( 31 août, 2021 )

Renaud Camus : Dîner avec des royalistes, dialogue sur la légitimité

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Dans son Journal, à la date du 28 août, Renaud Camus donne cet étonnant et fort intéressant récit que nous publions sans autre commentaire. Nous le livrons tel quel. Les lecteurs de JSF commenteront. Et nous pourrons y revenir.


Plieux, vendredi 27 août 2021, dix heures du matin.

Dînant la semaine dernière avec des royalistes ardents (venait de séjourner chez eux Mme la comtesse de Paris), j’ai compris quelque chose qui m’avait toujours échappé jusqu’à présent, alors que je me suis toujours intéressé à ces questions et que c’est un point capital.

Voici : j’ai commis l’erreur d’appeler mes commensaux orléanistes, en assumant de mon côté le rôle en grande partie de composition de légitimiste. Ils étaient furieux — sur un mode plaisant, naturellement, car ce sont des personnes fort civilisées. Ils m’ont assuré qu’ils étaient royalistes, certes, et partisans de l’actuel comte de Paris, Jean d’Orléans, mais pas du tout orléanistes. Comme nous évoquions l’exposition de Montauban sur Ferdinand-Philippe, le duc d’Orléans, « un prince idéal », ils se sont montrés très peu enthousiastes à l’égard de la Monarchie de Juillet. Le mari, un homme très savant, m’a appris que Ferdinand-Philippe proclamait avoir deux loyautés, la monarchie (ou la dynastie, ou la couronne, je ne sais plus) et la Révolution, ce que mon informateur n’approuvait pas du tout, bien entendu.

Mais surtout il est ressorti de la conversation, et c’est là que je voulais en venir, que le fils aîné de Ferdinand-Philippe, Philippe d’Orléans, comte de Paris, avait changé son nom de prétendant au trône après sa réconciliation en 1873 avec le comte de Chambord et la mort de celui-ci en 1883. De « Louis-Philippe II » qu’il avait prétendu être jusqu’alors il était passé à « Philippe VII », avec un intervalle de dix années au cours desquelles il avait reconnu Chambord comme « Henri V ». La majorité des royalistes français aujourd’hui ne sont donc pas « orléanistes » en effet mais légitimistes eux aussi, à ceci près bien sûr qu’il y a querelle de légitimité entre les Bourbon-Orléans et les
Bourbon-Anjou, branche aînée mais espagnole.

J’ai oublié de demander si l’actuel comte de Paris aspirait à être roi de France ou roi des Français. Mais la réponse semble évidente : roi de France. Même Louis-Philippe Ier paraît avoir répudié la monarchie de Juillet. En 1850, l’année de sa mort, il écrivait à sa bru, Hélène de Mecklembourg-Schwerin, la duchesse d’Orléans, mère du comte de Paris (dont nous avons vu au début du mois le portrait à Montauban, par Winterhalter) :

« Mon petit-fils ne pourra jamais régner au même titre et aux mêmes conditions que moi qui ai fini par échouer. Il ne peut régner que comme roi légitime. Il y a pour lui plusieurs manières de devenir roi légitime : si le duc de Bordeaux mourait, si le duc de Bordeaux abdiquait, si le duc de Bordeaux régnait mais n’avait pas d’enfant, Paris devient roi légitime. »

Louis-Philippe après sa chute a donc renié la monarchie de Juillet, s’est reconnu illégitime a posteriori et a, en quelque sorte, fait hommage à Henri V. Personne ne veut aujourd’hui d’une résurrection de la monarchie de Juillet et du « royaume des Français ». La monarchie louis-philipparde semble toutefois avoir eu un partisan posthume, le duc d’Aumale, qui déshérita son neveu Paris quand celui-ci décida de passer de Louis-Philippe II à Philippe VII. Or ce n’était pas rien d’être déshérité par le duc d’Aumale, lui-même héritier des Condé, la plus grosse fortune foncière en France. Mais bah, si ce n’était pas arrivé, Chantilly serait tombé dans l’escarcelle des Orléans et aurait sans doute été bradé par le comte de Paris de mon époque, le grand-père de l’actuel, ce panier percé, au lieu d’être dans le giron relativement tranquille de l’Institut de France (qui veut tout de même, si j’ai bien compris un épisode récent, faire casser une partie du testament en sa faveur pour avoir le droit de modifier l’accrochage des tableaux).

( 28 août, 2021 )

Biden nie le désastre et ment à tout le monde

 

Lu sur Boulevard Voltaire

 

Il faut tout de même oser. Non content de nier la défaite américaine, Biden tente de la transformer en victoire et se félicite de la réussite de l’évacuation des Américains et des Afghans alliés : « Faire sortir 30.000 personnes en un peu plus d’une semaine est un grand succès pour nos forces armées », a-t-il déclaré, le 23 août, depuis la Maison-Blanche.

Il est certain que la réussite est totale ! Le monde entier a pu voir les images tragiques de la panique de milliers de gens envahissant l’aéroport de Kaboul, s’accrochant à un avion militaire américain qui a tout de même décollé (que sont devenus ces malheureux ?) et se bousculant au point que plusieurs personnes sont mortes étouffées, et de l’attentat coordonné du 26 août qui aurait fait plus de 90 morts et 150 blessés. Grand succès, en vérité.

L’Amérique s’est ridiculisée et son président joue encore les fiers-à-bras. Non seulement ses alliés l’ont critiquée – Johnson et Merkel en tête -, mais les islamistes de tous les pays peuvent pavoiser et seront encouragés comme jamais à poursuivre leurs rêves de conquête. Et, une fois encore, les États-Unis ont sciemment choisi d’abandonner un allié. Certes, celui-ci était particulièrement peu sympathique, représenté par des hommes lâches et corrompus qui se sont tous enfuis. Mais après tout, qui les avait choisis ?

Ce déni confine au grotesque et vient après un mensonge éhonté. Le 16 août dernier, Biden avait en effet déclaré : « Notre mission en Afghanistan n’a jamais été de construire une nation. Elle n’a jamais été censée créer une démocratie unifiée centralisée. » Là encore, rien n’est plus faux. Si l’Amérique est restée si longtemps, c’est précisément pour bâtir un nouveau pays. Le renversement du régime taliban avait été une promenade de santé de quelques semaines. Or, c’est précisément la volonté de créer un Afghanistan démocratique qui avait conduit à une présence de vingt ans et une pluie de milliards de dollars répandue pour rien.

Bien évidemment, Donald Trump ne s’est pas privé de s’engouffrer dans la brèche béante du fiasco de l’administration Biden. L’occasion était trop belle et l’ex-président (qui rêve de le redevenir) a déclaré : « La plus grande erreur de Biden a été de ne pas comprendre que les militaires doivent être les derniers à partir et non les premiers. Les civils et le matériel doivent être évacués en premier, puis, lorsque tout le monde est parti, les militaires s’en vont. C’est simple, et pourtant ça n’a pas été fait. » Ce jugement est tout à fait exact, mais Trump n’est tout de même pas le mieux placé pour faire la leçon car c’est bien lui qui a initié le départ américain et qui a notamment demandé au gouvernement afghan de libérer des milliers de prisonniers talibans sans aucune contrepartie.

Pour les Européens, ce désastre pourrait être l’occasion de prendre un peu de champ et de ne plus être un valet de l’Amérique par la création d’une politique enfin autonome. Le G7 qui vient de se tenir en visioconférence (on évitera le terme pénible de distanciel) augure malheureusement mal de l’avenir. Le communiqué commun publié le 24 août est réellement affligeant. Il demande aux talibans « d’œuvrer de bonne foi » à la mise en place d’un « gouvernement inclusif et représentatif avec une participation significative de femmes et de groupes minoritaires ».

Voilà qui va beaucoup intéresser nos gentils islamistes à qui il faudra tout de même apprendre le nouveau sens du mot « inclusif », symbole montant de la décadence occidentale.

Antoine de Lacoste

( 26 août, 2021 )

Derrière le contentieux algéro-marocain, la frustration historique de l’Algérie face au Maroc

 

Communiqué de l’AFRIQUE REELLE

Aboutissement d’une tension qui n’a cessé de croître ces dernières années, l’Algérie vient de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc.

Le contentieux entre les deux pays est certes d’ordre politique, mais également historico-psychologique. Pour quatre grandes raisons :

 

1) Directement passée de la colonisation turque à la colonisation française, l’Algérie jalouse le Maroc et ses 1200 ans d’histoire (voir à ce sujet mon livre Algérie, l’Histoire à l’endroit). Elle refuse d’admettre que les brillantes principautés de Tlemcen à l’ouest, et de Bougie à l’est, ne constituèrent pas les matrices de l’Algérie,  quand Fès et Marrakech  créaient le Maroc. Avec les Idrissides, les Almoravides, les Almohades, les Saadiens, les Mérinides et les Alaouites, durant 1200 ans, le Maroc développa en effet un Etat, puis des Empires s’étendant à certaines époques sur tout le Maghreb, une partie de l’Espagne et jusqu’à Tombouctou. Rien de tel à l’est de la Moulouya, où, ni les Zianides de Tlemcen, ni les Hafsides de Bougie, n’eurent un destin comparable à celui des grandes dynasties marocaines. Là est le non-dit de toute la politique maghrébine d’Alger.

 

2) Les dirigeants algériens ne veulent pas reconnaître qu’ils ont hérité de la France de territoires historiquement marocains, la colonisation française ayant amputé le Maroc au profit des départements français d’Algérie. Voilà pourquoi le Touat, la Saoura, le Tidikelt, le Gourara et la région de Tindouf sont aujourd’hui Algériens. Ils refusent d’admettre qu’au moment des indépendances, il fut  demandé au Maroc millénaire d’entériner ces amputations territoriales faites au profit d’une Algérie née au mois de juillet 1962.

 

3) Pour une Algérie, « enclavée » dans cette mer fermée qu’est la Méditerranée, il est insupportable de constater qu’avec la récupération de ses provinces sahariennes, le Maroc dispose d’une immense façade maritime océanique partant de Tanger au nord, jusqu’à la frontière avec la Mauritanie au sud, ouvrant ainsi le royaume à la fois sur le « grand large » atlantique et sur l’Afrique de l’Ouest. Refusant  obstinément d’admettre cette réalité, l’Algérie porte à bout de bras le Polisario pour tenter d’affaiblir le Maroc. Or, pour Alger, il y a urgence. Le dernier carré des 24 Etats – sur 193 membres de l’ONU -, reconnaissant encore ce fantôme qu’est la RASD (République arabe sahraouie démocratique), achevant de se déliter, une tension avec le Maroc pourrait permettre de freiner l’hémorragie.

 

4) L’Algérie traverse une très profonde crise économique, politique, institutionnelle et identitaire. Il lui faut donc tenter de rassembler les énergies nationales et pour cela, depuis l’indépendance, elle a toujours eu recours à deux boucs émissaires : la France et le Maroc. Actuellement, pour des raisons diverses, elle a besoin de la France. Reste donc le Maroc. En espérant que cette politique de fuite en avant ne débouchera pas sur une nouvelle « guerre des sables », comme en 1963…

 Bernard LUGAN

 

Plus d’informations sur le blog de Bernard Lugan.

( 25 août, 2021 )

Les vraies raisons du retrait américain d’Afghanistan

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Depuis que l’Amérique a décidé d’offrir l’Afghanistan aux islamistes, beaucoup s’interrogent sur la finalité de ce qui restera comme une faute morale et une étrangeté géopolitique.

Certains mettent en avant l’impossibilité de gagner cette guerre, son coût exorbitant, la corruption des dirigeants politiques afghans choisis par les Américains, la lassitude après vingt ans de présence sans progrès notable ou le renoncement aux chimères de imposée à des pays qui n’en veulent pas.

Tout cela est plus ou moins vrai mais ne doit pas masquer les deux raisons essentielles qui relèvent de la politique intérieure américaine et de renversement de la stratégie géopolitique de la Maison-Blanche.

L’opinion publique américaine est lassée des interventions extérieures multiples, coûteuses et calamiteuses qui ont dominé la politique américaine des dernières décennies : l’Irak, la Syrie, les Balkans, la Libye et, bien sûr, l’Afghanistan ont reçu des tapis de bombes pour des raisons affichées généralement mensongères. Elles tiennent en deux points brandis comme des étendards : lutter contre le terrorisme et/ou renverser un dictateur « qui tue son propre peuple », selon la subtile formule reprise en boucle par des aux ordres.

Ce système ne fonctionne plus car le peuple américain a constaté qu’on lui avait menti, comme pour l’ et le Kosovo, et que cela avait engendré l’anarchie dans le pays choisi (Irak et Libye).

La crise financière de 2008 a accompagné cette remise en cause. Des millions de ménages américains ont été ruinés et leurs maisons saisies. Ce fut un traumatisme qu’on ne mesure pas assez en Europe. Dès lors, ces petits Blancs qui s’étaient endettés en gardant confiance dans le rêve américain n’ont plus supporté cette gabegie financière. Elle a fait le bonheur du complexe militaro-industriel et de la classe politique, très représentée directement ou indirectement dans de nombreuses entreprises de cette filière, mais elle a alimenté la colère des nouveaux déclassés de l’Amérique.

L’aboutissement de cette colère fut l’élection de Donald Trump. Le système s’est ressaisi et a repris la main par l’élection douteuse de Joe Biden. Mais désormais, il a compris qu’il fallait (un peu) tenir compte de l’opinion publique.

La seconde raison du retrait américain relève de la géopolitique.

Dans « le grand jeu », expression popularisée au XIXe siècle par l’Anglais Conolly, qui représente la lutte entre les grandes puissances, la Russie est l’ennemi numéro un de l’Amérique. La chute de l’Union soviétique n’y a rien changé pour des raisons idéologiques (Poutine est très méchant) et géographiques (la Russie est le plus grand pays du monde au confluent d’axes stratégiques).

a sonné la charge contre cette vision qu’il estimait dépassée. Il a convaincu son pays (l’Europe aussi, d’ailleurs) que la Chine ne serait plus un partenaire mais un adversaire pour une raison très simple : elle allait économiquement dépasser les États-Unis. Il faut donc concentrer ses efforts contre elle et cesser de se disperser.

Biden et ses conseillers ont décidé de suivre la même voie et ont même accéléré le retrait américain, malgré les réserves du Pentagone qui accepte mal cette analyse. La Chine est bien placée pour profiter de la situation, ce qui est le paradoxe de cette fuite américaine.

Le chaos qui s’ensuit en est la conséquence logique, mais nous avons l’habitude.

Antoine de Lacoste

( 25 août, 2021 )

«Il y a aussi des chrétiens en Afghanistan et ils risquent tous la mort !»

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

FIGAROVOX/TRIBUNE - Pendant la présence américaine, l’Afghanistan était déjà un pays où les chrétiens étaient persécutés, explique l’avocat Timothée Dufour. Avec le retour des talibans au pouvoir, il craint «l’horreur» pour cette petite communauté qui compterait 3000 à 5000 fidèles.

La situation des chrétiens afghans, qui était déjà très préoccupante alors que les Occidentaux étaient présents dans le pays, devient alarmante avec le retour des talibans au pouvoir. Le risque de mort auquel ils sont confrontés réclame de la communauté internationale une vigilance permanente quant aux gestes des nouvelles autorités afghanes à leur égard.

«Les attaques contre les chrétiens sont susceptibles d’augmenter dans la région alors que l’avancée rapide des talibans enhardit les extrémistes», soulignait l’organisation de défense des chrétiens persécutés Release International dans un article du 16 août dernier, qui prévient que «toute personne identifiée comme chrétienne pourrait être tuée».

À ce jour, le porte-parole du mouvement taliban Zabihullah Mujahid a affirmé, sans convaincre la communauté internationale, que «les femmes auront des droits, dans le cadre de la charia», lors de cette première conférence de presse après leur arrivée au pouvoir. Aucun de ses propos ne donnait la moindre assurance quand aux minorités religieuses en Afghanistan, notamment la communauté chrétienne afghane.

La situation des chrétiens estimés à quelques milliers de personnes était déjà inquiétante en Afghanistan où le christianisme, comme le rapporte Eusèbe de Césarée, serait arrivé avec les apôtres Thomas et Bartholomée au IIe siècle après J.-C. , soit six siècles avant la naissance de l’islam.

Même pendant la présence occidentale, le blasphème, l’apostasie et le prosélytisme des non-musulmans étaient déjà considérés comme des crimes.

Timothée Dufour

La constitution afghane adoptée en 2004, rédigée avec l’aide d’un «éminent juriste français», comme l’avait relevé non sans fierté le gouvernement français dans une réponse à une question parlementaire publiée le 8 juillet 2004, se voulait certes rassurante. «La sainte religion islamique est la religion de la République Islamique d’Afghanistan. Les adeptes des autres religions sont libres, dans les limites de la loi, d’exercer et de célébrer leurs rites religieux», précisait le texte constitutionnel. Tel n’était hélas pas le cas dans la réalité : le blasphème, l’apostasie et le prosélytisme des non-musulmans étaient déjà considérés comme des crimes.

Les organisations internationales avaient très vite pointé du doigt la situation difficile des chrétiens afghans, dont l’organisation Portes Ouvertes, une ONG qui œuvre dans plus de 60 pays pour soutenir les chrétiens privés de liberté religieuse et souffrant de persécution. Elle soulignait combien il était «impossible de vivre ouvertement en tant que chrétien en Afghanistan». Les prises de position d’élus afghans avaient confirmé le durcissement de leur situation, comme en témoigne un parlementaire afghan qui, le 9 septembre 2013, avait demandé que les musulmans qui se convertissent au christianisme soient mis à mort, en vertu de la charia, le droit islamique.

La Cour européenne des droits de l’homme avait relevé la situation dramatique de la communauté chrétienne dans un arrêt du 5 novembre 2019. Les juges européens s’étaient opposés à une mesure d’expulsion décidée par la Suisse au motif que les personnes converties au christianisme, ou même simplement soupçonnées de l’être, «sont exposées à un risque de persécution qui peut prendre une forme étatique et conduire à la peine de mort».

Dans ce contexte, quels changements la communauté chrétienne peut-elle espérer avec l’arrivée des talibans au pouvoir, vingt ans après avoir été chassés de Kaboul ?

Les chrétiens afghans qui devront plus que jamais vivre leur foi dans l’ombre ne s’attendent pas à un simple durcissement de leurs conditions de vie, mais à une mort certaine, annoncée par avance.

Les talibans revendiquent une application rigoriste de la charia dans la vie quotidienne, dont l’objet est de réislamiser les mœurs, la justice et l’ensemble des droits et des devoirs tant individuels que collectifs des individus.

Leur sort est déjà connu au regard des années où les talibans étaient au pouvoir, entre 1996 et 2001, période pendant laquelle la loi islamique la plus stricte a été promulguée, interdisant jeux, musique, photographies, télévision. Les femmes n’avaient plus le droit de travailler, les écoles pour filles étaient fermées, les mains des voleurs étaient coupées, les chrétiens exécutés en public, les homosexuels écrasés sous un mur de briques, les femmes adultères lapidées à mort.

Les témoignages récents confirment l’horreur réservée à la communauté chrétienne.

Timothée Dufour

Les témoignages récents confirment l’horreur réservée à la communauté chrétienne. «Les chrétiens risquent la trahison, même de la part des membres de leur propre famille», souligne l’article de Release International évoqué plus haut. Parmi les témoignages que l’on peut lire sur Twitter, l’auteur américaine Mindy Belz relaie les propos alarmants d’un responsable d’églises de maison en Afghanistan : «Une personne qui travaille avec les réseaux d’églises de maison en Afghanistan rapporte que ses dirigeants ont reçu hier soir des lettres des talibans les avertissant qu’ils savent où ils sont et ce qu’ils font».

Les anciens maîtres du pays n’ont donc pas changé d’état d’esprit depuis la période 1996-2001, en tout cas dans leur interprétation de la charia à l’égard des chrétiens.

Avant l’arrivée des talibans, l’Afghanistan était déjà le deuxième pays où les chrétiens sont le plus persécutés, selon l’Index mondial de persécution 2020, publié par Portes ouvertes. Demain, l’Afghanistan sera très certainement au coude-à-coude avec la Corée du Nord pour la première place de ce classement.

«Non, les talibans n’ont pas changé de visage. Ils sont encore plus féroces. L’un de leur moteur, c’est la fracture sociale qui scinde la société afghane en deux», comme l’a rappelé Victoria Fontan, rectrice de l’Université américaine d’Afghanistan et spécialisée dans l’éducation, dans des pays en crise.

Dans l’immédiat, nous ne pouvons que répondre présent au cri du cœur du Père Giovanni Scalese au micro de Radio Vatican, missionnaire barnabite d’origine italienne : « Priez, priez, priez pour l’Afghanistan ».

Timothée Dufour est avocat au barreau de Paris

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/

( 24 août, 2021 )

État de droit ou État dépravé ?

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

L’imposition du « passe sanitaire » montre que nous ne sommes pas dans un État de droit. Au-delà de la question du « passe », c’est une refonte totale de nos institutions qui est nécessaire.

Eric Dupond-Moretti s’est fendu d’un tweet le 5 août 2021 à 22 h et je cite : “Non, nous ne sommes pas dans une dictature, mais dans un État de droit ! Ceux qui hurlent après le Conseil constitutionnel pour sa décision sur le #PassSanitaire l’auraient encensé s’il les avait confortés. Contrairement à leurs convictions le droit, lui, ne peut être manipulé.”

Ce genre de rhétorique fleure bon la droiture, l’équité, l’intégrité, l’éthique ! Un état de droit… Sonnez buccins et trompettes !

La réalité est toute autre. Au vu du nombre de casseroles, – des chaudrons pour certains -, que se traînent pratiquement tous les politiques, et au vu du fait qu’un casier judiciaire vierge ne soit toujours pas exigé pour être député, – alors que pour ouvrir un restaurant, c’est une obligation -, l’équité, la droiture et tout le flonflon ont déjà du plomb dans l’aile.

15 janvier 1990 : Michel Rocard, alors 1er ministre de la Ve République, fit voter la loi d’amnistie pour les délits et crimes liés au financement des partis politiques et des campagnes électorales, dans le cadre d’un projet de régulation du financement de la vie politique française. Le début de la fin. (1)

Mais au fait, qu’est-ce qu’un État de droit ? Selon le site officiel, Vie publique : “Le concept d’État de droit s’oppose à la notion de pouvoir arbitraire. Il désigne un État dans lequel la puissance publique est soumise aux règles de droit.” Selon la définition donnée par le juriste Hans Kelsen au début du XXe siècle, c’est un “État dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée“. L’État de droit implique le respect de la hiérarchie des normes (“La hiérarchie des normes implique que chaque norme juridique est rédigée sur le fondement d’un droit qui lui est supérieur“), ainsi que l’égalité devant la loi :

L’égalité des sujets de droit constitue la deuxième condition essentielle d’un État de droit. Cela implique que les personnes et les organisations reçoivent la personnalité juridique, en tant que personnes physiques pour les personnes, en tant que personne morale pour les organisations. L’État est lui-même considéré comme une personne morale.

L’État de droit suppose aussi “la séparation des pouvoirs qui vise à éviter la concentration du pouvoir dans les mains d’un despote. Le pouvoir est distribué entre des organes indépendants et spécialisés :

– Le pouvoir de voter la loi (pouvoir législatif) ;

– Le pouvoir d’exécuter les lois et pour ce faire d’édicter des règlements (pouvoir exécutif) ;

– Le pouvoir de rendre la justice (pouvoir judiciaire).

Le quatrième pouvoir ne figure pas dans ce texte, mais il existe : la presse. Contrôlée par une clique de milliardaires issue du CAC 40 et aux ordres de l’État, elle est un organe de propagande assurant que le pouvoir reste dans les mêmes mains.

Sur le papier, un État de droit paraît être le garant du peuple. En réalité, un Président possédant la majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat est le maître du pays. Étant donné aussi que les membres des Conseils d’État et constitutionnel sont souvent des anciens ministres, la boucle est bouclée. Un État de droit n’est pas différent d’un pouvoir arbitraire.

L’imposition de la loi concernant le passe-sanitaire le démontre. Emmanuel Macron et ses ministres en voulaient l’instauration. Votée la nuit en commission mixte le 25 juillet 2021, et entérinée par le Conseil constitutionnel en ce 5 août 2021, – jour funeste pour la démocratie -, cette loi inique prouve bien que l’État de droit français ressemble plus à une république d’opérette qu’à une institution bienveillante censée protéger le peuple. L’instauration du passe-sanitaire privant les citoyens du droit le plus élémentaire qui est la libre circulation, prouve indubitablement que nous sommes vraiment en dictature.

Il n’y a aucune différence entre un État de droit tel que nous le subissons depuis trop longtemps et un État arbitraire soumis au bon vouloir d’un souverain. De plus en plus de Français sont dans la rue pour dire “Non” au passe de la honte. En plein mois d’août, le nombre de manifestants présents est un record. Mais ne vous y fiez pas, combattre le passe-sanitaire ne représente que le sommet de l’iceberg. Une refonte totale de nos institutions est urgente. Il est plus que nécessaire de sortir de l’Europe, de faire le ménage, et d’avoir enfin des politiciens intègres prenant soin des citoyens.

Claude Janvier

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Amnistie_parlementaire

( 23 août, 2021 )

À l’affiche : BAC Nord

 

 

Lu sur « Je Suis Français »

Est-il déjà trop tard ?  

Après la présentation de Bac Nord au dernier Festival de Cannes, un journaliste irlandais a déclaré Moi je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça ! D’une certaine façon, il accusait donc le réalisateur, Cédric Jimenez de faire le jeu du Rassemblement national, ce qui est, comme on le sait, le crime majeur de notre époque ; mieux vaudrait en effet avoir assassiné père et mère et violenté ses enfants qu’être complice d’un populisme toujours aussi nauséabond. D’ailleurs Jimenez s’est débattu comme un beau diable contre cette infamante accusation.

On pensera ce que l’on veut et on votera comme l’on veut, mais en tout cas on aurait bien tort de ne pas aller voir le film, sorti aujourd’hui même sur les écrans et qui est remarquablement mené et interprété, qui est haletant, poignant ; et d’une certaine façon, terrifiant. C’est en tout cas beaucoup mieux qu’un précédent film du réalisateur, La french qui date de 2015 et qui, lui aussi, tournait autour du trafic de drogue et de l’impuissance de la police et des Pouvoirs publics d’y mettre fin.

Bac Nord s’inspire de faits réels, qui remontent à l’automne 2012 et qui avaient constitué un scandale assez grave : l’accusation portée contre des membres de la rude Brigade Anti Criminalité des quartiers Nord de Marseille d’avoir racketté des consommateurs de cannabis pour leur enrichissement personnel. Cela arrivait juste après la mise en examen du Commissaire divisionnaire Michel Neyret, n°2 de la Police judiciaire lyonnaise pour des faits à peu près analogues.

Il n’est pas douteux que les méthodes employées par les services de police étaient assez vives, assez brutales même mais il est certain que la confrontation continue avec le banditisme et la voyoucratie ne conduit pas forcément à la douceur des mœurs et au respect absolu des Droits de la Défense. Dans l’un et l’autre cas les policiers affirmaient que les petites (ou moins petites) combines et les accommodements avec la Loi n’avaient d’autres objectifs que de rémunérer des indicateurs capables de les mettre sur le chemin de véritables affaires.

Le film est entièrement orienté sur cette version des faits : l’équipe fraternelle ne respecte guère le Code de la route et a des pratiques de shérifs assez viriles, mais elle est absolument honnête et vouée passionnément à son boulot. Cette équipe est dirigée par Grégory (Gilles Lellouche) qui est accompagné d’Antoine (François Civil) et de Yassine, dit Yass (Karim Leklou). Yass vit avec Nora (Adèle Exarchopoulos) qui lui donne un petit garçon. Les trois flics sont continuellement sur le terrain, affrontant l’incroyable dureté de leur secteur, celui des immenses cités du nord de Marseille.

Il importe peu, après tout, à mes yeux en tout cas, que les policiers aient été conduits à franchir la ligne jaune (même si la quasi totalité des accusations s’est très rapidement effondrée). Ce que Bac Nord démontre avec une clarté totale – et une grande lucidité – c’est tout d’abord la totale inutilité – j’irai même jusqu’à dire la nocivité – de la lutte contre la drogue, hydre inatteignable qui renaît sans cesse de ses cendres et alimente des flux financiers propices à toutes les corruptions et à tous les terrorismes. Encore bien davantage que la ridicule prohibition des États-Unis de l’Entre-deux-guerres. Aujourd’hui même les Douanes viennent de saisir, à Dunkerque, 416 kilos de cocaïne. Cela signifie que 4000 sont entrés en France. D’ailleurs, Il y a quinze jours, on en a saisi 116 tonnes en Équateur. Un produit qui ne coûte presque rien à produire et qui se revend très cher : quelle meilleure combine rêver ?

Il y a la conséquence évidente que des quartiers entiers, qui vivent de ces trafics, se sont institués en principautés indépendantes. Bien plus encore que dans Dheepan de Jacques Audiard, que dans Les Misérables de Ladj Ly), le spectateur effaré assiste à cette impossibilité des policiers à simplement entrer dans les cités sauf à y venir en grand nombre et armés ; mais d’armes dont ils ne peuvent se servir que pour écarter la meute qui rapidement les assiège.

Ce qui est glaçant, dans Bac Nord, dès le pré-générique c’est cette impuissance qui entraîne frustrations et humiliations ; et l’assurance incroyable des caïds, la certitude qu’ils sont chez eux et que l’intrusion sur leur territoire est inadmissible. Il y a plusieurs scènes très fortes et très bien filmées où l’on perçoit la tension et la haine. Et la violence qui terrifie : formidable morceau de bravoure de la prise d’assaut d’une planque en plein cœur d’un quartier et de la déflagration de toute la chaîne du trafic après la réussite de l’opération. On dirait volontiers que c’est du grand spectacle si l’on ne savait que la réalité est sans doute encore pire.

Ainsi va le monde, ainsi va la France dans notre siècle déjà bien entamé. J’aimerais assez qu’on me dise qu’on y peut encore quelque chose.

PIERRE BUILLY

( 21 août, 2021 )

Madame la Comtesse de Paris prend la parole dans le Point de Vue de cette semaine

 

Publié par

 

Dans son édition de ce mercredi 18 août 2021, le magazine “Point de Vue”, publie un entretien de 4 pages avec Madame la Comtesse de Paris. En juillet dernier, le tribunal de Dreux a statué en référé, en défaveur de la famille d’Orléans, dans le litige  qui l’oppose à la Fondation Saint-Louis concernant ; entre autres ; l’accès au domaine royal de Dreux. Dans l’attente de l’audience  sur le fond, prévue le 7 septembre, Madame la Comtesse de Paris a accepté de livrer au magazine Point de Vue sa version des faits.

« J’ai décidé de me battre pour mes droits, mais aussi pour ceux de ma belle-mère et de ma belle-sœur »

 

Dans ce même numéro, “Point de Vue” consacre également un autre article de 4 pages dédié à une autre princesse d’Orléans, S.A.R. la Duchesse d’Anjou et de Cadaval, au sujet de ses nombreux projets entre Evora et Comporta.

Un numéro de Point de Vue à lire absolument  et à retrouver dans vos kiosques jusqu’au 25 août.

( 21 août, 2021 )

Liban : pourquoi il est si difficile de l’aider

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Le Liban mérite-t-il qu’on le défende malgré tous ses défauts ? Et comment le défendre ?

Emmanuel Macron est allé deux fois au Liban depuis l’explosion qui a eu lieu dans le port de Beyrouth il y a un an, et il a visiblement suivi de très près le dossier. Ceux qui ne connaissent pas l’histoire du Liban s’en sont étonnés.

Les liens entre le Liban et la France

L’influence de la France sur les élites syro-libanaises date de plusieurs siècles. Cette influence a fait attribuer la Syrie à la France après la Première Guerre mondiale lors du démembrement de l’empire ottoman. En Syrie, un territoire chrétien, le mont Liban, a demandé à être détaché de la Syrie avec comme objectif de devenir département français pour être protégé du monde musulman.

Mais cela ne s’est pas fait pour deux raisons :

  • D’abord le territoire détaché de la Syrie a été trop grand : pour englober tous les chrétiens de la région, il a également englobé beaucoup de zones musulmanes, et les chrétiens n’étaient que faiblement majoritaires. Aujourd’hui, ils sont très nettement minoritaires, notamment du fait de leur départ du pays à la suite de la guerre civile, de leur accueil favorable à l’étranger par leur diaspora et du fait de leur meilleur niveau d’études que les autres communautés.
  • Ensuite, l’évolution de la sensibilité mondiale sur les questions de colonisation a rendu cet objectif psychologiquement et politiquement impossible, comme en témoignent aujourd’hui les discussions qui refusent à la France toute légitimité sur ses départements d’outre-mer, particulièrement Mayotte, et sur la Nouvelle-Calédonie.

La construction du Liban d’aujourd’hui

Le Liban est donc resté indépendant et a mis en place un système « confessionnel » hérité de l’empire ottoman. Ce système classe la population suivant sa religion : les chrétiens maronites, qui avaient la majorité relative, les Arméniens, les Grecs catholiques, les musulmans sunnites, les musulmans chiites et une religion locale : les druzes, que l’on retrouve également plus au sud dans l’Israël d’aujourd’hui, et plus au nord en Syrie.

Ce classement par religion structure profondément le pays et vous en avez une description géographique et culturelle détaillée dans mon article précédent. Les adversaires de ce multiculturalisme, notamment lorsqu’il s’agit de l’appliquer à la France, rappellent les rivalités paralysantes et les guerres civiles que cela entraîne.

Pour mesurer la complication et donc l’immobilisme engendré par ce système, imaginez qu’en France les nominations officielles se fassent par groupe de 11 comprenant obligatoirement X catholiques, Y protestants, Z juifs, Z’ représentants d’une organisation laïque ou athée (les francs-maçons du Grand Orient par exemple), Z’’ représentants de telle tendance de musulmans etc. Imaginez également que le président de la République française soit obligatoirement catholique, le Premier ministre obligatoirement protestant, le président de la chambre obligatoirement juif etc.

Comme pendant l’Empire ottoman puis durant les premières années de l’indépendance le Liban était peu peuplé, chaque communauté regroupait peu d’habitants et était en pratique contrôlée par une ou deux familles dont on retrouve souvent des descendants aujourd’hui.

Bien entendu les puissances étrangères de la région s’appuyèrent sur des communautés : les Israéliens sur une partie des chrétiens, ce qui fut une erreur stratégique pour ces derniers, l’Arabie sur une partie des sunnites et l’Iran sur les chiites. Quant à la Syrie, elle n’accepta jamais la création du Liban et les services syriens furent souvent très actifs pour perturber la gouvernance du pays. En particulier on les soupçonne d’avoir commandité l’assassinat du Premier ministre Saad Hariri en 2005, et cela peu après avoir été son invité en tant que représentant des grandes écoles françaises dans une manifestation francophone… en même temps qu’un bon millier d’autres personnes, dans l’immense salle à manger de la cave de sa villa.

La situation avait encore été compliquée avec l’arrivée des réfugiés palestiniens, très majoritairement sunnites. La citoyenneté leur fut refusée d’une part pour sauvegarder leur « droit au retour » en Israël, mais aussi pour ne pas perturber l’équilibre interconfessionnel.

De même pour les réfugiés syriens chassés par la guerre civile, qui forment actuellement une partie importante de la population et qui sont également majoritairement sunnites.

Aujourd’hui on soupçonne les Turcs d’appuyer les sunnites et la Russie certaines factions chrétiennes.

La guerre civile de 1975 à 1990

Cette guerre civile entre chrétiens et musulmans commença en 1975 et gagna tout le pays. Elle fut particulièrement meurtrière et fut l’occasion d’atrocités dans tous les camps. Elle donna un pouvoir aux « chefs de guerre » de chaque communauté qui restent influents aujourd’hui.

Elle fut souvent mal comprise en France, où Le Monde et une grande partie de la presse française décrivaient une guerre entre « chrétiens conservateurs » et « palestino-progressistes » ! Je n’aurais pas ici la cruauté de commenter.

Cette guerre civile libanaise se termina à la suite des accords de Taef en 1989, qui consolidèrent le système communautariste en diminuant toutefois les pouvoirs du président de la République, obligatoirement chrétien. Ils consacrèrent aussi l’importance des chiites maintenant alliés à la tendance chrétienne du président Michel Aoun.

Le poids des chiites

Du fait de l’exode des chrétiens, les chiites sont devenus le principal groupe du Liban, démographiquement parlant. Par ailleurs, leur principal parti politique, le Hezbollah (le parti de Dieu) est un outil de l’Iran, qui le soutient financièrement et militairement, pour attaquer Israël par le nord. Le Hezbollah a notamment sa propre milice, puissamment armée et indépendante de l’armée libanaise.

Vu d’Israël, le Hezbollah est un simple instrument militaire et terroriste de Téhéran, alors que pour la France il faut être réaliste et tenir compte de son poids pour trouver une éventuelle solution. Le problème est de savoir si l’Iran souhaite qu’il y ait une solution.

L’opinion publique libanaise serait fatiguée du poids du Hezbollah qui règne militairement sur une partie du pays et est le principal acteur au niveau politique national. Les notables de ce parti sont de plus en plus assimilés à ceux des autres formations. Le mariage fastueux de la fille d’un responsable du parti a eu un effet désastreux en cette période de disette. Mais nul ne voit comment faire contrepoids à sa puissance militaire et à l’appui de l’Iran.

Une crise profonde

L’émotion populaire a été grande, suite à l’explosion au port de Beyrouth qui a causé de nombreux morts, des milliers de blessés, et détruit une partie de la capitale. Mais elle n’a rien changé à la paralysie du pays et n’a fait qu’approfondir la crise.

Fadi Sawan, premier juge chargé de l’enquête sur l’explosion, a été récusé au bout de huit mois, après les recours judiciaires d’anciens ministres inculpés pour « négligence ». La Cour de cassation a estimé que le magistrat ne pouvait être « objectif », sa maison ayant été touchée par l’explosion, et qu’il n’avait pas respecté les lois sur l’immunité parlementaire, plusieurs anciens ministres mis en cause étant également députés.

En février dernier, un nouveau juge, Tarek Bitar, a été désigné mais il bute à nouveau sur la levée des immunités auxquelles s’oppose le Parlement.

Liban : la situation politique aujourd’hui

Le président Michel Aoun vient de désigner Najib Mikati comme nouveau Premier ministre. C’est un homme d’affaires important, donc supposé lié à la classe dirigeante politique actuelle.

Après l’explosion du 4 août, tout a continué comme avant.

Le président français avait réclamé :

  • Une enquête indépendante sur les causes de l’explosion,
  • Un audit des réserves de la Banque centrale et des finances de l’État,
  • La nomination d’un gouvernement intérimaire capable de mettre en œuvre des réformes,
  • La tenue d’élections législatives anticipées dans un délai de moins d’un an.

Rien de tout cela n’a bougé.

Les raisons du blocage commencent à filtrer : les deux partis chiites, Amal et le Hezbollah se disputent la clé du coffre, pardon le poste de ministre des Finances, tandis que le président Michel Aoun veut installer son gendre à la présidence à la suite des élections de l’année prochaine. Enfin, l’Arabie exige que ses alliés sunnites aient une part plus importante du gouvernement.

Derniers développements

La Conférence internationale de soutien à la population du Liban s’est tenue le 4 août 2021, à l’invitation conjointe du président français et du secrétaire général des Nations unies. Les participants se sont engagés à fournir une nouvelle aide humanitaire de 370 millions de dollars à la population. Ils appellent la classe politique libanaise à former un gouvernement et à renouer le dialogue avec le FMI. Mais ce dernier exige à juste titre des réformes de fond pour lesquelles il faudrait un gouvernement indépendant de la classe politique actuelle.

Sur le plan politique il faudrait bien sûr des élections libres dans tous les sens du terme, et notamment non confessionnelles, mais qui va les organiser ? Si les règles ne changent pas on retombera dans le blocage actuel.

D’où la menace d’Emmanuel Macron de mise sous tutelle du pays, qui pourrait être mise à exécution.

Lors de la visite de Jean-Yves Le Drian, en mai 2021, ce dernier a encouragé l’opposition à se structurer et à se mobiliser en vue des élections de 2022. Certains observateurs sont encouragés par l’apparition de groupes de jeunes multi – confessionnels. Le plus ancien, « Arcenciel » date de… 1984, sans parler des tentatives démocratiques que les Français avaient tentées au début du mandat. Mais tout cela a été repoussé jusqu’à présent « par respect de l’attachement des Libanais à chacune de leur communauté ».

Le Liban mérite-t-il qu’on le défende malgré tous ses défauts ? Il y a un attachement historique, culturel et même romantique de la France à ce pays, et réciproquement, du moins pour une grande partie de sa population, et pas seulement des chrétiens. De plus le Liban a besoin d’alliés face aux intérêts de l’Iran, de la Turquie ou de la Russie.

Mais comment le défendre ? Les Français ont déjà des troupes dans la partie chiite sous le drapeau de la Finul, la force des Nations unies qui s’efforce d’éviter la guerre entre le Hezbollah et l’armée israélienne. L’envoi de troupes à Beyrouth même par les Français et les Américains s’est terminée par une évacuation en catastrophe suite aux attentats probablement syriens de 1983. Il ne semble pas qu’on n’ait envie de recommencer.

Une sorte de mandat international sous l’impulsion de l’ONU et du FMI serait rationnel, mais l’Iran, la Turquie et la Russie s’y opposeront, sauf accord discret notamment sur la présence de l’Iran au sud. La France devrait logiquement jouer un grand rôle dans ce mandat, sauf manœuvres de couloir à l’ONU notamment par les trois pays ci-dessus, ce qui pourrait aboutir à des résultats imprévus et pas forcément efficaces.

Yves Montenay

Article rédigé pour Contrepoints 

( 20 août, 2021 )

De l’Afghanistan, de Macron et de la Chine

 

Lu sur le blog de Bernard Antony

 

On s’en doutait un peu, pour être des barbares forcenés de la charia, les talibans ne sont pas tous des imbéciles !

Non seulement ils ont fini par liquider un régime de corrompus et son armée minée par la multitude de leurs complices à tous niveaux mais ils ont, ce faisant, ridiculisé les Américains, leurs services secrets, leurs diplomates, leur président.

Et voilà qu’ayant parfaitement compris les mécanismes de la médiacratie occidentale et de son masochiste aveuglement généralisé, ils viennent en moins de 36 heures de rejouer le vieux coup de l’islamisme modéré. Ils s’inscrivent ainsi dans la maîtrise de la dialectique de « l’islam mains rouges » et de « l’islam patte blanche ». Et nos médias, pour la plupart, gobent cela avec gourmandise ! Nonobstant le fait que leurs nouveaux talibans « modérés » à Kaboul ont à peine secoué leurs mains encore sanguinolentes de toutes les amputations, décapitations, lapidations, supplices du fouet et autres applications de la sainte charia qu’ils ont perpétrés partout sur leur parcours et que leurs valeureux frères en jihâd continuent de pratiquer partout dans les plaines et les montagnes loin des caméras.

Toutes les palinodies diplomatico-médiatiques qui font suite à la chute de Kaboul et à la débandade américaine suscitent évidemment l’ironie, si ce ne sont de gros rires des Chinois et des Russes. Les premiers se délectent dans la perspective qu’avec un tel degré de bêtise yankee, Taïwan tombera bientôt dans leurs mains « comme un fruit mur » selon l’expression chère à Lénine. Les seconds savourent la revanche de l’histoire sur l’échec soviétique d’il y a plus de trente ans. Celui-ci fut d’ailleurs  tout de même moins humiliant que celui de l’Amérique car sous la forme d’un retrait en bon ordre, sans précipitation, planifié, organisé après deux ans de maintien d’un pouvoir ne pouvant plus être soutenu par une URSS en processus d’effondrement.

L’indécente chute de Kaboul est le dernier épisode d’une longue suite américaine de débâcles précédées aussi de trahison :

1975 : abandon-panique de Saïgon en 1975 après la cessation du soutien matériel à l’armée du Sud-Vietnam qui, elle, se battait courageusement, héroïquement (sacrifice de ses unités paras à Xuan Loc…).

1978-79 : trahison du Chah d’Iran par le débilissime président Carter entraînant la prise du pouvoir par l’ayatollah Khomeiny, début de la propagation de l’incendie islamiste sur le monde.

1991 et suivantes : guerre du Golf, aberration du démantèlement sans solution de remplacement du régime baasiste, aux conséquences terribles (Daesch…).

Quant aux conséquences géopolitiques, politiques, morales, religieuses, civilisationnelles et sociales de la victoire talibane à Kaboul ce 15 août 2021, il faudrait être bien ignorant des phénomènes islamiques pour ne pas d’ores-et-déjà saisir qu’elles seront considérables et probablement presque toujours tragiques.

« Triomphe des guerriers d’Allah, défaite des roumis, des mécréants » : telle est la nouvelle qui a déferlé avec l’instantanéité des moyens de communications moderne dans toute l’étendue des pays réels de l’immense oumma, aussi bien dans la majorité sunnite que chez les chiites, tous exultant à la nouvelle de cet événement, par-delà leurs divisions et leur haine millénaire.

Les pays de la coalition alliée évacuent les Afghans qui, soldats, interprètes, employés de service, se sont compromis avec eux. On ne saurait au moins reprocher à monsieur Macron de ne pas vouloir répéter, fût-ce à une échelle bien moindre, le déshonneur jadis des abandons des catholiques du Tonkin et des harkis et supplétifs d’Algérie.

Hélas, hormis sur ce point, ses propos ont été marqués par son habituelle suffisance dans l’énoncé, main sur le cœur, de suffocantes promesses. Ainsi  de l’assurance de « son soutien à la société civile afghane » (sic !). Tout commentaire est superflu. Dans la même veine, il a prodigué pour les femmes afghanes « leur droit de vivre dans la sécurité, la liberté et la dignité ». Ouf ! De Kaboul à Kandahar, nul doute que la fulgurante nouvelle de ce propos héroïque aura suscité chez toutes les femmes, qu’elles soient sous la burqa grillagée ou enveloppées de niqabs et autres hijabs, une formidable espérance de libération prochaine. D’autant qu’il a assorti sa belle affirmation de l’émouvante promesse que voici : « Le destin de l’Afghanistan est entre ses mains mais nous resterons, fraternellement, aux côtés des Afghans ». De quoi en effet rassurer fortement ces derniers ! Et peut-être inquiéter ces jaloux de talibans !

Passons ici rapidement sur l’étourdissante ineptie de sa comparaison des défis auxquels sont confrontés les Afghanes et les Afghans avec « les siècles de lutte » qu’il a fallu aux Français « pour bâtir une nation conforme aux plus grandes espérances humaines » (sic !). Il est vrai qu’il n’est pas de déclaration macronarde qui vaille sans haute intensité de délire…

Plus sérieusement pour l’heure, ne se souciant pas plus des droits de l’homme en Afghanistan qu’au Tibet ou ailleurs, heureux d’avoir bien conseillé les talibans, les Chinois se frottent les mains. À eux les terres rares du pays où les Américains ne reviendront pas de sitôt ! Et puis les talibans ne sont pas si fous qu’ils s’en prendraient à leurs ressortissants pour quelque infraction à la charia. D’ailleurs ne croient-ils pas qu’Allah est grand et qu’il a pu prévoir pour quelques temps un partage du monde entre l’islamisme et le communisme de Xi ? L’entretien, au mois de juillet dernier, de leur « numéro deux », le mollah Abdul Ghami Baradr, avec le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, n’était pas chose anodine. Quelques semaines à peine avant la prise de Kaboul n’annonçait-il pas que le départ des Américains signifierait aussi une discrète entrée des Chinois ?

Quid maintenant de la Russie, de l’Afghanistan ? Certes, ces derniers non plus ne sont pas partis et ont maintenu leur ambassade. Depuis quelques années d’ailleurs, n’avait-on pas vu s’établir puis se resserrer des liens entre la diplomatie russe et celle des talibans ? N’avait-on pas vu en 2018 Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, accueillir chaleureusement dans un grand hôtel de Moscou une délégation de talibans menée par un de leurs fondateurs Abdul Ghami Baradar ? La Russie, bien sûr, est plus éloignée de l’Afghanistan que la Chine. Celle-ci a au moins avec ce pays une petite frontière de 75 kilomètres. La Russie en est désormais séparée par des États qui furent des Républiques soviétiques. Mais à n’en pas douter, l’habile diplomatie poutinienne n’aura pas manqué, nonobstant les bonnes relations de leur pays et de la Chine, de faire jouer auprès des talibans le fait qu’il serait sans doute pour eux imprudent de ne pas équilibrer leur relation avec la Chine par d’aussi bonnes relations avec la Russie… On le sait bien, on n’est pas dans cette affaire dans un contexte politique « bisounours ». On est à la fois dans la brutalité des barbaries totalitaires de l’islam et du communisme et aussi dans leur redoutable finesse orientale.

Malheureusement, par malheur pour les Afghans et pour l’Occident, ce grand escogriffe hébété de Joe Biden n’était pas plus fait que ses prédécesseurs Obama et Trump pour comprendre les paramètres du conflit afghan et être en mesure d’éviter la catastrophe de Kaboul.

Quant au si arrogant et confus Emmanuel Macron, que n’a-t-il lu et médité parmi toutes les admirables fables de La Fontaine celle de « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » ? Du moins, à n’en pas douter, fait-il sourire de même Xi, Poutine et le chef des talibans Haibatullah Akhundzada.

Bernard ANTONY

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