( 8 octobre, 2019 )

Maurras dans le débat public : Pour en finir avec le temps où les Français ne s’aimaient pas …

 

Lu sur JE SUIS FRANÇAIS. Voici un texte à lire et à diffuser

 

Ce n’est pas nous qui parlons le plus de Maurras. C’est le débat public. NKM avait accusé Patrick Buisson, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de vouloir faire gagner les idées de Charles Maurras. Il y a quelques mois,  Laurent Joffrin titrait un article de Libération très remarqué : Charles Zemmour et Eric Maurras [16.10.2018]. Il concluait son article en prenant pour cible le dernier ouvrage paru de Zemmour : « Le livre s’appelle Destin français. Il y avait un meilleur titre : « Action française ». Nous n’y pouvons rien, c’est le fait : Maurras le prétendu maudit est présent dans le débat public. Et l’influence qu’il exerce sur les plus brillants des intervenants au dit débat est évidente. Nous revenons ici sur les grands reproches qui lui sont faits. Que valent-ils ?   JSF

3717013392.jpg

Il y a cent-cinquante ans – un siècle et demi ! – que Maurras est né à Martigues, en Provence [1868] « au bord des eaux de lumière fleuries » [1|. 

Il y a plus d’un siècle qu’il a inauguré son royalisme militant en publiant son Enquête sur la monarchie (1900). Et il y a presque 70 ans – une vie d’homme – qu’il est mort à Saint-Symphorien les Tours [1952]. Mais les passions qu’il a si souvent suscitées de son vivant – qu’elles fussent d’admiration ou de détestation, l’une et l’autre souvent extrêmes – ne semblent pas s’être émoussées avec le temps. Prêtes toujours à s’élancer. Comme pour attester une forme paradoxale et performative de présence de sa pensée et de son action.

On sait que la décision d’exclusion du ministre de la Culture, Mme Nyssen, a fini par susciter une vague d’indignations assez générale qui s’est retournée contre son auteur. Mme Nyssen ne savait pas ou avait oublié que depuis notre Gaule ancestrale ou le lointain Moyen-Âge, énorme et délicat, les Français détestent les interdictions. Et les Hauts Comités les démentis du Pouvoir.

Mais cette réprobation n’empêche pas à propos de Maurras l’inévitable mention, dogmatiquement prononcée, des « zones d’ombre ». Expression d’une notable imprécision, lourde de mystérieux et inquiétants sous-entendus et le plus souvent inexpliquée … À propos de Maurras, on réprouve l’interdit – en bref, on veut benoîtement la liberté d’expression – mais on accuse le fond.

« Zones d’ombre » est porteur d’opprobre. De quoi s’agit-il ? Qu’a donc fait ce Maurras qu’admiraient Proust, Péguy, Malraux et le général De Gaulle ; qui fut l’ami de Bainville et de Daniel Halévy, de Bernanos et de Joseph Kessel, de Barrès et d’Anatole France, d’Apollinaire et de Thibon, de Gaxotte et de Boutang ? Qui fut académicien français. Que consultait Poincaré au cœur de la Grande Guerre, que citait Pompidou dans une conférence demeurée célèbre à Science-Po Paris. « Zones d’ombre » ? Fût-ce brièvement, il nous faut bien tenter de dire le fond des choses, de quitter l’allusion sans courage et sans nuances.

Quatre grands reproches sont faits à Maurras : son antirépublicanisme, son nationalisme, son antisémitisme et son soutien à Vichy.

LA CONTRE-REVOLUTION

Le premier – le plus fondamental – est d’avoir été un penseur contre-révolutionnaire ; d’être le maître incontesté de la Contre-Révolution au XXe siècle ; d’avoir combattu la République et la démocratie, du moins sous sa forme révolutionnaire à la française ; enfin d’être royaliste. Options infamantes ? En France, oui. Mais en France seulement. Et pour la doxa dominante. La Révolution ni la République n’aiment qu’on rappelle leurs propres zones d’ombre. Leurs origines sanglantes, la Terreur, la rupture jamais cicatrisée avec notre passé monarchique, avec l’ancienne France, qu’elles ont imposée. « Soleil cou coupé » … écrira Apollinaire (2). Et, à la suite, à travers de terribles épreuves et quelques drames, toute l’histoire d’un long déclin français, d’un inexorable affaissement de notre civilisation, que Zemmour a qualifié de suicide et dont nous-mêmes, aujourd’hui, vivons encore l’actualité. Faut-il rappeler qu’au début des années soixante (1960), De Gaulle, monarchiste, avait envisagé que le Comte de Paris lui succède ? Que François Mitterrand dans sa jeunesse était monarchiste et que, comme en atteste, plus tard, sa relation constante avec le comte de Paris, il l’était sans-doute resté ? Quant à l’actuel président de le Réplique, on connaît ses déclarations sur le roi qui manque à la France … Sur sa conviction que les Français n’ont pas voulu la mort de Louis XVI, la mort du roi … (3) Faut-il reprocher à De Gaulle, Mitterrand ou Macron telle « zone d’ombre » ? Comme à Maurras ? Ce dernier voulut simplement, à la différence de ces derniers grands-hommes, que ce qu’il savait nécessaire pour la France devînt réalité. Il y consacra sa vie et y sacrifia sa liberté.

LE NATIONALISME

Le nationalisme, autre « zone d’ombre » ? Être nationaliste, un motif d’opprobre, de rejet moral ? Non, s’il s’agit d’un nationalisme quelconque à travers le monde. Oui – pour la bien-pensance – s’il s’agit du nationalisme français. Maurras l’avait défini comme « une douloureuse obligation » dont la cause et le contexte sont historiques, bien plus qu’idéologiques : l’humiliante défaite de 1870 et l’affrontement franco-allemand qui ne cessera jamais vraiment entre 1870 et 1945. « Douloureuse obligation » créée aussi par l’absence de roi, laissant la France aux mains, pour ne pas dire à la merci, d’un régime faible divisé et imprévoyant, qui la plaçait en situation d’infériorité face à l’Allemagne impériale. Plus tard, face à l’Allemagne nazie. Au cours de chacune des deux avant-guerres, Maurras avait vécu dans l’angoisse de l’impréparation où nous maintenait l’État républicain, laquelle devait rendre la guerre à la fois inévitable et terriblement meurtrière. Avant 1914, il avait eu la vision tragique de ce qui se préparait : « Au bas mot, en termes concrets, 500 000 jeunes français couchés froids et sanglants sur leur terre mal défendue » (4). On sait ce qu’il en fut, qui fut bien pis. Entre 1935 et 1939, l’on eut la reproduction du même scénario. La trahison de Blum refusant d’armer la France face au nazisme en même temps qu’il menait une politique étrangère belliciste irresponsable, les agissements du Parti Communiste, aux ordres de Moscou, comme Blum l’était de la IIème Internationale, allaient rendre le futur conflit mondial inévitable. « Pourquoi faut-il de tels retours ? « écrira alors Maurras. Dans la douleur, nous dit Boutang. On sait qu’il vécut cette période dans la certitude de la guerre et de la guerre perdue. Le « miracle de la Marne » qui avait sauvé la France en 1914, ne se renouvellerait pas … Tel fut, au-delà du simple patriotisme, le nationalisme maurrassien. Nationalisme non de conquête ou d’expansion mais de défense d’un pays menacé. Menacé de l’extérieur et de l’intérieur, car le danger allemand n’était pas le seul qui pesât sur la France. Son désarmement mental, social, politique et culturel, ses divisions, étaient à l’œuvre comme elles peuvent l’être encore aujourd’hui pour diverses raisons supplémentaires dont certaines – comme l’invasion migratoire ou le mondialisme – que Maurras n’eut pas à connaître. Elles justifient, elles aussi, la persistance de la « douloureuse obligation » d’un nationalisme français.

L’ANTISEMITISME

L’antisémitisme est un autre des grands griefs faits à Maurras. Il n’est pas un thème central dans son œuvre et dans sa pensée – comme il le fut pour Edouard Drumont dont l’influence avait été considérable à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. C’est pourtant à l’antisémitisme que l’on réduit souvent Maurras dans les débats d’aujourd’hui.

Une évidence s’impose ici : on ne comprendra rien à l’antisémitisme de Maurras, celui de son temps, très répandu en tous milieux, si, par paresse d’esprit ou inculture, l’on se contente de le considérer et de le juger avec des yeux qui ont vu, des mémoires qui savent, ce que vécurent les Juifs d’Europe entre 1930 et 1945, ce qu’était devenu l’antisémitisme en une époque barbare.  Dans la jeunesse de Charles Maurras et encore longtemps après, l’antisémitisme fut une opposition politique, culturelle et si l’on veut philosophique à l’influence excessive que leur communautarisme natif – singulièrement apte à « coloniser » – conférait aux Juifs de France. À propos de cet antisémitisme politique de Maurras, Éric Zemmour propose une comparaison tirée de l’Histoire : « Son antisémitisme était un antisémitisme d’État, qui reprochait aux Juifs un pouvoir excessif en tant que groupe constitué, à la manière de Richelieu luttant contre « l’État dans l’État » huguenot. » (5) Avant la seconde guerre mondiale, il n’y avait pas là motif à rupture personnelle ou sociale, ni même un motif d’inimitié. Le jeune Maurras est lié à Anatole France. Il fréquente le salon de l’égérie de France, Madame Arman de Cavaillet, née Lippmann ; il est l’ami de Marcel Proust, plus qu’à demi Juif (sa mère est née Weil). Ils resteront amis, quoique Proust ait été dreyfusard, jusqu’à la mort de l’auteur de la Recherche. Proust l’a écrit, aussi bien que son admiration pour Maurras, Bainville et Daudet.  On se souvient que Léon Daudet, disciple de Drumont bien davantage que Maurras ne le sera jamais, fit obtenir à Proust le prix Goncourt pour A l’ombre des jeunes-filles en fleur, en 1919 … L’un des plus vifs admirateurs de Charles Maurras et son ami jusqu’à sa mort après la Seconde Guerre mondiale (1962, dix ans après Maurras), sera l’un des Juifs les plus éminents du XXe siècle, Daniel Halévy, dont, pour la petite histoire, mais pas tout à fait, la fille épousera Louis Joxe, résistant, ministre du général De Gaulle, et père de Pierre Joxe. De Daniel Halévy, l’auteur d’Essai sur l’accélération de l’Histoire, Jean Guitton écrira : « Il avait un culte pour Charles Maurras qui était pour lui le type de l’athlète portant le poids d’un univers en décadence. » (6)

L’antisémitisme politique de Maurras, au temps de sa pleine gloire, ne le sépara pas des grandes amitiés que nous avons citées et de l’admiration que lui portèrent, de Malraux à Bernanos, les plus illustres personnalités de son temps. Maurras eut-il le tort de ne pas comprendre que la persécution des Juifs au temps du nazisme rendait toute manifestation d’antisémitisme contestable ou même fautive ? Impardonnable ? On peut le penser, comme Éric Zemmour. C’est ignorer toutefois deux points essentiels : 1. ce que souffrirent les Juifs lors du conflit mondial ne fut vraiment connu dans toute son ampleur qu’après-guerre, 2. Peut-être est-il triste ou cruel de le rappeler mais le sort des Juifs ne fut pas le souci principal ni même accessoire, des alliés pendant la guerre.  Ni Staline, lui-même antisémite, ni Roosevelt, ni Churchill, ni De Gaulle, ne s’en préoccupèrent vraiment et n’engagèrent d’action pour leur venir en aide, nonobstant leurs appels au secours.  Le souci premier de Charles Maurras était la survie de la France et son avenir. S’il s’en prit nommément à des personnalités juives bien déterminées pendant l’Occupation (comme à nombre d’autres), c’est qu’elles lui semblaient conduire des actions selon lui dangereuses et contraires aux intérêts de la France en guerre.

L’antisémitisme moderne, sans remonter à ses sources chrétiennes, pourtant réelles, trouve de fait son origine et son fondement dans les Lumières et l’Encyclopédie. L’on aurait bien du mal à exclure de la mémoire nationale toutes les personnalités illustres, françaises et autres, qui l’ont professé. Dont, en effet, Charles Maurras qui louait Voltaire de participer du « génie antisémitique de l’Occident ». Ce génie était de résistance intellectuelle et politique. Il n’était pas exterminateur. L’évidence est que les événements du XXe siècle ont jeté une tache sans-doute indélébile sur toute forme – même fort différente – d’antisémitisme. Cela est-il une raison pour reconnaître aux communautés juives de France ou d’ailleurs plus de droits d’influence qu’au commun des mortels ? Deux des présidents de la Ve république ne l’ont pas cru et ont parfois été taxés d’antisémitisme : le général De Gaulle, après sa conférence de presse de 1965 et ses considérations à propos d’Israël ; mais aussi François Mitterrand refusant obstinément – et en quels termes ! – de céder aux pressions des organisations juives de France, qu’il trouvait tout à fait excessives, pour qu’il présente les excuses de la France à propos de la déportation des Juifs sous l’Occupation (7). Ce que feront ses successeurs …

LE SOUTIEN A VICHY

Dernier des grands reproches adressés à Maurras : son soutien à Vichy. Nous n’avons pas l’intention de traiter longuement de ce sujet. Est-il encore pertinent ? Vichy est sans postérité. Il ne laisse ni héritage ni héritiers et n’est qu’un épisode tragique de notre histoire, conséquence incise du plus grand désastre national que la France moderne ait connu et qui aurait pu la tuer.

Il est absurde de définir Maurras comme « pétainiste ». Il était royaliste et contre-révolutionnaire. Qu’il ait pratiqué l’Union Sacrée en 1914-1918 ne le faisait pas républicain. Pas plus que son soutien au vieux maréchal ne fera de lui un pétainiste. Maurras ne fut pas davantage un « collabo » ; il détestait les Allemands qui le traitèrent en ennemi. Il refusa d’approuver la politique de collaboration. Il fut la cible des plus violentes attaques de la presse collaborationniste de Paris.

Entre la politique de Vichy – analogue à celle de la Prusse après Iéna ou de l’Allemagne de Weimar après l’autre guerre (finasser à la manière de Stresemann) – et la stratégie gaulliste de lutte contre l’occupant depuis l’étranger, l’on sait aujourd’hui laquelle des deux options l’a politiquement emporté. Ce n’était pas donné, c’était encore très incertain aux premiers jours de la Libération. Le grand historien Robert Aron, à propos de la politique de Vichy, pose cette question : « La Prusse après Iéna écrasée par un vainqueur intraitable n’a-t-elle pas su ruser elle aussi pour se relever et reprendre sa place parmi les États victorieux ? » (8). Une telle politique ne mérite ni opprobre ni infamie, fût-elle vaincue. C’est pourquoi François Mitterrand, comme nombre de ses pareils, devenu résistant, ne rompit jamais ses amitiés vichystes. Entre les deux mondes, il n’y eut de fossé infranchissable que pour les zélateurs intempérants d’après la bataille…

Y eut-il des excès de la part de Maurras au cours de la période considérée ? Sans aucun doute. Les maurrassiens sérieux n’ont jamais prétendu qu’il fût infaillible. Excès de plume surtout en un temps de tensions extrêmes où se jouait l’avenir de la Patrie. Croit-on qu’il n’y ait pas eu d’excès dans le camp d’en face ? Sous l’occupation et plus encore à la Libération ? Passons !

I00017021.jpg

Car, pour en terminer, notre avis sur cette matière sensible, est que le président Pompidou fit une sage et bonne action lorsque, répondant aux critiques de ceux qui lui reprochaient la grâce qu’il avait accordée à l’ex-milicien Paul Touvier, il déclara ceci qui devrait servir de charte aux Français d’aujourd’hui : « Notre pays depuis un peu plus de 30 ans a été de drame national en drame national. Ce fut la guerre, la défaite et ses humiliations, l’Occupation et ses horreurs, la Libération, par contre-coup l’épuration, et ses excès, reconnaissons-le. Et puis la guerre d’Indochine. Et puis l’affreux conflit d’Algérie et ses horreurs, des deux côtés, et l’exode de millions de Français chassés de leurs foyers, et du coup l’OAS, et ses attentats et ses violences et par contre-coup la répression …  Alors je me sens en droit de dire : allons-nous éternellement maintenir saignantes les plaies de nos désaccords nationaux ? Le moment n’est-t-il pas venu de jeter le voile, d’oublier ces temps où les Français ne s’aimaient pas, s’entre-déchiraient et même s’entre-tuaient ? » (9)

Reste alors Charles Maurras, grand penseur, écrivain, poète, félibre, académicien et patriote français qui appartient au patrimoine national.  ■ 

Gérard POL

1. Anatole France, poème dédicatoire pour Le Chemin de Paradis de Charles Maurras 
2. Zone, Alcools, 1913 
3. Emmanuel Macron, Le 1 Hebdo, 8 juillet 2015 
4. Kiel et Tanger, 1910 (913, 1921 …) 
5. Eric Zemmour, Figaro Magazine du 2.02.2018 
6. Jean Guitton, Un siècle une vie, Robert Laffont, 1988, 361 pages 
7. Jean-Pierre Elkabbach « François Mitterrand, conversation avec un Président » (1994) 
8. Robert Aron, Histoire de Vichy, Fayard 1954, 766 pages 
9. Conférence de presse du 21 septembre 1972.  
( 22 septembre, 2019 )

Sommes nous racistes ?

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

En marge des déclarations de Lilian Thuram lequel a déclaré à la presse  :

« Quand on parle du racisme, il faut avoir conscience que ce n’est pas le monde du football qui est raciste, mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, européenne et plus généralement dans la culture blanche », affirma d’abord l’ex-footballeur, avant d’ajouter : « Les blancs ont décidé qu’ils étaient supérieurs aux noirs et qu’avec eux ils peuvent tout faire, tout se permettre. C’est une chose qui existe depuis des siècles …»

Pourtant en 1955, lors de sa première tournée hors des États-Unis, le Golden Gate quartet, célèbre groupe de «  negro-spirituals  », se produisit dans la salle de l’Olympia à Paris, ville ou le groupe finit par s’installer . Car ils découvrirent alors, qu’en France on pouvait chanter partout, on pouvait prendre n’importe quel bus ou taxis, rien n’était réservé aux blancs ou aux noirs. C’était une nouvelle vie pour eux.

Alors la France s’inscrit-t-elle dans une tradition culturelle de racisme  ?

Si on se réfère aux «  indigènes de la République  » et autres organisations qui font profession de lutter contre le racisme, comme la LICRA ou SOS racisme, dans notre pays, il n’y a aucun doute.

Outre le fait que la notion de race ait disparue depuis quelques décennies du lexique scientifique, suite probablement à des recherches poussées et totalement dépourvues de motivations idéologiques, le petit blanc franchouillard est montré du doigt par nos élites pour la seule raison qu’il est blanc et franchouillard, voire catholique, ce qui constitue bien sûr une circonstance aggravante.

Une analyse sociologique montrerait vraisemblablement que le phénomène est une conséquence du démantèlement du vaste empire colonial constitué essentiellement durant le 19ème et au début du 20ème.

«  Vae victis  » avait dit Brennus qui rançonnait Rome, les vaincus ont en effet toujours tord.

La société, selon une bonne partie de nos élites, celle qui est le plus en vue, se diviserait donc entre racistes et antiracistes.

Pourtant Pierre-André Taguieff, homme de gauche qui a voué sa vie à l’étude de ce phénomène, notamment dans son ouvrage «  la  force des préjugés  » a bien montré que «  l’antiracisme  » fonctionnait sur le même mode et parfois avec les mêmes arguments que le racisme et par là même, pouvait faire naître du racisme là ou il n’existait pas.

Si j’affirme que je suis Français, blanc et catholique et que de surcroît je n’en éprouve aucune honte, est ce que je me déclare en haine de ceux qui ne le sont pas  ?

C’est bien là que se trouve le problème et c’est là que le discours antiraciste devient souvent ambigu et exclusif d’une forme d’être, d’un mode de vie, d’un attachement à des racines et des valeurs.

Le principe d’une société poussée par ses élites vers un vaste programme de cosmopolitisme généralisé se heurtera immanquablement à des résistances ici ou là. Et l’on désignera comme racistes ceux qui refusent de se voir imposer l’abandon de leurs traditions, du mode de vie de leurs pères, l’attachement à leur terre, dans cette formidable «   Macdonaldisation  », un peu comme les amérindiens furent traités de sauvages par les anglo-saxons qui les exterminèrent.

Parlons en des anglo-saxons, car le phénomène dépasse la seule France, eux qui furent aussi des colonisateurs, se sont généralement tenus à l’écart des populations qu’ils dominaient, à la différence des Français qui avaient tendance à faire souche aux colonies.

Il est en effet constant que les discours racistes les plus extrêmes nous viennent d’Angleterre avec de belles gloires comme le célèbre inventeur «  d’Alain Quatermain  », Henry Rider Haggard, et des USA qui ont gardé jusqu’à aujourd’hui de belles séquelles y compris dans la plus haute société.

Il est intéressant de noter que ces mêmes anglo-saxons nous déversent aujourd’hui leur antiracisme moralisateur jusqu’à satiété.

Peut-être que les grands trusts économiques internationaux, que leur société libérale a suscités, avaient intérêt à cultiver au siècle précédent les défenseurs de la supériorité de la race blanche, pour exploiter de la main d’œuvre gratuite, en bons émules de Darwin, et qu’aujourd’hui, dans la perspective du village mondial, ils montrent un réel engouement pour le métissage universel des consommateurs déracinés de la planète, avec un alignement sur les salaires les plus bas …  ?

Bien sûr, il se cache d’autres motifs encore plus graves qui visent le contrôle et la régulation de la planète par un petit nombre d’ «  élus  » mais cela nous emmènerait trop loin.

En attendant, en ce qui me concerne, de culture chrétienne, je me sens évidemment frère de tous les humains, et je rejette fermement les propos racistes quand ils s’expriment ici ou là, mais j’admets la différence, ce qu’on appelle aujourd’hui la diversité et je crois que de forcer au métissage comme on le fait aujourd’hui, ne peut que mettre en danger cette diversité.

Je crois en outre que chaque homme, chaque femme dans ce monde, d’où qu’il (ou elle) vienne, est un héritier et qu’on n’a pas le droit de le dépouiller de son héritage.

Pour autant, il serait absurde de rejeter le métissage, quand il survient naturellement, sans stimulants médiatiques et pseudo-culturels. Cela a pu et pourra produire de beaux fruits évidemment.

C’est le caractère massif, démesuré, l’Hubris, comme disaient les grecs anciens, qui en la matière est destructeur.

La dérégulation des marchés, la suppression des frontières, le déplacement massif des populations par l’organisation planétaire des flux migratoires, ne peuvent que provoquer des réactions de survie de plus en plus fortes.

La France n’est certes pas raciste, ne serait-ce que par son histoire, creuset des peuples comme l’avait démontré Jacques Bainville, mais elle est riche de sa longue construction et beaucoup de Français encore y sont attachés, non par nostalgie, mais par nécessité, car ils ont la certitude que cet attachement les sauvera de l’anomie institutionnalisée. Il faudra bien qu’un jour, du haut de leurs chairs, nos juges et procureurs appointés du système, comprennent la différence entre patriotisme qui est l’amour de la patrie et racisme qui est la haine des autres «   races  » même si celles-ci ne sont plus censées exister par ordre de l’Académie

Olivier Perceval

( 20 septembre, 2019 )

Grands textes [XXXIII] • PIERRE BOUTANG : Qui sera le Prince ?

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Pierre Boutang reprend ici, pour la France de 1952, mais tout autant pour la nôtre, le dilemme mis en lumière par L’Avenir de l’Intelligence, que Boutang appelle « cet immense petit livre », publié par Maurras en 1905.

Maurras y oppose – un peu à la manière des tragédies de la Grèce antique – deux puissances ou personnages allégoriques, et néanmoins réels, perpétuellement en lutte dans l’Histoire, pour le Pouvoir : l’Or, c’est-à-dire les puissances d’Argent ; et le Sang, c’est-à-dire l’ensemble des forces de la Tradition. On verra, en lisant Boutang – et L’avenir de l’intelligence –  comment elles s’identifient.

La Révolution, résume Maurras, « nous a fait passer de l’autorité des Princes de notre sang » sous celle « des marchands d’or ». Ces derniers règnent maintenant presque sans partage. Ce sont eux les Princes du monde et nous vivons aujourd’hui cet âge de fer dont Maurras avait prévu l’avènement.

Cela durera-t-il toujours ? La victoire de l’Or sur le Sang est-elle définitive ? C’est, évidemment, une possibilité, et les apparences, aujourd’hui, semblent plaider en faveur de cette hypothèse.

« A moins que… », dit Maurras, dans la conclusion de son « immense petit livre ». A moins d’un retournement de l’Intelligence et d’une renaissance du patriotisme français. C’est à quoi appelle Maurras dont la démarche est stratégique. Tout simplement, il invite l’Intelligence à rejoindre le camp de la Contre-Révolution.

Disciple et continuateur de Maurras, Boutang poursuit ici cette réflexion : les Soviets ont disparu, l’utopie messianique marxiste a échoué ; certains événements, certains personnages dont il est fait mention dans ce texte appartiennent au passé. L’essentiel, la question centrale, demeure : Qui sera le Prince de ce temps ? Elle est au cœur de notre présent.

658680542.jpg

Paru dans Aspects de la France les 21, 28 novembre, et 12 décembre 1952 [Extrait] 

Qui sera le Prince ? Telle est l’unique question du vingtième siècle méritant l’examen, capable de mobiliser les volontés. La fraude démocratique consiste à lui substituer celle de la société, la meilleure possible, et le débat sur son contenu spirituel et moral. Quelle est l’organisation la plus juste, la plus humaine, et d’abord quelle est la meilleure organisation du débat sur cette organisation ?  Voilà le chant des sirènes des démocrates.

Fiez-vous y ! Le vent et les voleurs viendront.

Les voleurs et le vent sont à l’œuvre. La diversion est plus que bonne : très sûre. Pendant ces beaux débats, toutes fenêtres ouvertes, le vent apporte sa pestilence. Et sous le masque de l’opinion reine, de la liberté de jugement des Lazurick ou des Lazareff, l’or triomphe ; il détient tout le réel pouvoir dont la presse a mission et fonction cher payée, de cacher la nature et de divertir dans le peuple la nostalgie croissante et le désir évident.

Qui sera le Prince ? Il s’agit de l’avenir : il n’est pas de principat clandestin, de royauté honteuse de soi-même et qui puisse durer. Une société sans pouvoir qui dise son nom et son être, anarchique et secrètement despotique, sera détruite avant que notre génération ait passé. Pour le pire ou pour le meilleur elle disparaîtra. A la lumière très brutale et très franche de la question du Principat, de la primauté politique, les sales toiles des araignées démocratiques, les systèmes réformistes, les blagues juridiques, les ouvrages patients des technocrates européens ; seront nettoyés sans recours. Par quelles mains ? C’est le problème… Qui tiendra le balai purificateur ? Non pas quel individu, pauvre ou riche, de petite ou très noble extrace, mais quel type d’homme ? Incarnant quelle idée ? Réalisant quel type de la Force immortelle, mais combien diverse et étrangère par soi-même au bien et au mal ?

L’heure nouvelle est au moins très sévère, a dit le poète. Cette sévérité, aujourd’hui, tient à ce fait : nul ne croit plus à la meilleure structure sociale possible, la plus humaine et la plus juste. Tous voient qu’elle ne profite, cette question toujours remise sur le métier de l’examen, sans personne pour la tisser, qu’aux coquins et aux domestiques de l’argent. Les fédéralistes eux-mêmes, armateurs de débats sur les pactes volontaires, reconnaissent que la question du fédérateur est primordiale ; mais les uns tiennent que ce fédérateur doit être un sentiment, la peur panique inspirée par les soviets, les autres avec M. Duverger dont les articles du Monde viennent d’avouer la honteuse vérité, que l’or américain, l’aide en dollars, est le seul authentique fédérateur de l’Europe….

Positivement, les malheurs du temps ont fait gagner au moins ceci à l’intelligence mondiale, et la vague conscience des peuples : à l’ancienne utopie succède l’inquiétude, la question chargée de curiosité et d’angoisse – qui, quelle force, quelle espèce de volonté humaine, va garantir ou réaliser un ordre politique et social, juste ou injuste, mais qui sera d’abord le sien ? Nos contemporains savent ou sentent qu’il n’y a pas de justice sociale sans société ni de société sans une primauté reconnue, établie en droit et en fait. La réelle nature de la force publique, du Prince qui garde la cité et y exerce le pouvoir, importe plus aux hommes qui ont été dupes si longtemps, que le jeu de patience et d’impatience des réformes sociales ; ces réformes sont innombrables dans le possible, imprévisibles dans leurs conséquences ; ce qui compte, ce qui est digne de retenir l’attention ou d’appeler l’espérance, réside dans la loi vivante de leur choix, dans la réalité organique, dans la volonté responsable qui les ordonne et les préfère.

924549587.jpg

Reconnaître l’importance capitale de la question du Prince, considérer les autres problèmes politiques comme des fadaises ou des diversions vilainement intéressées, tel est le premier acte d’une intelligence honnête de notre temps. Car cette question du prince est toujours essentielle, et toujours oubliée : mais elle était jadis oubliée parce qu’elle était résolue, et les utopies elles-mêmes s’appuyaient sur la réalité incontestée d’un pouvoir légitime. Depuis le dix-huitième siècle la puissance de l’or, clandestine, masquée par les fausses souverainetés du nombre et de l’opinion n’a pas comblé dans les esprits, les cœurs, les besoins, le vide laissé par la démission des Princes. Les balançoires, les escarpolettes constitutionnelles, dont les brevets continuent en 1952 d’être pris à Londres (ou dans les « démocraties royales » rétrogrades) ne satisfont pas, avec leurs recherches d’équilibre, le goût profond que gardent les peuples pour la stabilité et la connaissance des vraies forces qui soutiennent un gouvernement. L’homme du vingtième siècle n’a pas envie de se balancer à l’escarpolette démocratique et parlementaire : les expériences faites en Europe centrale lui montrent quel est l’usage probable des cordes libérales dont se soutenaient ces jolis objets et jouets des jardins d’Occident. Elles portent bonheur aux pendus…

Quand on voit, quand on sait l’enjeu de cette guerre engagée sous nos yeux pour le Principat, l’inventaire des forces, des réalités naturelles et historiques, capables de répondre à la commune angoisse, s’impose rapidement. L’intellectuel, l’écrivain, disposent de l’outil du langage, dont la fonction est de distinguer des provinces de l’être. Ils font donc leur métier, lorsqu’ils dénombrent les prétendants au Principat. Ils peuvent faire leur salut temporel, en choisissant, en aidant, la force naturelle qui leur apparaît salutaire et légitime.

Marx6.jpg

La recherche de l’intelligence, dans ce domaine, est libre entre toutes. Elle ne doit de comptes qu’à la vérité, et lorsqu’elle se soumet à ses lois supérieures, à la patrie. Sa liberté propre se moque du libéralisme doctrinaire. Que ses lois propres, et sa soumission la conduisent à vouloir le Principat du Prolétaire, ou celui du Sang dans l’ordre dynastique, son choix ne dépendra pas, par exemple, du retard que tel prolétaire ou tel groupe prolétarien peuvent avoir, dans leur opinion subjective, sur la réalité et la force que le Prolétaire incarne pour un monde nouveau. Les difficultés qui naissent de ces retards, de ces rétrogradations, ne sont pas inconnues des marxistes. Il eût été bien étrange qu’elles fussent épargnées au nationalisme. Leur caractère de phénomène aberrant et transitoire laisse intacte la vraie question : quelle force réelle, capable d’extension, douée d’un sens universel, assumera le Pouvoir que l’on occupe clandestinement, mais n’incarne ni n’accomplit ? Est-ce que ce sera le Prolétaire selon Marx, ou le Sang, le principe dynastique, selon Maurras ? Le reste est futilité, opportunisme naïf que l’histoire balaiera sans égards.

Non point selon l’ordre national, mais selon l’apparence, un premier Prince apparaît, prétendant du moins au Principat : le journal, le pouvoir de l’opinion. Prétention qui n’est monstrueuse que si l’on néglige les causes et les effets : si le peuple, si le nombre ou la masse – quelles que soient les définitions matérielles que l’on donne de ce Protée – était décrété souverain, l’évidence de son incapacité, de ses faibles lumières, de son enfance, selon le dogme du progrès, imposaient la régence pratique du pédagogue. Ce pédagogue du peuple souverain devait éclairer et former la volonté générale : l’extension rapide du pouvoir de lire rendait incertaine l’action des clubs et des assemblées : la presse seule pouvait se glisser partout en renseigner l’enfant Démos aux mille têtes folles, les mettre à l’abri de la séduction des anciennes autorités, de la mainmise de l’Eglise, de la séduction des Princes ou des généraux.

Le combat du XIXème siècle pour la liberté de la presse apparaît ainsi comme le plus noble, le plus raisonnable qui pût être conduit, avec les prémisses de la démocratie. Des milliers d’hommes sont morts pour que nous ayons le droit d’accomplir, comme l’a dit Péguy, cette formalité truquée du suffrage universel. Mais la mort de millions n’eût pas été insensée pour que les conditions intellectuelles de cette formalité, la liberté de la presse, seule capable de vaincre le truquage, fût réalisée. Marx avait raison dans sa logique de démocrate radical, qui allait le conduire très loin du libéralisme formel : « La presse est la manière la plus générale dont les individus disposent pour communiquer leur existence spirituelle » (Gazette rhénane, 1842). Or, cette communication est le devoir démocratique majeur, où tout esprit doit enseigner sans cesse le peuple, innombrable héritier du Pouvoir, ayant une charge aussi certaine que celle dont Louis XIV accable un Bossuet. Il n’y a donc pas de limite démocratique à la liberté de la Presse, ce pédagogue des nations, mais dont la mission ne peut finir qu’avec la parfaite majorité de Démos.

La difficulté commence (et commença !) avec la définition de l’enseignement ainsi donné : le pédagogue se révèle innombrable, indéfini, comme l’élève. A la limite théorique, Démos qui sait ou peut écrire enseigne Démos qui sait et peut lire. Les deux données quasi matérielles et de hasard, écrire et lire, se substituent au choix humain du précepteur, et à la présence naturelle de l’élève royal.

En fait, par la simple existence d’un commerce de la librairie, une merveilleuse possibilité s’ouvrait ainsi aux forces secrètes qui disposeraient de l’or. Vainement, Marx s’écriait-il, dans la même Gazette de Francfort, à l’occasion des extraordinaires débats de la Diète rhénane qui devaient jouer un rôle décisif dans la formation de son mythe révolutionnaire « la première liberté consiste pour la presse à n’être pas une industrie ! »  La presse était une industrie, ou le devenait à toute vitesse.

Si l’or ne renonçait pas, avec les organes de corruption des partis et les truquages électoraux, à gouverner directement le peuple et lui imposer des représentants, du moins les Pourrisseurs les plus scientifiques s’aperçurent très vite de l’existence d’un moyen économique et supérieur : il suffisait de tenir « le quatrième pouvoir » inconnu de Montesquieu, et d’agir sur le pédagogue de Démos. La divisibilité infinie de l’or, sa séduction aux mille formes s’adaptaient naturellement au maître divers, au pédagogue polycéphale…. On pouvait y aller. On y alla !

Le pédagogue de Démos ne pouvait prétendre, au départ, à un enseignement si bien assimilé par son élève que le choix des meilleurs en résultât, automatiquement, à l’heure des votes. Était-il écouté, suivi ? Les gouvernements considéraient qu’ils avaient, eux, atteint leur majorité en obtenant la majorité ; ils s’émancipaient ; ils agissaient à leur tour, par des lois ou par des fonds secrets, sur la presse écœurée de cette ingratitude. Mais il y avait une ressource : c’était la fameuse opposition. L’opposition au parlement pouvait être méconnue ; elle se composait en somme de vaincus. S’appuyait-elle sur une presse vivace, expression du citoyen contre le Pouvoir du moment, éducatrice de son successeur inévitable, alors les chances de la liberté étaient maintenues, on était encore en république !

Hélas ! La presse d’opposition, précisément parce qu’elle pouvait influer sur la décision prochaine de Démos, tant qu’elle acceptait le système et ses profits glorieux, tenait à l’or autant que l’autre. Du moins sauvait-elle les apparences.

Il fallut attendre une déclaration vraiment décisive de l’éditorialiste du quotidien Figaro, feuille conformiste à l’immense tirage, pour que cette dernière décence, cette ultime réserve et pudeur de la putain Démocratie fût gaillardement sacrifiée. Nous commentons dans la Politique de cette semaine ce texte monumental (auro, non aere, perennius !) dû à l’ingéniosité perverse de Mauriac. Citons-le ici pour mémoire :

« Je sais, on reproche souvent au Figaro d’être toujours du côté du gouvernement. Dans une démocratie, je prétends qu’un grand journal ne peut être un journal d’opposition. Un journal comme Figaro, en raison même de son audience ne peut fronder. Il a des responsabilités sur le plan patriotique. J’admire les gens qui peuvent trancher de tous les problèmes dont ils ignorent les difficultés. Or, le nom du président du Conseil peut changer, les difficultés restent les mêmes au gouvernement. »  

L’abdication définitive et publique du quatrième pouvoir en démocratie entraîne la ruine de la démocratie elle-même. Le pédagogue de Démos abdique avec son élève devant l’idole d’un gouvernement qui a toujours raison, infaillible et sans principe, girouette prise pour gouvernail du monde, vaine paille au vent de l’histoire consacrée comme grain des choses et substance de la Société….

La voie est libre alors pour notre dénombrement des forces qui aspirent à la primauté du Prince.

Qui sera le Prince ? L’or, la puissance financière toute pure et impure ? La technique et ses terribles dévots ? Le Prolétaire dans la dictature révolutionnaire ? Ou le Sang, la force dynastique tels que les définit le merveilleux petit livre de 1905  : « La force lumineuse et la chaleur vivante, celle qui se montre et se nomme, celle qui dure et se transmet, celle qui connaît ses actes, qui les signe, qui en répond. »    ■

 

3300899379.jpg

 

JE SUIS FRANÇAIS

( 20 septembre, 2019 )

A l’origine de la stratégie royaliste

 

Lu sur le site de l’Action Française

 

Pour comprendre la stratégie d’A.F. il faut remonter à son origine, qui est aussi vieille que l’Action française. On en trouve le socle dans le premier texte doctrinal de Charles Maurras, de 1899. Suite à l’agitation nationaliste, la jeune IIIe République, vient alors de se lancer dans une furieuse répression contre les chefs du parti royaliste, obligés de s’enfuir en Belgique. C’est pourquoi Maurras riposte tactiquement en rédigeant une provocatrice Déclaration des écrivains royalistes.

C’est le célèbre texte de Dictateur et roi, dans lequel il explicite d’abord une idée force : pour que la monarchie légitime puisse libérer la société, il faut d’abord maîtriser l’ État. L’autorité en haut est la première dans le temps avant l’éclosion des libertés en bas. Ensuite Maurras présente la double fonction que le roi devra exercer une fois le pouvoir conquis. Dans une première phase transitoire le roi se devra d’être dictateur pour faire justice des criminels d’État. Dans un second temps il pourra enfin être le roi légitime pour procéder à la reconstitution du pays.

Ce faisant, Maurras fait de la stratégie politique comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Il vient de définir un processus stratégique en trois étapes séquentielles.

  • La conquête du pouvoir d’état,
  • Suivie d’une nécessaire phase de consolidation sous forme de dictature
  • Et enfin la phase d’instauration définitive de la Monarchie libératrice.

À vrai dire Maurras n’innove pas mais s’aligne simplement sur la récente expérience de consolidation du pouvoir réalisée les républicains lorsqu’ils sont devenu majoritaires au parlement puis ensuite au Sénat. La III° République jusqu’alors aux mains des monarchistes passait « enfin » aux républicains. À cette consolidation, on donna le nom de « République des républicains ». En 1877 ils avaient renvoyés 85 préfets, 78 secrétaires-généraux et 280 sous-préfets. Deux plus tard, ils avaient procédé à une l’épuration encore plus radicale des personnels judiciaire, administratif, financier et militaire. Le dictateur républicain avait un nom, Léon Gambetta et on se souvient de sa célèbre injonction  « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ».

Cette stratégie républicaine et son déploiement ont été explicités dans deux livres remarquables du dreyfusard Daniel Halévy : La fin des notables et La République des ducs. Deux ouvrages indispensables a tout royaliste soucieux de la restauration monarchique.

Germain Philippe

( 19 septembre, 2019 )

Question iconoclaste : L’économie, une science ?

 

Lu sur Je Suis Français

 

Marc Rousset, dans vos colonnes, stigmatise avec justesse et brillant les dérives financières : taux nuls ou négatifs, épargnants lessivés, statistiques douteuses, choix économiques aberrants… mais qu’en dit la science économique ?

Je ne crois plus depuis longtemps à cette science – une immense cuistrerie, bien plutôt. Le démontrer ? Autant prendre un bain de minuit dans le rail d’Ouessant. Outre les rentiers (oui, rentiers) de la profession, on se mettrait à dos les politiques, pour qui les économistes et leur prétendue science sont devenus des pères fouettards de l’opinion bien plus efficaces que les moralistes d’antan (DSK, Raymond Barre, salut à vous !).

Qui dit science dit lois ; lois inviolables assorties de corrections, de retours nécessaires à l’équilibre. Je ne vois, ici, pas d’autre loi à l’œuvre que l’expédient, la fuite en avant indéfinie. Sans lois, donc, pas de science ; pas de justice non plus ; rien que de la politique. La politique n’est-elle pas, comme l’aéronautique avec la chute des corps, l’art de repousser les corrections évidentes.

Retirez, mentalement, à la science économique tout ce qu’elle s’est approprié (souvent sous un vocabulaire cryptique) des disciplines et des métiers voisins : histoire, géographie, comptabilité, droit, administration, statistiques, commerce, spéculation, banque, manipulation monétaire (oublions ses singeries matheuses)… Que lui reste-t-il, alors ? Ai-je besoin de ses lumières pour savoir qu’un diamant est plus coûteux que le graphite de mon crayon ?

Ne soyons pas injuste. Elle nous a appris que le temps est de l’argent. L’un de ses fleurons est, d’ailleurs, la prise en compte du temps par un taux de décote des valeurs futures, éclairant ainsi nos grands choix. Quid, pourtant, si les taux de décote sont durablement nuls ou négatifs, comme de nos jours ? Le temps n’est donc plus de l’argent, patatras ! et tous ses savants calculs lui reviennent en pleine figure.

Aéroports de Paris, par exemple, comme la Française des jeux, garantissent des revenus quasi éternels. Décotés par un taux quasi nul, ces revenus confèrent à ces entreprises une valeur quasi infinie. Les vendre à un prix inférieur, les vendre tout court, ce n’est donc plus de l’économie rationnelle, c’est de la politique, de la politique pure. Une politique qui n’est peut-être même plus aux mains des politiques. De la politique, donc, ou autre chose…   ■

Marc Vergier

( 13 septembre, 2019 )

Bien avant Piketty, les papes ont désacralisé la propriété privée

 

Lu sur ALETEIA, un site à suivre, cette mise au point précieuse et nécessaire à l’heure où les Français connaissent de moins en moins l’histoire des faits et des idées. Ajoutons que c’était cette doctrine catholique que mettait en pratique la Monarchie Française. L.R.

 

Dans son nouvel essai « Capital et Idéologie » (Seuil), le livre-événement de la rentrée, l’économiste Thomas Piketty développe une critique argumentée d’un droit de propriété illimité, qui déstabilise les rapports sociaux. Il rappelle que « la sacralisation de la propriété privée » est un fruit de la Révolution française. Contrairement aux idées reçues, la Doctrine sociale de l’Église s’oppose elle aussi de longue date à un absolu de la propriété privée, incompatible avec le principe de destination universelle des biens.

En 1891, la lettre encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII précise le sens chrétien de la propriété privée : « Il est permis à l’homme de posséder en propre et c’est même nécessaire à la vie humaine. Mais si l’on demande en quoi il faut faire consister l’usage des biens, l’Église répond sans hésitation : l’homme ne doit pas tenir les choses extérieures pour privées, mais pour communes, de telle sorte qu’il en fasse part facilement aux autres dans leurs nécessités. […] Dès qu’on a accordé ce qu’il faut à la nécessité, à la bienséance, c’est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. »

Le droit, l’usage et le bien commun

Jean Paul II le rappelle en 1981 dans Laborem Exercens : « La tradition chrétienne n’a jamais soutenu le droit [de propriété] comme un droit absolu et intangible. Au contraire, elle l’a toujours entendu dans le contexte plus vaste du droit commun de tous à utiliser les biens de la création entière : le droit à la propriété privée est subordonné à celui de l’usage commun, à la destination universelle des biens. » Le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église précise depuis 2005 les risques de la propriété privée : « L’homme ou la société qui arrivent au point de lui attribuer un rôle absolu finissent par faire l’expérience de l’esclavage le plus radical. Ce n’est qu’en reconnaissant leur dépendance vis-à-vis du Dieu Créateur et en les finalisant par conséquent au bien commun qu’il est possible de conférer aux biens matériels la fonction d’instruments utiles à la croissance des hommes et des peuples. »

Ainsi, on peut rejoindre Thomas Piketty dans sa condamnation de « l’idéologie propriétariste », mais ce n’est pas forcément parce que « les droits de propriété issus du passé posent souvent de sérieux problèmes de légitimité ». C’est plutôt l’usage des biens qui est problématique. Sur ce point, le Compendium évoque « un devoir de la part des propriétaires de ne pas laisser improductifs les biens possédés, mais de les destiner à l’activité productive, notamment en les confiant à ceux qui ont le désir et les capacités de les faire fructifier ».

L’utopie de l’impôt confiscatoire

C’est pourquoi le projet énoncé depuis 2013 par Thomas Piketty d’un impôt mondial progressif sur le capital ne paraît fondé ni en théorie ni en pratique. L’aspect « progressif » atteignant pour lui un taux de 90% cousine avec « confiscatoire », le projet assumé étant de faire disparaître rapidement les gros patrimoines de la planète. Même s’il proclame avec énergie que « le progrès humain existe, mais il est un combat », on nage en pleine utopie : les puissants de ce monde trouveront toujours des arrangements pour échapper à une fiscalité aussi extraordinaire. De plus, le véritable enjeu est ailleurs : que les richesses privées servent le bien commun. C’est d’abord un enjeu de conversion personnelle, d’éducation, de transparence.

Trouver une fiscalité incitative

C’est sans doute aussi un sujet de fiscalité, la formulation des prélèvements étant plus ou moins incitative à faire fructifier ses talents. Par exemple, un impôt sur le capital au taux unique de 0,1% par mois, soit 1,2% par an, a pour caractéristique unique d’égaler la valeur du bien détenu sur la durée statistique d’une vie humaine (83 ans). En l’acquittant, chacun mesure concrètement qu’il paie à la communauté la valeur des biens dont il privatise l’usage au cours de sa vie. Et s’il ne tire aucun bénéfice d’un bien, il a intérêt économique à le donner ou le vendre à qui en tirera meilleur parti.

Dans Laudato si’, le pape François rappelle encore et toujours : « La tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée, et elle a souligné la fonction sociale de toute forme de propriété privée. » Sans entrer dans des projets attentant aux libertés individuelles, il est possible de définir une fiscalité compatible avec les principes de la doctrine sociale de l’Église. Fiers de ce fonds doctrinal unique, les chrétiens pourraient être plus actifs dans ce débat qu’il est dommage de laisser aux idéologues de tous bords.

( 5 septembre, 2019 )

Le couple « mère-mère » : une absurdité totalitaire

 

Lu sur « Aleteia » cette très bonne analyse démontrant les mensonges et le totalitarisme du pouvoir macronien.

 

En voulant faire croire qu’un enfant peut avoir deux mères, le gouvernement maquille la réalité. Cette absurdité logique se double d’une intimidation mentale : quand un régime totalitaire veut asseoir son emprise sur la société, il change les mots pour changer les esprits.

Dans le cadre du projet de légalisation de la PMA pour couples de femmes afin que celles-ci puissent avoir des enfants et ainsi fonder une famille à égalité avec les autres familles existantes, une proposition vient d’être faite pour appeler mère-mère le couple de deux femmes faisant un enfant. Les opposants au mariage pour tous avaient prévenu les responsables politiques. Quand le mariage pour tous allait être voté, les couples gays mariés allaient vouloir des enfants. Pour faire des enfants, des difficultés sans nom allaient apparaître et semer une pagaille noire. Nous y sommes et soyons lucides, les problèmes ne font que commencer.

Les problèmes commencent

Un enfant se fait par un homme et une femme et s’élève par un père et une mère. Il ne s’agit pas là d’une invention culturelle mais d’une condition de possibilité de l’humanité. À ce titre, pour faire un enfant et bâtir une famille, il n’y a pas plusieurs possibilités. Il n’y en a qu’une : celle du couple homme-femme comme celle du couple père-mère.

« Ce n’est pas parce que deux femmes sont capables d’élever un enfant qu’elles sont capables de le faire. »

Certes, toutes les cultures ne mettent pas l’accent sur le couple père-mère pour élever un enfant. Cela n’annule pas pour autant l’importance du père et de la mère. Certes, deux femmes peuvent élever un enfant avec succès. Cela n’annule pas le fait que pour faire un enfant il faut un homme et une femme ni qu’à un moment un enfant désire savoir qui est son père ainsi qu’avoir un père. Ce n’est pas parce que deux femmes sont capables d’élever un enfant qu’elles sont capables de le faire. Or, avec la proposition d’appeler le couple formé par deux femmes du nom de mère-mère, que constate-t-on ? On est en train d’inventer, de mentir et de manipuler les esprits.

Absurdité logique

Un couple mère-mère, cela ne veut rien dire. Une mère n’est pas une mère par rapport à une autre mère. Une mère est une mère par rapport à un père. Sans père, il n’y a plus de mère. Jusqu’à présent dans l’humanité, jamais on n’a vu de couple mère-mère. Pour une raison simple : jamais il n’y a eu comme but de construire une humanité ainsi qu’une société ou, de façon délibérée, le père est éliminé. Constatons-le : avec le projet de couple mère-mère c’est ce qui va être le cas. La réalité concrète à cet égard est incontournable.

Quand deux femmes vont vouloir faire un enfant, seule l’une des deux pourra être inséminée. Seule l’une des deux sera donc réellement mère. Ne parlons donc pas de deux pères, cela n’a pas de sens. Certes, la mère non inséminée pourra reconnaître l’enfant et ainsi se dire mère. Mais, un problème logique, juridique et culturel va se poser. Un enfant peut-il avoir deux mères ? Si on permet à une femme de reconnaître comme sien l’enfant de sa compagne, pourra-t-on interdire que demain un enfant décide d’avoir plusieurs pères ou mères ou que plusieurs hommes, plusieurs femmes décident d’avoir le même enfant ?

« On ment en faisant croire que ce qui est impossible l’est. »

Intimidation et maquillage

Absurde sur le plan de la simple logique, le projet de couple mère-mère est moralement inacceptable. Quand on a comme volonté d’instituer le couple mère-mère, on a comme volonté d’établir une égalité entre tous les couples et notamment entre le couple père-mère et le couple mère-mère, au nom de la non-discrimination entre couples hétérosexuels et couples homosexuels. Chose impossible. Le couple hétérosexuel pouvant faire un enfant et le couple homosexuel ne pouvant pas en faire un, ces couples ne sont pas égaux et ne le seront jamais. Au nom de la non-discrimination établissons une égalité entre eux : on ment en faisant croire que ce qui est impossible l’est. On devrait pouvoir le dire. On ne le peut. Au XVIIIe siècle, pour éliminer la religion, les Lumières ont inventé la tolérance en faisant passer la foi pour du fanatisme. Aujourd’hui, pour éliminer toute critique les partisans de la PMA font passer ses opposants pour des réacs homophobes.

Quand quelque chose gêne et qu’on ne veut pas le reconnaître, que fait-on ? On maquille. Le politiquement correct est particulièrement habile en cette matière. Ainsi, apparaître comme tolérant étant indispensable pour se faire bien voir sur la scène de la communication, afin de ne pas paraître intolérant on ne va pas appeler un chat un chat mais un félidé domestique d’accompagnement. Avec le projet de couple mère-mère on a affaire à une procédure du même type.

Un manipulation mentale

Pour ne pas apparaître intolérant ni discriminant à l’égard des nouvelles parentalités on a essayé la formule parent 1-parent 2. Comme le parent 2 a fait tiquer, on essaie actuellement la formule, mère-mère. Cette formule qui est absurde et inacceptable est l’essence même du totalitarisme.

« Quand un régime totalitaire veut asseoir son emprise sur la société que fait-il ? Il change les mots en se disant qu’il va ainsi changer les esprits. «

Quand un régime totalitaire veut asseoir son emprise sur la société que fait-il ? Il change les mots en se disant qu’il va ainsi changer les esprits. Les promoteurs de la PMA comme du mariage pour tous sont aujourd’hui bien embarrassés. Ils pensaient qu’il serait facile de changer les mentalités en avançant une grande réforme progressiste. Ils sont bien obligés de constater que la chose est bien plus compliquée que prévu. Taxer le couple homme-femme de ringard et le couple père-mère de réac, est facile. Le supprimer est une autre histoire. Pour faire un enfant, comment se passer du couple homme-femme ? Pour surmonter ces obstacles, il y a deux façons d’y parvenir. La première, dans la grande tradition totalitaire, réside dans la propagande. Nous sommes en plein dedans. Écoutons les médias : matin, midi et soir, il est question de l’homophobie. Résultat : par peur d’être taxé d’homophobe on est prêt à tout accepter, le mariage pour tous, le couple mère-mère et la GPA. Outre la propagande, deuxième façon de faire admettre les nouvelles parentalités : la manipulation mentale par les mots. Mère-mère c’est bien. Cela ressemble à père-mère. C’est égalitaire. Cela fait aussi un peu « tradi » en respectant la mère. Que des avantages.

De la comédie à la tragédie

Élisabeth Badinter a écrit tout un ouvrage afin de dénoncer le mythe de la bonne mère. Il s’agissait alors pour le féminisme de libérer la femme de l’idée qu’une femme est femme quand elle est mère. Aujourd’hui, plus question de rejeter la notion de père. Au contraire ! Faire de la mère un droit est tendance. Hier le mariage était honni comme étant une institution bourgeoise. Aujourd’hui, il est revendiqué haut et fort comme moyen de libération. Celui qui a dit que la condition humaine est une comédie humaine a compris quelque chose à la condition humaine. Celui qui a dit que cette comédie cache toujours une tragédie à venir également.

Bertrand Vergely

( 26 août, 2019 )

230 ans de droits de l’Homme ? L’erreur originelle…

 

Lu sur « Boulevard Voltaire » cette très bonne analyse bien que la fin est pessimiste : nous reviendrons un jour sur cette Déclaration pour réaliser quelque chose de plus juste et cela pourrait venir plus tôt que l’on pense car la Déclaration telle qu’elle est conduit à des catastrophes et la population commence à s’en rendre compte. L.R.

 

Il y a 230 ans, le 26 août 1789, sous le règne du bon roi Louis XVI, les députés de l’Assemblée nationale constituante adoptaient le texte final de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen qui sert, aujourd’hui encore, de référence à la Constitution de la Ve République.

Organisée autour de dix-sept articles, cette déclaration s’inspire, en partie, du Bill of Rights[1] rédigé en 1689 en Angleterre et de la Déclaration d’indépendance des États-Unis (1776). Elle résulte aussi du fruit des réflexions philosophiques et politiques du siècle des Lumières.

Quel est, 230 ans après, l’héritage de cette déclaration ? Un article et un livre ne suffiraient pas à analyser, soupeser et évaluer, à travers les ans et les régimes politiques, les effets positifs et négatifs de ce texte qui semble aujourd’hui gouverner le monde. En effet, quelles décisions nos gouvernants occidentaux ne prennent-ils pas au nom des sacro-saints droits de l’Homme, érigés comme le nouveau dogme à suivre ? Ce nouveau bréviaire « antémoderne », qui régit la vie de notre société mondiale depuis 1948, date de l’adoption de la Déclaration universelle, est devenu le prétexte à tout imposer ou interdire, à tout dicter, tout et n’importe quoi : immigration, écologie, luttes contre l’impérialisme, pour ou contre tout… Chacun, y compris notre Saint-Père, s’en empare comme il l’entend, l’interprétant « à ma guise » », un peu comme le regretté Jean Rochefort (1930-2017) le scandait dans une publicité pour une société dépendant d’un assureur agricole français.

Avec les droits de l’Homme, c’est l’individu qui a pris le pas sur le collectif, l’État devenant complice de son acte de quasi-autodestruction. Au contact de ce dogme devenu inattaquable, le paradigme de notre société mondiale a muté : chaque personne est devenue plus importante que son groupe, son équipe et même la nation.

Il est paradoxal de voir que c’est dans les microsociétés où l’individu s’efface au profit du groupe, où les droits collectifs prennent le pas que les relations sont les plus réelles, les plus vraies. C’est le cas dans les sociétés primitives subsistantes, et même à la Légion étrangère. Y connaît-on les droits de l’Homme ? Qu’importe ! Pas besoin de symboles (triangle avec un œil, faisceaux rappelant les licteurs romains ou autres bonnets phrygiens) pour asseoir la vie et l’harmonie en société.

Les droits de l’Homme dont certains principes ont été dévoyés au fil des ans, à moins que leur trop grande opacité en ait fait un OJNI (objet juridique non identifié) à trop large spectre, ont imposé une nouvelle dictature des esprits, dont les nouvelles générations vont avoir du mal à se départir. Tout d’abord celle des droits de : droits de l’enfant, droit de retrait, droit syndical… puis celle des droits à : droit à l’image, droit à la déconnexion, droit à l’oubli… Et demain ? Les droits pour, les droit contre, les droits avec…

Il y a 230 ans, Louis XVI rechignait à approuver cette déclaration. Il ne l’a signée que contraint et forcé, à contrecœur. Il savait déjà, à l’époque, que donner des droits ne va pas sans une certaine contrepartie. C’est ici l’erreur fondamentale et originelle de cette déclaration : elle donne des droits mais n’exige aucun devoir. Près de deux siècles et demi plus tard, c’est regrettable et surtout trop tard !

Henri Saint-Amand

 Consultant
 [1]Déclaration des droits
( 6 juillet, 2019 )

“Sens de l’Histoire” : brun dans les années 30, rouge dans les années 50, arc-en-ciel aujourd’hui…

 

Lu sur « le Salon Beige »

 

Dans l’Incorrect, Thibaud Collin dénonce le sens de l’Histoire libertaire, qui nous pousse à accepter toutes les folies transhumantes :

[…] Que faire face à ce rouleau compresseur conceptuel et surtout moral? Justement, commencer par distinguer ces deux niveaux. Il faut d’abord repérer la logique à l’œuvre dans toutes ces lois « sociétales ». C’est elle qui est source de ce sentiment d’inéluctabilité éprouvé par certains devant de telles revendications ; c’est pourquoi il faut en faire la généalogie. Mais il faut ensuite saisir que cette logique ne porte en elle aucune obligation morale à obéir à un quelconque sens de l’histoire qui lui serait immanent. L’histoire a le sens que les hommes lui influent en étant le lieu de l’affrontement entre diverses conceptions de l’homme, de la société et du bien commun. Dans les années 30, nombreux étaient convaincus que le sens de l’histoire était brun ; dans les années 50 nombreux «savaient» qu’il était rouge; qu’aujourd’hui certains le voient arc-en-ciel ne doit pas plus nous impressionner. L’histoire est contingente et c’est pour cela qu’elle est un cimetière des prétendus «sens de l’histoire». Creusons ces deux points.

«La PMA pour toutes» semble une revendication légitime à nombre de nos compatriotes parce que, d’impensable qu’elle était il y a quelques années, elle leur apparaît désormais comme crédible. Or pour lutter résolument contre le crédible, il faut des raisons bien assises et donc mobiliser des principes capables de fonder celles-ci. Il se trouve que les principes permettant de fonder une opposition sensée à la « PMA pour toutes » ont été abandonnés par beaucoup depuis des décennies, car notre pensée est disposée par nos habitudes de vie qui obéissent, elles aussi, à une logique implicite. Or le fondement ultime de la «PMA pour toutes » est la mentalité contraceptive, omniprésente dans notre société. Elle consiste à penser la sexualité en pouvant la déconnecter totalement de la procréation ; la PMA en est le pendant inverse. Cette révolution anthropologique a engendré en quelques années la légitimation de l’avortement, de l’homosexualité, de la PMA pour couples homme/femme stériles. Il est donc logique d’étendre le même principe aux couples de femmes qui désirent « faire » un enfant ; idem pour les femmes seules. Pourquoi faudrait-il continuer à considérer qu’une vie sexuelle est nécessaire pour procréer puisqu’on est disposé pratiquement et mentalement à séparer les deux ?

Il est donc indéniable que la revendication actuelle obéit à un sens, dans les deux acceptions du terme, signification et direction vers un but. Est-elle pour autant inéluctable et surtout est-elle souhaitable ? De la réponse donnée à ces deux questions découle la manière de réagir ou pas à cette revendication (en attendant la GPA qui est l’étape suivante).

On peut toujours personnellement s’opposer à une revendication tout en validant le principe sur lequel elle repose. Mais cette opposition apparaît alors à juste titre comme arbitraire parce que relevant d’une conviction que l’on ne peut universaliser. D’où la fameuse distinction dont nombre de politiques abusent entre conviction et responsabilité : « Personnellement, je suis contre x mais en tant que responsable politique, je ne m’y oppose pas ». Cela manifeste que les mobiles de l’opposition ne sont pas suffisamment raisonnables et réfléchis. Ils ne sont pas fondés sur le discernement d’un vrai bien humain, élément du bien commun. Toute lutte contre la revendication apparaît alors comme pratiquement impossible. La démission politique et militante est donc d’abord une démission intellectuelle. Car le progressisme est une paresse de la raison.

Le sens de l’histoire doit-il conduire à la «PMA pour toutes » ? Non car il n’y a pas de sens a priori de l’histoire sinon les hommes ne seraient que des marionnettes. Certes les actions humaines sont soumises à des conditionnements mentaux, sociaux, culturels, économiques, religieux, etc. mais tous ces conditionnements sont eux-mêmes le résultat d’une sédimentation d’actes humains, de choix, de discours, se cristallisant dans des institutions politiques, scientifiques, des œuvres d’art, etc. Il y a donc des spirales qui peu à peu façonnent les mentalités et déploient leur logique comme nous venons de le voir. Mais tout cela n’est pas pour autant la réalisation d’un sens immanent de l’histoire qu’il s’agirait d’identifier pour « bien » agir. Alors que faire ?

Témoignons à temps et à contre-temps de la grandeur et de la beauté de la sexualité humaine, signe fécond de l’amour unissant librement l’homme et la femme. Vie et amour sont intrinsèquement liés ; tel est le lieu ontologique adéquat où une nouvelle personne humaine peut venir à l’existence. Pas dans une éprouvette. Pas pour combler le désir d’une ou de deux femmes !

Profitons de cet énième débat « sociétal » pour tout reprendre à la racine, souligner les logiques mortifères à l’œuvre et en appeler aux exigences les plus profondes du cœur de chacun. Celles-ci peuvent être recouvertes par la chape de béton de tous les conditionnements sociaux et mentaux mais elles demeurent entières en deçà de l’aliénation progressiste.

( 13 juin, 2019 )

Faisait-il plus chaud au temps des Romains que de nos jours ?

 

Lu sur Boulevard Voltaire, cet article qui met bien les choses au point concernant la propagande « réchauffiste »

 

Les faits sont têtus, mais les « réchauffistes » l’ont longtemps nié : le site Futura rapporte que, selon une étude scientifique sérieuse basée sur la mesure des cernes de troncs d’arbre datant de l’époque romaine ou de la fin du Moyen Âge, la température moyenne, en Scandinavie, entre 20 et 51 ap. J.-C., était supérieure de 1,05 °C à celle mesurée entre 1951 et 1980 (donc égale à la température actuelle !) et de 2 °C par rapport à celle qui prévalait entre 1451 et 1480, période froide.

Depuis le début du premier millénaire, le climat n’a cessé de changer dans un sens ou un autre. Après un optimum climatique sous l’empereur Tibère (d’anciennes routes romaines sont toujours emprisonnées sous les glaciers en 2019), les températures ont d’abord chuté de 0,41 °C vers l’an 200 ap. J.-C. du fait, paraît-il, d’une utilisation trop massive des feux de bois (selon une étude réchauffiste moralisante dont j’ignore la valeur) avant de s’effondrer de 4 °C entre 530 et 560, années terribles où l’éruption d’un volcan cumulée à un refroidissement provoqué par un moindre ensoleillement a conduit l’humanité au bord de l’extinction.

Entre 1000 et 1340, la Terre a connu un nouvel optimum climatique (nié par les réchauffistes, mais bien réel, puisque, selon les sagas islandaises, on semait et récoltait une variété particulière de céréales au Groenland, chose impossible de nos jours) avant d’être affectée par une nouvelle période très froide à la fin du règne de Louis XIV (la Seine et la Tamise gelaient en hiver !).

Les changements climatiques ont souvent été brusques : selon les sagas islandaises, vers 1350, il était devenu quasiment impossible de rejoindre les colonies vikings du Groenland du fait de l’apparition subite d’icebergs sur les routes commerciales.

Acculés, les réchauffistes nient en remettant en cause des études pourtant sérieuses, car elles contrarient leur doxa ou en prétextant que le gaz carbonique (CO2) reste le grand coupable du réchauffement actuel, mais qu’il aurait peut-être contrecarré un nouveau refroidissement (le gaz carbonique serait-il, alors, bénéfique ?).

Néanmoins, selon des scientifiques tout à fait respectables, on confondrait cause et conséquence : le réchauffement serait dû à une variabilité naturelle du climat et il entraînerait un dégazage du CO2 contenu dans les océans, ce qui expliquerait pour une part non négligeable l’augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère.

Je suis, bien entendu, incapable de trancher dans ce débat pointu.

Plus inquiétant : selon une autre étude scientifique parue récemment et qui porte sur les cycles du soleil, nous serions à la veille d’un nouveau minimum de Maunder comme notre planète en a connu un entre 1645 et 1715, époque glaciale dont j’ai déjà parlé dans cet article et qui serait due à l’absence prolongée de taches solaires.

Si c’est effectivement le cas, si les réchauffistes ont raison, alors le CO2 compensera en grande partie les effets délétères du refroidissement solaire, sinon l’humanité grelottera et les récoltes seront durablement affectées, provoquant la famine.

 Professeur agrégé et écrivain
12345...13
« Page Précédente  Page Suivante »
|