( 17 mai, 2020 )

« Jeanne d’Arc, un miracle français »

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

« Aucune figure n’émerge de l’histoire du Moyen Âge avec la même clarté et la même vivacité. » Cet éditorial du Figaro Histoire (15.05) n’appelle pas de commentaire. Il doit simplement être lu dans un esprit de plein accord en ce mois de mai du centenaire de l’institution de la Fête Nationale de Jeanne d’Arc et de sa canonisation.  « Jeanne d’Arc, un miracle français » dans histoire Logo-Je-Suis-Français-Copie-Copie

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C’est la plus incroyable des histoires. Il y a du merveilleux, des secrets, des mystères, de la gloire et des larmes. Des prodiges d’héroïsme, un concert de lâchetés. Il y a des batailles et des chevauchées, des exploits de chevalerie dignes d’une épopée, des retournements de situation qui réduisent à rien la rhétorique des habiles et des raisonnables, des surprises qui font croire au miracle. Elle s’achève au bout de deux ans dans les flammes d’un bûcher où meurt une jeune fille de dix-neuf ans en prononçant le nom de Jésus.

On s’y perd parfois dans la complexité de l’époque comme dans la plus profonde des forêts. Il y a deux rois, un régent, un cardinal, deux ou trois papes, et l’on peut, en une journée de cavalcade, changer plusieurs fois d’obédience entre Bourguignons, Armagnacs et Anglais. On y croise des saints et des anges, des courtisans vêtus de brocart, des docteurs de la loi à col d’hermine, des paysans et des chevaliers, des religieux et des soudards, des bâtards grands seigneurs et des princes dégénérés. Des collaborateurs qui se croient patriotes, des résistants plus soucieux de leurs querelles que de bouter l’Anglais hors de France.

On s’y émerveille de la fraîcheur de la jeunesse qui chevauche dans l’odeur d’herbe mouillée. Du courage et de la peur surmontée. Des vies offertes et des surprises que réserve l’amitié. De l’éclat des matins de victoire, quand le bonheur est sans mesure, quand le cœur paraît près d’éclater. On s’y effraie de trouver, aux jours de tristesse, tant d’évêques prévaricateurs et de prélats stipendiés, d’officiers résignés à l’obéissance, de juges aux ordres et de notaires qui font des faux. On s’y étonne de compter sur les doigts de la main les figures par lesquelles l’honneur est sauvé.

XVMb4983234-95e3-11ea-85b0-cd29af542a7f-350x453-1-212x300On y assiste au sacre d’un roi de France dans une cathédrale pavoisée, avant d’être plongé dans les arcanes d’un procès truqué. On y est enveloppé dans les intrigues de cour, les rivalités de parti, les abandons et les défaites ; ballotté entre les calculs des politiques, la veulerie des diplomates, la trahison des clercs. On y vit des journées de captivité, des nuits passées dans les fers, le silence et le doute, la douleur de ne plus savoir ce que commande le devoir, la peur de la mort par le feu, l’égarement que suscite l’abus d’autorité. On y pleure au pied d’un bois de justice devenu l’instrument de l’iniquité, dans l’odeur âcre de la fumée.

C’est la plus incroyable des aventures: elle a changé le cours de notre histoire. Au cœur d’un drame féodal, elle place sur le devant de la scène une petite paysanne illettrée. Elle ne connaît, dit-elle, ni son «a» ni son «b», elle a dix-sept ans à peine, et elle comprend d’instinct ce qui échappait au conseil des docteurs et des sages: que son pays ne sortira de la guerre civile et de l’occupation étrangère qu’en restaurant d’abord le principe de l’autorité. Quand Jeanne quitte Vaucouleurs, le 22 février 1429, l’héritier de la couronne de France est un jeune homme de vingt-six ans peu préparé à sa tâche (il n’était que le cinquième fils de Charles VI) ; il n’est qu’un prétendant contesté. Dénué de ressources, errant, proscrit, menacé de devoir bientôt se replier en Dauphiné ou s’exiler à l’étranger. Quand elle est capturée, un an plus tard, à Compiègne, elle a fait de lui, par la victoire et par le sacre, le garant de l’indépendance de la France et la clé de sa reconquête sur le parti de l’étranger. « Du point de vue le plus terrestre, du point de vue politique, écrit avec admiration le sceptique Jacques Bainville, ce qu’il y a d’incomparable chez Jeanne d’Arc, c’est la justesse du coup d’œil, le bon sens, la rectitude du jugement. Pour sauver la France créée par ses rois, confondue avec eux, il fallait relever la royauté. Pour relever la royauté, il fallait rendre confiance et prestige à l’héritier.»

C’est le plus poignant des face-à-face. Jugée pour hérésie, schisme, apostasie, scandale, menacée d’être brûlée vive, Jeanne comparaît devant l’évêque de Beauvais, qu’assiste le vice-inquisiteur de France. Plus de quarante prélats siègent à leurs côtés: évêques ou canonistes, avocats de l’officialité, religieux ou chanoines, maîtres de l’Université. Tout au long de ses interrogatoires, sans avocat, sans conseil, elle leur tiendra tête en énonçant dans une langue claire, tranchante, imagée, les tranquilles évidences de sa foi.

Face aux grandeurs d’établissement, aux puissances du temps, à ceux qui ont «mandat» de parler, elle illustre comme personne la phrase de l’Evangile: « Je te bénis, Père, (…) d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.» (Matthieu, 11, 25). Et encore: «Et quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous préoccupez pas de ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné sur le moment: car ce n’est pas vous qui parlerez mais l’Esprit-Saint.» (Marc13, 11).

C’est la plus incroyable des histoires, et pourtant elle est vraie. Aucune figure, peut-être, n’émerge de l’histoire du Moyen Âge avec la même netteté. Aucune n’est aussi bien documentée. L’aventure de Jeanne d’Arc, cette comète dans un ciel d’encre, a fait l’objet de deux procès. Celui qui la condamna au bûcher, et celui qui, vingt-cinq ans plus tard, vit l’Eglise la réhabiliter, alors qu’étaient encore vivants nombre de témoins, d’acteurs, de sa vie et de son épopée. Cent vingt-huit d’entre eux y furent interrogés, et l’essentiel de leurs dépositions nous a été conservé, comme l’avaient été les minutes des interrogatoires de Jeanne. Elles donnent sur son enfance, sa vie, son caractère, ses actes, plus de précisions qu’on n’en a sur aucun des personnages de notre histoire. Elles nous font connaître sa fraîcheur, sa vivacité, son goût de la repartie moqueuse et son solide bon sens, son rire, ses insolences, ses doutes, ses angoisses, sa foi d’enfant, jusqu’au pied du bûcher. Elles font plus: à six cents ans de distance, elles nous font entendre sa voix. Cette voix est celle-là même de la jeunesse et de l’innocence, de la vaillance et de la générosité, de l’amour de sa terre et de l’amour de Dieu, inextricablement liés. Rarement, elle aura atteint, depuis Antigone, une telle intensité. Elle est inoubliable.

Cet article est extrait du Figaro Hors-Série «Jeanne d’Arc», disponible ici en format papier ou numérique.

( 17 mai, 2020 )

17 mai 1940 : de Gaulle et la légende de Montcornet

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

La bataille qui s’est déroulée à Montcornet (Aisne), le 17 mai 1940, est restée dans la mémoire collective comme l’une des rares, sinon la seule victoire des armées françaises pendant la bataille de France (10 mai-23 juin 1940) face à l’ennemi allemand. En fait, il s’agit plutôt d’un malentendu à l’origine duquel se trouve la maladresse du général Aimé Doumenc (1880-1948) qui écrit, le soir du 17 mai : « La 6e armée ayant poussé les unités blindées sous les ordres du colonel de Gaulle était à 10 h 30 au nord de Montcornet, et à midi un message en clair signalait l’urgence d’une contre-attaque de leur part. Notre propre contre-attaque avait donc réussi. »

La réalité est malheureusement plus cruelle, car le colonel Charles de Gaulle, nommé commandant de la 4e division de cuirassés, la plus puissante des grandes unités blindées de l’armée française avec 364 blindés, n’a jamais reçu l’ordre d’aller à Montcornet. L’ordre qu’il reçoit, le 15 mai, par le général Doumenc est le suivant : « Le commandement veut établir un front défensif sur l’Aisne et sur l’Ailette pour barrer la route de Paris. La 6e armée, commandée par le général Touchon et formée d’unités prélevées dans l’Est, va s’y déployer. Avec votre division, opérant seule en avant dans la région de Laon, vous avez à gagner le temps nécessaire à cette mise en place. »

Mais quand de Gaulle lance ses chars à l’attaque de la bourgade, le gros des troupes de Panzer allemands, appartenant aux 1re et 2e Panzerdivision, ont dépassé Montcornet. Le village n’est défendu que par la 3e compagnie du 66e bataillon de sapeurs allemands. L’entrée au sud-ouest a été minée. La défense antichar est assurée par des hommes du 59e bataillon antiaérien allemand.

L’attaque est lancée le 17 mai à 4 h 15. Deux colonnes de chars sont formées. La 6e demi-brigade commandée par le lieutenant-colonel Sudre, forte de 34 chars Renault B1 bis et de 14 Renault D2, avance sur l’axe Laon-Moncornet. La 8e demi-brigade du lieutenant-colonel Simonin, avec 90 chars R35, flanc-garde la 6e sur l’axe Maison Bleue-Sissonne-Lislet.

Les premiers accrochages ont lieu vers midi, à Lislet, où le feu antichar allemand détruit deux chars légers français et force les autres à se replier car ils vont être à court de carburant.
À Montcornet, le capitaine Penet est pris à partie par l’ennemi et subit la perte de plusieurs éléments. Quand les chars lourds français, revenant du ravitaillement, entrent en action, de Gaulle sait que les jeux sont faits. Les blindés doivent progresser en lisière de Montcornet, la bombarder pendant six minutes et revenir. La mission est quasiment impossible. C’est en l’effectuant courageusement que le commandant Jean Bescond, à la tête du 46e BCC, et sept de ses hommes tombent au combat.

À 18 h 30, la bataille de Montcornet est terminée. Sur les 88 chars français engagés, 23 sont détruits. L’attaque française a bousculé et déstabilisé l’ennemi. Mais elle n’empêche pas la progression des blindés du général Ewald von Kleist (1881-1954) vers Cambrai et Saint-Quentin, avant qu’un ordre d’Hitler ne les arrête !

Ni victoire ni défaite, à l’image de la bataille de Stonne, Montcornet relève d’un combat comme la guerre en a vu de très nombreux. De Gaulle restera discret sur cet épisode mais n’empêchera pas la littérature (Faulkner, Bouchet, Ortoli et bien d’autres) de s’emparer de cet épisode pour renforcer sa légende.

Henri Saint-Amand

 Consultant
( 11 mars, 2020 )

Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda

 

Communiqué de Bernard Lugan

 

26 années après le drame, l’histoire du génocide du Rwanda n’est connue que par sa version officielle. Ecrite par les vainqueurs, elle est répétée en boucle par des médias alignés sur la doxa imposée par le régime du général Kagamé.
Cette histoire officielle tient en trois points :
1) Le 6 avril 1994, les « extrémistes » hutu abattirent l’avion du président hutu Habyarimana.
2) Dans la nuit du 6 au 7 avril, ces mêmes « extrémistes » hutu firent un coup d’Etat afin de mettre en place le GIR (Gouvernement intérimaire rwandais), qui entreprit de déclencher le génocide des Tutsi, un génocide programmé de longue date.
3) Les forces tutsi du FPR furent alors contraintes de violer le cessez-le-feu en vigueur afin de sauver les populations du massacre.
Or, cette histoire est  fausse car :
1) Les « extrémistes » hutu n’ont pas assassiné leur propre président.
2) Il n’y a pas eu de coup d’Etat dans la nuit du 6 au 7 avril, mais tout au contraire, tentative de respecter la légalité constitutionnelle par la formation d’un pouvoir civil.
3) Le FPR a déclenché son offensive dès l’annonce de la mort du président Habyarimana, donc plusieurs heures avant les premiers massacres. Sachant qu’il allait ethno-mathématiquement  (90% de Hutu et 10% de Tutsi) perdre les élections au terme de la période de transition, sa seule possibilité de parvenir au pouvoir était en effet une victoire militaire.
Face au montage historique visant à légitimer la prise de pouvoir du FPR par la force, la véritable histoire du génocide du Rwanda a été écrite, jour après jour, et cela durant près de 15 années devant les quatre Chambres du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), créé le 8 novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Ce tribunal siégeant à Arusha, en Tanzanie, et qui a clôturé ses travaux  le 31 décembre 2015, a jugé 69 personnalités hutu. Lors de ces procès, des milliers de témoignages, des dizaines de milliers de documents écrits, sonores, photographiques ou filmés ont été produits et des dizaines de rapports d’expertise ont été présentés et défendus. Or, ceux qui prétendent parler du Rwanda n’ont jamais consulté ces archives, et quand ils les évoquent, ce n’est le plus souvent que par ouï-dire…
Et pourtant, au fil des audiences, une nouvelle version de l’histoire du génocide du Rwanda fut écrite qui est venue bouleverser sur trois points fondamentaux, à la fois l’état des connaissances que l’on avait en 1994, et l’entreprise de désinformation des officines alimentées par Kigali:
1) Aucune des quatre Chambres composant le TPIR n’a retenu la validité du cœur de l’histoire officielle, à savoir la préméditation du génocide. Selon les juges, l’Accusation ne fut en effet pas en mesure de démontrer que le génocide avait été programmé, le Procureur n’ayant pas apporté la preuve de l’existence d’une entente antérieure au 6 avril 1994 en vue de le planifier et de l’exécuter.
2) Le postulat de la planification envolé, quel fut donc le déclencheur de ce génocide ? Là encore, la réponse est très claire : devant les quatre Chambres du TPIR, il a été acté que ce fut la mort du président hutu Habyarimana, tué dans l’explosion de son avion abattu par deux missiles dont nous connaissons l’origine, les numéros d’identification ainsi que l’identité de ceux qui les tirèrent… Qui a donc ordonné cet attentat ? Sous la pression des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, le TPIR n’eut pas l’autorisation d’enquêter sur ce crime. La seule certitude est que cet attentat ne fut pas commis par des « extrémistes » hutu…
3) Le 6 avril 1994, dès la nouvelle de la mort du président Habyarimana connue, les forces du général Kagamé ont lancé une offensive préparée depuis plusieurs semaines contre l’armée nationale rwandaise désemparée par la mort de son chef d’état-major tué lors de l’attentat, et dont l’armement avait été consigné par l’ONU dans le cadre du cessez-le-feu et des accords de paix.
Expert assermenté devant le TPIR dans huit des principaux procès qui s’y sont tenus, j’ai préparé et rédigé huit rapports d’expertise que j’ai ensuite présentés et défendus devant les différentes Chambres entre 2002 et 2012.
Conservés dans les archives du TPIR, ces rapports n’étaient jusque-là accessibles qu’à un public plus que restreint. Aucun journaliste ou « expert » prétendant parler du Rwanda ne les a consultés. Et pourtant, ces huit rapports constituent des éléments essentiels à la compréhension en profondeur des tragiques évènements qui embrasèrent le Rwanda entre 1990 et 1994. Ils marquent également  autant d’étapes dans l’évolution de l’historiographie du génocide et ils permettent de comprendre le fonctionnement interne de cette énorme machine que fut le TPIR.
Regroupés dans un volume de 585 pages, ces huit rapports constituent un socle de connaissances en dehors duquel il est illusoire de prétendre parler du génocide du Rwanda d’une manière scientifique.
Pour obtenir le document au format PDF (585 pages/30 euros) :
Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda  dans histoire

( 10 mars, 2020 )

Aux origines de la question sociale en France. Partie 2 : l’idéologie libérale des Lumières.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Après un rapide tableau de la situation économique de la France royale avant la fin du XVIIIe siècle et l’évocation des corporations et de l’ordre socio-professionnel de cette époque, il n’est pas inutile d’évoquer succinctement l’état d’esprit dominant sous les Lumières, véritable révolution dans la pensée du service et du temps (entre autres), à rebours de la conception royale de la justice : le règne de l’Argent et de la classe qui en vit et qui en fera système s’annonce…

L’organisation corporative de la société et de la production françaises a longtemps convenablement fonctionné et la puissance avérée et significative de l’économie nationale sous la royauté fondatrice et fédérative est indéniable. Mais cela signifie-t-il, pour autant, que la Monarchie d’Ancien Régime ne connaissait pas de problèmes sociaux ou qu’elle était un système parfait et intangible, insensible aux temps et à leurs contraintes, leurs évolutions ? Bien sûr que non !

Nous connaissons tous les révoltes paysannes mais aussi urbaines qui émaillent les temps les plus difficiles du Moyen âge, en particulier après le XIIIe siècle. Elles traversent aussi l’époque dite moderne, et peuvent nous laisser une image plus que contrastée des temps anciens. Nous savons également que ce qui nous semble simple et naturel aujourd’hui (comme la disponibilité – payante, généralement – des produits de consommation alimentaire ou technique), ne l’était pas forcément hier : mais ne confondons pas les progrès techniques, souvent utiles et même salvateurs quand ils sont maîtrisés (1), avec les questions sociales, sans pour autant négliger les rapports et les tensions que les uns et les autres, dans toute société humaine, peuvent entretenir.

Or, ce qui est marquant dans l’exercice et la justification de la Monarchie, c’est son souci politique de la justice, symbolisé par la main de justice remise au roi lors du sacre de Reims et par l’histoire exemplaire (et présentée comme telle par les historiens de la dynastie) du roi Louis IX, devenu saint peu de décennies après sa mort devant Tunis. (2) C’est aussi le souci de garantir « le plus grand bien » aux peuples du royaume, ceux-ci étant indissociables de l’essence même de la Monarchie, ce que symbolisait l’alliance remise au roi, toujours lors de la cérémonie du sacre. Sans oublier sa fonction thaumaturgique qui voit le roi toucher les écrouelles (3) et laver, à l’imitation du Christ, les pieds de quelques miséreux à Pâques…

Or, l’idéologie des Lumières va remettre tout cela en cause, et c’est ainsi que la justice sociale va en être, au niveau des principes en attendant que cela soit au niveau des pratiques, la grande victime expiatoire, tout comme l’équilibre des sociétés et les classes populaires que les Lumières se chargeront, bientôt, d’invisibiliser.

 

Dans un récent article passionnant de La Nouvelle Revue Universelle (4), Antoine de Crémiers décrit le processus idéologique qui se met en place au XVIIIe siècle, sous un titre de paragraphe particulièrement évocateur, « La liberté du travail, « valeur » suprême de l’oligarchie » : « Comme l’a si bien démontré Karl Polianyi, qu’il s’agisse du mercantilisme ou des formes antérieures de régulation du travail, la valeur du travail – comme l’économie en général, d’ailleurs – est toujours subordonnée à d’autres exigences – religieuses, morales, politiques – qui en forment le cadre et viennent « l’encastrer » dans le social. C’est le libéralisme qui, peu à peu, va dégager l’économie de ces encastrements pour la rendre autonome et indépendante de tout lien avec la religion, la morale et la politique. Et c’est au nom de la liberté du travail que ce processus de dégagement va s’accomplir. C’est une fantastique et redoutable révolution.

Hannah Arendt résume très clairement les étapes de cette conception nouvelle : « L’ascension soudaine, spectaculaire du travail passant du dernier rang à la place d’honneur et devenant la mieux considérée des activités humaines, commença lorsque Locke découvrit dans le travail la source de toute propriété. Elle se poursuivit avec Adam Smith qui affirma que le travail est la source de toute richesse ; elle trouva un point culminant dans le système du travail de Marx où il devint la source de toute productivité et l’expression même de l’homme. » Adam Smith élabore une idée promise à un grand avenir et qui triomphe aujourd’hui, celle d’un marché « libre » permettant la libre circulation des marchandises et l’accumulation sans aucune limite des richesses. Pour que ce marché puisse se constituer, il faut que les produits du travail puissent s’y échanger en fonction de leur coût et cela ne peut se faire que si le marché du travail est également « libre » et indépendant de toute considération d’ordre moral, religieux et social susceptible d’en perturber le fonctionnement. Le travail est désormais une marchandise vendue comme tous les autres produits au prix strictement déterminé par la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande.

Ainsi, la véritable découverte que promeut le XVIIIe siècle n’est pas celle de la nécessité du travail – on la connaissait depuis toujours -, mais celle de la nécessité de la liberté du travail et, pour y parvenir, la destruction, la disparition des modes d’organisation du travail qui venaient la limiter et la contraindre. » C’est aussi ce que promeut Turgot à travers ses écrits et ses actes lorsqu’il sera lui-même aux commandes de l’économie française, avant que le roi ne mette fin à cette « expérience libérale » (sur le plan économique) qui avait entraîné la première dissolution des corporations, en 1776, ensuite rétablies avant que la Révolution, éminemment libérale, ne les interdisent purement et simplement par les lois de 1791 : « Dans un article de L’Encyclopédie, Turgot résume fort bien la philosophie politique du libéralisme : « Ce que l’Etat doit à chacun de ses membres, c’est la destruction des obstacles qui les gêneraient dans leur industrie ou qui les troubleraient dans la jouissance des produits qui en sont la récompense. » Pour Turgot comme pour Adam Smith, l’intérêt est le véritable régulateur économique et c’est l’économie qui fait société. » Ainsi, les libéraux légitiment ce que l’on pourrait nommer l’égoïsme économique contre les solidarités professionnelles incarnées par les corporations.

Autre révolution issue des Lumières, celle du temps, ou plutôt de sa conception et de sa compréhension, synthétisée et symbolisée par le raisonnement d’un Benjamin Franklin qui va « financiariser », « marchandiser » le temps, le ramener à une simple dimension utilitaire et matérielle : « Le temps, c’est de l’argent », traduction un peu maladroite mais explicite de son « Time is money » (5). Une formule terrible qui va légitimer la destruction de tout ce qui n’apparaît pas « utile » ou rentable aux yeux des possédants ou des actionnaires, et va permettre, en toute « bonne conscience » et dans le cadre de la Loi, l’imposition de rythmes inhumains, mécaniques et réglementés aux travailleurs d’usines comme de la terre…

Jean-Philippe CHAUVIN

 

(à suivre : les grandes dates de la naissance de la question sociale en France)

 

Benjamin franklin

 

 

Notes : (1) : la Technique est-elle toujours un « progrès » ? S’il s’agit de la meilleure connaissance (et de sa pratique) des savoirs et des moyens de les maîtriser sans en devenir totalement dépendant, la réponse sera positive ; mais s’il s’agit d’une Technique qui s’imposerait aux hommes et serait aux mains de ceux qui la possèdent sans les garde-fous du « Bien commun » et de la nécessité du « partage du meilleur », il est évident que notre réponse sera négative ! C’est ce que le républicain Michelet évoque en partie dans son ouvrage peu connu intitulé « Le peuple », dans lequel il dénonce le machinisme, idéologie « patronale » de la Machine… C’est aussi ce que dénonce le royaliste Bernanos dans la série d’articles de « La France contre les robots », véritable charge contre le règne des Machines étendu aux sociétés modernes toutes entières.

(2) : Louis IX est ainsi représenté comme celui qui rend la justice sous le chêne de Vincennes, et qui conseillait à son fils d’être d’abord du côté des plus pauvres quand un procès les opposait à de plus riches, et cela pour permettre, non d’influer sur le verdict, mais d’assurer l’équité du procès lui-même et éviter que la puissance des uns ne favorise ceux-ci au détriment de la justice elle-même. Aujourd’hui, saint Louis passerait, près de certains, comme un odieux gauchiste…

(3) : les écrouelles se marquent par des fistules purulentes, localisées principalement dans le cou, et que les rois de France, sans doute depuis les carolingiens, étaient censées guérir en les touchant : le seul roi Louis XIV en touchera plus de 200.000 durant son règne… Mais, en fait, ce n’était pas le roi lui-même qui était guérisseur, mais son intercession entre Dieu et les malades qui devait permettre à Dieu de décider qui devait guérir…

(4) : Nouvelle Revue Universelle, 1er trimestre 2019, numéro 55.

(5) : quand Benjamin Franklin écrit cette phrase, il ne pense alors qu’au temps du travail et à sa productivité. La société de consommation, qui est la deuxième grande phase de développement et d’imposition de cette conception utilitariste du temps, va étendre la formule au temps libre, faisant de celui-ci une des plus importantes sources de revenus contemporaines, des parcs d’attraction aux films d’Hollywood, des jeux électroniques au tourisme international…

 

( 5 mars, 2020 )

Aux origines de la question sociale en France. Partie 1 : Le royaume de France et la Monarchie avant 1789.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Le Cercle Lutétia a pour vocation de faire connaître les fondements et les raisons du royalisme et de la Monarchie en France, et d’étudier ceux-ci, avec l’aide des travaux et des réflexions menés sur la société française, ses évolutions et ses institutions, selon une perspective historique mais aussi et surtout politique. Le texte ci-dessous est la première partie d’un cercle d’études sur les origines de la question sociale en France, et il doit être l’occasion de discussions, de précisions ultérieures et de critiques constructives : il n’est donc qu’une ébauche, celle qui appelle à la formulation et à la rédaction d’une étude plus vaste et mieux construite sur cette question qui préoccupe tant nos contemporains et à laquelle les royalistes sociaux du Groupe d’Action Royaliste consacrent aussi tant de temps et d’énergie, dans leurs réunions et publications comme sur le terrain, dans la rue ou sur leur lieu de travail…

Lorsqu’on évoque la question sociale en France, on oublie souvent ses racines, ses origines, son histoire tout simplement, et l’on se contente trop souvent de quelques idées reçues, confortant l’idée, largement fausse, que seule « la gauche » (1) s’y serait intéressée et s’y intéresserait encore, comme une sorte d’avant-garde revendiquée des travailleurs ou de la « classe ouvrière ». Mais il est tout à fait possible, et encore plus convaincant, de rétorquer que la première mention de la « justice sociale » est attribuée au… roi Louis XVI, celui-là même qui va affronter la tempête révolutionnaire et, malheureusement, être emportée par elle, tout comme l’édifice social et corporatif qui, jusque là, constituait un modèle original et une alternative véritable et tout à fait crédible au modèle anglosaxon pas encore totalement dominant quand il avait, pourtant, conquis déjà les esprits des nobles et des bourgeois éclairés, anglophiles et libéraux.

Ce qui va nous intéresser aujourd’hui, c’est la recherche et l’évocation des origines de ce que l’on nomme la question sociale, trop souvent limitée, d’ailleurs, à la seule question ouvrière mais qu’il semble pourtant important, voire nécessaire, d’élargir à la question paysanne (2) qui concerne aussi, même si cela paraît moins vrai et sensible depuis les années 1960-80 (3), des communautés importantes (numériquement et socialement) et, sans doute, nécessaires dans une société équilibrée ou soucieuse de l’être.

Mais, tout d’abord, il importe aussi de dresser un tableau de la France d’avant la Révolution française, cette révolution qui apparaît bien (à la suite « pratique » des Lumières), à travers quelques dates symboliques et très rapprochées dans le temps, comme la véritable matrice, le véritable et terrible creuset de cette question sociale devenue dès lors symbole de souffrances ouvrières, y compris jusqu’à aujourd’hui et au-delà de nos frontières, la mondialisation étant l’extension et l’imposition du modèle anglosaxon quand elle aurait pu être l’occasion d’un « autre modèle », plus social et respectueux des hommes comme des environnements…

La France est un royaume qui compte, depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, plus de 25 millions d’habitants et, même, près de 28 millions d’habitants en 1789 : c’est la première puissance démographique d’Europe, devant la Russie pourtant territorialement beaucoup plus étendue, et elle est surnommée alors « la Chine de l’Europe ». Il est vrai que la France est la première à être entrée dans le processus de la transition démographique, pour des raisons qui tiennent largement à la politique même de la monarchie dite absolue : des routes sécurisées qui permettent une meilleure circulation des grains et subsistances, y compris en période de difficultés climatiques et alimentaires ; un territoire préservé des invasions étrangères depuis près d’un siècle et demi par la puissance militaire du roi de France…, autant d’éléments qui « complètent et valorisent » le radoucissement climatique général et le recul des mortalités infantile, enfantine et maternelle. (4)

C’est une puissance économique importante mais Pierre Gaxotte résumera la situation paradoxale de la France des années 1780 par une formule simple et très évocatrice : « un pays riche, un Etat pauvre », et endetté, peut-on rajouter, sans que cela, d’ailleurs, atteigne forcément les proportions d’aujourd’hui… Et, à l’époque, la France apparaît comme la première puissance économique comme politique en Europe, ce qui n’est plus le cas depuis… la Révolution française !

La richesse de la France n’est pas seulement liée à ses productions agricoles qui occupent (pour leur propre consommation d’abord) une grande partie de la population française vivant dans les campagnes (5), mais aussi à l’industrialisation naissante, beaucoup plus avancée et marquée avant 1789 que ce que l’Histoire officielle en retiendra, la Révolution ayant brisé ce premier élan « industrialisateur » par le désordre économique et politique de la période 1789-1799 en France.

Dans le royaume des Louis et depuis le Moyen âge, l’organisation du travail est corporative et familiale, et ce sont les Métiers, les corps de métiers (ce que l’on nommera, tardivement, les corporations), nés tout au long de l’histoire des villes et des circonstances, qui ordonnent le monde du Travail et permettent d’assurer et d’assumer la qualité du travail comme la protection des travailleurs, quels que soient leur rang et place dans la hiérarchie professionnelle. Leur extraordinaire diversité et multiplicité empêche longtemps de leur donner une définition exacte, et c’est la « remise en ordre » royale, sous l’administration colbertiste et dans le cadre de sa stratégie, qui va permettre de mieux préciser le sens et la portée de ces corporations…

Depuis Colbert, en effet, les corporations sont devenues l’un des éléments importants de la politique économique et sociale de l’Etat royal, non sans quelques grincements de dents parfois : l’objectif était de les rendre plus efficaces dans le cadre d’une stratégie plus globale de l’Etat central, en cours d’affirmation de plus en plus visible. C’est cet ordre corporatif, ce « modèle » même, qui va être attaqué sous les Lumières puis détruit définitivement (au moins juridiquement) lors de la Révolution française et par ceux-là mêmes qui se revendiquent des idées libérales des Lumières.

 Jean-Philippe CHAUVIN

(à suivre : révoltes sociales, revendications libérales et Monarchie d’Ancien Régime)

Notes : (1) : « la gauche », une notion difficile à définir exactement, et que revendiquent de nombreux groupes et personnes en excluant dans le même temps tous les autres qui s’en réclament aussi…

(2) : la question paysanne semble bien être la mal-aimée de la gauche, beaucoup plus marquée et inspirée par le « modèle » urbain que par l’écosystème rural, ses composantes et ses équilibres, et la Révolution française nous donne quelques éléments probants de cette exclusion, qui tournera parfois à l’éviction de cette question par la persécution, voire l’extermination des paysans rétifs à la domination urbaine et bourgeoise, comme on pourra le constater dans les provinces de l’Ouest dans les premières années de la République jacobine.

(3) : les travaux d’Henri Mendras n’hésitent pas à titrer sur « la fin des paysans »…

(4) : l’étude de la démographie, quand elle est menée de façon rigoureuse et qu’elle n’oublie pas la pluralité des facteurs qui la font telle qu’elle est, éclaire fortement l’histoire des peuples et de leurs Etats respectifs, et il serait dommage de la négliger dans l’étude des pouvoirs et des institutions politiques, ceux-ci ayant, à l’origine, un devoir nourricier à l’égard de leurs sujets.

(5) : certains historiens contemporains évoquent une « agriculture jardinière », qui reste très majoritaire sans être « unique » dans le royaume, et qui permet une auto-suffisance paysanne dans nombre d’endroits et le dégagement de quelques surplus écoulés sur les marchés urbains.

 

( 10 février, 2020 )

Harangue du 5 janvier 2020

 

 

Orléans 1429/Nancy 1477

 

Pour la quarante-troisième année, nous nous retrouvons sur cette place dite de la Croix de Bourgogne… Mais, sachez-le, la date historique du 5 janvier 1477 qui vit la victoire des Lorrains sur le puissant Charles de Bourgogne n’a jamais été oubliée.

Le 5 janvier a été longtemps et joyeusement fêté à travers les siècles avant son interdiction exigée par les français occupant la Lorraine.

Dans la suite des temps, on a imposé les fêtes républicaines. Le 14 juillet à alors obligatoirement primé sur toutes les autres commémorations. Pourtant, à travers les siècles il y eu des mainteneurs de la tradition.

Juste avant nous, il y avait le journaliste Gabriel Bichet (le restaurateur du fort de Villey-le-Sec) qui a tenté de faire commémorer officiellement le 5 janvier, mais aucune des différentes municipalités n’a accepté de célébrer cet évènement qui pourtant changea la carte de l’Europe.

 

Cette année 2020 marque le centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc, la bonne Lorraine, il nous a plu de relever des similitudes étonnantes entre Jeanne et René II de Lorraine… Comme Baudricourt de Vaucouleurs, Jeanne était opposée à la mainmise Anglo-Bourguignonne sur les terres de Domremy, de France et de Lorraine… Tout comme aujourd’hui nous sommes résolument contre la mainmise de l’Islam sur les terres de France.

Il y a des similitudes entre l’action de Jeanne à Orléans et l’intervention de René II à Nancy le 5 janvier 1477.

Jeanne est chef de guerre à l’âge de dix-sept ans.

Le jeune duc René II, est surnommé « l’enfant » par l’orgueilleux Charles de Bourgogne.

Jeanne délivre Orléans, au bord de la reddition, car épuisé par la famine, le 29 avril 1429. A partir de cette date, la délivrance d’Orléans sera officiellement et joyeusement fêté tous les ans.

Il s’agit de la plus ancienne fête commémorative de France ayant traversé les siècles, puisque cette victoire de 1429 est encore célébrée aujourd’hui.

-           Le 5 janvier 1477, au lever du jour, le jeune duc René II et ses troupes sont en marche pour délivrer Nancy, la capitale ducale assiégée et affamée. La population en est réduite à manger chiens, chats et rats.

-           On connait la suite, qui est la victoire des Lorrains et la mort du grand-duc d’Occident surnommé le Téméraire.

-           Si, à travers les siècles, Orléans maintien le souvenir de sa délivrance, Nancy, hélas, a cédé à la décision arbitraire de supprimer cette fête identitaire que l’on confondait alors avec la fête des rois…

 

Pourtant, ici, 543 après, nous sommes quelques-uns à conserver la mémoire et à maintenir le souvenir de la Lorraine fière et indépendante. Peut-être sommes-nous à l’origine du renouveau identitaire que l’on tente d’effacer des mémoires…

Gardons courage, encore et toujours… Haut les cœurs ! Haut les bannières…

VIVE LA LORRAINE !

 

Jean-Marie CUNY

( 6 février, 2020 )

Hommage aux mots du 06 février 1934

 

Ce sont des anciens combattants, sans arme, que le Cartel des gauches a fait tuer le 6 Février 1934

 

Les morts du 6 février :

– AUFSCHNEIDER Alphonse, mort pour la France
De Schiltigheim (Bas-Rhin), 37 ans, valet de chambre, tué d’une balle au cœur près de la place de la Concorde. Il était ligueur d’Action française.
– CAMBO Costa, mort pour la France
42 ans, d’origine hellénique, naturalisé Français, musicien sans travail, mort le 9 février des multiples blessures reçues dans la nuit du 6. Allié d’Action française.
– CHEYNIER LE JOUHAN DE NOBLENS Gratien, mort pour la France
55 ans, industriel, ancien combattant, frère de trois combattants morts pour la France, marié et père d’un enfant de 7 ans ½, membre de la Solidarité française. Atteint d’une balle entre les yeux.
Il fut frappé et piétiné avec un acharnement bestial, comme le prouvent les nombreuses contusions et fractures du crâne, du nez et de la mâchoire que l’on releva sur lui. Il décéda quelques heures après son transport à l’hôpital Beaujon.
– COUDREAU Raymond, mort pour la France
49 ans, commis-livreur dans une mercerie en gros ; n’appartenant à aucune association politique, veuf et père de six enfants, dont deux en bas âge.
– ETHEVENEAUX Louis, mort pour la France
25 ans, garçon charcutier, reçut, près de la Madeleine, un coup de matraque d’un policier et mourut d’une fracture du crâne.
– FABRE Jean-Eloi, mort pour la France
Etudiant en médecine, interne à l’hôpital Saint-Joseph, membre des Jeunesses patriotes, tué d’une balle au cœur devant le pont de la Concorde. Il avait été blessé en 1925, lors d’un guet-apens organisé rue Damrémont par les communistes.
– GARNIEL Lucien, mort pour la France
Garçon boucher, 16 ans, blessé d’une balle qui l’atteignit à la colonne vertébrale, mort le 1er novembre, après une longue et douloureuse agonie.
– Mlle GOURLAND Corentine, morte pour la France
Femme de chambre, 34 ans, tuée d’une balle à la tête sur la terrasse de l’hôtel Grillon, place de la Concorde.
– JAVEY André, mort pour la France
39 ans, n’appartenant à aucune association politique, ancien combattant, blessé aux Eparges, croix de guerre. Succomba à ses blessures le 11 février.
– LABOUCHEIX Marius, mort pour la France
Directeur administratif de la société « L’Energie industrielle », ancien combattant, laisse deux orphelins, frappé d’une balle en arrivant près de la place de la Concorde.
– LALANDE Raymond, mort pour la France
Menuisier et tapissier d’autos, 24 ans. Atteint sur la place de la Concorde d’une balle qui lui fit éclater le tibia. Succomba des suites de sa blessure le 5 février 1936. S’était inscrit aux Camelots du Roi après le 6 février.
– LAMMERT Henri, mort pour la France
31 ans, officier mitrailleur de réserve, gérant d’un hôtel meublé appartenant à ses parents. Ne faisant partie d’aucune association politique. Tué d’une balle dans le dos, sur la place de la Concorde. Il laissait une veuve sur le point d’accoucher.
– LECOMTE Jules, mort pour la France
35 ans, engagé dans la marine à 19 ans embarqué sur les patrouilleurs de la division de la Loire, ouvrier à l’usine Renault, succomba le 12 février, ayant reçu une balle dans le ventre. Marié, sans enfant, il était Ligueur d’Action française et chef d’équipe de Camelots du Roi.
– LIEVIN Charles, mort pour la France
Cuisinier, 34 ans, blessé le 6 février 1934 d’une balle à la colonne vertébrale, mort le 6 décembre 1935, après vingt et un mois d’atroces souffrances, laissant une femme sans ressources.
– MEZZIANE Ali, mort pour la France
28 ans, musulman, membre de la Solidarité française, manœuvre en chômage, écrasé par un camion de la police lancé à toute allure, puis achevé à coup de pied et de matraque. Mort le 7 février.
– MOPIN Jean, mort pour la France
24 ans, atteint à la colonne vertébrale, mort le 7 décembre d’une infection généralisée, après de longs mois de souffrances héroïquement supportées. Il a été inhumé à Compiègne.
– MUNNIER Albert, mort pour la France
27 ans, comptable, depuis quelques mois sans travail, tué d’une balle de révolver dans la tête, rue Boissy-d’Anglas. Il était marié et père d’un bébé de 18 mois.
– PEUZIAT René-Alain, mort pour la France
29 ans, frère du champion cycliste, n’appartenant à aucune association politique.
– ROSSIGNOL Raymond, mort pour la France
37 ans, industriel, ancien combattant, membre des Jeunesses patriotes, officier de réserve de cavalerie, marié, père d’un enfant de 12 ans, tué d’une balle de révolver en pleine tête devant le pont de la Concorde.
– ROUBAUDI Georges, mort pour la France
36 ans, industriel, directeur d’une grande maison d’importation et d’exportation de soierie occupant 200 ouvriers, ancien combattant, engagé volontaire à 17 ans, croix de guerre avec deux citations, marié et père de trois enfants dont l’aîné n’avait pas 6ans. Ligueur d’Action française et membre de l’Association Marius Plateau.
– SOUGARY Alfred, mort pour la France
30 ans, dessinateur, membre de l’Association des Décorés de la Légion d’honneur au péril de leur vie, fut tué à coups de matraque et relevé la colonne vertébrale complètement disloquée.
– VAURY Henri, mort pour la France
39 ans, ancien combattant.

( 2 février, 2020 )

L’ONU souligne les efforts du Pape Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale

 

Lu sur « le Salon Beige »

 

Le 27 janvier a marqué le 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. “Il est temps pour la vérité!”, a déclaré Michael Hesemann, un historien et auteur du livre «Le Pape et l’Holocauste», au siège du Conseil de tutelle des Nations Unies, l’un des six principaux organes de l’ONU. Depuis que la résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2005 a institué le 27 janvier Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, d’innombrables commémorations ont lieu dans le monde. Mais le 27 janvier 2020, c’est la première fois que les Nations Unies ont organisé un événement consacré au thème

«Se souvenir de l’Holocauste: les efforts documentés de l’Église catholique pour sauver des vies».

Michael Hesemann explique :

“Quand, enfin, en mars, les archives du Vatican ouvriront leurs dossiers du pontificat de Pie XII, il n’y aura plus d’excuse”. «Le monde doit reconnaître ce que ce grand pape a fait pour sauver le plus de Juifs possible

L’année dernière, le pape François a annoncé que le 2 mars 2020, toute la documentation du Vatican sur la période de 1939 à 1958 sera ouverte, ce qui rendra le pontificat de Pie XII accessible à la consultation des chercheurs et des universitaires.

Pourtant, cela ne signifie pas qu’il n’y avait pas de documentation disponible jusqu’à présent pour montrer des preuves de ce que Hesemann a dit:

“Grâce à plus de 40 interventions diplomatiques, en en cachant des milliers même à Rome et en obtenant autant de visas que les gouvernements du monde étaient disposés à accorder, il a sauvé environ 947 000 vies juives”.

Il dénonce les «fausses nouvelles» diffusées sur

«un saint pape, qui ne mérite que reconnaissance et gratitude et doit être déclaré le saint patron des réfugiés et des aides-réfugiés! »

L’événement était parrainé par la Mission permanente d’observation du Saint-Siège et la Fondation Pave the Way, cofondée par son président, Gary Krupp. Krupp, qui est juif, était un enfant lorsque Pie XII était pape. Il a rappelé son engagement à nettoyer l’image de Pie XII des taches de la «légende noire» du «pape d’Hitler», qui le dépeignait comme silencieux tandis que 6 millions de Juifs étaient abattus.

Le principal objectif de la Fondation Pave the Way est d’éliminer «les barrières de désinformation qui attisent la méfiance entre les religions». Krupp a expliqué que depuis 2006, la fondation

«a consacré des milliers d’heures à dénicher des documents primaires provenant de sources pour prouver que le Saint Siège et Pie XII ont sauvé plus de Juifs que tous les chefs religieux et politiques du monde réunis. »

Grâce à la fondation, plus de 76 000 pages de cette documentation, ainsi que des interviews vidéo de témoins oculaires, sont disponibles gratuitement en ligne.

( 23 janvier, 2020 )

Le 22 janvier 1941, c’était aussi l’arrestation d’Honoré d’Estienne d’Orves

 

Lu sur Boulevard Voltaire.

 

Ajoutons qu’Honoré d’Estienne d’Orves était royaliste

 

Alors que ce matin même, j’eus l’immense privilège d’assister à une remise de bérets à de jeunes commandos de l’air, bercés dans ce froid d’hiver par les accents fougueux et impétueux de « La Marseillaise » et du « Kyrie des Gueux », la date du 22 janvier s’est imposée d’elle-même.

Non pas tant comme celle d’un simple devoir de mémoire, mais plutôt comme le rappel de cette ardente obligation de se sentir patriote et d’espérer encore en la France.

En effet, c’est un 22 janvier que l’héroïque Honoré d’Estienne d’Orves était arrêté à Nantes, après avoir été dénoncé par son radio qu’il croyait son complice et qui ne fut qu’un lâche.

Je n’aurais pas la prétention de vouloir retracer l’ensemble de la vie d’Honoré d’Estienne d’Orves, désigné communément comme le « premier martyr de la France libre ».

Toutefois, en ces temps de déréliction, où l’exaltation de ce qui par trop national paraît suspect, la mort du capitaine de corvette d’Estienne d’Orves interpelle et nous oblige.

Elle nous oblige car cet homme, dont le tribunal militaire allemand en charge de son procès ira jusqu’à demander sa grâce au Führer, n’a jamais renié ni sa foi dans la France catholique ni son espérance de triompher de l’ennemi. Ennemi qu’il considérait, d’ailleurs, en patriote qu’il devait être, comme le rappelle la phrase qu’il prononça avant d’être fusillé au magistrat allemand qui le condamnait : « Monsieur, vous êtes officier allemand. Je suis officier français. Nous avons fait tous les deux notre devoir. Permettez-moi de vous embrasser. »

Admettons qu’un tel comportement soulève l’espoir le plus fou. L’espoir de penser que quelques hommes de conviction peuvent encore demeurer parmi nous et qu’ils ne craindront pas de désigner les ennemis mortels de la civilisation française.

Car c’est bien à cet acte de résistance et de sursaut que nous convie cette triste date de l’arrestation d’Honoré d’Estienne d’Orves. Elle désigne aussi toute la profondeur du courage et du panache français, que l’exemplarité d’un homme incarna à travers une aristocratie de sang et de cœur.

Bastien Gorse

Docteur en histoire contemporaine
( 4 mai, 2019 )

27 avril 1994 : le début du naufrage de l’Afrique du Sud

 

Lu sur « Le Salon Beige »

 

En Afrique du Sud, le 27 avril 1994, il y a donc 25 ans, se tinrent  les premières élections multiraciales. Grâce à elles, l’enfer de l’apartheid allait être oublié et le paradis sur terre allait advenir puisque,  des fontaines de la démocratie non raciale allaient couler le lait et le miel. Alléluia !

Vingt-cinq ans plus tard, les illusions ont été dissipées et le pays a sombré :

    • Taux de chômage officiel, 27,7% (taux officieux 40%).
    • Chômage des jeunes âgés de 15 à 34 ans, 38,8% selon le  taux officiel.
    • PIB en chute libre : 3,5% en 2011 ; 2,6% en 2012 ; 1,9% en 2013 ; 0,6% en 2016 ; 1,3% en 2017 et 0,8% en 2018, alors qu’il faudrait 7% durant plusieurs décennies pour simplement stabiliser la pauvreté.
    • Economie entrée en récession technique depuis  2018.
    • Revenu de la tranche la plus démunie de la population noire inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994.
    • Un habitant sur trois survivant  grâce aux aides sociales, le Social Grant.
    • A l’exception de l’agriculture, branche encore contrôlée par les Blancs, tous les secteurs économiques sud-africains sont en recul ou en faillite, à commencer par les industries de main d’œuvre (textile, vêtement, chaussures), qui n’ont pu résister aux importations chinoises. Quant aux secteurs de la mécanique dans lesquels, avant 1994, l’Afrique du Sud produisait la majeure partie des pièces dont ses industries avaient besoin, ils sont moribonds.
    • Les mines ont sombré. En raison des pertes de production et des coûts d’exploitation en hausse constants, nombre de puits secondaires ont fermé, entraînant  la  mise à pied de dizaines de milliers de mineurs. Pour maintenir la production, il aurait fallu investir des sommes colossales, mais le climat social, la corruption et l’insécurité ont découragé les investisseurs qui ont préféré faire glisser leurs activités vers des pays moins incertains.
    • L’industrie minière est pénalisée par les coupures de courant à répétition car la compagnie publique Eskom, littéralement pillée par ses nouveaux dirigeants nommés par l’ANC a vécu sur l’héritage laissé par le régime blanc sans procéder aux investissements indispensables. Résultat : les mines qui représentent aujourd’hui 10% du PIB sud-africain, qui emploient 8% de la population active et qui sont le premier employeur du pays avec 500.000 emplois directs, ont  perdu plus de 300.000 emplois depuis 1994.
    • La criminalité  fait de l’Afrique du Sud un des pays les plus dangereux au monde.
    • L’exceptionnel maillage médical a disparu.

Face à ce désastre, regardons en arrière. En 1994, quand, après avoir menti à son peuple, le président De Klerk hissa au pouvoir un Nelson Mandela bien incapable de le conquérir par les armes, il légua à l’ANC la première économie du continent, un pays doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays développés, un secteur financier moderne et prospère, une large indépendance énergétique, une industrie diversifiée, des capacités techniques de haut niveau et la première armée africaine.

Libérée de l’ « oppression raciale », la « nouvelle Afrique du Sud » fut immédiatement la proie du parti prédateur ANC dont les cadres, aussi incapables que corrompus, eurent comme objectif principal leur propre enrichissement. Caricature du corrompu, le président Zuma fut évincé par un coup d’Etat interne à l’ANC qui mit au pouvoir  le vice-président Cyril Ramaphosa. A cette occasion, le monde médiatique entonna son habituel péan: débarrassée du « maffieux » Zuma remplacé par le « vertueux »  Ramaphosa, l’Afrique du Sud allait pouvoir renouer avec l’héritage de  Nelson Mandela.

Or, comme je l’ai dit à l’époque, en dehors du fait qu’un Venda allait remplacer un Zulu, cette révolution de palais n’allait rien changer au pays. A un Jacob Zuma lié au gang indien Gupta, succédait en effet l’ex syndicaliste Cyril Ramaphosa qui avait trahi ses camarades mineurs en se vendant au patronat blanc. C’est en effet dans les conseils d’administration des sociétés minières au sein desquels il fut adoubé pour contrer les revendications des mineurs dont il avait été le représentant avant 1994, qu’il édifia sa colossale fortune !!!

Pris entre les pressions des milieux d’affaires pro-occidentaux dont il était la créature, et celles des tendances radicales-racialistes lourdes qui constituent le fonds de commerce de l’ANC et des partisans de Julius Malema, le nouveau président se trouva vite paralysé. Et, comme d’habitude, il utilisa l’habituel joker des politiciens de l’ANC aux abois, à savoir la dénonciation du bouc-émissaire représenté par les fermiers blancs.

25 ans après les premières élections multiraciales, et comme l’a dit avec justesse Julius Malema: « En Afrique du Sud, la situation est pire que sous l’apartheid  la seule chose qui a changé, c’est qu’un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de Noirs ». Avec une différence cependant : avant 1994 les Noirs ne mouraient pas de faim, ils étaient gratuitement soignés et éduqués, l’électricité fonctionnait, les pénuries d’eau étaient inconnues et la police faisait son travail.

Mais, tout cela appartient au passé car, entre 1994 et 2019, l’ANC, le mouvement de Nelson Mandela, a conduit l’Afrique du Sud vers un naufrage. Selon la Banque Mondiale, et bien que réalisant ¼ du PIB de tout le continent, le pays est aujourd’hui devenu un des 5 pays « les moins performants » d’Afrique, juste devant les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland…

En 25 ans de pouvoir, l’ANC a donc ruiné un pays prospère, le transformant en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences.

Bernard LUGAN

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