( 13 mars, 2019 )

L’ultime manœuvre du clan Bouteflika pour tenter de prolonger le quatrième mandat présidentiel

 

 

Charles Maurras disait de la République qu’elle gouverne mal mais qu’elle se défend bien. L’on peut dire la même chose d’un régime algérien aux abois qui vient de tenter une ultime manœuvre pour prolonger sa survie.

Car, en somme, ce qu’ont obtenu les millions d’Algériens qui manifestaient contre un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, c’est tout simplement le prolongement de son quatrième… Avec un report des élections et un régime maître du temps qui va désormais utiliser toutes ses courroies de transmission pour embrouiller la situation, diviser les contestataires et tenter toutes les provocations. Y compris celles qui pourraient conduire à un bain de sang afin de lui permettre d’apparaître comme le garant de la stabilité.

La manœuvre réussira-t-elle ? Il est permis d’en douter car la ficelle est bien grosse. L’opinion algérienne n’est pas dupe et elle n’a plus peur ; d’autant plus que la police a déjà largement fraternisé avec la foule. Quant à l’armée, elle n’est plus le bloc monolithique des décennies passées et, à force de vouloir « finasser », le vieux général Gaïd Saleh  a fini par en perdre le contrôle. Désormais, en son sein, la nouvelle génération n’en peut plus du « chibanisme » ancré sur les références à une histoire que tous savent être fabriquée.

En définitive  cet ultime coup de poker du régime pourrait bien au contraire précipiter sa chute avec une épuration totale du système FLN et de ses prébendiers.

L’Algérie qui vient de sauter de l’avion avec un parachute en torche se demande si le ventral va s’ouvrir…

Bernard Lugan

( 12 mars, 2019 )

Humeur • Un Roi ? Pourquoi faire ?

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Quelle idée saugrenue, passéiste, extrêmement droitière que de penser restaurer la monarchie !

Que ferait-on d’un Roi ?

Le nôtre, nous l’avons raccourci, jeté lui et sa famille aux orties de l’Histoire, il y a déjà bien longtemps.

LA LIBERTÉ, une de nos plus belles valeurs, était à ce prix ; nous ne voulions plus être des Sujets assujettis !

Les Français veulent être libres et égaux.

L’ÉGALITÉ, voilà notre seconde valeur phare, pivot de notre République. Merveilleux principe qui nous classe comme modèle mondial, et précurseur en la matière. En France, les Français sont égaux et nul ne peut se prétendre supérieur à l’autre.

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Et face à ces deux piliers qui soutiennent notre Panthéon national, nous pouvons cultiver la troisième et immense particularité française : « LA FRATERNITÉ. »

Libres, égaux et fraternels : le Monde nous envie, nous cite en exemple. Nous sommes : « Les Lumières du Monde ! »

Nous avons instauré la réalité terrestre des obscurantistes de la Religion : Le Paradis en France.

Avec la Démocratie, de loin le meilleur système de gouvernement, par le Peuple, et pour le Peuple ; Un Homme, une voix ; tout est dit : Egalité, Équité parfaite.

Il n’y a que des attardés, nostalgiques de régimes anciens qui regrettent, imaginent ou souhaitent  une France nationaliste, populiste ou pire encore monarchiste !

La Droite revancharde, la Droite à réaction !

Pas de ça chez nous !

Alors gentes dames et messires royalistes allez rêver :

Au Bon Vieux Temps des lampes à huile et de la marine à voiles dans vos châteaux hantés et poussiéreux.

La France est tout sauf un Royaume en décrépitude, c’est La République Une et Indivisible !

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Et pourtant, « Ailleurs en France », après le troisième rond-point du mimosa, il subsiste quelques vieilles âmes, quelques Belles Dames, quelques Gentilshommes armés de leur seule gentillesse, qui eux, rêveurs de beauté, espèrent voir refleurir des… Marie pleine de grâce, des Clotilde, des Jeanne d’Arc, des Grande Mademoiselle (quand ce titre existait encore), et des Bayard, des d’Artagnan, des Cyrano, des Manants du Roi, des croyants, des animés, qui espèrent tout de la Grâce ; des coeurs ouverts, des fous d’amour sans doute…

Que peuvent-ils peser face au sérieux, à la rigueur de la science des économistes rationnels d’une République En-Marche ?

D’un coté, la Raison et sa Déesse… Et de l’autre :

« La Fantaisie, la Courtoisie, le Panache, l’Honneur…

La Foi, le Roi, la Loi ! »

Notre Chevalerie paraît faible et inadaptée face à ces intelligences artificielles. Nous les Rois de coeur, les Dames de coeur, tous en recherche, les uns du Graal et les autres assoiffés de pouvoir d’achat.

Y aurait-il deux France irréconciliables ?

Bien sûr que non !

Il n’y a qu’une France, elle est diverse, et notre temps semble révolu…Révolution oblige !

gens-de-france.jpgA nous de reprendre notre place et de le claironner :

« Haut et Fort » !

Amis royalistes, l’heure est venue d’afficher nos convictions, de ne pas en avoir honte, d’être persuadés que les Gens de France seraient plus nombreux que nous le pensons à les partager…

Alors, saturons la Toile et partageons à outrance !

Montjoie Saint Denis !

( 11 mars, 2019 )

BEAUCOUP DE BAGOU, PEU DE CERVELLE

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Dans Lucien Leuwen de Stendhal, le père Leuwen donne ce conseil à son fils, Lucien, qui s’apprête à entrer dans la haute fonction publique : « Mon fils, quand vous croiserez un ministre, prenez-le systématiquement pour un imbécile, ces gens-là n’ont pas le temps de penser. »

C’est imparable. On peut d’ailleurs étendre cette considération au delà des ministres, aux députés, sénateurs, même aux hommes politiques de moindre envergure, à la plupart des maires des communes de plus d’un millier d’habitants et parfois même à quelques maires de bleds moins peuplés, qui n’en possèdent pas moins une belle ambition.

Le Champignacien, poursuivant son droit chemin, tourne délibérément ses pas vers l’avenir, car il sait qu’agriculture, commerce et tourisme sont les deux mamelles qui sèment le pain dont il abreuve ses enfants !

Maintenant, ces gens-là, ministres, députés, etc., ont cependant pas mal de qualités. Ils sont capables de serrer beaucoup de mains en un temps court, surtout en période électorale. J’en ai connu un qui, en l’espace d’un petit quart d’heure m’a serré la paluche cinq fois, chaque fois sans me reconnaître. Ils ont du bagou, ils parlent, sans notes, avec une terrible facilité, commettant par-ci par-là quelques fautes de français, mais ils ont une telle facilité et un tel aplomb qu’à moins d’être puriste sourcilleux, on ne les entend pas. Ils ont donc de l’aplomb, de l’assurance et, montons l’éloge encore d’un cran, du culot, ils n’ont peur de rien, ils sortent des platitudes, des balivernes, des phrases creuses, des clichés, des expressions tartignoles et prudhommesques, des bourdes superdimensionnées avec l’air le plus heureux, le plus confiant, le plus convaincu du monde. Quelquefois, ils ont lu deux, trois pages d’un livre épais et réputé sérieux, ils les répètent en les déformant à peine, ils les aboient comme des perroquets, leurs auditeurs en sont estomaqués et ravis. Il leur arrive aussi de jouer aux petits Malraux, ils se lancent alors dans la phrase obscure, ténébreuse, censée consécutivement profonde, qui traite généralement des arts, de la spiritualité ou de l’avenir de la civilisation et de l’univers. Pour ce faire, ils ont un peu baissé la voix pour faire croire qu’ils chuchotent un secret, qu’ils révèlent un mystère, qu’ils frémissent de sensibilité choisie et citoyenne, après quoi ils tonitruent quelques mots définitifs. Ils ne voient avec jubilation que leurs électeurs groupés et en extase et ne s’aperçoivent pas que dans les coins il y a tout de même deux ou trois types qui rigolent sous le couvert de leur main en paravent devant leur bouche. Si l’un, près de la porte, rit plus ouvertement, le regard féroce qu’ils lui lancent en sortant !  

Bernard Leconte
Bernard Leconte vient de publier un guide divertissant de Lille qu’il visite avec le Grand Roi sous le titre amusant : Louis XIV, Martine et moi, aux Éditions Les Lumières de Lille. 90 p, 14,90€
( 11 mars, 2019 )

11 mars 1963 : mort du colonel Bastien-Thiry , une reconnaissance symbolique ?

 

Lu sur « Boulevard Voltaire » cette très bonne analyse

 

Pendant très longtemps, la question de la légitimité française me tarauda l’esprit. M’inspirant des réflexions de Bertrand Renouvin, la meilleure approche que j’en faisais était celle consistant à dire que cette quête de légitimité passait, pour la France, par sa capacité à situer son action dans le projet historique de la nation. Et il est vrai que l’Histoire de France s’était bien écrite à travers la construction d’un État à même d’accompagner l’épanouissement de notre nation.

Toutefois, Philippe de Villiers, dans son ouvrage consacré à Clovis, Le Mystère Clovis, offre la définition la plus pertinente qui soit. En effet, tout l’enjeu de la légitimité française réside dans le difficile équilibre à trouver entre l’obéissance et la discipline. L’obéissance aux règles élémentaires qui définissent la vie en cité, c’est-à-dire les lois d’un État : la potestas. La discipline envers des principes moraux qui nous dépassent et que nous respectons naturellement : l’auctoritas.

C’est en cela que la mort du colonel Bastien-Thiry est loin d’être anodine dans ce cycle historique, car elle signe la fin ou, du moins, une sérieuse remise en cause de la légitimité française, en ce sens qu’il s’agissait d’en finir avec un homme qui s’était dressé contre la potestas au nom de l’auctoritas. Car comment comprendre cette phrase, « Devant l’Histoire, devant nos concitoyens et devant nos enfants, nous proclamons notre innocence, car nous n’avons fait que mettre en pratique la grande et éternelle loi de solidarité entre les hommes », si ce n’est sous l’angle d’une transcendance poussant l’homme à agir au nom d’un idéal presque chevaleresque.

L’action du colonel Bastien-Thiry surgit de ce sentiment de trahison, que l’on partage ou non, né de la transformation d’une victoire militaire acquise sur le terrain en une défaite politique (les accords d’Évian) sans précédent, que la France n’a toujours pas soldée, étant donné qu’elle en paie encore les dommages collatéraux : repentance à outrance, immigration extra-européenne…

Au-delà de la rancune personnelle qui opposa le général de Gaulle à son assassin d’un jour, condamner à mort le colonel Bastien-Thiry revenait à accepter implicitement qu’il avait eu raison sur l’interprétation de ce conflit national mais qu’il était impossible, pour l’autorité politique, de le reconnaître et qu’encore une fois, la potestas, le pouvoir légal, avait les moyens de taire cette vérité.

Le geste du colonel, aussi désespéré ou aussi justifié soit-il, n’était pas légal, il en paya le prix fort, mais totalement légitime, puisqu’il s’agissait de refuser que la notion d’intérêt général, jusqu’alors incarnée par la France, soit foulée aux pieds. Maintenir jusqu’au bout sa condamnation à mort signifia que l’État, et non la France soyons-en sûrs, était prêt à compromettre sérieusement ce qui l’avait animé jusque dans sa construction : la défense de son intégrité territoriale, politique et morale, en somme, de ses intérêts souverains.

Bastien Gorse

 Docteur en histoire contemporaine
( 10 mars, 2019 )

Il n’y a pas de civilisation européenne mais une pluralité de cultures nationales en Europe

 

Très bon article de Bruno Guillard lu sur « Boulevard Voltaire ». Il met bien les choses au point sur notre civilisation et les dangers qui la menacent, en particulier l’idée  marcronienne de l’existence d’une civilisation « européenne » qui n’est que le « cheval de Troie » de la « culture » nord américaine.

 

Emmanuel Macron a invoqué, dans sa récente lettre aux Européens, une commune civilisation européenne. Mais y a-t-il une civilisation commune qui serait strictement européenne ?
Selon Claude Lévi-Strauss, une société se déploie sur deux dimensions : la civilisation (agriculture, industrie, modes de production…) et la culture (création artistique, spiritualité, éthique, vie de l’esprit, institutions…). La science, inséparable de la technique, se tient, selon l’anthropologue, à l’intersection des deux sphères.

Au plan de la civilisation, les Européens ne se distinguent plus des autres Occidentaux ni, même, de toutes les nations les plus riches. La période pendant laquelle les sciences, les techniques et les industries modernes furent spécifiquement européennes est révolue (elles étaient, d’ailleurs, essentiellement britannique, française, allemande et italienne beaucoup plus qu’européennes).

Au plan culturel, de nombreuses spécificités européennes perdurent, mais ces spécificités sont nationales (par exemple, les langues sont des éléments essentiels des différentes cultures ; il n’y a pas de langue européenne mais des langues européennes dont les plus parlées sont nationales). L’Empire romain ne s’est étendu que sur une partie de l’Europe, laquelle a été beaucoup plus marquée par la culture romaine que celle qui se situait au-delà du limes. Les Yamnayas nous ont sans doute laissé leur(s) langue(s) (le débat n’est pas clos à ce sujet), qui a beaucoup évolué depuis l’âge du bronze au point d’avoir donné naissance à des langues qui ne sont plus inter-compréhensibles depuis fort longtemps, mais que reste-t-il de ce que Georges Dumézil a appelé leur « idéologie trifonctionnelle » ? Rien, sinon des travaux d’érudits. Cette « idéologie trifonctionnelle » pourrait être une source d’inspiration mais cet héritage, beaucoup d’autres peuples – les descendants très nombreux des Indo-Iraniens, mais aussi ceux des Européens qui ont migré en Amérique, en Australie… – peuvent également le revendiquer. Les cultures européennes ont été, pendant une période, uniformément chrétiennes, ou presque, mais les choses ont bien changé.

Les cultures d’Europe se sont influencées mutuellement pendant des siècles, ce qui leur donne un air de parenté. Mais il faut noter que ces influences n’ont pas été homogènes ; certaines cultures (grecque, romaine, française, anglaise, allemande et italienne) ont rayonné beaucoup plus que les autres. C’est la raison pour laquelle les cultures européennes sont, malgré des ressemblances évidentes, différentes les unes des autres ; la richesse de l’Europe, c’est sa diversité.

Les cultures antiques (grecque et romaine) ont inspiré les philosophes et les artistes de toute l’Europe ou presque, ce qui a contribué, tout comme le christianisme, à renforcer la parenté des cultures d’Europe, mais en ce début de XXIe siècle, elles sont (hélas !) largement mises de côté. Le christianisme lui-même (qui est fragmenté en plusieurs confessions, ce qui ajoute à la diversité culturelle européenne) est affaibli et, dans certains pays, les agnostiques et les athées sont les plus nombreux.

Depuis le siècle dernier, les cultures européennes subissent l’influence de la culture nord-américaine, laquelle, bien qu’européenne à l’origine, a divergé très rapidement, surtout depuis 1945. S’il est impératif de se préserver de la rapide montée en puissance de la culture islamique en Europe (liée à l’invasion démographique en cours), il ne faut pas oublier que c’est la culture hégémonique nord-américaine (individualiste, universaliste, mondialiste, progressiste…) qui, à ce jour, a encore le plus d’influence sur nos propres cultures. Le fait qu’elle soit d’origine européenne ne doit pas nous faire oublier que cette culture libérale est celle du déracinement, du mouvement permanent, de l’individualisme exacerbé, du mondialisme et du consumérisme frénétique – toutes choses qu’un conservateur conséquent ne peut que rejeter.

Contrairement à l’européiste Macron, qui considère qu’il n’y a pas de culture française mais une civilisation européenne, nous ne pouvons que constater la persistance des cultures nationales et l’inexistence d’une civilisation européenne.

Bruno Guillard

( 10 mars, 2019 )

Samedi 23 mars : Hommage parisien à feu le comte de Paris

 

 

Samedi 23 mars 2019, une messe sera célébrée à la demande de L’œillet Blanc pour le repos de l’âme de feu Monseigneur le comte de Paris, Henri VII de France. Cette messe de quarantaine aura lieu à 11h  en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, ancienne paroisse des rois de France, face au Louvre.

 

Venez nombreux, rendre hommage à notre regretté prince Henri d’Orléans, comte de Paris.

( 8 mars, 2019 )

Vous avez dit « entendre » ?

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

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« Il est décidément bien difficile à un Chef d’Etat élu de ne pas mentir à ses concitoyens.  »

Il y a des mots, dans une période déterminée et dans des circonstances particulières, qui connaissent une fortune inopinée, une vogue dont ils n’avaient guère joui jusqu’alors. Du moins à ce degré. Nous voulons dire qu’on les emploie soudain à tort et â travers. À tout bout de champ. Au point que, pour qui réfléchit un tant soit peu, leur utilisation politique hors norme devient suspecte. Suspecte d’hypocrisie et de tactique. Les deux, comme il se doit…

En l’occurrence le mot dont nous parlons est un verbe. Le verbe entendre, lequel a de multiples sens qui s’étendent et glissent de l’un vers l’autre. Le premier sens tient simplement de l’ouïe, le second de la compréhension, le troisième, à la forme pronominale, de l’entente et même de l’accord. « Je vous entends » : en premier lieu avec mes oreilles, en second lieu avec mon intelligence, ce qui revient à dire « je vous comprends ». « Ils se sont bien entendus » signifie convergence et bonne intelligence ; mais au-delà, « ils se sont entendus » veut dire « ils se sont mis d’accord ». De même que celui qui dirait à quelqu’un d’autre « je vous ai écouté » peut très bien vouloir lui signifier qu’il a suivi ses conseils. De l’ouïe initiale, pure et simple, la langue passe ainsi à l’intelligence, la compréhension, le conseil, l’accord.

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Avez-vous remarqué que le verbe entendre n’a jamais été aussi prononcé que dans les trois ou quatre mois que nous venons de vivre ? Le président de la République « entendait » la révolte des Gilets jaunes qui, au moins dans leurs commencements, disaient à grand fracas et parfois à haut risque, la colère des Français. Mais le Premier ministre aussi a fini par les « entendre » lui aussi, malgré qu’il en ait très certainement, et les ministres, les porte-parole, les parlementaires et même les journalistes, trop heureux que le tohu-bohu de la rue leur rapporte cet audimat si nécessaire … tout ce beau monde détesté des Gilets jaunes et de nombre de Français entendait. De façon répétitive et mécanique. Comme lorsqu’on a un tic. Qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire qui ne fût pas du vent ?

L’entendement du Pouvoir, c’est à dire d’Emmanuel Macron,  se résolut à débloquer 10 milliards pour calmer l’émeute après les samedis où Paris avait vécu des heures de guerre civile, où l’on craignit pour la sécurité du Président à l’Elysée, où un ministre dut être discrètement exfiltré de son ministère en compagnie de ses collaborateurs ébahis, où l’effigie du Chef de l’État avait été promenée dans la ville, suspendue à des guillotines virtuelles. Etc. En haut lieu, on répétait incessamment que l’on « entendait ».

Sans-doute entendait-on surtout au sens de l’ouïe. Beaucoup moins au sens de la compréhension et pas du tout au sens de l’entente ou de l’accord.

Du haut de l’appareil d’État, à vrai dire, l’on avait eu peur, ce qui ne s’était plus vu depuis mai 68 et au-delà depuis mai 58. La crainte avait conduit à entendre à hauteur des 10 milliards de décembre. Mais de compréhension, entente ou empathie, point du tout.

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Cela est si vrai qu’après avoir reconnu compréhensible et même légitime la colère des Gilets jaunes, l’on redevint critique sitôt que leur mouvement eut commencé à faiblir et le soutien des Français à s’effriter. Pour le discréditer, les casseurs, Blacks Blocs et Antifas, les racailles de banlieue, les pillards des cités avaient été laissés libres d’agresser, de casser et de piller. Les Gilets jaunes en porteraient la responsabilité… Les porte-parole et les médias – ce qui revient un peu au même – s’en sont chargés. Le ministre de l’Intérieur – si soucieux d’éviter tout amalgame aux musulmans vivant en France – n’a pas eu ce genre de délicatesse envers les Gilets jaunes. Il a usé contre eux de mauvais stratagèmes. Nécessité fait loi.

Qu’est-ce que tout cela signifie ? Sans-doute que lorsque les hautes autorités gouvernementales du régime qui est le nôtre commencent à nous répéter en boucle qu’ils nous entendent, il y a toutes raisons de penser qu’ils se moquent de nous sans vergogne. L’usage intensif et commode de ce verbe polysémique est fait pour tromper, enfumer, mentir. Ce n’est pas d’hier, mais il est décidément bien difficile à un Chef d’Etat élu de ne pas mentir à ses concitoyens.

( 8 mars, 2019 )

Surveiller et punir

 

Éditorial du n° 178 – mars 2019 – de

Surveiller et punir dans actualités logo_pm_01

L’État français produit moins d’emplois, moins d’industrie, moins de richesses, moins de sécurité, moins de beauté mais toujours plus de rigueur morale. Comme le soulignait naguère Philippe Muray – en 1992, quand même… –, il y a une envie de pénal de plus en plus vive. Éliminons les discours de haine des réseaux sociaux ! réclame Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances et du ministre de l’Action et des Comptes publics chargé du Numérique (et son titre seul fait reculer la haine), moins d’un an après qu’Édouard Philippe avait déclaré : « La France va “se battre” pour un projet législatif au niveau européen contraignant les opérateurs du Net, et notamment les réseaux sociaux, à retirer très rapidement le “torrent de boue” des contenus “haineux, racistes ou antisémites” ».

Et comme Mounir, SEMEFMACPCN, est un homme méthodique, il a mis au plan un plan inséré dans un canevas exhaustif, qui est en gros un instrument de torture sémantique, mais laissons-le en parler avec bonheur : « c’est pour cette raison que nous avons souhaité organiser le plan d’action au sein d’un canevas exhaustif de toutes les questions auxquelles nous devons apporter une solution ».

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations (ou, plus familièrement, SEEEFHLCD), et Mounir Mahjoubi, SEMEFMACPCN, justes et justiciers s’il en fut, réclament surtout le concours actif des citoyens pour faire régner la vertu : justice par tous ! Mounir a planifié dans son canevas que « toutes les plateformes ou sites mettant à disposition des espaces de discussion ou de partage de contenu proposent des outils de signalement facilement identifiables et mobilisables en quelques secondes par un utilisateur », le ministère se proposant de tester l’ergonomie des outils de signalement. En 2019, Anastasie est fonctionnaire et ses ciseaux, certifiés par l’Afnor, sont en acier équitable.

Quant à Marlène, elle est fière que la France réprime désormais le harcèlement en meute, voté en août dernier mais pousse un cri d’alarme : « C’est une loi très importante, mais pour qu’elle vive, il faut que chacun s’en saisisse, que des signalements soient faits, que des plaintes soient déposées… Il y en a encore trop peu. Et il faut que les services de police et de justice soient le plus réactifs possibles. » Dénoncez, les enfants ! comme dirait Macron. Soyez citoyens, surveillez-vous les uns les autres comme je vous surveille !

Soyez vigilants, repoussez toujours plus loin les bornes de la vertu indignée et de l’amour blessé. Vous n’arrivez pas à faire condamner tous les antisémites ? Criminalisez l’antisionisme. La manœuvre paraît quand même un peu compliquée car cela ferait un délit d’opinion de plus (« L’antisionisme […] c’est autre chose [que l’antisémitisme] puisqu’il s’agit d’un positionnement politique consistant à critiquer la politique d’Israël », comme dit Laurent Nuñez) ? Laissez tomber l’antisionisme mais redéfinissez l’antisémitisme. Les députés du groupe d’étude sur l’antisémitisme soumettront donc à l’Assemblée nationale une résolution, à la portée non contraignante, déjà proclamée par Macron,  (un peu comme Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières), qui proposera une nouvelle définition de l’antisémitisme intégrant une forme d’antisionisme. « Il s’agit de faire avancer la reconnaissance de ce qu’est l’antisémitisme au XXIe siècle », explique Sylvain Maillard, député LREM et président du groupe.

De redéfinition contextuelle en redéfinition contextuelle, on arrivera à faire rentrer toutes les opinions contraires dans le champ des expressions haineuses. Puis on expliquera que le fait de ne pas activement promouvoir les bonnes opinions est le signe d’une restriction mentale suspecte. On sommera les gens d’adhérer au nouveau catéchisme et on excommuniera séance tenante tous ceux qui témoigneront de la moindre réserve. Marlène Schiappa, SEEEFHLCD, souligne ainsi l’existence d’une « convergence idéologique » entre La Manif Pour Tous et « les terroristes islamistes ». Tel que. Les réservés seront réputés haineux. Et cette république vertueuse, où Mounir Mahjoubi, SEMEFMACPCN, veut faire régner l’amour, aura réussi à étendre si loin le champ de la haine que l’État aura le droit de fouiller nos consciences.

En attendant, il tente péniblement de fouiller nos opinions avec le Grand Débat, qui ne pourra pas être représentatif, au vu de ses modalités et des taux de participation. Mais c’est sans importance : ceux qui ne participent pas sont sûrement des réfractaires, des séditieux, des haineux.

Philippe Mesnard
( 8 mars, 2019 )

L’illisible stratégie américaine en Syrie

 

Lu sur « boulevard Voltaire »

 

L’État islamique (ou Daech) est militairement vaincu. Après avoir conquis et administré, par la terreur, de vastes territoires à cheval sur l’Irak et la Syrie, l’ancien califat ne défend plus que deux kilomètres carrés de territoire à Baghouz, près d’Hajin, au sud-est de la Syrie.

La chute de ce dernier réduit est imminente… depuis plusieurs mois. La bataille d’Hajin a en effet commencé en septembre.

Après six mois d’une laborieuse progression, les fantassins kurdes des FDS, appuyés par l’armada aérienne de la coalition, piétinent toujours devant les derniers irréductibles du califat. Certes, de nombreux civils sont toujours sur place ; des prisonniers également. Et, selon une tactique éprouvée après des années de guerre, les djihadistes ont creusé un vaste réseau de tunnels, ce qui compliquera les ultimes combats.

Mais tout de même ! Les avions américains, selon leur habitude, ont déversé des milliers de bombes sur ce tout petit territoire dont il ne reste pas un bâtiment debout. Les combattants de Daech n’ont plus un véhicule leur permettant de lancer des opérations-suicides ou de contre-attaquer. La dernière tentative, faite à bord de pick-up, a été totalement annihilée par l’artillerie française, disposée à quelques kilomètres de là.

Alors, que se passe-t-il ? Tout simplement ce que le colonel Legrier a expliqué dans l’article qui lui a valu tant de reproches de la part du ministre Florence Parly. Les bombes ne suffisent pas ; elles sont même contre-productives en exaspérant la population civile, première victime de ces frappes massives. Quant aux fantassins kurdes, leur professionnalisme n’est guère démontré (ils se sont débandés à chaque offensive de Daech) et leur combativité est en chute libre. Pourquoi mourir au profit d’un allié et protecteur qui annonce qu’il va bientôt vous abandonner ?

Cette piteuse fin de campagne montre toutes les limites de la stratégie américaine. Pour reconquérir Raqqa et Mossoul, le Pentagone a choisi de les détruire, tuant des milliers de civils. Que n’aurait-on entendu si les Russes avaient procédé ainsi à Alep ou dans la Ghouta ! Au cours des reconquêtes syriennes appuyées par l’aviation russe, seuls les immeubles abritant des combattants étaient visés.

Alors, bien sûr, ce petit réduit va finir par tomber. Mais quelle victoire politique pour Daech ! Une poignée d’hommes mettant en échec l’armada de la coalition pendant des mois, voilà qui ne peut qu’alimenter l’aura de l’État islamique.

Plus personne ne comprend la stratégie de l’Amérique, si elle existe d’ailleurs : après avoir longtemps soutenu en sous-main des rebelles prétendument modérés, elle les a finalement abandonnés ; puis elle a envoyé 2.000 hommes et des moyens aériens considérables pour appuyer les Kurdes contre Daech : elle annonce, finalement, qu’elle s’en va, avant la fin de la bataille. Et dans le même temps, elle annonce qu’elle restera en Irak pour surveiller l’Iran, ce qui a naturellement soulevé un tollé à Bagdad.

Tout cela révèle une confusion sidérante mais aussi de profonds désaccords entre les différents centres de pouvoir américains.

Le bilan américain au Proche-Orient est décidément accablant.

Antoine de Lacoste

( 8 mars, 2019 )

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Au sommaire du numéro de mars …

Éditorial : Surveiller et punir.

Dossier – Le Grand Débat, la fabrique du consentement. 

France – Le gouvernement hypothèque-t-il notre or ?

Islam – Le pari de la réformation. 

Monde -  Brexit : la mollesse de l’accord dur.

Et aussi dans ce numéro…  54 pages d’actualité et de culture.

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