( 4 mai, 2019 )

27 avril 1994 : le début du naufrage de l’Afrique du Sud

 

Lu sur « Le Salon Beige »

 

En Afrique du Sud, le 27 avril 1994, il y a donc 25 ans, se tinrent  les premières élections multiraciales. Grâce à elles, l’enfer de l’apartheid allait être oublié et le paradis sur terre allait advenir puisque,  des fontaines de la démocratie non raciale allaient couler le lait et le miel. Alléluia !

Vingt-cinq ans plus tard, les illusions ont été dissipées et le pays a sombré :

    • Taux de chômage officiel, 27,7% (taux officieux 40%).
    • Chômage des jeunes âgés de 15 à 34 ans, 38,8% selon le  taux officiel.
    • PIB en chute libre : 3,5% en 2011 ; 2,6% en 2012 ; 1,9% en 2013 ; 0,6% en 2016 ; 1,3% en 2017 et 0,8% en 2018, alors qu’il faudrait 7% durant plusieurs décennies pour simplement stabiliser la pauvreté.
    • Economie entrée en récession technique depuis  2018.
    • Revenu de la tranche la plus démunie de la population noire inférieur de près de 50% à celui qu’il était sous le régime blanc d’avant 1994.
    • Un habitant sur trois survivant  grâce aux aides sociales, le Social Grant.
    • A l’exception de l’agriculture, branche encore contrôlée par les Blancs, tous les secteurs économiques sud-africains sont en recul ou en faillite, à commencer par les industries de main d’œuvre (textile, vêtement, chaussures), qui n’ont pu résister aux importations chinoises. Quant aux secteurs de la mécanique dans lesquels, avant 1994, l’Afrique du Sud produisait la majeure partie des pièces dont ses industries avaient besoin, ils sont moribonds.
    • Les mines ont sombré. En raison des pertes de production et des coûts d’exploitation en hausse constants, nombre de puits secondaires ont fermé, entraînant  la  mise à pied de dizaines de milliers de mineurs. Pour maintenir la production, il aurait fallu investir des sommes colossales, mais le climat social, la corruption et l’insécurité ont découragé les investisseurs qui ont préféré faire glisser leurs activités vers des pays moins incertains.
    • L’industrie minière est pénalisée par les coupures de courant à répétition car la compagnie publique Eskom, littéralement pillée par ses nouveaux dirigeants nommés par l’ANC a vécu sur l’héritage laissé par le régime blanc sans procéder aux investissements indispensables. Résultat : les mines qui représentent aujourd’hui 10% du PIB sud-africain, qui emploient 8% de la population active et qui sont le premier employeur du pays avec 500.000 emplois directs, ont  perdu plus de 300.000 emplois depuis 1994.
    • La criminalité  fait de l’Afrique du Sud un des pays les plus dangereux au monde.
    • L’exceptionnel maillage médical a disparu.

Face à ce désastre, regardons en arrière. En 1994, quand, après avoir menti à son peuple, le président De Klerk hissa au pouvoir un Nelson Mandela bien incapable de le conquérir par les armes, il légua à l’ANC la première économie du continent, un pays doté d’infrastructures de communication et de transport à l’égal des pays développés, un secteur financier moderne et prospère, une large indépendance énergétique, une industrie diversifiée, des capacités techniques de haut niveau et la première armée africaine.

Libérée de l’ « oppression raciale », la « nouvelle Afrique du Sud » fut immédiatement la proie du parti prédateur ANC dont les cadres, aussi incapables que corrompus, eurent comme objectif principal leur propre enrichissement. Caricature du corrompu, le président Zuma fut évincé par un coup d’Etat interne à l’ANC qui mit au pouvoir  le vice-président Cyril Ramaphosa. A cette occasion, le monde médiatique entonna son habituel péan: débarrassée du « maffieux » Zuma remplacé par le « vertueux »  Ramaphosa, l’Afrique du Sud allait pouvoir renouer avec l’héritage de  Nelson Mandela.

Or, comme je l’ai dit à l’époque, en dehors du fait qu’un Venda allait remplacer un Zulu, cette révolution de palais n’allait rien changer au pays. A un Jacob Zuma lié au gang indien Gupta, succédait en effet l’ex syndicaliste Cyril Ramaphosa qui avait trahi ses camarades mineurs en se vendant au patronat blanc. C’est en effet dans les conseils d’administration des sociétés minières au sein desquels il fut adoubé pour contrer les revendications des mineurs dont il avait été le représentant avant 1994, qu’il édifia sa colossale fortune !!!

Pris entre les pressions des milieux d’affaires pro-occidentaux dont il était la créature, et celles des tendances radicales-racialistes lourdes qui constituent le fonds de commerce de l’ANC et des partisans de Julius Malema, le nouveau président se trouva vite paralysé. Et, comme d’habitude, il utilisa l’habituel joker des politiciens de l’ANC aux abois, à savoir la dénonciation du bouc-émissaire représenté par les fermiers blancs.

25 ans après les premières élections multiraciales, et comme l’a dit avec justesse Julius Malema: « En Afrique du Sud, la situation est pire que sous l’apartheid  la seule chose qui a changé, c’est qu’un gouvernement blanc a été remplacé par un gouvernement de Noirs ». Avec une différence cependant : avant 1994 les Noirs ne mouraient pas de faim, ils étaient gratuitement soignés et éduqués, l’électricité fonctionnait, les pénuries d’eau étaient inconnues et la police faisait son travail.

Mais, tout cela appartient au passé car, entre 1994 et 2019, l’ANC, le mouvement de Nelson Mandela, a conduit l’Afrique du Sud vers un naufrage. Selon la Banque Mondiale, et bien que réalisant ¼ du PIB de tout le continent, le pays est aujourd’hui devenu un des 5 pays « les moins performants » d’Afrique, juste devant les Comores, Madagascar, le Soudan et le Swaziland…

En 25 ans de pouvoir, l’ANC a donc ruiné un pays prospère, le transformant en un Etat du « tiers-monde » dérivant dans un océan de pénuries, de corruption, de misère sociale et de violences.

Bernard LUGAN

( 4 mai, 2019 )

Kosovo, le plus gros bobard de la fin du XXe siècle ?

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Deux articles de Nicola Mirkovic et d’Antoine de Lacoste, publiés récemment sur ce site, saluent, à juste titre, celui du Monde diplomatique dans lequel Serge Halimi règle son compte à l’incroyable campagne de « bobards » à laquelle la quasi-totalité de la presse française a prêté son concours, pendant les 78 jours de la « guerre du Kosovo ». Il aura, en effet, fallu vingt ans pour que cette imposture et ses soutiens soient exposés crûment dans un organe de presse ayant pignon sur rue !

Cependant, l’attention portée exclusivement à ces 78 jours masque un fait plus important encore, à savoir que ces contre-vérités et inventions, aussi burlesques que criminelles, n’auraient pas été gobées par les opinions publiques si elles n’avaient été précédées de huit années d’un pilonnage tout aussi intense de fausses nouvelles visant à diaboliser la Serbie. Si cette désinformation a pu fonctionner si facilement, c’est qu’avait été instaurée dans nos médias une vision manichéenne dans laquelle les Serbes étaient le Mal absolu et leurs adversaires des anges purs.

Pendant la période des bombardements (dont le prétexte était un imaginaire risque de désastre humanitaire au Kosovo), quelques voix éclairées auxquelles il était impossible d’interdire l’accès aux médias, comme celle de Régis Debray, ont contribué à fissurer le mur de censure implicite derrière lequel les « bobards » se donnaient libre cours. Ces quelques voix qui réussirent à percer le mur de l’unanimisme complice ont permis, ensuite, à de vrais journalistes d’investigation comme Serge Halimi 1 et Pierre Péan 2de se glisser dans la brèche et de mettre au jour les manipulations sous-jacentes à cette sinistre propagande. Il n’en va pas de même concernant les bobards des huit années qui précédèrent. On a sans doute encore en tête la litanie des « informations » inventées de toutes pièces ou monstrueusement déformées (car les Serbes, naturellement, ne furent pas irréprochables !), mettant en scène les horreurs perpétrées par les Serbes, que nos médias ont déclinées sur tous les tons, en censurant impitoyablement toute contre-expertise (et pourtant, il en existait en abondance !) démontrant leur fausseté. Épuration ethnique des Croates puis des Kosovars, viols massifs, camps de la mort, incrimination de génocide à Srebrenica … la liste en est trop longue pour qu’on les rappelle ici. C’est sur ce terreau qu’ont pu prospérer les mystifications de la guerre du Kosovo, et ne pas le prendre en considération est se condamner à ne rien comprendre à l’hybris guerrière qui a saisi nos médias à cette occasion.

Sur tout cela, un quart de siècle plus tard, non seulement les opinions publiques restent totalement mystifiées, mais mieux : ces bobards continuent d’être entretenus dans nos médias, notamment à chaque fois qu’un ancien dirigeant serbe est traduit devant le Tribunal pénal international. Il est clair que tous ces bobards n’avaient qu’un but : préparer les opinions publiques à accepter, voire à désirer, l’agression militaire et le dépeçage de la Serbie. Non, le Kosovo n’est pas « le plus gros bobard de la fin du XXe siècle » ; ce n’en est que l’apothéose programmée. À quand la dénonciation, par Le Monde diplomatique, de la contribution des mêmes médias à cette « fabrication du consensus » ?

Notes:

  1. L’opinion ça se travaille, Agone, 2000
  2. Kosovo: Une guerre « juste » pour un État mafieux, Fayard 2013

    Maurice Pergnier

( 11 mars, 2019 )

11 mars 1963 : mort du colonel Bastien-Thiry , une reconnaissance symbolique ?

 

Lu sur « Boulevard Voltaire » cette très bonne analyse

 

Pendant très longtemps, la question de la légitimité française me tarauda l’esprit. M’inspirant des réflexions de Bertrand Renouvin, la meilleure approche que j’en faisais était celle consistant à dire que cette quête de légitimité passait, pour la France, par sa capacité à situer son action dans le projet historique de la nation. Et il est vrai que l’Histoire de France s’était bien écrite à travers la construction d’un État à même d’accompagner l’épanouissement de notre nation.

Toutefois, Philippe de Villiers, dans son ouvrage consacré à Clovis, Le Mystère Clovis, offre la définition la plus pertinente qui soit. En effet, tout l’enjeu de la légitimité française réside dans le difficile équilibre à trouver entre l’obéissance et la discipline. L’obéissance aux règles élémentaires qui définissent la vie en cité, c’est-à-dire les lois d’un État : la potestas. La discipline envers des principes moraux qui nous dépassent et que nous respectons naturellement : l’auctoritas.

C’est en cela que la mort du colonel Bastien-Thiry est loin d’être anodine dans ce cycle historique, car elle signe la fin ou, du moins, une sérieuse remise en cause de la légitimité française, en ce sens qu’il s’agissait d’en finir avec un homme qui s’était dressé contre la potestas au nom de l’auctoritas. Car comment comprendre cette phrase, « Devant l’Histoire, devant nos concitoyens et devant nos enfants, nous proclamons notre innocence, car nous n’avons fait que mettre en pratique la grande et éternelle loi de solidarité entre les hommes », si ce n’est sous l’angle d’une transcendance poussant l’homme à agir au nom d’un idéal presque chevaleresque.

L’action du colonel Bastien-Thiry surgit de ce sentiment de trahison, que l’on partage ou non, né de la transformation d’une victoire militaire acquise sur le terrain en une défaite politique (les accords d’Évian) sans précédent, que la France n’a toujours pas soldée, étant donné qu’elle en paie encore les dommages collatéraux : repentance à outrance, immigration extra-européenne…

Au-delà de la rancune personnelle qui opposa le général de Gaulle à son assassin d’un jour, condamner à mort le colonel Bastien-Thiry revenait à accepter implicitement qu’il avait eu raison sur l’interprétation de ce conflit national mais qu’il était impossible, pour l’autorité politique, de le reconnaître et qu’encore une fois, la potestas, le pouvoir légal, avait les moyens de taire cette vérité.

Le geste du colonel, aussi désespéré ou aussi justifié soit-il, n’était pas légal, il en paya le prix fort, mais totalement légitime, puisqu’il s’agissait de refuser que la notion d’intérêt général, jusqu’alors incarnée par la France, soit foulée aux pieds. Maintenir jusqu’au bout sa condamnation à mort signifia que l’État, et non la France soyons-en sûrs, était prêt à compromettre sérieusement ce qui l’avait animé jusque dans sa construction : la défense de son intégrité territoriale, politique et morale, en somme, de ses intérêts souverains.

Bastien Gorse

 Docteur en histoire contemporaine
( 20 février, 2019 )

Roland Dumas : « BHL se prend pour le ministre des Affaires étrangères. Je n’ai aucune sympathie pour ce flibustier de la politique. »

 

lu sur « lafautearousseau »

 

Cette note de Roland Dumas, alors ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, date d’il y a vingt-six ans. C’était en 1993 … Déjà ! Est-il utile d’ajouter que les jugements que Dumas et Mitterrand portent alors sur BHL nous paraissent valoir tout autant pour aujourd’hui ?  Flibustier de la politique … Permanence de sa capacité de nuisance …C’est à lire ! LFAR

Politiquement-incorrect (1).jpg9 janvier 1993 

Nous sommes en pleine crise d’hystérie à propos de la Bosnie. Monsieur Bernard-Henri Lévy se prend pour le ministre des Affaires étrangères. Il multiplie les déclarations et fustige notre prétendu immobilisme à propos de la guerre en Bosnie. Je n’ai aucune sympathie pour ce flibustier de la politique et son omniprésence médiatique m’agace au plus haut point. (…).

À l’Élysée, je fais part à François Mitterrand de l’effet que les déclarations de Lévy suscitent au Quai d’Orsay. Comme à son habitude, il minimise et devant mon air furieux, que je ne cherche pas à dissimuler, il me « cajole » comme il sait si bien le faire :

« N’y prêtez pas attention, Roland, cela n’a aucune importance mais je suis obligé d’en tenir compte car il a une grande capacité de nuisance. Continuez votre action. Ne vous en préoccupez pas. »

Il est vrai que la marge de manoeuvre est faible. On ne peut démettre quelqu’un d’une position qu’il s’est lui-même arrogée. L’« affaire» aurait pu en rester là mais elle rebondit quand il invite chez Lipp le président bosniaque, Izetbegovic, en compagnie de Mmes Simone Veil, Élisabeth Guigou, Anne Sinclair, Claire Chazal et de MM. Dominique Strauss-Kahn, Harlem Désir et Dominique Bromberger. Au menu: pot-au-feu pour tout le monde, mais surtout photographes et télévision.   

Roland DUMAS

Politiquement incorrect, secrets d’Etat et autres confidences, carnets 19884-2014, Cherche Midi 2015

( 8 janvier, 2019 )

La paix refusée

 

 

Le 11 du 11e mois à 11h, jour de la Saint Martin 1918, le clairon sonnait l’armistice qui annonçait la fin des combats et la paix enfin retrouvée.

Je ne veux pas évoquer ici les quatre années de guerre et de durs combats. Cela a été largement fait ces dernières années.  J’ai choisi un thème oublié des commémorations nombreuses de ces quatre années du centenaire de la Grande Guerre.

1917, l’Europe déchirée

En 1917, l’Europe est à feu et à sang. L’enfer est à Verdun, l’offensive du Chemin des Dames est un désastre pour l’armée française. L’armée Belge est encerclée, partout, les combats sont acharnés, la Révolution Bolchevick fait rage en Russie, la guerre sous-marine s’étend sur nos côtes… Comment cette guerre civile européenne, selon l’expression de Lyautey, a-t-elle pu prendre une telle ampleur ?

Je ne veux pas rappeler ici l’enchaînement des alliances et la mobilisation pour la guerre. Cela a été dit et commenté en ces années du centenaire 1914-1918. Il importe quand même de dire, et cela n’a pas été fait, qu’à la veille du conflit, le peuple Alsacien-Lorrain rejetait fermement une guerre qui ne pouvait qu’être désastreuse pour lui.Elle l’a été, surtout chez nous, au long de la vallée de la Seille qui marquait la frontière.

La France, il est vrai, cherchait à justifier son désir de revanche militaire de l’humiliationde 1870… La propagande nationale, relayée par les écrivains, les journalistes et les conférenciers avides de popularité, disaient, écrivaient, répétaient que l’Alsace-Lorraine gémissait sous la botte prussienne. L’image était mensongère, mais il fallait justifier la revanche à venir.

A cette époque, le ReichslandElsass-Lothringen aspirait à accéder à devenir un Etat-frontière indépendant tout comme la Suisse ou le Luxembourg… Un trait d’union entre France et Empire Germanique. D’ailleurs, le 9 mars 1913 à Mulhouse se déroulait un important congrès à ce sujet. Il fut suivit d’une proclamation du peuple Alsacien-Lorrain qui préconisait une entente cordiale, franche et honnête, entre la France et l’Allemagne avec la création de cet Etat tampon entre les deux pays. Le projet fut vivement critiqué et vigoureusement rejeté en France.

Mais notre sujet concerne ici les tentatives de paix, notamment en 1917. Ce thème important a pourtant été oublié lors des diverses commémorations et de l’abondante littérature publiée ces dernières années.

 

Le 2 novembre 1916, l’empereur d’Autriche et roi de Hongrie, François-Joseph, décédait. L’héritier direct ayant été assassiné à Sarajevo, (entre parenthèses, notons ici que les membres du commando de La Main Noire, qui avaient perpétré l’assassinat, avaient été entraînés en France, près de Bordeaux). C’estdonc Charles de Habsbourg-Lorraine qui devenait à son tour empereur d’Autriche et roi de Hongrie. Il avait alors 29 ans et son épouse Zita de Bourbon-Parme 24 ans.

Officier au 7e Dragons de Lorraine, son régiment, Charles était sur le front dès les premiers jours de la guerre tentant d’améliorer le sort de ses soldats, des blessés et des prisonniers.

Dès son investiture d’empereur et roi, il s’emploiera aussitôt à rétablir la paix, mais cela n’était pas compris de son entourage. Malgré la vaillance des troupes austro-hongroises qu’il avait pu observer sur les différents fronts, il se rendait compte, que malgré l’orgueil prussien, les puissances centrales ne pouvaient sortir victorieuses de ce conflit. Mais surtout, Charles voulait mettre fin aux carnages. Il devait déclarer : « Mon unique but est de mettre fin le plus tôt possible à cette tuerie. Je veux, je dois faire tout ce qui dépend de moi pour conclure la paix ».

Malgré la situation où chacun des belligérants avait l’espoir d’améliorer ses positions, Charles avait de son côté amorcé une démarche de négociations par l’intermédiaire de ses beaux-frères Xavier et Sixte de Bourbon-Parme qui servaient alors dans l’armée Belge.

Le 23 mars 1917, les princes Sixte et Xavier se rendent à Vienne avec l’accord de Raymond Poincaré, mis au courant des projets de négociation, en vue d’une paix souhaitée. Après une nouvelle entrevue le 8 mai, les deux princes reviennent à Paris avec les propositions de l’empereur qui devaient conduire à la paix. Dans ses propositions Charles se déclare disposé à soutenir la France dans ses revendications concernant l’Alsace, la partie Lorraine annexée et souhaite le rétablissement de l’intégrité de la Belgique. Seulement les vues de Charles vont totalement à l’encontre des conceptions du Kaiser Guillaume II.

 

L’entente » dédaigne l’offre de Paix

 

Le 1er aout 1917, le pape Benoît XV intervient en faveur de la paix. Il adresse un message aux puissances en conflit en les invitant à terminer la guerre. La note pontificale reprenait les positions de l’empereur Charles, mais l’initiative papale devait être défavorablement accueillie par les deux camps et rejeté par tous les chefs d’état ou de gouvernement à l’exception de Charles 1er.

Officiellement, la France est hostile au message du pape. L’Allemagne qui avait alors l’avantage sur presque tous les fronts est également opposée à un arrangement en faveur de la paix. Cependant, la France et la Grande-Bretagne négocient secrètement avec les représentants de l’empereur Charles.

Poincaré, Briand et Painlevé cherchent la paix de compromis…      Malheureusement, Clémenceau et Jules Cambon sont particulièrement hostiles aux Habsbourg et n’entendent pas négocier. Pourtant les terribles combats ont lieu sur le sol Français entre nos soldats et les armées Allemandes. Mais, dans les milieux politiques et intellectuels règne une opposition farouche aux Habsbourg dont on souhaite la destruction de leur empire afin de créer un Etat Tchécoslovaque. Mazarick, fondateur de cet Etat a, de son côté, beaucoup intrigué en intervenant auprès des Américains contre l’Empire des Habsbourg en vue de l’installation d’un gouvernement démocratique qui sera alors reconnu des puissances alliées.

Ce projet est particulièrement soutenu par le Grand Orient de France qui avait pris position lors d’un important convent international pour le démantèlement du trop catholique empire Austro-Hongrois. Les activistes Tchèques Masaryk et Benes, font alors pression sur le gouvernement français avec le soutien actif de l’anticlérical Clémenceau, vigoureusement hostile aux Habsbourg, considérés par lui comme les suppôts du pape.

En août 1917, les négociations franco-autrichiennes semblaient en bonne voie. L’échec est venu des oppositions formulées par le franc-maçon Wilson et les maçons Français, britanniques, italiens et notamment à l’hostilité du sectaire Sonnino, représentant du gouvernement italien qui déclarait que « la paix ne peut sortir que de la victoire des armes ». A l’heure de cette déclaration martiale, les cadavres Français et Allemands s’entassaient sur les pentes disputées du Chemin des Dames. De son côté, le comte Czernin, arrogant ministre des affaires étrangères, en désaccord avec son empereur, sabota la politique impériale. Ajoutons à cela que les idées démocratiques émancipatrices des Etats-Unis s’accordaient fort mal avec le maintien de l’Empire.

Rare furent les Français qui eurent conscience de ces volontés obstinées de guerre à outrance. Dans l’incompréhension générale, les contemporains étaient uniquement attentifs au choc des armes. Aristide Briand contestait pourtant les menées autoritaires de Clémenceau. De même, Raymond Poincaré note dans son journal : « … Aucune nouvelle de Clémenceau, qui décide seul du sort de la France, en dehors des chambres, en dehors du gouvernement, en dehors de moi ! »

Anatole France écrivait alors : « L’empereur Charles a offert la paix ; c’est le seul honnête homme qui ait paru au cours de la guerre, on ne l’a pas écouté. L’empereur Charles veut sincèrement la paix, tout le monde le déteste ! »

La paix étant refusée au printemps 1917, la rallonge de la guerre de 15 mois faisait alors300.OOO morts supplémentaires, 400.000 disparus et 1.360.000 mutilés.

Le nouveau gouvernement Clémenceau exige alors l’application d’une politique intérieure de guerre. Il annonce: « Nous nous présentons devant vous dans l’unique souci d’une guerre intégrale… » Son programme, selon sa déclaration est : « Faire la guerre jusqu’au bout, couper court aux négociations, briser le défaitisme. »  Clémenceau surnommé « Le Tigre » a obstinément refusé les offres de paix, celles de Charles Habsbourg-Lorraine et la paix demandée par le pape Benoît XVqui était déjà intervenu en faveur d’une paix négociée. Les Français avaient massivement rejeté sa demande, estimant alors que le souverain pontife soutenait l’Allemagne Impériale. A sa nouvelle demande en août 1917, Clémenceau refuse alors les propositions de celui qu’il nommait « le pape Boche »

Le redoublement de fureur sanguinaire a marqué la troisième année de guerre qui accumula les deuils, ruines et désastres.

 

La guerre terminée conduira au démantèlement de l’empire des Habsbourg, allié naturel de la France depuis Louis XV.  La monarchie Austro-Hongroise s’est effondrée surtout parce qu’elle avait été condamnée à mort par les alliés. Les sectaires de la laïcité ont voulu le démantèlement total de cet état catholique par simple fanatisme idéologique. Ils ont refusé la paix pour instaurer dans le sang de nos soldats le régime de leurs vœux. Il fallait à tout prix républicaniser l’Europe.

 

On n’a plus voulu des Habsbourg, nous avons eu Hitler et Staline à la place ainsi que les récents conflits en Europe centrale, notamment en Bosnie-Herzégovine.

 

La destruction de l’Autriche-Hongrie aura été un crime contre la civilisation européenne. On s’est acharné à démanteler l’empire Austro-Hongrois, sans diviser l’Allemagne prussienne pourtant jugée responsable de la guerre.Car, c’est bien l’Allemagne qui nous avait déclaré la guerre le 3 août 1914.

C’estla Prusse dominante qu’il fallait vaincre et réduire à l’impuissance. Les démocraties en ont décidé autrement. Une nouvelle histoire de l’Europe débutait. Fallait-il s’en réjouir ? A chacun d’en tirer des conclusions…

 

Jean-Marie Cuny

 

Bibliographie

-           Les Cahiers de l’Histoire. Année 1917. Décembre 1967, p. 45 à 80.

-           Michel Dugast Rouillé : Charles de Habsbourg, le dernier empereur.

-           Henry Bodgan : Histoire des Habsbourg (Ed. Perrin).

-           FrançoisFejtö : Requiem pour un Empire défunt. Histoire de la destruction de l’Autriche-Hongrie (Ed. Lieux communs1988).

-           Ch. Zorghibe : Histoire des relations internationales 1871-1918 (Ed. Hachette).

-           Jean Sévilla : Zita, impératrice courage (Ed. Perrin).

-           Patrick Germain : Charles et Zita (Ed. France-Europe.

-           PierriZind : Alsace-Lorraine, une nation interdite, 1870-1940 (Ed. Copernic)

-           Le XXe siècle, de 1914 à nos jours (Ed. Point-Seuil, Paris).

-           Philippe Pasteau : 1914-1918, Des Combattants Tourangeaux.

-           Cyrille Debris : De choses et d’autres (Presses de la Délivrance. 2018)

-           Dossier Politique Magazine n°24.

-           Monde et vie : L’Europe retrouvée. N°945.

-           La Revue Lorraine Populaire n°197, L’Europe déchirée.

-           La Nouvelle Revue Lorraine n°47, La Paix méprisée.

-           La Nouvelle Revue Universelle n°47, Le Laïcisme contre la Patrie.

-           L’offre séparée de l’Autriche par le Prince Sixte de Bourbon, docteur en droit.                           5 décembre 1916-12 octobre 1917. (Librairie Plon. Paris 1920.

( 21 novembre, 2018 )

Une Victoire de 1918 au goût amer pour les royalistes ?

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

Pleuvait-il il y a cent ans comme il pleut aujourd’hui sur la région parisienne ? Je n’en sais rien mais cette grisaille extérieure incite à la lecture plus qu’à la promenade, et mon livre du jour, usé d’avoir été trop lu et relu, commémore, à sa façon, la fin de la guerre : c’est le recueil des notices nécrologiques que Charles Maurras avait écrites au fil des tristes nouvelles venues du front, et qui constitue, sous le titre explicite de « Tombeaux », une sorte de « cimetière » des royalistes d’Action Française et, sans doute, du « jeune royalisme » né dans les années 1890 autour d’Eugène Godefroy et de la « Jeunesse Royaliste », et poursuivi, d’une certaine manière, plus « intellectuelle et violente », par les Camelots du Roi de Maxime Real del Sarte et les étudiants monarchistes d’Henri Lagrange. Je ne suis pas certain que l’AF se soit jamais remise de ce choc de 14-18, si son histoire et sa « nécessité » peuvent, elles, se poursuivre au-delà de la guerre : les situations et conditions des lendemains de la guerre n’ont plus grand-chose à voir avec le monde d’avant-1914, et la Victoire de 1918 apparaît, malgré le sacrifice de dizaines de milliers de monarchistes, comme le triomphe sanglant de la République, comme le souligne la plupart des livres et articles parus à l’occasion du centenaire du 11 novembre 1918. A lire les dernières lignes de « Tombeaux », j’ai la certitude que Maurras lui-même a saisi cette dimension particulière de la Victoire, et qu’il cache son amertume derrière une colère qui, elle, n’est pas feinte.

Ces pages ultimes de l’ouvrage évoquent l’inhumation définitive dans l’hiver 1921 du jeune Pierre Villard dont l’important héritage financier permettra la naissance et la publication durant un quart de siècle de La Revue Universelle fondée et dirigée par Jacques Bainville. Elles forment une sorte de déambulation entre paysages des territoires de la guerre et souvenirs des espérances des débuts de l’Action Française, quand Maurras parcourt en train la distance qui sépare Paris de Verdun. Il y a une mélancolie certaine de Maurras, teintée d’une amertume qui se transforme en colère, cette sorte de « furia francese » dont Maurras, jadis polémiste de conquête, deviendra coutumier, non sans certaines raisons, et que le général de Gaulle, « ce maurrassien pressé d’agir » comme le nommera un rédacteur de la revue étudiante Insurrection en 1993, résumera par une formule bien trouvée : « Il a eu tellement raison qu’il en ait devenu fou ! ».

C’est la remémoration qui semble accaparer une grande part du papier sur lequel court la plume de Maurras, et une leçon d’histoire nationale éminemment politique, mais qui sonne aussi comme un regret, ou comme une nostalgie, selon les lignes, mais sûrement pas comme un abandon : « Des esprits irréfléchis avaient beau jeu à accuser la légèreté française et à se tourner contre le génie et l’âme de la patrie. Mais la critique la plus aiguë d’un Pierre Villard n’avait pas à se charger de cette impiété. La France est exonérée dès que l’étude du régime a su faire apparaître les lacunes, les contradictions, les misères du gouvernement des partis. On gère mal l’État quand on change plus de soixante fois de ministère en moins de cinquante ans. On ne prépare ni la paix ni la guerre quand l’autorité et l’unité manquent à la direction politique. Un gouvernement de valeur moyenne et qui dure vaut mieux que trente-six gouvernements tapageurs dont les contradictions successives font tomber leur ensemble au-dessous de zéro.

« (…) Comment ces vérités indispensables à l’avenir étaient-elles cantonnées dans un monde relativement limité ? Comment toute l’élite morale et sociale ne mettait-elle pas en commun ses ressources en vue de la restauration de la Monarchie ? C’était le scandale de la jeunesse de Pierre Villard. Ainsi et ainsi seulement, pensait-il avec raison, l’on pourrait aboutir. » Mais la guerre a brisé l’élan monarchiste et la boue des tranchées a enterré plus sûrement la contestation royaliste que tous les arguments, défaits par les faits, de la République… Est-ce vraiment un hasard si, sur les quinze secrétaires généraux des étudiants d’Action Française d’avant-1914, treize trouveront la mort dans cette Grande Guerre, privant le mouvement royaliste des énergies les plus vives et les moins stériles ?

 

Une Victoire de 1918 au goût amer pour les royalistes ? dans histoire achille-patrocle-fuseli

Maurras doit désormais se contenter d’établir un bilan et de rappeler l’histoire sans les moyens humains de la faire, ou de l’orienter différemment de la République : « Nos rois n’aimaient pas la guerre, mais ils savaient la préparer, la conduire, la terminer, l’utiliser : nous l’avons vu depuis la mort de Pierre Villard, notre paix démocratique, cette prétendue paix des peuples dictée par un consortium de banquiers à nos armes victorieuses, ne vaut pas non plus la paix de nos rois. » Effectivement, la suite lui donnera raison, malheureusement (et Maurras sera le premier à le regretter pour l’avoir tant annoncé et dénoncé) et douloureusement, et la guerre, la défaite, l’occupation, l’infamie même, seront au bout de cette paix des banquiers !

La colère de Maurras va croissante au fur et à mesure de l’article, comme si la main se crispait un peu plus à chaque phrase et à chaque minute, devant ce temps présent de 1921 qui prouvait un peu plus la malfaisance de cette République-là, pourtant dirigée alors par les conservateurs du « Bloc national » de la « Chambre bleu-horizon » et animée par les éclats de voix de son ami Léon Daudet, député royaliste d’Action Française depuis les élections de 1919. Une colère qui devient bientôt fureur quand il rapporte sa visite sur les bords de la Meuse, à Verdun : « Autour de nous, à perte de vue, s’étendait un paysage de pans de murs fauchés à hauteur d’homme, de maisons décoiffées ou bien rasées de haut en bas. Seule, neuve, presque riante, refaite de pied en cap, ailes et toiture, une grande boîte de brique, de pierre et d’ardoise carrait et étalait l’orgueil d’une renaissance égoïste qui, jusque dans cette demi-ombre, offensait.

« Je demandais qui était cette Nouvelle Riche.

Le guide répondit : – La Banque. »

Et Maurras d’exploser : « Ce n’était pas pour établir la sale royauté de l’or ou du papier que sont tombés tant de héros pleins d’intelligence et de vie. Devant la dictature financière que prépare la République, le souvenir des morts, royalistes ou non, ordonne d’en finir au plus tôt avec ce régime. »

 

main ensanglante dans histoire

Il est dommage que, au soir d’un « centenaire » si médiatisé, personne n’ait pensé à reprendre cette réflexion de Maurras, ce « nationaliste intégral » si amoureux de la vie, inconsolable et furieux de « la mort des meilleurs » : sa condamnation de la « sale royauté de l’or », qu’il fait au nom de la Royauté historique et nationale qu’il appelle de ses vœux, et qui termine ce « Tombeaux » oublié des historiens, n’est pas, elle, passéiste mais bien actuelle, au-delà de son année d’écriture et elle mérite répétition, diffusion et, surtout, exécution !

Jean-Philippe CHAUVIN

( 10 novembre, 2018 )

Histoire & Action Française • Centenaire de l’armistice : Iranien, poilu et camelot du roi

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Exactement un mois avant l’armistice, le 11 octobre 1918, en l’Hôtel de Ville de Marseille, était célébré le mariage d’André Iskaria et de Henriette Anastay. la cérémonie religieuse ayant lieu le 12 à l’église St-Cassien, chemin du Vallon de l’Oriol.

Évoquer cet événement concernant des personnes inconnues permet, à partir d’un cas particulier, de rendre hommage aux soldats qui combattirent en 14-18. C’est aussi un moyen de comparer cette époque avec la nôtre, et aussi de rappeler un moment de l’histoire de l’Action Française en Provence.

André Iskaria était un Iranien, un Persan disait-on alors, de la communauté catholique assyro-chaldéenne du nord-ouest de la Perse, à la limite de la Turquie et de la Syrie actuelles. Né à Mawana, il entra au séminaire d’Ourmia tenu par les lazaristes français qui lui donnèrent l’amour de la France et de sa culture. Il dut fuir les persécutions des Kurdes et, en passant par la Russie, finit par débarquer à Dunkerque en 1912.

André légionnaire 2.jpgEn sortant du bateau, il ne se précipita pas pour demander des aides sociales, qui d’ailleurs n’existaient pas, mais pour s’engager dans la Légion Étrangère. André participa aux opérations de pacification du Maroc. En 1915, il fut envoyé aux Dardanelles puis en Serbie où il fut blessé.

Pendant sa convalescence à Marseille, il fit la connaissance d’Henriette, fille de Henri Anastay qui possédait une des plus importantes pharmacies de Marseille, rue de l’Arbre (actuelle rue Vincent Scotto).

Comme Henri, membre de la haute bourgeoisie marseillaise, s’opposait à ce que sa fille s’unisse à un basané sans le sou, même s’il était chrétien, il fallut attendre son décès. Après le temps de deuil habituel à l’époque, le mariage put avoir lieu le 11 octobre 1918.

André et la médaille coloniale.jpgAvec l’armistice qui suivit quelques semaines plus tard, Henriette et André Iskaria purent envisager un avenir heureux. Ils eurent cinq enfants et quittèrent le Vallon de l’Oriol pour le Roucas-Blanc. Surtout, l’ancien légionnaire blessé au combat obtient la nationalité française en 1920, permettant à son épouse de retrouver la sienne. En effet, à l’époque, le mariage avec un étranger faisait perdre la qualité de citoyen français. Quel gouvernement oserait rétablir une telle loi de nos jours ?

AF 1931.pngPeut-être fut-ce par crainte de la dénaturation de la victoire par les mesquines luttes politiciennes qu’André Iskaria, l’Iranien dont le sang avait coulé pour la France, adhéra au nationalisme intégral de l’AF et devint un ardent camelot du roi de la section marseillaise jusqu’à sa mort,  des suites d’un accident, en 1940.

On retrouve souvent son nom dans les colonnes du quotidien royaliste au titre des donateurs de la section de Marseille.

menu Maurras.jpgLa famille Iskaria avait un grand respect pour le prétendant au trône et une grande admiration pour Charles Maurras.

Ses descendants conservent toujours un autographe de Maurras inscrit sur le menu du banquet organisé en avril 1931, à l’occasion du troisième congrès de la Fédération Provençale des sections d’Action Française.

Cet Iranien, catholique, patriote, royaliste, n’a-t-il pas autant sinon mieux mérité de la patrie que certains ?

Michel Franceschetti

( 11 octobre, 2018 )

La dernière reine

 

Par son mariage avec le dauphin Louis à l’âge de 14 ans et demi, Marie-Antoinette devient reine à dix-huit ans, mère à 23 ans, puis ignominieusement suppliciée à 38 ans… Elle portait les prénoms de Marie-Antoinette-Josèphe, Jeanne de Lorraine. Archiduchesse d’Autriche, elle est née à Vienne en 1755. Elle était descendante directe de nos ducs héréditaires de Lorraine, puisque fille de François III de Lorraine qui a régné sur les duchés de Lorraine et de Bar de 1729 à 1737. Par son mariage avec Marie-Thérèse d’Autriche, il est alors devenu empereur du Saint-Empire Germanique.

Avant le dur chemin de croix vécu lors de la Révolution, Marie-Antoinette a été une jeune femme des plus charmantes. Madame Vigée-Lebrun, portraitiste, nous la décrit : « Grande, admirablement faite. Ses bras étaient superbes, ses mains petites, parfaites de forme, et ses pieds charmants. Elle était la femme de France qui marchait le mieux, portant la tête fort élevée avec une majesté qui faisait reconnaitre la souveraine au milieu de toute sa cour. Ce qui avait de plus remarquable dans son visage, c’était l’éclat de son teint… »

C’est un Lorrain, le duc de Choiseul, ambassadeur à Vienne qui s’occupa activement de préparer le mariage de l’archiduchesse Marie-Antoinette avec le dauphin Louis, futur roi de France.

Dès ses premiers pas en France, la jeune Marie-Antoinette est accueillie par les magistrats de la ville de Strasbourg. Le discours d’accueil est prononcé en Allemand. Marie-Antoinette, toute aimable et souriante, intervint alors en disant : « Ne parlez point l’Allemand. Messieurs, à dater de ce jour, je n’entends plus que le Français ! »

Avant de rejoindre Paris en mai 1770, la fille de François de Lorraine fit étape à Nancy, ancienne capitale lorraine, devenue ville Française depuis quatre années. Fière de son ascendance Lorraine, la jeune Marie-Antoinette vint se recueillir sur les tombeaux de ses ancêtres en l’église des Cordeliers, proche de l’ancien palais ducal.

A Paris, l’accueil fut délirant. Pour la première fois depuis longtemps, la capitale avait une vraie reine, jeune, belle, souriante, éblouissante…

Marie-Antoinette était pourtant privée de toute ambition politique. C’est à travers son goût pour les arts de son temps que la reine devait s’imposer. Sans doute que mariée fort jeune avec le dauphin, elle n’avait pas forcément le comportement d’une femme adulte. Elle a alors été considérée comme frivole, coquette, irréfléchie, mais elle a été également une épouse et une mère aimante. L’histoire républicaine lui reproche ses dépenses, les fastes de Versailles et surtout le Trianon, qui malgré tout, fait toujours partie de notre patrimoine national.

Le calvaire de la reine commença dès les années 1780, quand les pamphlets contre sa personne, inspirés par les loges maçonniques et par le néfaste entourage du duc d’Orléans, se faisaient de plus en plus orduriers. Il s’agissait de dresser contre elle le peuple qui jusqu’alors l’adulait.

Contre Marie-Antoinette, l’histoire ne peut rien retenir. Les calomnies, les libellés infâmes, ne sont pas des témoignages sérieux contre cette reine de France et mère à qui on devait arracher ses enfants. Les arguments forgés pour la perdre ne sont que de perfides mensonges. Au procès révolutionnaire d’octobre 1793, l’accusation n’a pas pu apporter le moindre commencement de preuves méritant condamnation. Le verdict qui commanda la mise à mort de Marie-Antoinette reste l’un des crimes des plus odieux de la Révolution Française.

 

Le 16 octobre 1793, sur la place publique, envahie par la foule, à midi un quart, l’Angélus venait de sonner, le couperet de la guillotine tomba. Le bourreau Sanson brandit la tête de la reine de France par les cheveux pour l’exhiber aux regards…

Marie-Antoinette est la dernière image féminine de la France d’Ancien Régime, née du baptême de Clovis

Victime innocente, de tout ce qui luia été reproché, le meurtre de la reine, révèle la nature dictatoriale de la Révolution ennemie de l’ordre traditionnel et chrétien.

 

Jean-Marie Cuny

 

( 18 août, 2018 )

L’Europe a-t-elle raté la paix en 1917 ?

 

Lu sur le site de « La France Catholique ».

 

Les propos sont recueillis par Joël Broquet

 

Pourquoi organisez-vous le 2 octobre prochain un colloque intitulé » L’Europe a-t-elle ratée la paix en 1917 ? Est-ce du à l’échec des négociations secrètes entre la France et l’Autriche. Sur quoi ont-elles butés.

Joël Broquet : Ce colloque, qui se tiendra au siège de l’Institut Culturel Hongrois de Paris bénéficie du parrainage du Figaro Histoire et de « Vivre Ensemble ! » et est organisé par plusieurs associations dont la Ligue des Droits du Religieux Ancien Combattants (DRAC), l’Institut de l’Histoire des Monarchies, La Fédération, le Carrefour des Acteurs sociaux.

Henri Peter : Les négociations de l’Empereur Charles d’Autriche pour sortir de l’impasse sont les plus connues, mais elles ne sont pas les seules, elles s’insèrent dans de nombreuses tentatives, venant aussi d’Allemagne en particulier Nous allons toutes (presque toutes ) les examiner. Par exemple, celle du député catholique allemand du Zentrum Erzberger dont on ne parle presque jamais ou de Lanken Des historiens de plusieurs pays tenteront de nous éclairer à ce sujet.

Peut-on mettre cette volonté de paix au crédit de l’Empereur Charles ? Est-ce justifié

Incontestablement Charles était sincère et il était aussi portée par sa foi avec Zita. Malheureusement il a été trop isolé dans son pays, otage aussi de son alliance avec l’Allemagne., qui s’est montré trop hésitante pour s’engager Il est sûr aussi que les pays de l’Entente n’ont pas fait grand chose pour l’encourager, suite à leur alliance avec l’Italie. Il y a eu chez beaucoup de responsables une évidente mauvaise volonté. On peut presque parler de sabotage de ses interlocuteurs , Briand excepté. Peut être aussi que Charles n’était pas assez armé et préparé à ce rôle pour imposer sa volonté à ses Ministres.

On parle peu de la France du rôle joué dans ces tentatives par le pape Benoit XV ? Pourquoi. Son rôle mérite-il d’être réévalué ?

Là est tout le problème et c’est peut être une des raisons essentielle de ce colloque qui se veut novateur sur ce point là : à ma connaissance l’’historiographie, du moins en France, a délibérément ignoré ou occulté les tentatives de Benoit XV pour arrêter ce conflit, véritable guerre civile européenne selon Lyautey et on peut parler quand même de ses avertissements prophétiques En 1915 le pape précise-t-il pas que les nations ne meurent pas, « car si elles sont humiliées et oppressées, elles transmettent de générations en générations un triste héritage de haine et violence ».

Mais lors de son plan de paix en 1917 les catholiques, en particulier en France, otages de l’Union Sacrée ont eu bien du mal à s’élever à son niveau, épiscopat compris. Chacun d’un coté ou de l’autre était persuadé de son bon droit. (En France curieusement, c’est Maurras malgré sa germanophobie qui osera parler du pape comme « Berger des peuples » et non comme partie prenante au conflit).

A ce colloque doit venir l’après-midi François Latour, aussi Nathalie Renoton-Beine, une grande spécialiste de cette question, qui a publié un ouvrage très complet au Cerf, La Colombe et les tranchées, qui étudie à l’aide d’archives avec une grande précision l’action inlassable de Benoit XV, aidé de Pacelli. Le but de ce colloque, où il aura des tables rondes et où ensuite le public pourra s’exprimer, est d’explorer des thèmes encore actuels et de permettre à chacun d’y réfléchir. Il se terminera par un court extrait de « la Grande illusion » le film de Jean Renoir, qui à sa manière, permet aussi de déchiffrer l’histoire.

Inscription : accueuil@instituthongrois.fr :

( 20 juillet, 2018 )

Antony Bellanger sur France-Inter : haineux, ignare et bête.

 

Lu sur le blog de Bernard Antony cette mise au point nécessaire.

 

Ce dernier samedi à l’émission « la matinale » de France-Inter, le camarade Antony Bellanger, au comble de l’excitation, s’emploie à déverser toute une éructation de haine et de venimeuse désinformation sur le général Franco.

Il se réjouit de ce que l’on veuille à Madrid retirer le cercueil de celui-ci de son tombeau de la basilique du « Valle de los caïdos ».
Avec des accents d’une haine à la hauteur de celle jadis de la Pasionaria, ce Bellanger ose proférer que cette sépulture, c’est comme si Hitler était pareillement honoré à Berlin. Sans attendre notre émission de la réplique ce prochain mercredi au cours de laquelle, à 20 h, notre ami l’historien David Fontey traitera de cela, rappelons ici qu’après le pape Pie XII, remercié, entre autres, par Einstein et madame Golda Meir, le général Franco fut le plus grand sauveur de juifs des exterminations nazies, pour le moins 40 000 selon le grand historien catholique Jean Dumont.
Ce dernier rappelant dans le numéro spécial de « Histoire pour tous » (février-mars 1980) titré « la guerre d’Espagne » que le général avait en effet ordonné que soit (re)donnée la nationalité espagnole à tous les juifs des Balkans, notamment très nombreux à Salonique, dont les ancêtres avaient été expulsés d’Espagne.
Si bien que trois ans après sa mort, le 20 novembre 1978, les juifs américains séfarades de l’importante communauté de Brooklyn organisèrent à la grande synagogue de ce quartier de New York un très solennel « service spécial » à sa mémoire, ce que rapporta le 21 novembre le grand quotidien espagnol ABC (édition de Séville p 7).
Le pitoyable ignare néo-bolchevique de France-Inter n’a évidemment pas lu les mémoires (« Ce que j’ai cru comprendre », éditions Robert Laffont) d’Annie Kriegel, talentueuse éditorialiste au Figaro et à la revue juive « l’Arche », bien revenue, elle, de sa jeunesse stalinienne. Elle se régale de citer (p. 764) l’historien britannique S. Spender écrivant le 11 novembre 1990 dans le Sunday Telegraph ses malicieuses réflexions sur les conséquences sur l’issue de la seconde guerre mondiale qu’aurait pu avoir, avant son déclenchement, une victoire des Républicains en Espagne : « Peut-être Franco, fût-il le petit obstacle qui, se trouvant sur le chemin de Hitler entre la frontière espagnole et Gibraltar et neutralisant la péninsule, permit à la démocrate espagnole de survivre ».
Le rouge hystérique Bellanger ne s’est toutefois pas risqué à expliquer comment il put se faire, si le général Franco était une sorte d’Hitler, qu’il fut le seul chef d’État qu’après sa retraite le général De Gaulle tint à rencontrer, le saluant d’abord par ces mots de très haute considération dans sa bouche : « Vous êtes Franco, j’étais De Gaulle »… 
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