( 10 novembre, 2018 )

Histoire & Action Française • Centenaire de l’armistice : Iranien, poilu et camelot du roi

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Exactement un mois avant l’armistice, le 11 octobre 1918, en l’Hôtel de Ville de Marseille, était célébré le mariage d’André Iskaria et de Henriette Anastay. la cérémonie religieuse ayant lieu le 12 à l’église St-Cassien, chemin du Vallon de l’Oriol.

Évoquer cet événement concernant des personnes inconnues permet, à partir d’un cas particulier, de rendre hommage aux soldats qui combattirent en 14-18. C’est aussi un moyen de comparer cette époque avec la nôtre, et aussi de rappeler un moment de l’histoire de l’Action Française en Provence.

André Iskaria était un Iranien, un Persan disait-on alors, de la communauté catholique assyro-chaldéenne du nord-ouest de la Perse, à la limite de la Turquie et de la Syrie actuelles. Né à Mawana, il entra au séminaire d’Ourmia tenu par les lazaristes français qui lui donnèrent l’amour de la France et de sa culture. Il dut fuir les persécutions des Kurdes et, en passant par la Russie, finit par débarquer à Dunkerque en 1912.

André légionnaire 2.jpgEn sortant du bateau, il ne se précipita pas pour demander des aides sociales, qui d’ailleurs n’existaient pas, mais pour s’engager dans la Légion Étrangère. André participa aux opérations de pacification du Maroc. En 1915, il fut envoyé aux Dardanelles puis en Serbie où il fut blessé.

Pendant sa convalescence à Marseille, il fit la connaissance d’Henriette, fille de Henri Anastay qui possédait une des plus importantes pharmacies de Marseille, rue de l’Arbre (actuelle rue Vincent Scotto).

Comme Henri, membre de la haute bourgeoisie marseillaise, s’opposait à ce que sa fille s’unisse à un basané sans le sou, même s’il était chrétien, il fallut attendre son décès. Après le temps de deuil habituel à l’époque, le mariage put avoir lieu le 11 octobre 1918.

André et la médaille coloniale.jpgAvec l’armistice qui suivit quelques semaines plus tard, Henriette et André Iskaria purent envisager un avenir heureux. Ils eurent cinq enfants et quittèrent le Vallon de l’Oriol pour le Roucas-Blanc. Surtout, l’ancien légionnaire blessé au combat obtient la nationalité française en 1920, permettant à son épouse de retrouver la sienne. En effet, à l’époque, le mariage avec un étranger faisait perdre la qualité de citoyen français. Quel gouvernement oserait rétablir une telle loi de nos jours ?

AF 1931.pngPeut-être fut-ce par crainte de la dénaturation de la victoire par les mesquines luttes politiciennes qu’André Iskaria, l’Iranien dont le sang avait coulé pour la France, adhéra au nationalisme intégral de l’AF et devint un ardent camelot du roi de la section marseillaise jusqu’à sa mort,  des suites d’un accident, en 1940.

On retrouve souvent son nom dans les colonnes du quotidien royaliste au titre des donateurs de la section de Marseille.

menu Maurras.jpgLa famille Iskaria avait un grand respect pour le prétendant au trône et une grande admiration pour Charles Maurras.

Ses descendants conservent toujours un autographe de Maurras inscrit sur le menu du banquet organisé en avril 1931, à l’occasion du troisième congrès de la Fédération Provençale des sections d’Action Française.

Cet Iranien, catholique, patriote, royaliste, n’a-t-il pas autant sinon mieux mérité de la patrie que certains ?

Michel Franceschetti

( 11 octobre, 2018 )

La dernière reine

 

Par son mariage avec le dauphin Louis à l’âge de 14 ans et demi, Marie-Antoinette devient reine à dix-huit ans, mère à 23 ans, puis ignominieusement suppliciée à 38 ans… Elle portait les prénoms de Marie-Antoinette-Josèphe, Jeanne de Lorraine. Archiduchesse d’Autriche, elle est née à Vienne en 1755. Elle était descendante directe de nos ducs héréditaires de Lorraine, puisque fille de François III de Lorraine qui a régné sur les duchés de Lorraine et de Bar de 1729 à 1737. Par son mariage avec Marie-Thérèse d’Autriche, il est alors devenu empereur du Saint-Empire Germanique.

Avant le dur chemin de croix vécu lors de la Révolution, Marie-Antoinette a été une jeune femme des plus charmantes. Madame Vigée-Lebrun, portraitiste, nous la décrit : « Grande, admirablement faite. Ses bras étaient superbes, ses mains petites, parfaites de forme, et ses pieds charmants. Elle était la femme de France qui marchait le mieux, portant la tête fort élevée avec une majesté qui faisait reconnaitre la souveraine au milieu de toute sa cour. Ce qui avait de plus remarquable dans son visage, c’était l’éclat de son teint… »

C’est un Lorrain, le duc de Choiseul, ambassadeur à Vienne qui s’occupa activement de préparer le mariage de l’archiduchesse Marie-Antoinette avec le dauphin Louis, futur roi de France.

Dès ses premiers pas en France, la jeune Marie-Antoinette est accueillie par les magistrats de la ville de Strasbourg. Le discours d’accueil est prononcé en Allemand. Marie-Antoinette, toute aimable et souriante, intervint alors en disant : « Ne parlez point l’Allemand. Messieurs, à dater de ce jour, je n’entends plus que le Français ! »

Avant de rejoindre Paris en mai 1770, la fille de François de Lorraine fit étape à Nancy, ancienne capitale lorraine, devenue ville Française depuis quatre années. Fière de son ascendance Lorraine, la jeune Marie-Antoinette vint se recueillir sur les tombeaux de ses ancêtres en l’église des Cordeliers, proche de l’ancien palais ducal.

A Paris, l’accueil fut délirant. Pour la première fois depuis longtemps, la capitale avait une vraie reine, jeune, belle, souriante, éblouissante…

Marie-Antoinette était pourtant privée de toute ambition politique. C’est à travers son goût pour les arts de son temps que la reine devait s’imposer. Sans doute que mariée fort jeune avec le dauphin, elle n’avait pas forcément le comportement d’une femme adulte. Elle a alors été considérée comme frivole, coquette, irréfléchie, mais elle a été également une épouse et une mère aimante. L’histoire républicaine lui reproche ses dépenses, les fastes de Versailles et surtout le Trianon, qui malgré tout, fait toujours partie de notre patrimoine national.

Le calvaire de la reine commença dès les années 1780, quand les pamphlets contre sa personne, inspirés par les loges maçonniques et par le néfaste entourage du duc d’Orléans, se faisaient de plus en plus orduriers. Il s’agissait de dresser contre elle le peuple qui jusqu’alors l’adulait.

Contre Marie-Antoinette, l’histoire ne peut rien retenir. Les calomnies, les libellés infâmes, ne sont pas des témoignages sérieux contre cette reine de France et mère à qui on devait arracher ses enfants. Les arguments forgés pour la perdre ne sont que de perfides mensonges. Au procès révolutionnaire d’octobre 1793, l’accusation n’a pas pu apporter le moindre commencement de preuves méritant condamnation. Le verdict qui commanda la mise à mort de Marie-Antoinette reste l’un des crimes des plus odieux de la Révolution Française.

 

Le 16 octobre 1793, sur la place publique, envahie par la foule, à midi un quart, l’Angélus venait de sonner, le couperet de la guillotine tomba. Le bourreau Sanson brandit la tête de la reine de France par les cheveux pour l’exhiber aux regards…

Marie-Antoinette est la dernière image féminine de la France d’Ancien Régime, née du baptême de Clovis

Victime innocente, de tout ce qui luia été reproché, le meurtre de la reine, révèle la nature dictatoriale de la Révolution ennemie de l’ordre traditionnel et chrétien.

 

Jean-Marie Cuny

 

( 18 août, 2018 )

L’Europe a-t-elle raté la paix en 1917 ?

 

Lu sur le site de « La France Catholique ».

 

Les propos sont recueillis par Joël Broquet

 

Pourquoi organisez-vous le 2 octobre prochain un colloque intitulé » L’Europe a-t-elle ratée la paix en 1917 ? Est-ce du à l’échec des négociations secrètes entre la France et l’Autriche. Sur quoi ont-elles butés.

Joël Broquet : Ce colloque, qui se tiendra au siège de l’Institut Culturel Hongrois de Paris bénéficie du parrainage du Figaro Histoire et de « Vivre Ensemble ! » et est organisé par plusieurs associations dont la Ligue des Droits du Religieux Ancien Combattants (DRAC), l’Institut de l’Histoire des Monarchies, La Fédération, le Carrefour des Acteurs sociaux.

Henri Peter : Les négociations de l’Empereur Charles d’Autriche pour sortir de l’impasse sont les plus connues, mais elles ne sont pas les seules, elles s’insèrent dans de nombreuses tentatives, venant aussi d’Allemagne en particulier Nous allons toutes (presque toutes ) les examiner. Par exemple, celle du député catholique allemand du Zentrum Erzberger dont on ne parle presque jamais ou de Lanken Des historiens de plusieurs pays tenteront de nous éclairer à ce sujet.

Peut-on mettre cette volonté de paix au crédit de l’Empereur Charles ? Est-ce justifié

Incontestablement Charles était sincère et il était aussi portée par sa foi avec Zita. Malheureusement il a été trop isolé dans son pays, otage aussi de son alliance avec l’Allemagne., qui s’est montré trop hésitante pour s’engager Il est sûr aussi que les pays de l’Entente n’ont pas fait grand chose pour l’encourager, suite à leur alliance avec l’Italie. Il y a eu chez beaucoup de responsables une évidente mauvaise volonté. On peut presque parler de sabotage de ses interlocuteurs , Briand excepté. Peut être aussi que Charles n’était pas assez armé et préparé à ce rôle pour imposer sa volonté à ses Ministres.

On parle peu de la France du rôle joué dans ces tentatives par le pape Benoit XV ? Pourquoi. Son rôle mérite-il d’être réévalué ?

Là est tout le problème et c’est peut être une des raisons essentielle de ce colloque qui se veut novateur sur ce point là : à ma connaissance l’’historiographie, du moins en France, a délibérément ignoré ou occulté les tentatives de Benoit XV pour arrêter ce conflit, véritable guerre civile européenne selon Lyautey et on peut parler quand même de ses avertissements prophétiques En 1915 le pape précise-t-il pas que les nations ne meurent pas, « car si elles sont humiliées et oppressées, elles transmettent de générations en générations un triste héritage de haine et violence ».

Mais lors de son plan de paix en 1917 les catholiques, en particulier en France, otages de l’Union Sacrée ont eu bien du mal à s’élever à son niveau, épiscopat compris. Chacun d’un coté ou de l’autre était persuadé de son bon droit. (En France curieusement, c’est Maurras malgré sa germanophobie qui osera parler du pape comme « Berger des peuples » et non comme partie prenante au conflit).

A ce colloque doit venir l’après-midi François Latour, aussi Nathalie Renoton-Beine, une grande spécialiste de cette question, qui a publié un ouvrage très complet au Cerf, La Colombe et les tranchées, qui étudie à l’aide d’archives avec une grande précision l’action inlassable de Benoit XV, aidé de Pacelli. Le but de ce colloque, où il aura des tables rondes et où ensuite le public pourra s’exprimer, est d’explorer des thèmes encore actuels et de permettre à chacun d’y réfléchir. Il se terminera par un court extrait de « la Grande illusion » le film de Jean Renoir, qui à sa manière, permet aussi de déchiffrer l’histoire.

Inscription : accueuil@instituthongrois.fr :

( 20 juillet, 2018 )

Antony Bellanger sur France-Inter : haineux, ignare et bête.

 

Lu sur le blog de Bernard Antony cette mise au point nécessaire.

 

Ce dernier samedi à l’émission « la matinale » de France-Inter, le camarade Antony Bellanger, au comble de l’excitation, s’emploie à déverser toute une éructation de haine et de venimeuse désinformation sur le général Franco.

Il se réjouit de ce que l’on veuille à Madrid retirer le cercueil de celui-ci de son tombeau de la basilique du « Valle de los caïdos ».
Avec des accents d’une haine à la hauteur de celle jadis de la Pasionaria, ce Bellanger ose proférer que cette sépulture, c’est comme si Hitler était pareillement honoré à Berlin. Sans attendre notre émission de la réplique ce prochain mercredi au cours de laquelle, à 20 h, notre ami l’historien David Fontey traitera de cela, rappelons ici qu’après le pape Pie XII, remercié, entre autres, par Einstein et madame Golda Meir, le général Franco fut le plus grand sauveur de juifs des exterminations nazies, pour le moins 40 000 selon le grand historien catholique Jean Dumont.
Ce dernier rappelant dans le numéro spécial de « Histoire pour tous » (février-mars 1980) titré « la guerre d’Espagne » que le général avait en effet ordonné que soit (re)donnée la nationalité espagnole à tous les juifs des Balkans, notamment très nombreux à Salonique, dont les ancêtres avaient été expulsés d’Espagne.
Si bien que trois ans après sa mort, le 20 novembre 1978, les juifs américains séfarades de l’importante communauté de Brooklyn organisèrent à la grande synagogue de ce quartier de New York un très solennel « service spécial » à sa mémoire, ce que rapporta le 21 novembre le grand quotidien espagnol ABC (édition de Séville p 7).
Le pitoyable ignare néo-bolchevique de France-Inter n’a évidemment pas lu les mémoires (« Ce que j’ai cru comprendre », éditions Robert Laffont) d’Annie Kriegel, talentueuse éditorialiste au Figaro et à la revue juive « l’Arche », bien revenue, elle, de sa jeunesse stalinienne. Elle se régale de citer (p. 764) l’historien britannique S. Spender écrivant le 11 novembre 1990 dans le Sunday Telegraph ses malicieuses réflexions sur les conséquences sur l’issue de la seconde guerre mondiale qu’aurait pu avoir, avant son déclenchement, une victoire des Républicains en Espagne : « Peut-être Franco, fût-il le petit obstacle qui, se trouvant sur le chemin de Hitler entre la frontière espagnole et Gibraltar et neutralisant la péninsule, permit à la démocrate espagnole de survivre ».
Le rouge hystérique Bellanger ne s’est toutefois pas risqué à expliquer comment il put se faire, si le général Franco était une sorte d’Hitler, qu’il fut le seul chef d’État qu’après sa retraite le général De Gaulle tint à rencontrer, le saluant d’abord par ces mots de très haute considération dans sa bouche : « Vous êtes Franco, j’étais De Gaulle »… 
( 14 juillet, 2018 )

Livres & Histoire • Le Roi ou l’incarnation du pouvoir

 

Article d’Anne Bernet paru dans le numéro du mois de Juin 2018 de POLITIQUE MAGAZINE

 

Depuis la mort de Louis XVI, la France, en dépit des apparences républicaines, n’aura cessé de rechercher un remplaçant à la figure royale. En vain. Deux études historiques, complémentaires, permettent, en dépit de leurs défauts, de comprendre pourquoi aucun homme prétendu providentiel n’est jamais parvenu à remplacer le Très Chrétien.

Un pouvoir sacré indépendant

Que cela plaise ou non, à la différence de la plupart des modèles monarchiques à travers le monde et le temps, la royauté française relève héréditairement du sacré ; le pacte de Reims n’est pas un accord opportuniste conclu en 496 entre l’Église des Gaules et Clovis, puis renouvelé avec les dynasties successives, mais une réalité spirituelle unissant le royaume de la terre à Celui du Ciel. Perdre cela de vue, c’est se condamner, sous prétexte de rationalisme ou de dénonciation d’une « pensée magique » que notre époque éclairée ne saurait admettre, à ne rien comprendre à notre passé et aux façons d’être et de penser de nos ancêtres. Voilà sans doute, aujourd’hui, le pire écueil auquel se heurtent des historiens plus ou moins étrangers à la foi catholique et qui ont tendance à en parler comme ils le feraient des croyances de l’Égypte pharaonique. S’ils refusent d’admettre ce particularisme français, et que la Fille aînée de l’Église puisse avoir une place à part dans les plans d’un Dieu auquel il est de mauvais ton de se référer, toute leur vision de la longue geste royale s’en trouve d’emblée faussée. Voilà sans doute pourquoi, chacun à leur manière, Stanis Perez, qui signe Le corps du Roi (Perrin) et Marie-Claude Canova-Green, auteur de Faire le Roi ; l’autre corps de Louis XIII (Fayard), malgré d’impressionnantes recherches, restent à la surface des choses et passent à côté de l’essentiel.

Un premier mystère, dans une société strictement matérialiste comme la nôtre, est d’admettre que le Roi « sacré », ce qui veut tout dire, entre dans une autre dimension et que, tout en restant un homme à part entière, car il ne s’agit pas, à l’instar du Pharaon, voire même du Principat romain dans certaines de ses manifestations, de diviniser le souverain, il devient cependant un lien, un intermédiaire entre ici-bas et En-haut, dimension qui comprend une part hautement sacrificielle, celle-là même que Louis XVI assumera jusqu’à l’échafaud. Faute de le comprendre – tout comme, d’ailleurs, notre époque devient incapable de saisir ce que sont les grâces du baptême ou le sacrement de l’Ordre – l’historien se focalise sur des points de détail ou pose de mauvaises questions. Vouloir réduire les rois de France à une « incarnation du pouvoir », ce que les juristes royaux au demeurant, savaient bien, c’est s’arrêter à mi-chemin de la réalité et perdre de vue ce rôle de « Lieutenant de Dieu » qui était le leur. C’est l’idée même d’un pouvoir chrétien procédant du divin, non de la volonté populaire, ou prétendue telle, qui heurte. Dès lors, les deux universitaires se perdent dans l’étude de ce qui leur semble relever de bizarreries dépassées.

Le corps du Roi

Qui dit pouvoir incarné dit fatalement corps. Le Roi est homme, avec ses défauts, ses faiblesses, ses passions, ses maladies, et sa condition mortelle qui, cependant, n’altère pas l’immortalité du système monarchique, ou du royaume, ou de l’État, conception plus compréhensible à nos contemporains.

Stanis Perez scrute cet homme qui reste ancré dans son humanité, ne revendique nulle essence « divine » ; il le suit, de Philippe Auguste à Louis-Philippe, dans son quotidien le plus prosaïque. Pour lui, mais là encore, ce n’est que partiellement exact car le postulat de base de la sacralité du pouvoir reste la même à travers les siècles, l’image du Roi, ou celle du corps du Roi, se serait construite puis déconstruite au fil des siècles, de sorte que saint Louis n’aurait pas appréhendé son rôle et sa personne comme pouvaient les appréhender Henri III ou Louis XIV. Cette image renvoyée au peuple, cette propagande auraient pareillement fluctuée. Reste que le Roi demeurait le Roi, tant à ses propres yeux qu’à celui de ses peuples et que porter sur cela un regard « moderne », fausse fatalement l’objet de l’étude …

Ce qui est intéressant, néanmoins, dans ce livre, relève du sociologique et de l’anecdotique. Si le Roi est un homme, et nul ne le nie, il naît, il grandit, il se forme, il mange, il prend soin de son corps, de son apparence, de sa santé, il engendre, et il meurt. Comment ?

L’autre paradoxe est de parvenir à en imposer à ses sujets ou à ses ennemis tout en assumant son humanité et sa mortalité. Le cas extrême est celui de Charles VI, rongé par sa maladie mentale jusqu’à en perdre sa dignité humaine, mais jamais sa dignité royale, au point que le peuple a aimé son pauvre roi fou bien plus qu’il ne l’eût aimé sain d’esprit, dans la certitude mystique que le souverain expiait dans sa chair les péchés de la France. L’on touche là, une fois encore, à la dimension christique du pouvoir royal que nos contemporains ne savent plus appréhender. Elle est pourtant infiniment plus importante que de savoir si Louis XI jugeait indigne de se baigner en public ou que le contenu de l’assiette royale.

Dans l’imaginaire, et dans l’idéal, il faudrait que le Roi soit toujours jeune, beau, en pleine santé, doté de toutes les vertus du corps et de l’esprit. Cela peut parfois arriver, cela ne dure jamais. Comment, sauf à imiter ces peuplades qui sacrifiaient le roi vieillissant ou malade, continuer d’en imposer ?

Le roi est une incarnation

Louis XIII n’était pas séduisant, il souffrait d’un sérieux défaut d’élocution, son caractère était difficile et angoissé, sa santé mauvaise depuis l’adolescence. Dans ces conditions, alors qu’il n’avait pour lui que son droit d’aînesse, comment a-t-il incarné son rôle ?

Spécialiste du « spectacle de cour » dans l’Europe moderne, Marie-Claude Canova-Green voit, et, jusqu’à un certain point, elle a raison, Louis XIII, – mais ce serait vrai de tous les rois, – comme un acteur presque continuellement sur scène, obligé de jouer un rôle qu’il n’a pas choisi mais qui lui colle à la peau et dont il n’a pas le droit de se dépouiller.

L’on en arrive ainsi à une vision quasi schizophrénique du monarque, pris entre son personnage royal qu’il doit assumer, et sa personne privée dans l’impossibilité de s’exprimer puisque la sphère intime lui est presque interdite. Faut-il vraiment supposer la coexistence, peu apaisée, de Louis de Bourbon et de Louis XIII dans un même corps ? Ne vaut-il pas mieux admettre que le Roi était un, même si, au siècle suivant, Louis XV, et Louis XVI plus encore, rechercheront, ce qui s’avérera une faute, les moyens d’échapper à cette épuisante et constante représentation ?

Reste une analyse étonnante, et dure, de ce que l’historienne considère comme une sorte de dressage ou de conditionnement d’un enfant qui, né mâle et premier de sa fratrie princière, est destiné au trône, quand même ses qualités propres ne l’appelleraient pas spécialement à l’occuper.

Les études de « genre » étant l’une des grandes préoccupations actuelles, il est beaucoup question ici, trop peut-être, d’« apprentissage de la masculinité », notion qui aurait sans doute laissé pantois nos aïeux du XVIIe siècle. Louis XIII ne s’est sûrement jamais demandé s’il devait assumer sa condition masculine, parce qu’il a toujours su et admis qu’il était un homme, et pas une femme …

C’est parce qu’il était homme, et prématurément roi après l’assassinat de son père, qu’il s’est donné, sans pitié pour lui-même, les moyens d’assumer son destin. En toute conscience.

Louis XIII ne s’est jamais pris pour Jupiter, pas plus que son fils ne se prendrait pour Apollon. Seulement pour ce qu’il était : l’homme, avec tous ses défauts et ses péchés, que les lois de dévolution de la couronne, et la volonté de Dieu, avaient fait roi de France et qui devait s’en rendre digne.

Ne pas admettre cela, c’est renoncer à rien comprendre à la monarchie française. 

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Le corps du Roi, Stanis Perez, Editions Perrin, 475 p, 25 € 

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Faire le Roi, L’autre corps de Louis XIII, Marie-Claude Canova-Green, Editions Fayard, 372 p, 23 €

( 30 juin, 2018 )

Histoire & Actualité • « Les Manants du Roi », le nouveau film de Patrick Buisson

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Avant-hier jeudi 28 juin, alors que les bobos parisiens vaquent à leurs insignifiantes occupations, Patrick Buisson a présenté son dernier film Les Manants du roi, Vendée 1793-1796, projeté au Grand Rex, devant deux mille personnes, dont nombre de personnalités, venues assister à l’avant première. Jean Gugliotta y était présent, notamment pour Lafautearousseau.

Ce nouveau film prolonge le succès du beau livre-événement de Patrick Buisson, La grande histoire des guerres de Vendée, paru à la fin de l’année 2017. Le film, Les Manants du Roi, est coproduit par la chaîne Histoire, dont Patrick Buisson est le directeur général, et par la société Erealprod.

MANANTS_DU_ROI_2806_PARIS_Page_1.jpgÀ travers les points de vue de plusieurs personnages issus de deux camps différents, les Bleus et les Chouans, ce film inédit nous plonge dans l’histoire des guerres de Vendée, entre 1793 et 1796. Six comédiens, en costume d’époque, donnent vie à ces différents personnages.

Le film est émaillé d’extraits de fictions, de gravures d’époque et de reproduction de vitraux.

Ce film est tout le contraire d’une oeuvre de fiction car tout y est rigoureusrment exact et Jean-Louis Cassarino, est presque traumatisé par son rôle de conventionnel…

MANANTS_DU_ROI_2806_PARIS_Page_2.jpgSelon Patrick Buisson, la guerre de Vendée est terminée. La guerre de tranchée pour l’occulter ou la faire reconnaître se termine par la victoire des vaincus. L’exécution du plan d’extermination intervient sans aucune nécessité de défense nationale. Plus personne ne conteste désormais que ce crime de masse fut idéologique et génocidaire. L’existence du génocide vendéen n’est juridiquement plus contestable. Le débat s’est déplacé du terrain historique au terrain juridique et les crimes commis en Vendée répondent en tout point aux critères définis pour qualifier un génocide. Camille Desmoulins qualifiait les Vendéens d’animaux à face humaine. Ce n’est pas balance ton porc mais égorge ton porc ! La lutte de la Convention contre la Vendée fut une guerre de religion. Celle de la déesse raison contre « l’obscurantisme »…

Ce soulèvement populaire, ce Non Possumus d’un peuple de géants est le legs de la Vendée martyr.  ■  

Diffusion sur la chaine Histoire à partir du 4 juillet.

Page Facebook dédiée.

( 21 juin, 2018 )

La fin de la cavalerie

 

Puisque nous sommes encore dans les années du centenaire de la Grande Guerre, je tiens à évoquer ici un sujet qui n’a pas été abordé lors des commémorations et resté ignoré dans les très nombreuses publications concernant les années de guerre 1914-1918. Le premier conflit mondial marque la fin de la cavalerie à cheval pour laisser place à la mécanisation. Les régiments de cavalerie montée ont pourtant régné en maîtres durant des siècles au sommet de l’armée. Par sa vitesse, la cavalerie permettait les manœuvres les plus brillantes, les plus inattendues et souvent décisives.

L’armement moderne a fait disparaître le cheval de guerre, remplacé par la mécanique. Les charges de cavalerie pouvaient être facilement décimées par le fusil à tir rapide, la mitrailleuse, le canon, le char d’assaut, l’avion, les réseaux de barbelés… Voilà ce qui a tué la cavalerie, reine des batailles depuis l’origine de tous les conflits.

La guerre avait changé de nature. On l’avait déjà observé lors des combats de 1870 où la cavalerie chargeait sabre au clair et lance en avant, fauchés par les tirs de mitrailleuses, notamment chez nous, sur le plateau de Mars-la-Tour et Gravelotte…

En 1914, la cavalerie était une arme périmée. On le savait. Tout le monde le savait. Alors pourquoi, direz-vous, Français et Allemands avaient-ils quand même conservé tant de régiments de pure cavalerie à cheval ? Sans doute, cela est même certain, il était difficile de se défaire d’un état d’esprit de tant de souvenirs glorieux, de victoires inoubliables. Depuis les temps les plus anciens on s’était toujours battu à cheval. Aucun état-major ne pouvait consentir à se séparer de ses prestigieux régiments de cavalerie. De plus, l’opinion publique se serait fortement émue et aurait très vivement réagit à l’annonce de la suppression de sa glorieuse et légendaire cavalerie.

Le 3 août 1914 quatre-vingt-neuf régiments de cavalerie à cheval, cuirassiers, dragons, chasseurs, hussards, augmentés des chasseurs d’Afrique, des spahis et goumiers marocains de l’armée d’Afrique devaient s’opposer aux régiments montés allemands des cuirassiers blancs, des dragons, des uhlans, des chevaux-légers et des hussards de la mort.

En Lorraine, dès la déclaration de guerre, les 10e, 15e, 19e et 20e dragons avaient rejoins la 2e division de cavalerie de Lunéville afin d’assurer la couverture de la IIe armée du général de Castelnau.

Dès août 1914, les 15e et 20e corps avaient passé la frontière de 1871 au-delà de la Seille et s’avançaient sans d’importantes difficultés. Seulement nos braves soldats étaient attendus sur des positions préparées d’avance par les Allemands, sur un front continu, puissamment aménagé et fortifié, bien avant la déclaration de guerre.

Seulement, selon la doctrine militaire française de l’époque, toute l’armée devait pratiquer l’offensive à outrance. C’était négliger la puissance de feu de l’armement moderne. Méprisant le tir continu des mitrailleuses et de l’artillerie, les 15e et 20e Corps s’étaient rués, baïonnette au canon, a l’assaut, contre les ouvrages fortifiés. Le formidable élan de nos troupes devait être totalement brisé par les rafales de balles et tirs d’obus. Sans avoir vu l’ennemi, des bataillons entiers, officiers en tête, étaient alors fauchés par la mitraille. La retraite fut ordonnée, couverte par la cavalerie déployée sur la Vezouze. Après ce que l’on a nommé le désastre de Morhange et de Sarrebourg, la IIe armée se repliait sur le Grand Couronné.

Rupprecht de Bavière se croyant vainqueur s’était alors avancé sur le Grand Couronné, mais sans succès, car malgré ses pertes, nos troupes s’étaient ressaisies. Castelnau qui avait ses troupes bien en main, avait repoussé le prétentieux kronprinz de Bavière. De son coté, la cavalerie était chargée de ralentir l’avancée allemande. Elle eut à livrer de violents combats, notamment à Franconville et à Rozelieures. La victoire de Lorraine était principalement due à la cavalerie, notamment aux 15e et 20e dragons. C’était peut-être les derniers combats de la cavalerie qui a quand même eut un rôle important dans l’incontestable victoire de la Marne qui se termina le 14 septembre 1914 au crépuscule, après 34 jours de terribles combats. L’armée allemande était alors en retraite précipitée. Mais dans l’euphorie de la victoire de la Marne, on a laissé les Allemands se ressaisir. Les combats, prenaient de nouvelles formes, s’installant dans une guerre de positions où la cavalerie n’avait plus son utilité.

1918, le 11 du 11e mois à 11h, le clairon sonna l’armistice et, sans aucun doute, la fin de la guerre à cheval, même si quelques régiments à cheval ont persisté au début de la guerre suivante.

Jean-Marie Cuny

Réf.  Général Chambe « Adieu, Cavalerie » (Plon 1979).

( 24 mai, 2018 )

Pourquoi l’Action Française voulait une alliance avec l’Italie de Mussolini… Un commentaire à lire.

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Ceux qui hurlent si volontiers, et si hypocritement, contre le fâchisme oublient volontairement – ou alors ils l’ignorent – que Mussolini était un homme de gauche, venu du parti socialiste, et qu’une idéologie totalitaire, quelle qu’elle soit, n’est jamais pour nous, par définition, qu’une théorie intellectuelle et abstraite ; et donc forcément en opposition avec les réalités concrètes et charnelles, héritées de l’Histoire, dont nous partons toujours. […]

Aucun accord possible, donc, dans le domaine des idées, entre un totalitarisme (ici le fascisme italien) et le « royalisme » venu du fond des âges et « prouvé par l’histoire » que propose l’Action française ; comme le montre bien Léon Daudet dans le court passage que je vous propose plus bas.

Ceci étant, et pour en revenir au contexte des années 35, la guerre venant, il fallait chercher des alliés contre la puissance allemande qu’un Pays légal républicain criminel, sabotant la victoire si chèrement acquise en 1918, avait laissé se reconstituer.

Or, Mussolini, malgré ses bravades et fanfaronnades effectivement, parfois, ridicules, pouvait parfaitement – avec toutes les réserves et les reproches que l’on pouvait par ailleurs lui faire sur le plan doctrinal – être « fréquenté » pour créer un large front d’opposition à un Hitler sans cesse plus agressif : n’est-ce pas Mussolini qui s’opposa à Hitler, et le fit reculer, en mobilisant ses troupes sur le Brenner en 1935 ? Hitler venait de faire assassiner le chancelier Dollfuss, en vue de l’annexion de l’Autriche, l’Anschluss.

Le 25 juillet, lorsque Mussolini envoya ses deux divisions sur le Brenner, Hitler recula.

C’est dans cet esprit que l’Action française souhaitait que l’on s’alliât avec Mussolini : évidemment pas par affinité ou par proximité idéologique, mais uniquement par pur intérêt stratégique, immédiat et pressant.

Dans la même optique que François Premier s’alliant avec le Grand Turc après sa déroute de Pavie, au moment où il semblait que Charles Quint et les Habsbourgs allaient écraser la France : il est bien évident qu’en s’alliant avec le Grand Turc […] François premier ne songeait nullement à se convertir lui-même à l’Islam, ni à faire de la France une nation musulmane et à la couvrir de mosquées ! […]

Mutatis mutandis, c’est dans le même esprit que l’Action française envisageait les choses, vis-à-vis de Mussolini, juste avant la guerre : il nous fallait des alliés, fussent-ils, par ailleurs, loin de nous « idéologiquement » : la République préféra, justement pour des raisons idéologiques, jeter finalement Mussolini dans les bras d’Hitler, alors qu’il avait commencé par le combattre ! […]

De Léon Daudet, dans « Député de Paris », pages 176-177 :

« La méconnaissance de l’immense mouvement qu’est le fascisme italien, de ses racines dans le passé, de son animateur, comptera comme une des grandes bévues de la République finissante française.

Nous sommes séparés du fascisme par l’immense fossé de la religion d’Etat – religion politique, s’entend – dont nous a dispensés le régime le plus souple et le plus évolué de l’Histoire, la monarchie française.

Nous ne croyons pas, organiquement parlant, à la congestion indéfinie du centre, avec anémie consécutive de la périphérie, ou plutôt nous connaissons les dangers de cette forme du jacobinisme et de la politique du poulpe.
Une des raisons décisives qui m’ont amené à Maurras, c’est sa formule de décentralisation administrative, si décongestionnante et si claire, dont nous n’avons cessé de nous émerveiller, ma femme et moi, depuis les inoubliables articles de la Gazette de France, de 1902 à 1908. 

Ce que je redoute dans le Syllanisme fasciste, par ailleurs séduisant, c’est la décompression presque fatale d’un tel système, le jour de la disparition de son chef, comme il arriva précisément pour Sylla. 

A la centralisation étatiste, même louis-quatorzienne, il faut la main d’un homme de génie. 

S’il s’en va, on risque le jacobinisme ou l’anarchie, ou un fléau dans le genre de Bonaparte, mêlé d’étatisme et d’insanité.

Je m’excuse de ces considérations qui, touchant à la politique italienne, aujourd’hui rapprochée de l’Allemagne par notre faute, peuvent sembler accessoires. »

Il est souvent intéressant et instructif – et, parfois, presque amusant, comme ici – de rapprocher des textes émanant de personnes que tout oppose : ainsi, après avoir lu ce passage de Daudet, peut-on trouver matière à réflexion dans … « Le Populaire » du 25 octobre 1934, où Léon Blum écrit ceci :

Blum.jpg« Quand on place avant tout autre l’intérêt de la stabilité gouvernementale, on est monarchiste.

On l’est consciemment ou inconsciemment, en le sachant ou sans le savoir, mais on l’est ! Seule la monarchie est stable par essence, et encore la monarchie totale, où le roi gouverne en même temps qu’il règne. 
Les dictatures fascistes ne sont pas stables ; même si le dictateur évite les cataclysmes analogues à ceux qui l’ont porté au pouvoir, il reste une cause d’instabilité majeure qu’il ne peut éluder : sa succession
. »

François Davin

( 23 avril, 2018 )

L’histoire oubliée…

 

 

 

Une reine de légende

J’avoue avoir une réelle admiration pour quelques grandes figures féminines de notre histoire (je pourrai vous en dresser une belle liste, si vous le souhaitez). Dans mon Panthéon féminin, Jeanne d’Arc (1412-1431) est pour moi à la première place. J’admire également Marie Stuart (1542-1587) reine d’Ecosse, fille de l’admirable Marie de Lorraine, Alberte Barbe d’Ernécourt, dame de Saint-Balsmont (1607-1660), Caroline Aigle (1994-2007) et même Damya, reine des Aurès, incarnation de la résistance Berbère face à l’islamisation forcée. Chez nous, une reine de légende, mérite pourtant de ne pas être oubliée. Il s’agit de Brunehaut, reine d’Austrasie. Evoquons donc son souvenir en ces pages.

 

Les Temps Mérovingiens

L’histoire du royaume d’Austrasie est hélas très mal connue des Lorrains en général. C’est dommage !

Notre pays est le berceau de la famille Carolingienne ; mais avant l’accession au pouvoir des maires du palais, le royaume d’Austrasie était sous le sceptre des rois mérovingiens. L’Austrasie a particulièrement rayonné d’un bel éclat de 511 à 741 depuis sa capitale messine où la cour royale était installée.

Du temps où l’on apprenait encore l’histoire à l’école, on avait retenu de cette époque la rivalité sanglante qui opposait les reines Brunehaut et Frédégonde. Le roi Dagobert, n’est pas oublié et saint Sigisbert est toujours honoré. Le dernier roi mérovingien est son fils Dagobert II, assassiné en 679, au cours d’une chasse en forêt de Stenay. On sait que les maires du palais se sont alors octroyé le pouvoir et que Pépin-le-Bref a occupé la place du dernier roi mérovingien assassiné.

 

L’Austrasie

On a donné récemment le nom de Grand Est à un ensemble de régions différentes. Le nom d’Austrasie aurait pu être choisi, car il signifie Royaume de l’Est. Ses trois principales et importantes villes étaient Reims, Trèves et, entre les deux, à égale distance, se situait la ville de Metz, où se tenait « La Cour d’Or ».   Sigebert régnait sur l’Austrasie depuis 561. Cinq années s’étaient écoulées depuis son avènement à la royauté. Il résolut alors de se choisir une épouse digne de son rang.

 

Reine des Austrasiens

La plus jeune des filles du roi Wisigoth Athanagild fut choisie, elle avait dix-neuf ans. Grégoire de Tours la décrit dans son Historia Francorum : « La jeune vierge avait de la noblesse dans ses actions ; elle était belle à voir ; ses manières respiraient la politesse et la grâce ; elle était bonne pour le conseil, et ses discours charmaient ». La jeune fille avait reçu à Tolède une éducation toute romaine.

Dans son palais de Metz, Sigebert fit préparer un festin magnifique auquel étaient invité tous les grands du royaume. Le poète Venance Fortunat récita à la table nuptiale ses poèmes vantant les hautes qualités et la valeur de Sigebert, ainsi que l’esprit, la beauté et la haute naissance de Brunehaut.

Sigebert et son épouse, Brunehaut toute imprégnée des lois romaine, s’accordèrent pour gouverner l’Austrasie. La reine fit réparer et entretenir les anciennes voies romaines et en ouvrit de nouvelles ; elle fit construire des ponts sur les rivières, fit élever des tours à l’imitation des forteresses pour la défense des frontières (le nom de Brunehaut est resté à la tour du château de Vaudémont). La reine rétablit l’ancien système des postes romaines, avec leurs relais de chevaux et leurs gîtes. Elle fit réparer et entretenir les monuments d’utilité publique, comme les fontaines.

La cour d’Austrasie était brillante. La reine lui donnait un grand éclat par l’élégance et la dignité de ses manières, par la politesse du langage, par la noblesse et la magnificence de l’accueil préparé à ceux que les intérêts publics ou l’amitié y conduisaient chaque jour. Le palais de Metz présentait aux yeux un mouvement continuel et plein de grandeur.

Sigebert fut assassiné en 575, la reine Brunehaut lui survécu au milieu de mille péripéties jusqu’en 613. Elle gouvernât l’Austrasie au nom de son fils Childebert, en attendant le moment où l’âge lui donnerait le pouvoir de commander lui-même.

Il y a toute une partie de vie qui relate la haine de Frédégonde (qui fit assassiner Sigebert) à l’encontre de Brunehaut. Cette haine s’était transmise tout entière dans l’âme de son fils Clotaire II qui réussit à s’emparer de Brunehaut. Il la condamna à trois jours de supplice, la fit promenée sur un chameau tout autour de son armée, puis on attacha la reine par les cheveux et une main à la queue d’un cheval fougueux et indompté. Le cheval fut lancé au grand galop. Tous les membres de Brunehaut furent déchirés sous les pieds de l’animal qui la traîna dans une couse violente sur les chemins empierrés.

 

Ainsi mourut à l’âge de soixante-six ans une reine célèbre, fille, épouse et mère de rois. Le prestige de sa naissance, de son esprit et de sa beauté avait répandu d’éclat autour d’elle, lorsque Sigebert Ier l’avait fait asseoir sur l’un des trônes les plus glorieux de la Gaule Franque. Sa vie se termine ainsi de triste façon.

Sous le règne de Brunehaut et grâce à elle, la Neustrie a bien failli être réunie à l’Austrasie. La reine avait même songé à faire de Paris la capitale du royaume mérovingien. (L’unité française aurait donc pu débuter dès cette époque).

Un livre reste à faire sur cette reine mérovingienne de légende.

Jean-Marie CUNY

 

Réf.

Voir principalement :

Huguenin (Alexandre) Histoire du royaume mérovingien d’Austrasie. Cet ouvrage publié en 1862 et a été réédité en 2011 aux éditions des Paraiges (365 pages).

( 9 avril, 2018 )

Les royalistes en Mai 68. Partie 3 : L’Action Française contre les « Vietniks ».

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

La guerre du Vietnam et l’intervention des troupes états-uniennes du côté du Sud-Vietnam pro-occidental déclenchent dès 1965 un vent de contestation aux États-Unis mêmes, vent qui souffle bientôt en tempête sur tous les pays du « camp capitaliste » et particulièrement sur les campus, désormais de plus en plus vastes et ouverts aux nouvelles classes montantes des sociétés démocratiques. Le mouvement étudiant SDS (Students for a Democratic Society), à l’origine de la première manifestation américaine contre la politique interventionniste des États-Unis au Vietnam, fait partie de cette nouvelle gauche radicale très portée sur la « théorisation » et capable de fournir à ses militants un instrument dialectique efficace. Sans doute parce que la jeunesse a besoin de certitudes plus encore que de réalités et de nuances, elle est moins attirée par une Eglise qui doute que par des chapelles qui affirment… Et les groupuscules marxistes-léninistes, trotskistes et maoïstes, profitent de la réprobation d’une grande partie de l’opinion publique en Europe de l’Ouest (et même du général de Gaulle dont le discours de Phnom-Penh retentit encore douloureusement aux oreilles de l’administration états-unienne…) pour recruter et former des cadres, en Allemagne, en Italie et bien sûr en France, que « l’oncle Ho » connaît bien…

A Paris, les groupes d’extrême-gauche, même s’ils ne comptent pas beaucoup de membres actifs, font bien du bruit et savent se faire une large publicité par des « opérations » (manifs, chahuts, éventuellement bagarres) qu’ils font « mousser », comme savaient le faire jadis les Camelots du Roi, « première bande révolutionnaire d’Europe » selon un observateur d’avant 1914 : tout est utilisé, et la guerre du Vietnam est une véritable aubaine. Autour de ce thème, ils cristallisent tous les mécontentements d’une jeunesse mal à l’aise dans une société de consommation dont le confort ne remplace pas encore le « supplément d’âme » indispensable aux jeunes, cet idéalisme un peu romantique qui fait parler de la jeunesse comme d’une folie passagère, d’une passion incontrôlable…

Dans les rues de Paris apparaissent des vendeurs du Courrier du Vietnam et d’autres publications pro-Vietcong, et à partir de 1966-67, les accrochages entre militants d’AF et communistes, qu’ils soient « orthodoxes » ou « révolutionnaires », redeviennent monnaie courante, l’AF dénonçant les atrocités commises par le Nord-Vietnam d’Ho Chi Minh. Désormais la guerre qui embrase le Sud-est asiatique semble, au moins pour un temps, devenir le point de référence (et de fixation) des militants politiques, comme le souligne Ludivine Bantigny dans son récent « 1968. De grands soirs en petits matins » : « La guerre du Vietnam obsède et nourrit la colère, en France aussi », ce que, dès décembre 1967, AF-Université (le mensuel des étudiants monarchistes d’AF) traduit par une couverture représentant un soldat vietnamien brandissant une kalachnikov sur fond de carte parisienne, avec ce titre explicite : « Les obsédés du Vietnam » qui pourrait avoir inspiré la phrase de Mme Bantigny. Ce thème semble ainsi investir totalement le champ politique étudiant, et même au-delà (mais de façon moindre) : tout le monde doit prendre position.

Pour l’AF, le choix est clair : la lutte anticommuniste reste une priorité. Les premières prises de position du mouvement, ou plutôt de l’hebdomadaire Aspects de la France, ne semblent pas très originales : « (…) A cause de l’importance grandissante du conflit vietnamien, les Français se tournent à nouveau vers l’Asie du Sud-Est, ou plutôt les journaux leur disent de s’intéresser à la guerre qui s’y déroule. (…)

Ainsi nous assistons à un viol des consciences, ainsi nous voyons par aveuglement ou par opportunisme des hommes rendre peu à peu la subversion sympathique à ceux qui de façon naturelle devraient la détester. Ceux qui se servent du feu sauront-ils le maîtriser ? (…)

Saluons les soldats qui contiennent la marée rouge au Vietnam pour qu’elle ne vienne pas un jour battre à leur porte – et à la nôtre. » (1). N’est-ce pas aussi pour l’AF un moyen de montrer son antigaullisme traditionnel quand le général de Gaulle, en 1966, a dénoncé les bombardements américains au Vietnam dans son discours de Phnom Penh ? Si bien que les royalistes maurrassiens s’unissent à d’autres nationalistes pour « faire le coup de poing » contre les meetings « Paix au Vietnam » organisée par la gauche marxiste : c’est le cas à Toulouse le 6 février 1967, ou à Aix-en-Provence, où les militants d’AF sont l’épine dorsale d’un « Front Universitaire anti-communiste » dont le seul but semble être de gêner la propagande marxiste.

 

Les royalistes en Mai 68. Partie 3 : L'Action Française contre les

A Rennes, les étudiants royalistes participent à cette campagne en dénonçant l’hypocrisie de la presse de gauche, et en insistant sur l’absence d’équilibre quant aux informations distillées par la grande presse et les journalistes considérés comme trop souvent tendancieux : « On se scandalise des ponts détruits, de la vie « sous les bombes », de l’escalade américaine, mais la position du « couteau sous la gorge » n’est pas plus confortable. QUI a eu le courage de dénoncer, durant les années passées, la véritable, l’horrible escalade des gorges tranchées, des seins coupées, des membres écartelés, des moissons ravagées, des enterrés vivants et des brûlés vifs par les terroristes Vietcongs ? ».

Dans les universités, les lycées ou sur les marchés, militants d’AF et vendeurs du Courrier du Vietnam s’affrontent donc régulièrement, ce que relatent les rubriques d’activités des sections publiées dans A.F.U. durant toute l’année scolaire 1967-68, mais Patrice Sicard (l’une des jeunes plumes les plus prometteuses de la nouvelle génération royaliste des années 60) qui observe avec attention l’agitation pro-vietnamienne devenue le véritable point de repère et base du recrutement de l’extrême-gauche, va plus loin dans l’analyse du phénomène, en dépassant la simple lecture politique ou « partisane » : « (…) Le Vietnam devient un traumatisme à symptômes obsessionnels (…).

L’engagement « pour le Vietnam » représente chez le lycéen ou l’étudiant français une démarche d’ordre pathologique. Le 17ème parallèle représente d’abord une autre chose, négation radicale du milieu (familial, local, national, confessionnel), où s’est déroulé l’enfance : l’hystérie pro-FNL peut donc servir d’exutoire à un effort d’affranchissement individualiste, ou pulsion sociale. (…)

Ce défoulement se double d’une persistance manichéenne héritée de la petite enfance : les « gentils » et les « méchants » sont maquillés en Vietcong et Marines. Il s’agit d’une crispation inconsciente sur une explication sommaire du monde (…). C’est une traduction post-marxiste du schéma hitlérien, à ceci près que le Mal au lieu d’être juif, latin ou bolchevique, devient occidental. » (2).  Déjà, il discerne les vraies causes de ce que sera Mai 68 et les motivations profondes des manifestants et émeutiers.

 

aprs mai assayas dans histoire

De plus, il revient, au lendemain du mois de Mai, sur l’importance des « Comités Vietnam », sur le rôle de ceux-ci et sur la stratégie à adopter à leur égard : «  Nous dénonçons depuis quatorze mois les « Comités Vietnam » comme les pilotis d’une nouvelle organisation révolutionnaire dans la jeunesse, distincte du communisme classique et proche de l’Union Nationale des Etudiants de France. Les C.V.N. prenaient prétexte du conflit vietnamien pour créer dans les lycées et les facultés un bouillon de culture favorable au drapeau rouge ; il fallait donc éviter de leur répondre en jouant la carte « Sud-Vietnam », il fallait briser leur schéma de propagande. » (3). En prônant le nationalisme français plutôt que « l’occidentalisme » de l’extrême-droite « madelinienne » (du nom d’Alain Madelin, qui deviendra par la suite le chantre d’un libéralisme décomplexé, et qui était alors l’un des dirigeants emblématiques du mouvement Occident, dont le symbole était la croix celtique), l’Action Française cherche à éviter d’être en « contre-dépendance » de l’extrême-gauche sur un thème que cette dernière maîtrise bien et sur lequel elle veut amener ses adversaires pour mieux se valoriser elle-même. Mais l’AF parvient-elle toujours à contourner ce piège ? Là aussi, la politique de la « ligne de crête » est délicate et parfois incomprise, y compris au sein des militants et sympathisants de l’AF…

Mais, ce qui a servi de thème porteur pour nombre de groupes d’extrême-gauche et qui les a nourri depuis de longs mois, n’est pas, pour autant, le déclencheur ni même l’accélérateur de Mai 68… A moins que la question des résidences universitaires et de leur mixité ne soit rien d’autre que l’application de la stratégie « Créer partout des petits Vietnam » ? En fait, et Sicard semble l’avoir bien compris, « la vérité est ailleurs »…

Jean-Philippe CHAUVIN

 

(à suivre : La question étudiante vue par l’Action Française à la veille de Mai 68)

Notes : (1) : Gérard Baudin, dans AFU, février 1967, numéro 120.

(2) : Patrice Sicard, dans Aspects de la France, 22 février 1968, numéro 1013.

(3) : Patrice Sicard, dans AFU, juin 1968, numéro 135.

 

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