrement ? « Mais il s’agit là d’une exception », nous avertit M. Hogan. Et, s’adressant à ceux qui parlent de circuits courts, de décroissance, il prévient : « En 2040, 50 % de la population mondiale vivra à moins de cinq heures de la Birmanie. (…) Il me semble évident que les entreprises européennes ne voudront pas se priver de cette manne d’activité. Ce serait complètement idiot. » Il sait d’ailleurs déjà à quoi il emploiera les prochains mois : « Nous devons approfondir nos accords de libre-échange existants – on en a avec quelque soixante-dix pays – et chercher à en contracter d’autres. »

 

Ainsi s’accélère la logique de mondialisation, et les désirs de « rattrapage » des dividendes perdus chez nombre d’actionnaires, de plus en plus asiatiques d’ailleurs, n’y seront pas non plus étrangers : d’ailleurs, même les actionnaires français sont sensibles à ce discours, d’autant plus que nombre d’entre eux, et il n’est pas interdit de le regretter, n’ont plus guère de sens patriotique, ce sens qui n’est rien d’autre, en économie, que la solidarité des plus aisés avec les autres classes sociales, une solidarité qui, pour être complète et efficace, doit évidemment fonctionner dans les deux sens, mais selon les critères reconnus et acceptés de la justice sociale, fondement majeur de toute harmonie nationale durable. Mais, doit-on s’accommoder de cette situation et de cette mentalité individualiste et « libéraliste » qui, si l’on n’y prend garde, pourraient bien mener notre pays à la perte de sa souveraineté économique, préambule ou accélérateur de celle de toute indépendance politique ?

 

En fait, il n’y a pas une seule réponse économique, mais bien plutôt une stratégie politique qui doit utiliser diverses propositions ou solutions économiques, avec la boussole nécessaire du bien commun et de la justice sociale, boussole qui n’est pas exactement celle de la seule logique du Marché et de sa pratique mondialisée. Cela implique un État qui ne soit pas forcément omnipotent mais, en revanche, fort et sûr, sinon de son fait (l’erreur est toujours possible, mais il faut éviter d’y persévérer…), au moins de sa légitimité pour s’imposer aux féodalités financières, actionnariales ou économiques. Il semble bien que la République, trop dépendante des puissances qui estiment n’avoir pas de comptes à lui rendre (ce que dénonçait Jean Gabin dans son fameux discours à la Chambre, dans le film – politiquement incorrect – « Le Président »…), n’arrive pas toujours à se faire entendre d’elles, au risque d’aggraver le discrédit de la fonction politique aux yeux de nos concitoyens, de plus en plus abstentionnistes, voire « inciviques » (ou « impolitiques »), et de la désarmer un peu plus encore…

 

Roycomobile

 

Pour ce qui est de la relocalisation des entreprises, sans doute le terme, sympathique en lui-même, cache-t-il quelques ambiguïtés et faiblesses : relocaliser des entreprises automobiles qui produisent en Chine pour vendre dans ce même pays, n’aurait guère de sens et serait même peu responsable, ne serait-ce que pour des raisons écologiques ; mais relocaliser des usines, aujourd’hui asiatiques, dont les productions sont majoritairement destinées aux marchés français et européen, paraît beaucoup plus utile et efficace, même si les marges bénéficiaires des entreprises et les dividendes des actionnaires peuvent en être diminués sans être, pour autant, annihilés. Néanmoins, la relocalisation de quelques activités industrielles est-elle suffisante, au regard des enjeux contemporains, qu’ils soient industriels, économiques ou écologiques ? Louis Gallois, grand patron français, a des idées plus précises sur ce sujet quand il évoque, plutôt que la seule relocalisation (dont il complète la formule plutôt qu’il ne la rejette), la nécessaire réindustrialisation qui doit nous permettre de subvenir à nos propres besoins et de garantir cette souveraineté économique qui est l’une des clés (mais pas la seule…) de la capacité du politique à pouvoir se faire respecter face aux puissances de l’économique et sur la scène mondiale. Et quand il insiste sur trois domaines prioritaires de « relocalisations d’activités et de systèmes productifs », ceux de la Santé, de l’agro-alimentaire et du numérique (ce dernier domaine relevant, pour lui, de « l’Europe » – mais façon Airbus – plus que de la seule France, ce qui peut être discuté et, pourquoi pas, approuvé), il me semble bien qu’il a raison et qu’il faut l’entendre.

 

Mais, là encore, ses propositions (qu’il n’est pas impossible de compléter, dans une logique d’ententes européennes et de grands ensembles géopolitiques dans lesquelles la France aurait sa place à tenir, en tant que telle, et non comme une simple puissance « européenne » ou prisonnière de « l’Europe ») nécessitent une véritable volonté politique, au-delà même des moyens (c’est-à-dire la fameuse « intendance » évoquée par le général de Gaulle) de sa mise en pratique, . Or, la volonté politique ne se décrète pas, elle s’institue, c’est-à-dire qu’elle s’ancre dans un État, dans une forme politique qui lui assure d’être immédiatement reconnue et suivie d’effets. Après tout, la Cinquième République, quand elle se pensait comme une « monarchie républicaine » incarnée par un homme né de l’histoire (et de la tragédie surmontée), a démontré la capacité de la volonté politique à « faire l’histoire », y compris à contre-courant des idéologies dominantes. Sans doute s’agit-il désormais de faire advenir une monarchie royale qui reprenne l’élan des débuts de la Cinquième, non pour l’imiter, mais pour incarner et pérenniser la volonté politique, au-delà d’un homme, forcément faillible (et c’est tant mieux, la nature de l’homme n’étant pas de devenir un démiurge), dans une institution familiale dont les visages vieillissent et se succèdent au rythme du temps et des générations. Car la nouvelle Monarchie royale n’aurait pas pour seul rôle (même s’il n’est pas négligeable) de « symboliser » l’État mais se devrait d’en assumer la magistrature suprême et sa fonction d’arbitrage et d’impulsion (et de garantie) des grandes politiques séculaires, celles qui ne sont pas « que » gouvernementales mais qui sont, avant tout et au fil des grands cycles politiques et géopolitiques, des politiques « du temps long » : celui-là même qu’évoquait le philosophe Michel Serres dans une émission ancienne dans laquelle il se faisait (philosophiquement parlant et sans oser employer le mot exact) l’avocat de la Monarchie de transmission intergénérationnelle, successible et héréditaire, « pour donner du temps au temps »

Jean-Philippe CHAUVIN

( 23 juin, 2020 )

A Dieu Jean, par Jean Sévilla.

 

Lu sur « lafautearousseau »

Source : http://kiosque.lefigaro.fr/figaro-magazine/

En 1985, douze ans après sa parution, le Camp ses saints. le roman de Jean Raspail. était réédité.

L’ouvrage décrit la crise déclenchée en Occident par le débarquement sur le littoral méditerranéen d’un million de miséreux en provenance du tiers-monde. Dans nos colonnes, Louis Pauwels, notre directeur. avait choisi de présenter lui-même ce livre. « cent navires à bout de souffle s’échouent, chargés d’un million d’affamés, analysait-il. Ils sont l’avant-garde du monde pauvre qui va déferler, sans violence, mais avec l’irrésistible force de la misère qui rêve.  Que faire ? Résister ? Comment ? Et au nom de quoi ? Nous sommes devenus moraux, incertains de nos mérites et de nos droits, d’identité fragile » (Le Figaro magazine du 23 février 1955).

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Jean Raspail, disparu le 13 juin. dans sa 95e année, collaborait alors régulièrement au Figaro Magazine. L’année de cette première réédition du Camp des saints, son auteur s’était associé à l’une des plus virulentes polémiques de l’histoire du journal. « Serons-nous encore français dans trente ans ? » se demandait-on dans notre numéro du 26 octo­bre 1955. dont la sous-titre s’ornait d’une Marianne voilée d’un tchador. Derrière son accroche provocante. cette enquête sur l’immigration s’appuyait sur les calculs du démographe Gérard-François Dumont qui montrait l’inéluctable progression. au sein de la population française. du pourcentage d’habitants d’origine non européenne. « Nous nous acheminons vers l’irréversible » soulignait Raspail qui. commentant ces statistiques, prévoyait la création « d’enclaves étrangères dans l’Hexagone ». Plusieurs jours durant. ce dossier du Figaro Magazine déclenchait pleurs et grincements de dents chez tous ceux qui faisaient vertu d’antiracisme. Vingt ans plus tard. constater l’existence de « territoires perdus de la République serait devenu un lieu commun. C’est donc Raspail qui avait raison. « Je me souviens avec jubilation de ce combat » m’écrivait-il en 2018, me remerciant d’avoir évoqué cet épisode dans un article consacré aux quarante ans d’engagement de notre hebdo­madaire dans le champ des idées

Jean Raspail, qui ne cachait pas ses fidélités royalistes, était un homme de convictions fortes hanté par la crainte de la décadence de notre civilisation. Il sentit fallacieux. toutefois. de le cataloguer comme un partisan ou un mili­tant. Il était avant tout un écrivain, un créateur d’univers et de personnages. qui a laissé plus de quarante livres récompensés par d’innombrables prix. Chroniqueur et romancier, il avait commencé sa carrière par des livres qui racontaient ses rencontres, de l’Alaska à la Terre de Feu et des Caraïbes au Japon, avec des peuples menacés de disparition par la modernité. A cet ancien scout féru de jeux de piste, le Figaro magazine avait permis de sacrifier à son goût du large en publiant ses récits de voyage. En 1995. dans le cadre d’une série d’été intitulée « L’Europe au vent des îles ». il était parti pour les îles Féroé dont il avait aimé la sauvagerie. En 1996. pour la série « L’Europe des lacs oubliés » il avait découvert le lac de Neusiedl, en Autriche. En 2002, il avait parcouru les Highlands, sur les traces du roi d’Écosse, Bonnie Prince Charlie, le dernier des Stuarts, qui tenta en 1745 de reconquérir son trône. Deux siècles après, en Ecosse, se réjouissait Raspail, « on lève encore son verre à la santé  du roi au-delà de la mer ».

En 1981, l’écrivain s’était déclaré consul général de Patagonie, ultime représentant du royaume d’Araucanie et de Patagonie. fondé en 1860 par Orélie-Antoine de Tounens, un avoué de Périgueux dont deux de ses romans avaient révélé l’authentique aventure. Jean accordait la nationalité patagonne à des amis qui. comme lui. chérissaient le panache et les gants blancs, la chevalerie et l’Eglise d’autrefois, la courtoisie et la galanterie,  la mer et la brume, l’élégance des duffle-coats britanniques et des vestes autrichiennes, le tabac blond et les vieux whiskys, et surtout les légendes sans lesquelles un pays meurt de froid. Il nous manquera.

( 23 juin, 2020 )

Assa Traoré intervient dans les lycées… Jean-Michel Blanquer le sait ?

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Dans un article récent du Monde, a pointé du doigt « le monde universitaire [qui] a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. »

Certes. Mais que dire de l’enseignement secondaire, sous le contrôle du ministère de l’Éducation nationale garant de son contenu, et qui ne peut se réfugier, comme l’université, derrière une tradition (qui parfois a du bon) de liberté intellectuelle (univoque… ) de ses mandarins ?

Ce n’est pas officiel, mais tout parent le sait : l’antiracisme, au lycée, est devenu, sinon un cours à part entière, du moins un enseignement savamment distillé dans toutes les matières littéraires, y compris les langues étrangères, comme en témoignait récemment, dans ces colonnes, un professeur d’espagnol… et même au-dessus des langues étrangères car ces dernières sont optionnelles ; or, aucun enfant ne peut couper à la leçon d’antiracisme.

On sait déjà depuis longtemps que Lilian Thuram – selon lequel « il y a du racisme dans la culture blanche » – fait le tour des écoles dans le cadre de sa fondation (lycée Thierry-Maulnier de Nice, lycée La tourelle de Sarcelles, collège Olivier-de-Serres à Viry-Châtillon, lycée Ampère de Morsang-sur-Orge, lycées de l’académie de Limoges, lycée Marie-Curie à Strasbourg, école Saint-Joseph à Sion-les-Mines…) et que sa très mesurée comparse, Rokhaya Diallo, intervient aussi régulièrement (devant les jeunes du lycée Blaise-Pascal de Charbonnières-les-Bains, par exemple, ou encore à Lorient, au lycée… Colbert).

Proclamés éducateurs – dans la présentation qui est faite par la presse de leur conférence, on accole parfois pudiquement le qualificatif « engagé » -, ils vont donc assener leur doxa explosive dans une société prodigieusement inflammable et communautarisée comme s’il s’agissait d’un cours magistral, avec l’ascendant conféré à un intervenant agréé, introduit par le corps professoral. Les parents n’en savent la plupart du temps rien, et s’ils sont au courant, ne sont pas intellectuellement armés pour riposter à un tel matraquage : un regard étonné du prof principal assorti d’un « vous ne souhaitez pas que votre enfant soit sensibilisé à la question du racisme ? » suffit à les liquéfier sur place. Au moins, au temps des frères des écoles chrétiennes, les gamins qui n’avaient pas la foi n’étaient-ils pas forcés de recevoir les sacrements. Ici, non seulement on doit assister au catéchisme, mais en sus, obligation de communier ! À deux genoux et tête baissée.

Mais avec le comité de soutien à Adama Traoré, on franchit encore une (immense) marche.

Le site Fdesouche vient d’exhumer un post paru il y a tout juste un an sur la page Facebook « La vérité pour Adama ». Entre une rencontre de quartier et une inauguration de match de foot, on lit qu’ « poursuit sa tournée dans les lycées de banlieue, cette fois au lycée Voillaume à Aulnay-sous-Bois. Merci à toute l’équipe pédagogique et aux lycéens, encore un moment d’échange sur le livre lettre à Adama. À Aulnay-sous-Bois, on n’oublie pas #JusticePourThéo. »

Et en continuant d’explorer la page, sous une belle photo de la famille Traoré flanquée de Monsieur et Madame Sy et un post enthousiaste de soutien à Antonin Bernanos « incarcéré depuis 6 mois suite à une plainte de militants fascistes » (sic), on découvre en effet un joli inventaire d’établissements publics dans lesquels Assa Traoré est venue prêcher la bonne parole avec l’onction de la direction : lycée Angela-Davis (Saint-Denis), lycée Romain-Rolland (Ivry), lycée Jean-Jacques Rousseau (Sarcelles)

Et de quoi vient donc les entretenir la pasionaria du comité Traoré ? Sûrement de maths, de français, de latin ! Et qu’en retiendront-ils ? Sans doute qu’il faut accueillir les forces de l’ordre avec l’aménité et le respect qu’elles méritent. Et dire que lorsque, dans le même temps, une petite dame intervient pour le compte d’Alliance VITA dans une école catholique, on assiste à un tsunami d’indignation dans les médias…

Gabrielle Cluzel

 Ecrivain, journaliste
( 23 juin, 2020 )

École de la République, école totalitaire

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Les déclarations du ministre de l’Éducation nationale au Sénat le 18 juin ont provoqué quelques remous. En effet il a déclaré, en réponse à un sénateur  : «  Cela rejoint une logique de vision complète du temps de l’enfant […]. Je suis de plus e plus favorable à une vision où l’emploi du temps de l’enfant serait vu pas seulement sur les heures de cours, mais aussi à ce qui se passe dans sa vie le mercredi et le week-end, sans qu’on arrive à un Big Brother éducatif, mais simplement à une attention à ce qui se passe  »

Que M. Blanquer se sente obligé de faire référence à Big Brother, la figure totalitaire imaginée par Orwell dans 1984 est un signe inquiétant, même si c’est pour s’en écarter. C’est qu’il a bien conscience que c’est vers cela que son plan mène de manière évidente. Il ne s’agit pas d’une maladresse, comme certains commentateurs le lui ont concédé, L’ensemble de l’intervention du ministre le montre. Le sujet était la lutte contre la radicalisation islamiste, dans le cadre de la commission d’enquête sénatoriale qui traite ce sujet. Pour faire face au prosélytisme islamique dans l’éducation, l’axe principal des mesures est le contrôle de ce qui se fait dans les écoles hors contrat et dans l’enseignement à la maison. Et il est vrai que des écoles musulmanes se développent en France, ce qui représente incontestablement un problème. Il est vrai également que le contrôle de l’État sur la qualité de l’enseignement dispensé dans ces cadres est légitime. Mais derrière le prétexte de la lutte contre l’islamisme (qui serait plus crédible s’il nommait correctement le danger, le salafisme, et luttait réellement contre lui en fermant ses mosquées et en rompant les relations privilégiées qu’il entretient avec les pays qui en sont les foyers), c’est bien à la mise en place d’un Big Brother éducatif que travaille l’État.

Dans sa déclaration liminaire, donc préparée, le ministre a déclaré «  Le temps de l’enfant ne doit pas être vu de manière saucissonnée, mais il doit être vu de manière globale. C’est pour ça d’ailleurs que notre ministère est désormais un ministère de l’Éducation nationale ET de la jeunesse  ». Comprenez que l’action du ministère concerne le jeune dans sa globalité, pas seulement (pas essentiellement ?) l’enseignement. La lutte contre l’islamisme vient donc en soutien d’un projet plus global pour contrôler la jeunesse. Projet visiblement prioritaire puisque le «  plan mercredi  » du ministère a été finalisé pendant le confinement, période pendant laquelle les enseignants auraient aimé que les services du ministère travaillent plutôt à les soutenir de manière concrète. De la même façon, les «  vacances apprenantes  » prennent prétexte de la crise sanitaire pour accentuer ce contrôle des enfants.

N’allons pas croire que ces dispositifs sont du simple soutien scolaire. Qu’il s’agirait de s’assurer que l’instruction soit donnée aux enfants, de façon à lutter contre l’obscurantisme par la diffusion du savoir. Le ministre parle bien de savoirs au début de son intervention, mais c’est pour dire qu’il ne faut pas les séparer des valeurs de la République. Fameuses valeurs dont on nous rebat les oreilles sans nous dire ce qu’elles sont (à part la laïcité sur laquelle nous reviendrons). Ces valeurs, il faut les inculquer à la jeunesse à l’occasion des cours, mais aussi dans des projets éducatifs dans les écoles, mais aussi le mercredi, les week-ends et les vacances scolaires, dans les écoles publiques, privées sous contrat, privées hors contrat, à domicile. Exagérons-nous  ? Laissons parler M. Blanquer  : «  Nous allons dévoiler tout prochainement un nouveau vade-mecum […] consacré au respect du principe de laïcité dans les accueils collectifs de mineurs. […] il participe à notre volonté de faire vivre et de partager les valeurs de la République à l’occasion de tous les temps éducatifs.  » Il s’agit bien d’un encadrement général et permanent de la jeunesse. Pour s’en assurer, le ministère, outre l’ouverture des écoles pendant les vacances, va agréer des associations pour attester de leur conformité idéologique. On affiche bien entendu la lutte contre des associations qui pratiqueraient, sous couvert de soutien scolaire ou d’activités éducatives, un prosélytisme islamique. Mais nous ne sommes pas certains que les mouvements de scoutisme traditionnel, par exemple, recevront cet agrément.

Pour lutter contre le totalitarisme islamique, se met donc en place un totalitarisme républicain. Quel progrès  ! N’allons pas croire que la cellule familiale restera préservée très longtemps de ce totalitarisme. Sur le ton de l’évidence le ministre affirme la liberté des familles à choisir l’éducation qu’elles veulent pour leurs enfants. Mais c’est pour dire immédiatement que cette liberté n’est pas un absolu, qu’au-dessus du droit des familles, il y a le droit de l’enfant à une éducation. Distinction monstrueuse au nom de laquelle l’État pourra se substituer aux parents, pour imposer, au besoin par la force, sa vision du monde.

Quelle vision  ? Quelques indications ressortent dans cette intervention, concernant la laïcité. Dans une tirade sur l’amour de la France qu’il faut inculquer aux enfants (cet amour de la France est pour M. Blanquer un amour de la République), il affirme  : «  Nous sommes une société laïque, sécularisée, et nous en sommes fiers  ». La laïcité ne concerne donc pas seulement l’État dans son rapport aux religions, ce qui est sa définition légale et communément partagée. C’est toute la société qui doit être laïque, et cette laïcité est une sécularisation, c’est-à-dire une absence de toute religiosité. Il s’agit donc très explicitement pour lui d’éradiquer toute transcendance de l’esprit des enfants. L’éducation de M. Blanquer est un prosélytisme athée.

Cette conception totalitaire de l’éducation n’est pas spécifique à M. Blanquer mais est intrinsèque à la République. Nous le montrerons dans un prochain article.

Pierre Van Ommeslaeghe

Audition de Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse – Jean-Michel BLANQUER

( 22 juin, 2020 )

Pour l’OTAN, un seul ennemi : la Russie. Erdoğan peut être tranquille !

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Rien n’y fait. La Turquie multiplie les provocations, les occupations, les actes de piraterie, mais l’ n’a qu’un ennemi : la Russie.

Pourtant, Erdoğan n’y va pas de main morte, ces derniers temps. Non content d’occuper une partie de la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, et une partie du nord après en avoir délogé les Kurdes, le néo-sultan chasse maintenant tous azimuts.

Il renforce sa présence en Méditerranée orientale, près de Chypre. Il s’y livre à des forages gaziers, intimide des navires, notamment italiens, qui forent également dans les eaux territoriales chypriotes, mais à la demande de l’île. Île qu’il occupe, d’ailleurs, toujours illégalement dans sa partie nord, depuis l’invasion de 1974.

Cette occupation se poursuit dans l’indifférence générale, ou plutôt la lâcheté générale. Bien évidemment, aucune sanction n’a jamais été prise : tout le monde n’est pas russe. Cette partie de la Méditerranée orientale regorge de gaz et la Turquie n’a pas l’intention de laisser Chypre, Israël et la Grèce l’exploiter sans se mêler à l’affaire. Erdoğan veut en particulier empêcher ces pays de réaliser leur projet de gazoduc EastMed signé le 3 janvier dernier, à Athènes.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que le Parlement turc a donné son feu vert à l’intervention militaire en Libye pour aider le gouvernement Sarraj en difficulté face aux troupes d’Haftar, alors dans les faubourgs de Tripoli. La Turquie a tranquillement violé l’embargo sur les armes vers la Libye, mais il est vrai qu’elle est loin d’être la seule. On se demande, d’ailleurs, pourquoi la communauté internationale prend ainsi des mesures solennelles dont elle néglige totalement l’application.

Erdoğan a donc organisé le sauvetage de Sarraj en envoyant des milliers d’islamistes syriens (on parle de 7.000) et des armes, en particulier des drones dont l’efficacité fut redoutable, et a provoqué le retournement militaire dont nous avons parlé.

En échange, Sarraj a conclu un accord maritime avec Erdoğan leur permettant de joindre leurs eaux territoriales en continu et en toute illégalité puisque négligeant la Crète et les droits afférents de la Grèce. C’est un peu comme si cette île historique avait subitement coulé. L’appât du gaz est sans limite, mais pourquoi se gêner ?

Les nombreux navires de l’OTAN qui patrouillent dans le secteur ont observé sans broncher ce ravitaillement militaire par cargos sous divers pavillons, escortés par la marine militaire turque : on ne se cache même pas. Le 10 juin dernier, tout de même, une frégate française, le Courbet, sous commandement de l’OTAN comme il se doit, s’est intéressée de trop près à un cargo battant pavillon tanzanien et qui, au lieu d’aller en Tunisie comme annoncé, a changé de route en direction de la Libye. Une des frégates turques qui l’accompagnaient a alors actionné son radar de tir, « illuminant » longuement la frégate française. C’est une intimidation gravissime, inédite entre navires de l’OTAN. Les protestations de la France auprès de l’organisation ont eu un certain écho en Europe, mais l’OTAN n’a pas cillé. Son secrétaire général, l’ineffable Stoltenberg, a éludé, n’a rien dit à la Turquie mais a rappelé que l’OTAN devait renforcer sa vigilance face au « comportement déstabilisateur et dangereux de la Russie ».

Erdoğan peut avancer, la voie est libre.

Antoine de Lacoste

( 22 juin, 2020 )

Tous gaullistes ?

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

L’hommage que Mme Le Pen a voulu rendre à de Gaulle le 17 juin (puisque tout avait été combiné pour saboter sa venue sur l’île de Sein prévue, évidemment, le 18) n’a en soi rien de choquant.

Après tout, n’importe quel Français aurait bien pu en faire autant. Choquant, en revanche, le concert de critiques que cela lui a valu. Jusqu’à se voir accusée de tentative de « captation d’héritage ». Mais pouvait-il en être autrement ? A droite, les autoproclamés « héritiers du gaullisme » ne sont que les membres d’une faction et n’ont plus de gaulliste que l’étiquette ; quant à la gauche bien-pensante, elle a oublié comment elle a accueilli le retour au pouvoir de De Gaulle puis l’a vilipendé pendant la décennie où il a exercé la fonction de chef de l’Etat.

Tous gaullistes ? dans actualités 17-Marine-Le-Pen-Monument-Gerbe-Fleurs-Dos-Mer-Extérieur-îlede-Sein-300x200Au demeurant, l’erreur de Mme Le Pen est plutôt d’avoir voulu, une fois de plus, en faire trop. A quoi bon ce qui ressemble à une gesticulation politicienne et serait perçu forcément comme une provocation de plus de la part de la famille Le Pen ? Une intervention plus mesurée, plus argumentative que polémique, eût mieux fait l’affaire, d’autant qu’à force d’en rajouter, elle va finir par laisser penser qu’elle est vraiment gaulliste, ce qui, pour le coup, pourrait la mettre en porte-à-faux avec une partie de son électorat historique.

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En tout cas, l’occasion était belle pour M. Macron de se démarquer, en assumant simplement ses prérogatives de chef de l’Etat. Or, s’il a bien célébré, à Londres et le 18 juin, le fameux appel de 1940, c’est un mois après sa commémoration du quatre-vingtième anniversaire de la bataille de Montcornet et moins de quatre mois avant le 9 novembre prochain, date où il sera présent pour le cinquantenaire du décès de De Gaulle. On se risque à lui conseiller de ne pas oublier que, le 22 du même mois, on fêtera les cent cinquante ans de la naissance du grand homme ! Cela fait beaucoup et on ne peut s’empêcher de penser que M. Macron surjoue son rôle et pourrait être, lui aussi, suspecté de « récupération » bassement politicienne. Il a d’ailleurs commis la faute en ces circonstances de critiquer Mme Le Pen (Le Figaro, 18 juin), se mettant dès lors ouvertement au même niveau qu’elle : celui d’un candidat à sa propre succession.

Du coup, les gardiens du temple ont eu beau jeu de les renvoyer dos à dos : celui-ci comme « fédéraliste européen, ami des banques et de Bruxelles », celle-là comme « héritière d’une tradition d’une extrême-droite anti-gaulliste » (Le Point, 19 juin). Donc, gaulliste ni l’un ni l’autre ? Sans doute mais peu importe. Il y a du vrai dans ce qui n’est peut-être qu’une boutade de Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 18 juin) : « Quand tout le monde est gaulliste, c’est que plus personne ne l’est. » Pour les consoler, on leur rappellera que, de toute façon, de Gaulle n’aimait pas ce qualificatif. Certains lui préfèrent d’ailleurs celui, plus politique que politicien, de « gaullien ». Les principales connotations du terme (rassemblement, résistance, indépendance, souveraineté, exécutif fort, etc.) sonnent comme un écho au grand dessein capétien qui porte le beau nom de France

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Or, pour approuver ce souffle politique gaullien, on n’est pas obligé, en étant gaulliste, de tenir le personnage quitte de tous ses actes et mesures (ainsi des conditions déplorables et humiliantes dans lesquelles se fit l’indépendance de l’Algérie). De Gaulle est un des grands hommes de ce pays qui en compte beaucoup d’autres : il appartient à l’Histoire et à la France.

Louis-Joseph Delanglade

( 19 juin, 2020 )

Maurrassiens et technocratie

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

La technocrature, maladie sénile de la démocratie  : (14/15)

Nébuleuse maurrassienne et Technocratie

Si un mouvement politique à considéré la prise de pouvoir par la Technocratie «  normale  », c’est bien l’Action française. Depuis 1956, elle a été sensibilisée à la montée en puissance technocratique. C’était, a rappelé Christian Franchet d’Esperey dans une belle émission de Radio-courtoisie1, la grande idée de Pierre Debray lorsqu’il rendait compte dans Aspects de la France, des évolutions de la société industrielle. Par sa grande pédagogie, Il fit comprendre le «  phénomène technocratique  » à toute une génération d’étudiants monarchistes des camp CMRDS.

Pour Hilaire de Crémiers, Debray avait compris par Maurras que la technocratie n’était pas un pure produit de la société industrielle mais la complice nécessaire à l’idée et aux institutions républicaines dans beaucoup de pays, y compris en Union Soviétique. Une sorte de dénonciation avec quarante ans d’avance de ce que certains appellent la super-classe mondiale qui prétend diriger, car les «  technos  » pensent avoir le savoir du pouvoir et le pouvoir du savoir. Et maitre Trémolet de Villers de renchérir sur le phénomène du «  complot des éduqués  » qui cherchent où se placer pour trouver les places où coule l’argent publique, se cooptent en passant du public au privé, ne prennent pas le risque de se faire taxer de «  sale capitaliste  » mais profitent des résidences d’été, des voitures de fonction, des grands hôtels, des aéroports. A son tour Franchet d’Esperey rappelle que Debray fut le premier a mettre en évidence dans la Nomenklatura soviétique la rivalité entre les bureaucrates – disons l’élite politique – et les technocrates. En fait Debray avait été influencé par les analyses postmarxistes des revues Arguments et Socialisme et Barbarie. D’où son espérance de la montée d’une «  nouvelle classe ouvrière  » française pouvant faire revivre l’anarcho-syndicalisme avec lequel l’Action française des origines avait cherché la jonction. On ne trouvait ce langage nulle part ailleurs, d’autant qu’il était exprimé en totale fidélité maurrassienne.

Les boutangistes de l’hebdomadaire La Nation Française – ces maurrassiens séparés de la «  vieille maison  » – s’opposaient aussi au groupe social des technocrates mais sur d’autres bases. D’abord les influences des positions «  humanistes  » et anti-techniques de philosophes comme Heidegger et Gabriel Marcel. Ensuite la volonté de s’appuyer sur les «  poujadistes  », cette classe moyenne agressée par les développements de la société industrielle.

Les deux héritiers catholiques de Maurras ont montré une hostilité à l’égard de la société de consommation déracinante, massifiante et désacralisée. Leur opposition à la technocratie est différent de l’anti-synarchisle communiste et de celui des contre-révolutionnaires catholiques, même proche comme Louis Daménie. Depuis longtemps les maurrassiens s’attendent à une prise du pouvoir politique par les technocrates. Au point d’ailleurs qu’ils envisagèrent d’appuyer une stratégie royaliste sur ce groupe sociale.

Retournement et Technocratie

En 1980, les maurrassiens2 de la Nouvelle Action Française qui étaient entré en dissidence avec la ligne «  ralliée  » des Renouvinistes, avaient développé une réflexion stratégique novatrice sur la base du phénomène technocratique et celui de la «  société du spectacle  » dénoncée par Guy Debord.

Dans le n° 13 du laboratoire d’idées de La Revue Royaliste, le sociologue Michel Michel proposait «  un modèle  » stratégique basé sur une ligne politique différente de celle de Debray et des boutangistes, concernant la technocratie  : «  Une autre ligne est possible que nous inspire la pratique même des contre-révolutionnaires dans la situation créée dans le passé par la modification des élites du début de l’ère industrielle. Au début du XIX° siècle, le système de valeurs des contre-révolutionnaires semblait indissolublement lié à I ‘ancienne société féodale et s’appuyait sur I ‘aristocratie terrienne et les portions de la société qu’elle contrôlait. Pourtant, la pensée contre-révolutionnaire a su tout au long du XIX° siècle, conquérir des fractions importantes des «  nouvelles élites  », rechristianiser en partie une bourgeoisie voltairienne, etc…  De même, au début du XX° siècle, I’Action française a su présenter à des groupes non acquis (intellectuels, syndicalistes, «  producteurs  » de Valois, etc…) une synthèse leur permettant de s’accorder avec les groupes qui avaient conservé la sensibilité de l’ancienne France. Pourquoi donc ne pas rechercher à convertir une fraction des élites nouvelles de la technocratie, non à la sensibilité de la bourgeoisie conservatrice ni même à celle héritée de Ia société féodale, mais à ce que notre système d’analyse et de valeurs a de permanent ? » En d’autres termes Michel proposait d’infiltrer la Technocratie afin de retourner ses meilleurs éléments au profit de la restauration monarchique.

Appelons désignons la voie technocratique proposée par Michel, comme un modèle stratégique de type «  retournement  », cette tactique si chère au spécialiste du renseignement Vladimir Volkoff, ancien étudiant maurrassien rédacteur à Amitié Française Université. Le retournement appartient bien à la «  boite à outils  » maurrassienne. Le doctrinaire du néo-royalisme la revendiquait dès 1909  : «  Lorsque j’étais enfant, explique Maurras, le plus beau des faits d’armes, celui qui unissait la bravoure à l’utilité, me semblait devoir être d’accourir à toute bride sur la batterie ennemie, de hacher à leur poste les servants et les canonniers, puis, au lieu d’enclouer vainement les pièces conquises, de les retourner aussitôt pour leur faire jeter le désordre et la mort dans les lignes de l’adversaires.3  » Rêverie d’enfant que Maurras mettra en application pour retourner la jeune Action française alors républicaine – cette élite en fusion d’après l’historien Jean-Pierre Deschodt – au service du roi. Rêverie d’enfant qui deviendra modèle stratégique dans son texte trop méconnue Mademoiselle Monk4. Modèle stratégique que le maurrassien Patrick Buisson déploya auprès de Nicolas Sarkozi, au point de lui permettre d’acceder à la Présidence de la République en 2005. Car une stratégie n’a de valeur que déployée.

Débat de stratégie royaliste

Un débat s’instaura entre le maitre et l’élève, entre Pierre Debray et Michel sur le bienfondé du modèle proposé. Pour ce dernier «  De même qu’il y a aujourd’hui des enseignants contre l’école, des curés contre I ‘Eglise et des magistrats contre I ‘appareil judiciaire, on doit s’attendre à ce que les plus exigeants des technocrates ne soient plus des instruments dociles de la «  raison d’Etat  » technocratique. Pourquoi ne pas envisager d’être les promoteurs dans ce milieu d’une «  nouvelle synthèse  » et d’y organiser l’équivalent de ce que te syndicat de la magistrature a été pour le milieu judiciaire ? A I’ancienne synthèse, aujourd’hui en décomposition, fondée sur la dialectique entre une intelligentsia progressiste (eschatologie du progrès et de la «  libération de I’Homme  ») et une technocratie de la rationalité abstraite (mal) régulée par I’opinion publique€, nous proposons de substituer une nouvelle synthèse fondée sur une intelligentsia anti-progressiste (néo-traditionnaliste,… ) et une technocratie enracinée (service public des communautés concrètes), plus tard (peut-être) régulée par un pouvoir politique indépendant.  »

Pour sa part, dans Je Suis Français, Debray argumenta contre l’hypothèse du retournement technocratique  : «  En 1956 quand j’ai commencé à étudier le phénomène, je l’ai abordé sous un angle purement sociologique et non pas historique. A L’époque je parlais de bureau-technocratie. Ce qui prêtait à malentendu. Ainsi La Revue Royaliste semble s’imaginer que je refusais le progrès technique, que je versais dans le poujadisme et que je suivais trop servilement certaines analyses des «  gauchistes  » de Socialisme et Barbarie… Il est vrai que ce sont des marxistes dissidents qui ont été les premiers à nous alerter sur la véritable nature de la société soviétique et sur les transformations d’un capitalisme détaché du capital. Mais il fallait reprendre ces analyses, exactes au niveau des faits, en fonction de l’empirisme organisateur.  » Ce qu’il fit. Partant du constat de physique sociale de la création d’une Nomemklatura par le «  citoyen-général Bonaparte  », il contesta le modèle stratégique proposé par Michel.

Ce débat fut interrompu par l’élection de François Mitterrand à la présidence de la république. Il n’en reste pas moins vrai que le dossier de retournement technocratique proposé par Michel Michel reste un modèle du genre digne de celui de la «  Stratégie nationaliste  » proposé en 1962 par Pierre Debray et qui lui aussi ne fut pas déployé.

C’est donc par l’intérêt constant qu’elle porte au phénomène technocratique et à sa prise de pouvoir politique, jusqu’à y voir prospectivement un potentiel stratégique, que l’Action française à jugé à minima «  normale  » la prise du pouvoir politique par Macron en 2017. Nous verrons qu’elle va même au-delà.

Germain Philippe ( à suivre)

1 «  Centenaire de la Revue Universelle fondée par Jacques Bainville en 1920  », Libre journal de Jacques Trémolet de Villers , émission du 28 mai 2020, Radio-Courtoisie, avec Jacques Trémolet de Villers, Hilaire de Crémiers, Christian Franchet d’Esperey.
2 Olivier Dard, «  « Des maorassiens aux maoccidents : réflexions sur un label et sa pertinence en lisant un essai récent », in Bernard Lachaise, Gilles Richard et Jean Garrigues (dir), Les territoires du politique. Hommages à Sylvie Guillaume, Presses universitaires de Rennes, 2012, pp. 167-176.
3 Charles Maurras, Préface de 1909 à Enquête sur la Monarchie, Les éditions du porte-glaive, 1986, p.5.
4 Le texte de Maurras est paru en 1902 dans la Gazette de France avant d’être repris en 1905 dans L’Avenir de l’intelligence sous le titre Mademoiselle Monk.

 

( 18 juin, 2020 )

Puisse Jean Raspail avoir rejoint cette Patagonie idéale que l’on nomme paradis

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

Les obsèques ont eu lieu mercredi matin, en l’église Saint-Roch, à Paris

 

Ils sont venus, ils sont tous là. Ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas – si tant est que l’on puisse apprécier cet écrivain sans un peu de transcendance -, les respectables et les infréquentables, les princes et les manants, les célèbres et les anonymes, les ecclésiastiques et les laïcs, les vieillards et les adolescents, ceux qui ont lu tous ses livres même les plus atypiques et ceux qui n’en ont lu qu’un mais qui les a subjugués.

Philippe de Villiers, Marion Maréchal, Jean-Pax Méfret, le comte de Paris, le représentant du duc d’Anjou, le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, Charles Beigbeder, Ivan Rioufol, Renaud Camus, Jean-Yves Le Gallou, Jean Sévillia, Étienne de Montety (auteur d’un très bel éloge funèbre), Sylvain Tesson, Laurent Dandrieu, Charlotte d’Ornellas, Martial Bild, François Tulli (fidèle d’entre les fidèles), l’amiral Guillaud, ancien chef d’état-major des armées… ils sont d’horizons si divers qu’ils semblent n’avoir rien de commun, mais si le panache, l’élégance, l’honneur, les espaces lointains et les combats pour les causes perdues – encore plus beaux d’être inutiles, comme dirait Cyrano de Bergerac – qui peuplent l’univers littéraire de les font vibrer, il faut croire qu’ils partagent l’essentiel. Un lambeau de gloire passée conservé pieusement dont ils s’efforcent de couvrir, chacun dans son registre, notre pauvre pays déboussolé comme un manteau de Noé ? Et quand la France, par trop folle, les repousse et les déprime, ils filent par le cœur, la pensée et l’imagination de en Patagonie.

Ils sont venus, ils sont tous là, les grands romans de Jean Raspail. L’enterrement, en rite extraordinaire, comme il l’avait lui-même prévu, semble tiré de l’un de ses livres : des hymnes en latin ou en langue vernaculaire – notamment Chez nous soyez Reine, qu’il affectionnait particulièrement et qu’il avait fredonné devant moi gaiement a cappella, lors d’un entretien – de l’encens, du sacré, des uniformes, des chasubles rebrodées, du faste dans la forme et de l’humilité dans le fond, des vitraux, des orgues, des bannières, un drapeau patagon sur le catafalque, une voûte de pierre à berceau sur laquelle volettent des anges dorés, un saint tutélaire thaumaturge, saint Roch, invoqué (cela tombe bien) lors des épidémies, une foule d’hommes faits, de vieillards, d’adolescents, parfois même d’enfants, un peu bigarrée – certains sont sortis du travail « comme ils étaient », d’autres se sont endimanchés – se presse pour saisir le goupillon, un peu maladroitement parfois, tant ce geste ancestral est oublié. Et puis au loin, dans les têtes sinon les oreilles, le fracas lointain des émeutes urbaines et des statues que l’on abat. Sire et L’Anneau du pêcheur voisinent avec Le Camp des saints, La Miséricorde, qui est aussi un lointain voyage, certes spirituel, avec Antoine de Tounens.

Ils ne sont pas venus, ils ne sont pas là. Les caciques de la culture et les mandarins des grands médias. Seul Le Figaro, en la personne du journaliste Vincent Roux, a retransmis en direct les obsèques sur sa chaîne YouTube.

La plupart se sont contentés de mentionner, le week-end dernier, le décès de l’auteur du « controversé » Camp des saints. Un livre qui a fait naître le grand écrivain en même temps qu’il l’a enterré : les Cassandre, même dotées de moustaches et d’une plume redoutable, ne sont pas plus aimées qu’écoutées. La guerre de Troie aura peut-être lieu et, en dépit du succès mondial et des rééditions innombrables, le ministre de la Culture Franck Riester n’a pas lâché un mot pour lui rendre hommage. Pas un intellectuel de gauche, même avec la « distanciation sociale » d’usage, n’a daigné saluer son talent. Pas une figure connue de la bien-pensance ne s’est déplacée, ne serait-ce que pour montrer qu’il existe encore une élite intellectuelle libre en France. Ils se prennent pour le camp des petits saints et sont, en effet, minuscules.

Il y a très, très longtemps, en un temps où la télévision d’État osait encore inviter Jean Raspail, Bernard Pivot lui avait demandé de quelle façon il souhaitait être accueilli par Dieu, dans l’au-delà : « Je voudrais qu’il m’appelle par mon prénom, Jean. » L’apôtre préféré du Christ, qui reposait sa tête sur sa poitrine. C’est tout ce qu’on lui souhaite dans cette Patagonie idéale que l’on nomme le paradis.

Gabrielle Cluzel

 Ecrivain, journaliste
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