( 10 mars, 2019 )

Il n’y a pas de civilisation européenne mais une pluralité de cultures nationales en Europe

 

Très bon article de Bruno Guillard lu sur « Boulevard Voltaire ». Il met bien les choses au point sur notre civilisation et les dangers qui la menacent, en particulier l’idée  marcronienne de l’existence d’une civilisation « européenne » qui n’est que le « cheval de Troie » de la « culture » nord américaine.

 

Emmanuel Macron a invoqué, dans sa récente lettre aux Européens, une commune civilisation européenne. Mais y a-t-il une civilisation commune qui serait strictement européenne ?
Selon Claude Lévi-Strauss, une société se déploie sur deux dimensions : la civilisation (agriculture, industrie, modes de production…) et la culture (création artistique, spiritualité, éthique, vie de l’esprit, institutions…). La science, inséparable de la technique, se tient, selon l’anthropologue, à l’intersection des deux sphères.

Au plan de la civilisation, les Européens ne se distinguent plus des autres Occidentaux ni, même, de toutes les nations les plus riches. La période pendant laquelle les sciences, les techniques et les industries modernes furent spécifiquement européennes est révolue (elles étaient, d’ailleurs, essentiellement britannique, française, allemande et italienne beaucoup plus qu’européennes).

Au plan culturel, de nombreuses spécificités européennes perdurent, mais ces spécificités sont nationales (par exemple, les langues sont des éléments essentiels des différentes cultures ; il n’y a pas de langue européenne mais des langues européennes dont les plus parlées sont nationales). L’Empire romain ne s’est étendu que sur une partie de l’Europe, laquelle a été beaucoup plus marquée par la culture romaine que celle qui se situait au-delà du limes. Les Yamnayas nous ont sans doute laissé leur(s) langue(s) (le débat n’est pas clos à ce sujet), qui a beaucoup évolué depuis l’âge du bronze au point d’avoir donné naissance à des langues qui ne sont plus inter-compréhensibles depuis fort longtemps, mais que reste-t-il de ce que Georges Dumézil a appelé leur « idéologie trifonctionnelle » ? Rien, sinon des travaux d’érudits. Cette « idéologie trifonctionnelle » pourrait être une source d’inspiration mais cet héritage, beaucoup d’autres peuples – les descendants très nombreux des Indo-Iraniens, mais aussi ceux des Européens qui ont migré en Amérique, en Australie… – peuvent également le revendiquer. Les cultures européennes ont été, pendant une période, uniformément chrétiennes, ou presque, mais les choses ont bien changé.

Les cultures d’Europe se sont influencées mutuellement pendant des siècles, ce qui leur donne un air de parenté. Mais il faut noter que ces influences n’ont pas été homogènes ; certaines cultures (grecque, romaine, française, anglaise, allemande et italienne) ont rayonné beaucoup plus que les autres. C’est la raison pour laquelle les cultures européennes sont, malgré des ressemblances évidentes, différentes les unes des autres ; la richesse de l’Europe, c’est sa diversité.

Les cultures antiques (grecque et romaine) ont inspiré les philosophes et les artistes de toute l’Europe ou presque, ce qui a contribué, tout comme le christianisme, à renforcer la parenté des cultures d’Europe, mais en ce début de XXIe siècle, elles sont (hélas !) largement mises de côté. Le christianisme lui-même (qui est fragmenté en plusieurs confessions, ce qui ajoute à la diversité culturelle européenne) est affaibli et, dans certains pays, les agnostiques et les athées sont les plus nombreux.

Depuis le siècle dernier, les cultures européennes subissent l’influence de la culture nord-américaine, laquelle, bien qu’européenne à l’origine, a divergé très rapidement, surtout depuis 1945. S’il est impératif de se préserver de la rapide montée en puissance de la culture islamique en Europe (liée à l’invasion démographique en cours), il ne faut pas oublier que c’est la culture hégémonique nord-américaine (individualiste, universaliste, mondialiste, progressiste…) qui, à ce jour, a encore le plus d’influence sur nos propres cultures. Le fait qu’elle soit d’origine européenne ne doit pas nous faire oublier que cette culture libérale est celle du déracinement, du mouvement permanent, de l’individualisme exacerbé, du mondialisme et du consumérisme frénétique – toutes choses qu’un conservateur conséquent ne peut que rejeter.

Contrairement à l’européiste Macron, qui considère qu’il n’y a pas de culture française mais une civilisation européenne, nous ne pouvons que constater la persistance des cultures nationales et l’inexistence d’une civilisation européenne.

Bruno Guillard

( 27 février, 2019 )

Comment peut-on encore être royaliste en 2019 ? Introduction : Quand la République pousse au royalisme…

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

Comment peut-on encore être royaliste aujourd’hui ? C’est la question que j’ai beaucoup entendu ces dernières semaines, au moment où les Gilets jaunes avaient rouvert la possibilité du débat, comme une faille dans le globalitarisme ambiant, et que, dans les manifestations, dans la rue comme dans les cafés, la parole reprenait, un temps, le pouvoir, avant qu’elle soit à nouveau confisquée par le Pouvoir macronien dans un tourbillon de discours présidentiels et de manipulations médiatiques. Une question à laquelle j’ai toujours volontiers répondu, parfois trop brièvement, et qu’il ne me paraît pas inutile de traiter à nouveau, ne serait-ce que pour dissiper quelques malentendus et avancer quelques arguments en faveur d’une Monarchie royale qui, bien qu’encore trop lointaine, reste une solution institutionnelle possible et, à mon avis, souhaitable.

Il y a évidemment une réponse a contrario à la question posée plus haut : comment peut-on encore être républicain alors que la République, depuis une quarantaine d’années, semble incapable de penser au-delà de l’élection suivante et de définir une politique d’Etat digne de ce nom, susceptible de relever les grands défis contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux ? Ces quatre dernières décennies sont celles des occasions manquées et des renoncements multiples, et cela s’est traduit par un recul sensible de la position de la France dans le monde, alors même que notre pays a des atouts considérables dans la compétition internationale contemporaine et sur la scène diplomatique mondiale. La France possède le deuxième espace maritime du monde, elle a une métropole et des territoires d’Outre-mer qui lui donnent une grande diversité, autant de milieux que d’humains, et de grandes possibilités, énergétiques, agricoles, touristiques ; elle fait partie des cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU et sa langue reste une des langues majeures de la diplomatie comme de la culture ; elle est une terre d’inventeurs et compte nombre d’écoles et d’universités mondialement reconnues ; etc. Mais la France est en République… C’est bien là le nœud du problème, de ce que l’ancien ministre Alain Peyrefitte nommait « le mal français ».

 

Comment peut-on encore être royaliste en 2019 ? Introduction : Quand la République pousse au royalisme... dans Articles de fond france-sur-mer

La simple comparaison historique suffit largement à comprendre aisément en quoi la Monarchie royale, malgré ses nombreux défauts et insuffisances, est plus avantageuse pour notre nation que la République qui, au long de ses cinq déclinaisons et malgré quelques beaux (mais courts) moments, n’a su que consommer, voire consumer, ce que la Monarchie royale avait constitué et épargné. C’est d’ailleurs quand la République imite la Monarchie qu’elle est la plus convaincante et la plus efficace, comme une sorte d’hommage du vice à la vertu !

Mais être royaliste ne signifie pas céder à la nostalgie facile et rassurante d’une ancienne forme institutionnelle qui a fait ses preuves mais a fini par s’évanouir dans la mémoire de nos contemporains et dans la fumée des révolutions françaises. Il convient de raisonner, au-delà de l’histoire, en politique, et démontrer, après mûre réflexion, tout l’intérêt d’une Monarchie royale pour notre pays comme pour ceux qui y vivent : une démonstration qui mérite, le plus tôt possible, le passage aux travaux pratiques…

 

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 Jean-Philippe CHAUVIN

 

(à suivre : le refus de la nostalgie et l’actualisation monarchiste)

 

 

( 19 février, 2019 )

Bonne démographie et bon emploi font de bonnes retraites.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

La réforme des retraites va bientôt être discutée et le gouvernement prépare ses arguments et sa stratégie, attendant juste que le mouvement des Gilets jaunes, désormais accusé de tous les maux du pays, se soit dissipé comme un mauvais rêve, ce qui n’est pas, à l’heure actuelle, totalement assuré… Néanmoins, les Français commencent à s’interroger, parfois à s’inquiéter des projets gouvernementaux qui semblent obéir à une logique comptable imposée par Bruxelles plutôt qu’à un juste traitement de la question épineuse de « l’après-travail ». Ainsi, la question est parfois évoquée dans les réunions du Grand débat national, mais aussi dans les colonnes des Courriers de lecteurs, comme dans La Croix du lundi 11 février qui publie une lettre courte mais de bon sens qui mérite d’être reproduite et commentée.

« Le choix de la France d’avoir un système de retraite basé essentiellement sur la répartition est judicieux. C’est le système le plus sûr, le moins risqué. Les évolutions démographiques sont prévisibles sur le long terme, alors que les évolutions de la Bourse sont imprévisibles, même à très court terme. » Aussi imparfait qu’il puisse être, il est vrai que le système de retraite par répartition dépend très largement des dynamiques démographiques nationales, et non des jeux financiers et d’intérêts d’actionnaires souvent peu concernés par les notions et sentiments de justice sociale. Les données et perspectives démographiques, évolutives, sont aussi largement influencées par la politique familiale que l’Etat soutient ou promeut, et cela permet une certaine visibilité sur les décennies suivantes, même si cela implique également une attention soutenue de l’Etat et des pouvoirs publics (et éventuellement des partenaires sociaux) à l’égard des mouvements démographiques et une stratégie forcément et fortement enracinée dans la durée.

 

Bonne démographie et bon emploi font de bonnes retraites. dans Articles de fond bebe-cigogne

 

« La France est un des rares pays européens à avoir un solde démographique naturel positif, ce qui rend le système par répartition viable. ». Certes, notre situation démographique est meilleure que la très grande majorité des pays européens, mais les dernières années sont beaucoup moins convaincantes avec un taux de fécondité qui, en la moitié d’une décennie, est passé de 2,03 enfants par femme en âge de procréer à 1,87 l’an dernier, cela alors que, pour assurer un renouvellement convenable et « instantané » de la population française, il faudrait un taux de 2,1. Cette baisse inquiétante est la conséquence des politiques (si peu) familiales des gouvernements Fillon et Ayrault-Valls qui, là encore pour des raisons purement comptables (et idéologiques ?) ont, pour l’un, supprimé des avantages concédés jadis aux mères de trois enfants et plus, et pour les autres, rompu l’égalité des familles devant le quotient familial, en la nuançant par des considérations de revenus au détriment des classes moyennes aisées. Or, toucher à la politique familiale en oubliant les particularités de celle-ci qui en font une dentelle complexe et éminemment réactive à ces « détricotages » gouvernementaux, c’est fragiliser, en vain d’ailleurs pour les finances de l’Etat, les équilibres démographiques et risquer d’entamer, non le désir d’enfants (qui est de 2,3 en France selon les principales études sur le sujet), mais la réalisation concrète de ce désir. Il ne suffira d’ailleurs pas non plus de revenir en arrière, le mal étant fait, mais de refonder une stratégie démographique et nataliste pour le long terme, stratégie qui ne devra pas s’empêcher de réfléchir à une forme de « salaire maternel » ou « familial », selon des modalités à discuter et suivant les particularités des couples et de leurs évolutions possibles. Mais la République, qui raisonne selon un calendrier électoral qui n’est pas « le temps des générations », peut-elle engager vraiment cette nécessaire politique de long terme ? Personnellement, je continue d’en douter, et les valses-hésitations des derniers quinquennats ont tendance à légitimer et renforcer mon doute…

 

Mais la politique démographique n’est pas la seule condition d’une bonne gestion du système des retraites sur la durée, comme le souligne le lecteur de La Croix : « Le problème du déficit des régimes de retraite ne vient pas de ce choix de la répartition, mais du chômage. C’est ce problème aigu qu’il faut résoudre, et pas seulement à la marge comme maintenant ! » Voilà des lignes d’un grand bon sens économique (car moins de chômeurs signifie des cotisants en plus) mais qui semblent bien loin des préoccupations des gouvernements qui se succèdent depuis une quarantaine d’années que le chômage est passé du statut de « conjoncturel » à celui de « structurel » ! Et pourtant ! Là aussi, des solutions existent et attendent qu’un Etat digne de ce nom, un Etat qui soit capable de penser au-delà de la prochaine échéance électorale mais aussi au-delà de la seule mondialisation et des principes du libéralisme économique, un Etat qui cesse de penser par rapport à l’économie financière ou en fonction des seuls intérêts actionnaires, que cet Etat advienne, non dans le cadre d’une alternance mais comme une véritable alternative politique.

 

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« La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille », affirmait haut et fort le général de Gaulle qui signifiait ainsi que l’Etat n’avait rien à devoir au monde de l’Argent et à ses « valeurs ». Une véritable stratégie d’Etat contre le chômage doit repenser le rapport de notre société à la mondialisation, à l’environnement, à l’économie : il ne s’agit pas de nier ce qui est, mais d’orienter différemment l’économie, en particulier par un aménagement du territoire fondé sur le « redéploiement rural » ; par une meilleure préservation de l’outil industriel et par une valorisation intelligente de nos patrimoines historique, littéraire, gastronomique ; par une formation mieux organisée et plus enracinée dans le tissu socio-professionnel local ; par un soutien plus affirmé aux modes d’agriculture et de pisciculture respectueux des équilibres naturels et de la qualité alimentaire, modes de production nécessitant une main-d’œuvre plus nombreuse et l’organisation de circuits courts de distribution ; etc.

Ce ne sont pas les idées et les propositions pour faire reculer le chômage qui manquent, mais bien la volonté politique et l’Etat capable d’assumer cette politique et de la valoriser, y compris par rapport à la mondialisation et à la concurrence inéquitable des grands réseaux multinationaux de production et de distribution : mais si, depuis quarante ans, la République ne veut pas sortir de son modèle économique, sans doute faut-il, alors, se résoudre à changer de régime. Une Monarchie royale inscrivant son être et son devenir dans le temps long et la suite des générations peut, par essence et par statut, mieux répondre aux lourdes questions sociales (et cela sans négliger les enjeux économiques) qu’une République trop dépendante des jeux d’argent et de la météorologie électorale. Elle peut aussi mieux tirer profit des énergies partisanes et parlementaires en les circonscrivant aux activités de débat et de proposition législatives, et en les détournant de la compétition pour la magistrature suprême de l’Etat, cette dernière étant dévolue, hors des concurrences électorales, à une dynastie chargée d’incarner le pays et de diriger la Grande politique, dans son domaine régalien. Un partage des tâches et des responsabilités qui, en somme, est moins risqué et incertain que celui aujourd’hui (mal) assuré par une République d’abord macronienne avant que d’être celle de tous les Français…

 Jean-Philippe CHAUVIN

( 6 février, 2019 )

La Monarchie que nous voudrions

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

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On discute toujours beaucoup sur ce que pourrait être une future monarchie. Mais la forme qu’elle prendrait dépendrait beaucoup des circonstances – sans-doute exceptionnelles – dans lesquelles elle apparaîtrait nécessaire. Autant ou davantage en tout cas que de toute théorie. Elle n’aurait pas à chercher ses modèles à l’étranger. Ce serait nécessairement une monarchie à la française. Quels en seraient les contours, au moins selon nos souhaits ?

Voici un commentaire des définitions que donnait la toute première Action Française*, publié en son temps sous le titre La monarchie que nous voulons**Lafautearousseau

3948186140.jpg« Oui ou non l’institution d’une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée est-elle de salut public ? »

La question que pose Maurras au début de son enquête sur la Monarchie écarte les présupposés, les sentiments et les préjugés. Elle est concise, directe et rationnelle, car c’est sur le terrain de la raison, celui-même sur lequel se croit fondée la démocratie que le Martégal défend et batit la Monarchie. Aujourd’hui, alors que six quarts de siècle nous séparent de la dernière expérience monarchique et que l’idée royale a été systématiquement défigurée par les républicains, nous devons défendre nos idées, retrouver ce ton maurrassien clair, dense, précis, presque socratique, qui seul imposera la monarchie face aux nuées démocratiques. Ainsi avons-nous utilisé le « quadrilatère » maurrassien (une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire, décentralisée) pour esquisser, en esprit puis en acte, LA MONARCHIE QUE NOUS VOULONS. 

Une Monarchie Traditionnelle

Pour commencer, il semble indispensable de rappeler que la Monarchie n’a jamais été un modèle fixe, un prêt-à-porter ; elle a su au contraire s’incarner dans différents registres tout en gardant l’esprit qui était le sien. C’est cette continuité à travers les changements nécessaires qui caractérise le vrai sens de la tradition qui, d’après Paul Valéry, « n’est pas de refaire ce que les autres ont fait mais de retrouver l’esprit qui a fait ces choses et qui en ferait de toutes autres en d’autres temps ». Ainsi, nous ne voulons pas restaurer une monarchie figée en un XVIIIéme siècle oublié, mais rétablir ce qui est d’abord un principe, principe d’autorité, de responsabilité et d’unité, et qui saurait s’incarner dans notre propre réalité économique, politique, culturelle et sociale.

Une Monarchie héréditaire

L’hérédité du pouvoir est sans doute le principe qui a été le plus attaqué depuis trois siècles. Pourtant que représente-t-il réellement lorsque l’on a écarté toute la mythologie méritocratique ? Il apparaît que l’hérédité a ce premier avantage d’éliminer la compétition pour le pouvoir, c’est-à-dire la radicalisation des conflits d’intérêts. Elle assure ainsi un Etat fort, indépendant et arbitre capable d’entreprendre des réformes administratives, économiques et sociales ou de laisser des libertés aux citoyens, sans craindre d’être toujours renversé. L’hérédité permettra à la nation d’être enfin gouvernée et non plus seulement gérée à court terme comme c’est le cas en république. De plus, le pouvoir étant à l’origine indépendant des forces d’argent, il peut gouverner sans, et même contre elles, et seul le roi héréditaire a pu châtier les Semblançay et les Fouquet que le régime actuel eût laissé courir. Enfin, l’hérédité assure la médiation active du peuple avec ses propres racines historiques : la nation, c’est la naissance, c’est-à-dire la reconnaissance d’une continuité historique.

Une Monarchie antiparlementaire

La tradition et l’hérédité étant posées, on pourrait être tenté d’y ajouter une institution parlementaire censée assurer la représentation populaire.

« A d’autres cette demi-royauté bourgeoise et parlementaire plus décrépite encore s’il le faut » s’écriait Maurras. Le parlementarisme, qui suppose l’existence de partis, est le contraire même de la monarchie qui est faite pour unir. D’ailleurs, le parlementarisme au niveau de l’Etat ne représente personne puisqu’il ne repose pas sur les réalités économiques, politiques et sociales mais sur le jeu formel des partis.

La Monarchie, au contraire, chercherait une représentation du pays réel par de multiples assemblées locales, culturelles et professionnelles souveraines en leur ordre et capables de défendre les intérêts de leurs membres. Nous n’en voulons en effet absolument pas au vote.

« L’ancienne France votait beaucoup, précise Maurras, cela est oublié. Cela reste vrai tout de même. On y votait pour quantité d’objets pour lesquels le Français moderne reçoit avec respect le choix et les volontés des bureaux ». Ce à quoi nous en voulons, c’est au système qui regroupe arbitrairement les individus en fonction de leurs opinions ou de leurs options métaphysiques dans le cadre de partis peu adaptés à la juste détermination de l’intérêt général. Et c’est pourquoi nous luttons pour la restauration d’une monarchie antiparlementaire où, les Français pourront, grâce à de multiples assemblées fédérées par un pouvoir indépendant, être représentés dans leurs intérêts tangibles et concrets, et ainsi passer du stade d’administrés abrutis et atomisés, à celui de citoyens responsables et actifs.

Une Monarchie décentralisée

Nous avons parlé de représentation d’intérêts locaux ; en effet antiparlementarisme et décentralisation sont deux caractères indissolublement liés. Nous sommes antiparlementaires parce que partisans d’une renaissance des collectivités locales. Cette volonté de promouvoir les richesses et les diversités de notre pays de façon intégrale est une composante essentielle de notre nationalisme. Nous voulons laisser s’organiser le pays réel en multitude de républiques locales, autonomes et souveraines, compénétrées les unes les autres et capables de prendre en main leur avenir. Mais ces communautés ne peuvent rester liées entre elles sans un tiers-pouvoir. Comme l’expliquait Pierre-André Taguieff, « il doit y avoir un troisième membre qui doit être “hors jeu” en quelque sorte. C’est la monarchie comme pouvoir transcendant, d’où la nécessité que le roi ne soit pas élu ou choisi, mais qu’il vienne d’ailleurs, qu’il soit inconditionnel ».

Voici posées les grandes lignes de la monarchie que nous voulons, c’est-à-dire la monarchie française adaptée à notre temps.

N’oublions pas cependant que « l’objet vrai de l’Action française, ce n’est pas, à bien dire, la monarchie, ni la royauté, mais l’établissement de cette monarchie, l’acte d’instituer cette royauté ». Seul notre engagement militant prouvera la possibilité d’une telle restauration, et même son imminence si elle est servie par des citoyens actifs, prêts à mourir avec joie, avec bonheur, pour notre Sire le roi de France.  

* Dictateur et Roi, Enquête sur la Monarchie, 1900

**  Cahier d’Action française n°3, supplément au n° 2177 d’Aspect de la France du jeudi 31 janvier 1991.

Merci à Philippe Lallement qui nous a transmis ce texte.

( 7 décembre, 2018 )

De la grande misère des communes françaises

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

La France rurale est étouffée par le prétendu aménagement du territoire. Au lieu de capitaliser sur le tissu social des communes, l’État s’acharne à le détruire. Peut-être parce que les communes sont un espace de liberté ? 

« Service de cardiologie de Sisteron, service d’urgence nocturne d’Embrun, maternité de Guingamp, service des soins de suite et de réadaptation de l’hôpital de Marcigny, service de pédiatrie hospitalière de Sedan, Ehpad du Theil-de-Bretagne, service de psychiatrie de Laragne-Montéglin, maternité de Châteaudun, etc. : voici la liste non-exhaustive des actes de décès signés par les Agences Régionales de Santé ce seul dernier mois ! ». Ce bilan dressé par l’éditorialiste de 36 000 communes, le mensuel de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), dans son numéro de juin 2018, montre la disparition galopante des services de santé dans les petites et moyennes villes.

Services en moins, charges en plus

En réalité, tous les services publics (écoles, gares, centres des impôts, hôpitaux, bureaux de postes…) sont touchés par cette fuite. La colère, en septembre dernier, du congrès des maires ruraux (communes de moins de 3 500 habitants), qui menace de ne pas organiser les élections européennes, se comprend aisément. Pour ne pas affronter les critiques, le président Macron, contrairement à la promesse faite l’an dernier, n’est pas venu au congrès de l’AMF (association des maires de France) qui s’est tenu en novembre.

Ces suppressions rendent plus difficile la vie des habitants des petites agglomérations qui doivent multiplier les déplacements pour être soignés ou pour que leurs enfants puissent suivre leur scolarité. Les maires ne peuvent pas aider leurs concitoyens car leurs moyens financiers sont constamment réduits par l’État, notamment sous le quinquennat Hollande où des baisses de dotation drastiques ont fait perdre jusqu’à 13% du budget municipal. L’imbroglio autour de la suppression de la taxe d’habitation fait craindre le pire.

Résultat : la DGF (dotation globale de fonctionnement) attribuée aux communes rurales s’élève à 156 euros par habitant contre une moyenne nationale de 174.

Pourtant, la population concernée n’est pas négligeable : 21,4 millions d’habitants (un Français sur trois) résident dans une commune rurale.

Regroupement avant disparition ?

L’étranglement financier est accentué par le regroupement des communes au sein des EPCI (établissements publics de coopération intercommunale). Vanté pour être un moyen de réaliser des économies, le regroupement de communes entraîne souvent des frais de fonctionnement supplémentaires pour cette structure qui agrandit la distance entre citoyen et services publics.

Ainsi, la taxe sur les ordures ménagères a souvent fortement augmenté.

Le pouvoir au sein des EPCI est pratiquement toujours entre les mains du maire de la ville la plus peuplée alors qu’ils étaient censés, à l’origine, représenter toutes les communes. La loi du nombre ne favorise pas une répartition harmonieuse.

De toute façon, comme l’a dit en août dernier, au micro d’Europe 1, le député LREM de Paris Sylvain Maillard : « Garder ces maires de petites communes, de plus en plus isolées et sur qui pèsent de lourdes charges, n’est plus vraiment cohérent avec notre époque ». De nombreux élus sont complètement démunis devant les demandes de leurs administrés, ce qui explique que plus de mille édiles ont démissionné de leurs fonctions depuis les élections municipales de 2014. Près de la moitié n’a pas l’intention de se représenter au prochain scrutin, comme René Raimondi qui abandonne la mairie de Fos en écrivant le 29 novembre à ses électeurs: « Les collectivités territoriales peuvent aujourd’hui être perçues comme de simples variables d’ajustement des politiques nationales, voire des boucs émissaires. Les élus locaux, les maires en premier lieu, sont de moins en moins armés pour assurer le quotidien et rassurer leurs concitoyens ».

Pourtant, les maires sont les élus les plus appréciés des Français. Ils sont proches des gens et ils connaissent la réalité du terrain. Xavier Lacombe, maire de Peri, près d’Ajaccio, l’illustre par une image militaire : « Maire, c’est un rôle de voltigeur de tête, le premier dans une colonne qui prend la balle mais qui avertit et protège tout le monde et peut sauver la brigade ou la compagnie. » (La Corse, 30 novembre).

« Une révolution territoriale sans Révolution »

On assiste à une véritable « révolution territoriale sans Révolution », selon l’expression du professeur Gérard-François Dumont au colloque « Désertification et réanimation des territoires » organisé par la Fondation Res Publica le 27 février 2018. Les quatre lois (1) votées entre 2014 et 2017 (loi Maptam, loi sur la délimitation des régions, loi NOTRe, loi sur le statut de Paris) ont bouleversé l’architecture administrative française.

Il existe désormais vingt-deux métropoles formées par la transformation des EPCI regroupant plus de 400.000 habitants. Certaines sont de taille démesurée.

La métropole Aix-Marseille recouvrant l’ensemble des Bouches-du-Rhône, sauf le pays d’Arles dont les élus s’opposent à cette annexion, sa concordance avec le département devient de plus en plus évidente. Le Grand Paris, avec Paris et sa petite couronne, ressemble beaucoup à la région Ile-de-France.

Le département est désormais dirigé par un conseil départemental dont les membres sont élus en binômes, afin de garantir la parité hommes-femmes. Le canton n’est plus qu’une simple circonscription électorale et personne ne se sent représenté par ces duos artificiels.

Après la suppression de neuf régions, les régions actuelles sont complètement en dehors de toute réalité historique ou géographique. En Occitanie, le seuil de Naurouze séparera toujours les anciens Languedoc et Midi-Pyrénées.

Ce véritable charcutage s’est accompagné de multiples réattributions de responsabilités qui sont passées inaperçues aux yeux des Français. Du coup, le simple citoyen ne sait plus à qui se plaindre pour signaler un trou dans la chaussée de sa rue. L’administration paraît bien plus lointaine qu’autrefois. Elle est physiquement éloignée dans les régions qui ont fusionné et où joindre la capitale régionale nécessite un temps de trajet bien plus long qu’auparavant.

Quant aux économies, elles ne sont pas au rendez-vous. Le transport scolaire ayant été transféré du département à la région, les parents des Hautes-Alpes devront désormais verser 110€ pour le car de leurs enfants contre 15€ l’année précédente.

La recherche aberrante de l’excellence

Ces aberrations n’ont aucune importance pour la révolution territoriale qui a été voulue dans le but de répondre à la compétitivité internationale et à la mondialisation.

Le discours dominant depuis la fin des Trente Glorieuses énonce qu’il faut fournir aux « investisseurs » mondialisés l’organisation territoriale que l’on pense correspondre à leurs attentes, et que ce cadre doit être le plus large et le plus dense possible. L’économiste Olivier Bouba-Olga appelle cette pensée « la mythologie CAME (Compétitivité, Attractivité, Métropolisation, Excellence) ». L’État doit concentrer ses efforts sur quelques pôles d’excellence, renforçant les inégalités socio-spatiales. Toutes les politiques publiques sont sous-tendues par cette croyance depuis quarante ans, quel que soit le parti au pouvoir. Or, Bouba-Olga montre, notamment dans Dynamiques territoriales : éloge de la diversité, que des initiatives innovantes peuvent exister dans de petits territoires, quand ceux-ci sont bien équipés, mais elles ne sont pas assez connues. D’autre part, les fameux « investisseurs » ne sont pas toujours au rendez-vous des pôles d’excellence érigés pour eux.

Les nouvelles citadelles

Il serait faux de qualifier cette évolution de recentralisation. Tout à son rêve CAME, l’État abandonne carrément les zones non rentables pour la mondialisation : territoires ruraux, petites et moyennes villes.

Comme l’écrit le sénateur Pierre-Yves Collombat, fondateur de l’association des maires ruraux, dans le bulletin d’octobre de cette association, « Les territoires sans avenir doivent être abandonnés à leur destin, aux soins palliatifs de plus en plus maigres, tant qu’ils ne seront pas politiquement négligeables ».

Tout est mis dans les métropoles qui sont, comme le dit Christophe Guilluy dans Le Figaro du 18 novembre, « de nouvelles citadelles médiévales, avec une bourgeoisie qui se claquemure derrière ses remparts ». Cette population a un mode de vie différent du reste des Français : « Dans ces espaces clos, les habitants ont simplement besoin de liaisons pour sortir – avions, TGV – et la voiture est, pour eux, obsolète. » Les métropoles n’ont même pas de grands liens économiques avec le reste de la population : « Aujourd’hui, Paris est beaucoup plus éloigné de l’hinterland français que de Londres, Barcelone ou Amsterdam ». Les périphéries ne servent à rien pour construire le nouveau paradis mondialisé.

Les ploucs qui, selon Benjamin Griveaux, « fument des clopes et roulent en diesel » habitent loin de leurs lieux de travail et des administrations ? Ils n’ont qu’à utiliser internet et le téléphone portable. Mais les zones blanches, où les ondes ne passent pas, sont encore nombreuses, surtout en zones montagneuses. Et le contact direct est nécessaire pour expliquer des cas difficiles à un fonctionnaire ou à un médecin.

Sauver le maillage communal

La France a l’originalité d’avoir un maillage très étroit avec ses 36 000 communes héritées de la paroisse médiévale. Il y a là un atout important dont les technocrates ne se rendent pas compte. Les décisions parisiennes s’appliquent uniformément alors que notre pays est très divers. Si les municipalités étaient écoutées, des adaptations seraient possibles. Le meilleur exemple est l’obligation de limiter la vitesse à 80 km/h sur toutes les routes secondaires alors que des modulations étaient possibles selon la géographie locale.

Le regroupement systématique et autoritaire des communes est tout aussi absurde que la création de régions artificielles. Le découpage territorial est à refaire entièrement mais en gardant l’unité communale de base.

Le système électoral est à revoir car il n’est pas neutre. En PACA, la liste de Marion Maréchal-Le Pen avait obtenu plus de 42% des voix en 2015 mais ses élus au conseil régional n’ont été que 34% du total. Ces élections se font au scrutin de liste à la proportionnelle avec deux tours, ce qui empêche la représentation de nombreux courants d’idées politiques. Pour récompenser les socialistes de s’être désistés pour lui, Christian Estrosi, le président LR de la PACA, remplacé ensuite par Renaud Muselier, avait bien inventé une assemblée représentative consultative mais elle ne fonctionna jamais.

Le scrutin de liste est dangereux car il institue des élus hors-sol et entièrement soumis aux partis, et non pas des représentants du terrain.

Alors que la législation ne voit que les individus, elle devrait considérer l’espace et ses particularités aussi bien pour les élections que pour la fiscalité et les aides financières.

La France a besoin de diversité législative.

Les élus et les citoyens ont besoin de pouvoirs nouveaux et concrets ancrés d’abord sur la commune. Comme l’a écrit Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique : « C’est dans la commune que réside la force des peuples libres ».

Tant que le Français des campagnes ne sera pas aussi bien considéré que le Français des villes, il faut s’attendre à ce que le mécontentement s’exprime de plus en plus fort dans les urnes, dans les réseaux sociaux et dans la rue.  ■

LOI n° 2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (dite loi Maptam).
LOI n° 2015-29 du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral.
LOI n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (dite loi NOTRe).
LOI n° 2017-257 du 28 février 2017 relative au statut de Paris et à l’aménagement métropolitain.

Michel Franceschetti

( 16 novembre, 2018 )

Jacques Bainville, ce royaliste qui annonça la guerre suivante, un matin de novembre 1918…

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Quand on s’intéresse à l’histoire et, dans le cadre de la commémoration de l’Armistice, à la fin de la guerre de 1914-18 et aux traités de paix qui ont suivi, Jacques Bainville peut être un guide utile, même s’il n’est pas forcément le bienvenu dans l’école républicaine, celle qui l’a tant ignoré, lui l’historien « amateur » qui, pourtant,  a mieux vu que beaucoup d’universitaires professionnels la suite des événements et compris le « sens » de l’histoire (non pas la direction mais l’ontologie de l’histoire, et les raisons de celle-ci, de ses « suites logiques »). Bien sûr, il y a son livre constamment réédité depuis la chute du Mur de Berlin, « Les conséquences politiques de la paix », et qui annonce dès 1920, en fait et alors dans l’indifférence quasi-générale, la triste suite des années 30 (Bainville ne verra pas tout se dérouler, victime d’un cancer en février 1936, avant la tragédie guerrière de 1939), avec une prescience qui n’est rien d’autre que l’application d’un empirisme que Maurras, à la suite de Sainte-Beuve, qualifiait d’organisateur…

Bainville était aussi un journaliste du quotidien mais qui voyait loin, dans une optique capétienne, et ses articles dans L’Action française mériteraient une relecture attentive et une réédition générale, avec un bon appareil critique (pourquoi pas dans la Pléiade ?) pour les remettre en contexte et les expliquer aux lecteurs de notre temps.

Jacques Bainville, ce royaliste qui annonça la guerre suivante, un matin de novembre 1918... dans Articles de fond bainville-jacques-bouquins

Justement, l’un de ses articles a été republié dans le recueil intitulé « La monarchie des lettres », dans la collection Bouquins de Robert Laffont, et apparaît comme malheureusement visionnaire, comme celui d’une Cassandre que l’Opinion et les élites de la République n’entendent pas, ne veulent pas entendre, engoncées dans leurs certitudes et aveuglées d’illusions. Cet article c’est celui du… 14 novembre 1918, dans l’A.F. monarchiste qui sort exsangue d’une guerre qui l’a privée de sa jeunesse saignée dans la Somme ou à Verdun. Son titre : « Demain ? ». Il faudrait le citer en entier, même si, en définitive, sa lecture est éprouvante, presque désespérante lorsque l’on connaît la suite et que l’on constate que les avertissements de Bainville n’ont servi à rien : comme le général de Gaulle, grand lecteur de Bainville, on peut n’en éprouver que plus de mépris pour cette IIIe République imbécile et assassine par son aveuglement, sa lâcheté aussi face au pangermanisme et au nazisme des années 30, cette République qui se réfugiera dans les bras d’un vieux maréchal qu’elle ira chercher à son ambassade de Madrid avant de disparaître dans la catastrophe de mai-juin 1940…

Que dit Bainville, en ce jour du 14 novembre 1918, quelques dizaines d’heures après l’arrêt des combats ? Lisons : « Devant quoi la France, au sortir de la grande joie de sa victoire, risque-t-elle de se réveiller ? Devant une République allemande, une république sociale-nationale supérieurement organisée et qui, de toute façon, sera deux fois plus peuplée que notre pays. Cette république (si l’Allemagne reste une république, ce qui n’est pas encore assuré) ne sera pas, comme dirait M. Roosevelt, « du type flasque ». Elle sera productrice et expansionniste. Elle aura une politique étrangère et économique. Cette république des Allemands-Unis, qui aura achevé l’unité allemande, continuera l’empire. C’est contre elle, à un contre deux, que nous aurons à défendre notre industrie d’abord, et bientôt les provinces que nous lui auront reprises et auxquelles elle n’aura renoncé qu’en grinçant des dents. » Une république sociale-nationale : le nazisme sera l’abréviation des deux termes, national et social(isme)… L’empire sera ce IIIe Reich que le chancelier Hitler déclarera être l’achèvement de l’unité allemande et le totalitarisme nazi, pangermaniste, ce régime « supérieurement organisé » (n’est-ce pas la caractéristique affichée d’un système totalitaire ?) dira réunir tous les « Allemands », y compris au-delà des frontières officielles de l’Allemagne…

Relisez ce texte, relisez-le, et rappelez-vous qu’il a été écrit alors même que les canons de la Grande guerre viennent à peine de se taire, et que la France et ses alliés espèrent et affirment que la tragédie guerrière qui s’achève au bout de quatre longues années est « la Der des Der » !

achille dans Articles de fond

Le 14 novembre 1918, Jacques Bainville, ce « Vergennes » de L’Action française méconnu de la République (pas totalement, en fait…), alarme la France sur les périls qui la menacent si elle ne gagne pas la paix : mais Bainville crie dans le désert d’une République amnésique et qui subira, pour le plus grand malheur de la France, la montée des périls sans pouvoir (sans vouloir ?) l’arrêter…

Dès 1918, c’est 1940 qui se prépare… « La République n’a pas de politique étrangère », disait Anatole France en haussant les épaules : c’est le moindre de ses défauts, diraient certains ; c’est le pire, au regard de l’Europe et du monde qui, eux, ont besoin, malgré la République et en attendant mieux, de la France !

Jean-Philippe CHAUVIN

( 15 novembre, 2018 )

Tombeaux.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Chaque 11 novembre depuis une dizaine d’années, je relis quelques pages de « Tombeaux », recueil d’articles nécrologiques écrits par Charles Maurras et qui présente quelques figures d’une génération royaliste disparue dans la fournaise de la guerre de 1914-1918. Des noms aujourd’hui oubliés par le plus grand nombre, y compris dans les milieux monarchistes: Henri Lagrange, « le prince de la jeunesse » royaliste du Quartier Latin entre 1911 et 1914; Léon de Montesquiou, véritable théoricien de la raison d’Etat et l’un des plus brillants intellectuels de l’Action française; Henry Cellerier, auteur d’un livre passionnant mais aux nombreuses pages censurées lors de sa publication en 1916, « La Politique fédéraliste »; Jean-Marc Bernard, poète dauphinois auteur d’un des plus beaux poèmes, un des plus poignants aussi, sur les tranchées dans lesquelles, d’ailleurs, il trouvera la mort; etc. Quel cimetière de jeunes intelligences!

 

Tombeaux. dans Articles de fond tombeaux

Cette guerre terrible est, à nos yeux de contemporains, absurde. Mais elle a mobilisé 65 millions de personnes sur tous les champs de batailles (9 millions, je crois, de Français) sans vraiment de révoltes ni de mutineries, à quelques exceptions près. « Quand la guerre est là, qu’il y a danger aux portes de la Cité, il n’y a plus qu’à la faire,et à la gagner« , expliquaient alors les monarchistes, pourtant méfiants à l’égard de la IIIème République qui gouvernait alors le pays. Les générations d’après-40 reprocheront beaucoup à ceux de 1940 de n’avoir pas su la faire, et la gagner… L’Occupation montra, avec toutes les horreurs liées à l’application de l’idéologie nazie, que la défaite ou la soumission (même au nom du pacifisme), est la pire des catastrophes pour les « occupés ». Cela permet aussi de mieux comprendre l’acharnement des soldats de 1914-1918 « à ne pas céder », malgré l’horreur de cette première « guerre industrielle ».

Mais lorsque retentit le clairon de l’armistice, les combattants espèrent que leur souffrance, le sacrifice de leurs compagnons et de leurs ennemis, n’ont pas été vains. Malheureusement, la Paix des traités de 1919-1920 était déjà grosse des guerres suivantes, de celles de 1939-1945 et des Balkans dans les années 1991-1999, comme le soulignait dès 1920 dans son ouvrage « Les conséquences politiques de la paix » l’historien Jacques Bainville, le spécialiste des affaires étrangères de l’Action française.

Aujourd’hui, la guerre a pris d’autres formes et, si elle s’est apparemment « absentée » du continent européen, elle reste un risque, y compris pour nos vieilles nations désormais amies, confrontées à des périls qu’elles n’arrivent pas encore à exactement cerner. Aussi ne faut-il pas baisser la garde et maintenir notre défense à un niveau d’excellence qui lui permette de dissuader toute agression extérieure. La paix est un bien trop précieux pour que l’on néglige de la préserver.

Jean-Philippe CHAUVIN

( 30 octobre, 2018 )

L’hypocrisie de la laïcité républicaine :

 

Texte du « Groupe d’Action Royaliste » à diffuser

 

Les républiques en France ont toujours été anticléricales par essence. Depuis la Convention jusqu’à la Cinquième, chacune à leur manière, elles ont lutté de façon acharnée contre la religion catholique.

Celle qui a ouvertement fait de l’anticléricalisme son cheval de bataille fut la Troisième république. Faisons d’ailleurs un petit bilan rapide et non exhaustif des lois antireligieuses qui furent votées durant cette période :

  • 1879 : Exclusion du clergé des commissions administratives des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance;
  • 1880 : Suppression des aumôniers militaires. Interdiction aux magistrats d’assister en corps aux processions de la Fête-Dieu. Suppression de l’enseignement religieux dans les examens
  • 1881 : Suppression de l’enseignement religieux dans les écoles maternelles. Sécularisation des cimetières ;
  • 1882 : Crucifix enlevé des écoles. Suppression des aumôniers de lycées. Enseignement religieux interdit dans les écoles primaires.
  • 1883 : Interdiction aux troupes de paraître en corps aux cérémonies religieuses ;
  • 1884 : Suppression des prières à la rentrée du Parlement. Suppression des aumôniers dans les hôpitaux et de l’exemption des clercs du service militaire ;
  • 1886 : Exclusion des congréganistes de l’enseignement public. Organisation de l’école laïque
  • De 1901 à 1904 – Dissolution et spoliation des Ordres religieux. Suppression du crucifix dans les tribunaux. Suppression aux Congréganistes de tout droit d’enseigner.
  • Emile Combe alors ministre de l’Instruction publique et des Cultes, met en pratique ses convictions laïques et fait fermer en quelques jours plus de 2.500 écoles religieuses. Le 7 juillet 1904, il fait voter une nouvelle loi qui interdit d’enseignement les prêtres des congrégations.
  • Le 9 décembre 1905, le député socialiste Aristide Briand fait voter la loi concernant la séparation des Églises et de l’État. La loi s’applique aux quatre confessions alors représentées en France : le catholicisme, les protestants luthériens, les protestants calvinistes et les israélites. Elle clôture 25 ans de tensions entre la République et l’Église catholique, l’une et l’autre se disputant le magistère moral sur la société. La loi de séparation de l’église et de l’état (1905) avait prévu de remettre les bâtiments des églises à des « associations cultuelles », que les fidèles devaient constituer. Avant ce transfert de responsabilité, la loi organisa un inventaire des biens de chaque église.
  • 1907 – Suppression des aumôniers de la marine ainsi que de la formule : « Dieu protège la France », inscrite jusque-là sur les monnaies…
  • Etc…

 

L’hypocrisie de la laïcité républicaine : dans Articles de fond

« La separation de l’Eglise et de l’Etat », septembre 1903. Caricature de Rost ro. De gauche a droite : le general Andre, ?, Camille Pelletan, Jules Guesde , Pierre Waldeck-Rousseau, Pierre Delcasse, Emile Combes, Emile Loubet. Fran ce – 09/1903

Après ce bref bilan, on comprend bien que la religion catholique est un sérieux problème pour la république en France. Mais posons-nous la question : Pourquoi ? Pourquoi la religion catholique est-elle un problème aux yeux des républicains ? Qu’y a-t-il dans cette religion qui les dérange à ce point ? Pourquoi autant d’acharnement à faire disparaître le catholicisme en France ?

La religion catholique est-elle si néfaste que ça pour notre civilisation et son développement ? Pourtant au regard d’un athée, qu’est-ce que la religion catholique si ce n’est une simple doctrine, voire une idéologie dotée d’un système de valeurs, avec pour maître à penser Jésus Christ ? L’article 10 de la charte de Droit de l’Homme de 1789, n’impose-t-il pas de considérer la religion comme n’étant qu’une simple opinion ? : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

Donc dans cette logique, pourquoi interdire cette « opinion » catholique ayant un minimum d’influence dans notre société au même titre que toutes les autres doctrines ou idéologies comme le socialisme, le libéralisme, le communisme, le nationalisme…etc ? Est-ce parce que cette « doctrine » est rattachée à une puissante organisation qu’on appelle l’Eglise ? Est-ce le fait que cette Eglise risquerait d’agir comme une sorte de lobby ou comme une puissance étrangère au sein de notre pays ? Mais dans ce cas-là pourquoi la république tolère-t-elle l’organisation maçonnique en son sein, ainsi que de nombreux autres lobbys ? Est-ce à cause de l’histoire de l’Eglise et de ses épisodes jugés peu glorieux, comme les Croisades, le massacre des Cathares, l’Inquisition, la Saint Barthélémy…etc. Et tout ce que l’imagination peut interpréter de plus négatif ! Pourtant encore une fois de plus si c’est ce seul reproche historique qui est fait à l’Eglise, alors pourquoi la république accepte-t-elle en son sein un parti communiste si l’on en juge la tragédie sanglante que fut cette idéologie au cours du XXème siècle ? Dans « Le Livre noir du communisme » l’historien Stéphane Courtois totalise le nombre de morts liés à cette idéologie autour des 100 millions, alors même qu’elle dura moins d’un siècle d’existence dans les différents pays qui la subirent…

Alors qu’est-ce qui ne va pas avec le catholicisme ? Pour mieux comprendre ou se trouve la problématique, il suffit de prendre connaissance des enseignements du Christ.

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Le problème majeur que pose la religion catholique au regard de la république, c’est son rejet du règne de l’argent. N’oublions pas que l’une des premières choses que firent les révolutionnaires en 1791, a été de supprimer les corporations de métier avec interdiction de les recréer. En sommes, ils appliquaient les conséquences économiques du libéralisme  et l’apparition du prolétariat en fut la conséquence. L’argent devenait la valeur centrale sur laquelle tout se décidait. Alors que le Christ enseigne qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu ou Mammon ! Il rajoute aussi qu’il est plus aisé pour un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille, que pour un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. (Évangile selon saint Matthieu, XIX, 24)

Léon Bloy dans le « Désespéré » précisait également :

« Tout riche qui ne se considère pas comme l’intendant et le domestique du Pauvre est le plus infâme des voleurs et le plus lâche des fratricides. Tel est l’esprit du christianisme et la lettre même de l’Evangile.»

Avec l’esprit individualiste, base philosophique et anthropologique, il est clair que le christianisme n’a pas sa place dans le monde moderne !

Mais le pire encore aux regards des hommes d’argent c’est Paul Lafargue qui le précisa dans son « droit à la paresse » :

« Sous l’ancien régime, les lois de l’Eglise garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours fériés) pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. C’était le grand crime du catholicisme, la cause principale de l’irréligion de la bourgeoisie industrielle et commerçante. Sous la Révolution, dès qu’elle fut maîtresse, elle abolit les jours fériés, et remplaça la semaine de sept jours par celle de dix afin que le peuple n’eût plus qu’un jour de repos sur dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l’Eglise pour mieux les soumettre au joug du Travail. »

Paul Lafargue – Le Droit à la Paresse – Henry Oriol Editeur, 1883 – p27 et 28

90 jours de repos pendant lesquels il était strictement défendu de travailler. Voilà qui a dû être en effet une abomination au regard d’un patronat du XIXe siècle, héritier des lois révolutionnaires de 1791, réduisant en esclavage le monde ouvrier incluant femmes et enfants, et faisant par jours des heures de travail inhumains, dans des conditions tout aussi déshumanisante…

Voilà ou se trouve, entre autre, le crime du catholicisme. C’est une religion qui, de par son rejet du matérialisme, met un frein à l’esprit d’usure donc au règne du capitalisme libéral.

La république, tout comme la démocratie, sont de ce fait des systèmes idéals pour l’épanouissement du règne de l’argent. Jean-Jacques Rousseau en avait lui-même fait l’aveu dans sa « Lettre à d’Alembert sur les spectacles » (1758). Il écrivait :

« Jamais, dans une monarchie, l’opulence d’un particulier ne peut le mettre au-dessus du prince ; mais, dans une république, elle peut aisément le mettre au-dessus des lois. Alors, le  gouvernement n’a plus de force, et le riche est toujours le vrai souverain. »

-Jean-Jacques Rousseau – Lettre à M. d’Alembert sur les spectacles, Paris, Hachette, 1896 – p172

De plus, la religion catholique est loin d’être anthropocentrique et individualiste, contrairement à ce que prône l’idéologie des Droits de l’Homme, glorifiant un Homme abstrait et le dotant essentiellement de droits sans devoirs !

Les Droits de l’Homme c’est la religion de ceux qui n’en n’ont pas !

Parce que le catholicisme ne favorise pas le règne de l’argent, ni la pratique de l’usure, parce qu’elle n’est pas une religion anthropocentrique et matérialiste, parce qu’elle interdit toute dépravation sexuelle et reconnaît les inégalités naturelles entre les hommes, sauf devant Dieu. Parce qu’elle ne favorise pas l’individualisme, mais prône au contraire la charité. Parce qu’elle considère la vie sur terre comme une préparation aux âmes à la vie éternelle, et non une recherche perpétuelle d’un bonheur hypothétique tinté d’hédonisme issu du monde matériel. Parce qu’elle ne favorise pas non plus le cosmopolitisme, ayant retenu les leçons de la Tour de Babel, mais aussi et surtout parce qu’elle s’oppose à toute considération idéologique de l’Homme en tant qu’homme nouveau sans aide de la Grâce Divine, si cher aux régimes totalitaires. Pour toutes ces raisons, on comprend maintenant pourquoi la république s’obstine à toujours vouloir évincer la religion Catholique de la sphère publique. D’autant plus que la république reposant sur un système de valeurs opposées est donc par essence satanique. Son acharnement contre la religion catholique en est d’autant plus logique. La République repose pour résumer sur l’antique conception du pouvoir de l’homme sur l’homme, en un mot de l’esclavage. C’est la pente sur laquelle se trouve une société dominée par un nouvel ordre mondial, entraînant les populations vers des délocalisations infinies, une soumission aux machines, dénoncée par Bernanos en son temps, et un nouvel esclavage des peuples !

On se rend compte aussi à quel point la déchristianisation de notre pays, nous a rendu faibles et inoffensifs face aux assauts répétés de nos adversaires… Expliquant de ce fait, l’état actuel de notre pays…

Historiquement, la société vers la fin des temps médiévaux s’est détourné de l’invisible, temps où les hommes vivaient humblement, assumaient leurs fautes, aidaient leurs prochain tout comme ils vivaient en communautés. C’était le temps de la féodalité, du respect et de la courtoisie, du sens de la parole donnée. Le matérialisme changea doucement les mœurs, amenant l’individualisme, colporté par la doctrine libérale. Les « Lumières » en firent leur idéologie, comprenant bien que pour réussir à faire pleinement éclore leur « religion » du progrès, il fallait briser la barrière du catholicisme, qui empêchait les hommes de faire du profit sur leur prochain. C’est ainsi que l’idéologie du mal triompha des anciennes structures sociales de l’Ancien régime. Le Roi étant chrétien, il fallut le renverser pour se débarrasser du catholicisme, la nouvelle idéologie triomphante se maquillant de vertu pour dénoncer les inégalités d’hier, afin de convertir le peuple français à ses idées…

Ainsi, pour lutter efficacement contre le catholicisme, la république, fille de la Révolution s’est dotée d’une arme redoutable : la laïcité. Elaborée et pilotée dans l’ombre des « Sociétés de pensée » anticléricales, cette laïcité que la république nous présente essentiellement comme un acte de neutralité de l’Etat et de respect de toutes les religions, s’avère être dans les faits une arme anticatholique particulièrement efficace.

Laissons s’exprimer les grands apôtres de cette laïcité pour s’en convaincre :

Le 24 juin 2003, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, recevait les représentants des obédiences maçonniques françaises. Voici un extrait de son discours : « La franc-maçonnerie a joué un rôle décisif dans l’affirmation du caractère laïc de la République. (…) Historiquement, la laïcité c’est d’abord un combat pour la consolidation de la République contre la religion catholique supposée monarchiste. »

Son propos est parfaitement juste. La Franc-maçonnerie, surtout depuis la Troisième république, a toujours fait de la lutte contre le catholicisme son cheval de bataille. Elle s’est acharnée durablement à détruire le catholicisme en France. Les citations à ce sujet ne manquent pas. Prenons par exemple cette citation d’Emmanuel Arago caractérisant la pensée maçonnique face à l’Eglise : « Plus de Dieu ! Plus d’Église ! Nous devons écraser l’Infâme ; or, l’Infâme, ce n’est pas le cléricalisme, c’est Dieu. Nous devons éliminer de la France toute influence religieuse, sous quelque forme qu’elle se manifeste» Jean Ousset in Pour qu’il règne – Dominique Martin-Morin Ed. Paris. pp. 244-245.

Ce n’est pas pour rien si le pape Léon XIII dans son Encyclique Humanum genus du 20 avril 1884, avait qualifié la Franc Maçonnerie d’association criminelle ! Avant malheureusement de soumettre les catholiques français à son idéologie par le biais du ralliement à la république huit ans plus tard…

On comprend mieux maintenant pourquoi la Femen ukrainienne Inna Shevchenko fut reçue le 14 novembre 2017 par Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville de Paris afin d’y recevoir son “grand prix international” de la laïcité, cérémonie présidée par l’ancien Grand Maître du GODF Patrick Kessel. Ces « salariées » ukrainiennes du riche proxénète Georges Soros, remerciées pour :

  • avoir Sciées une Croix à Kiev,
  • mimées un avortement puis urinées devant l’autel de la Madeleine à Paris,
  • gazées des familles avec leurs enfants défilant lors des Manifs pour tous,
  • tapées sur des cloches à l’intérieur de Notre-Dame de Paris, insulter le pape… Etc.

Le tout dans une ambiance d’hystérie et de slogans outranciers. Cela au nom d’un soi-disant féminisme à la gloire des femmes… Nous n’avons pas les mêmes valeurs, d’autant plus que les femmes doivent se sentir dégradées par de telles représentantes, que nous plaignons par ailleurs. Mais quand l’argent dirige, les êtres humains s’avilissent !

Et Patrick Kessel concluant la cérémonie avec cet aveux : «Nous somme anticlérical, mais pas antireligieux» Au moins c’est dit ! Même s’il est très difficile de croire que l’anticléricalisme n’a pas pour conséquence le sentiment antireligieux… Néanmoins Patrick Kessel associe bien anticléricalisme avec laïcité…

 

Avec Vincent Peillon, ancien ministre de l’éducation nationale du gouvernement Ayrault et disciple de Ferdinand Buisson, on va un peu plus loin : la laïcité devrait être ni plus ni moins qu’une religion. Selon lui, la révolution de 1789 n’a pas fait la révolution dans la morale et le spirituel. Même si à cette époque, certains révolutionnaires avaient lancé les cultes de la Raison et de l’Être suprême, cultes anthropocentriques issus de l’idéologie des Lumières, il faut reconnaitre qu’en dehors de ces délires, la république ne sut jamais remplacer véritablement le culte catholique qu’elle s’acharne à détruire. La morale et le spirituel furent donc laissés momentanément à l’Eglise. Or pour Vincent Peillon, il faut rattraper le temps perdu et reprendre l’idéologie de la Révolution comme de la République qui en accoucha, bref créer une religion républicaine de substitution au catholicisme, et qui serait selon lui, la laïcité :

« Mais comme on ne peut pas non plus acclimater le protestantisme en France, comme on l’a fait dans d’autres démocraties, il faut inventer une religion républicaine. Cette religion républicaine, qui doit accompagner la révolution matérielle, mais qui est la révolution spirituelle, c’est la laïcité. Et c’est pour ça d’ailleurs qu’on a pu parler au début du XXe siècle, de foi laïque, de religion laïque, et que la laïcité voulait être la création d’un esprit public, d’une morale laïque, et donc l’adhésion à un certain nombre de valeurs. »

Or dans cette logique, si la laïcité est une religion qu’en est-il alors des écoles laïques ? Elles deviennent de facto des écoles purement religieuses. Et quel serait le rôle de cette religion laïque au sein des écoles de la république ? Il le précise dans une interview du JDD : « Le but de la morale laïque est de permettre à chaque élève de s’émanciper, car le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix. »

Vincent Peillon interview au JDD le 1er septembre 2012

Voilà ! En sommes, faire de la jeunesse française une jeunesse déracinée, qui après l’avoir arraché à tous les déterminismes, familial, ethnique, social et intellectuel, aurait soi-disant une liberté de choix. Mais alors au final quels choix restera-t-il si ce n’est l’enseignement des valeurs laïco-républicaines enseignées au sein des écoles publiques ? Où se trouve la place des valeurs de la Religion chrétienne et des enseignements de l’Histoire de la civilisation française depuis Clovis ? Nulle part bien évidemment. D’ailleurs on n’enseigne guère plus l’économie sociale des temps médiévaux ni la doctrine sociale de l’Eglise, rejetant l’usure. Et c’est un aveu de plus de la part d’un républicain franc-maçon prouvant que la république n’est pas la France et la France n’est pas la république, que l’existence de l’une inclus indéniablement la disparition de l’autre !

Le message est très clair, la laïcité n’a jamais été neutre vis-à-vis de la religion catholique. Elle est l’outil pour détruire tout catholicisme, le christianisme étant le dernier rempart contre l’exploitation de l’homme sur l’homme, la dernière chance de la liberté contre le libéralisme exploiteur (Voir les travaux de Kaplan : « Le Pain, le Peuple et le Roi : la bataille du libéralisme sous Louis XV »). C’est une lutte acharnée contre les valeurs de notre religion multiséculaire qui forgea l’âme et le caractère de notre civilisation française.

Interrogé en 2014 par le quotidien italien Il Foglio, le philosophe français libéral Pierre Manent ne disait pas mieux : « En France, il s’agit d’une guerre civile : République contre christianisme (…) Ce qu’ils [les gens du pouvoir] nomment la laïcité, c’est la formulation juridique d’une guerre civile remportée par un côté et perdue par l’autre. La France républicaine a subjugué la France catholique et la France catholique l’a accepté. Aujourd’hui nous vivons la suite de cette guerre civile (…)

« La laïcité française a toujours constitué à expulser l’Église de l’espace public, un projet qui a été couronné de succès en offrant aux citoyens un nouveau code moral. Et dans ce projet, l’Église est considérée comme l’ennemie de la République ».

De plus, si on considère, comme le veut la définition officielle, que la laïcité impose toute neutralité religieuse à l’état, alors pourquoi n’y a-t-il jamais eu de séparation de la secte maçonnique et de l’Etat ? La raison se sont les Francs-maçons eux-mêmes qui la fournissent : « La maçonnerie, c’est la République à couvert, de même que la République n’est autre chose que la franc-maçonnerie à découvert. » (Convent G∴O∴ 1894, p. 389).

La raison pour laquelle la république n’a donc jamais cherché à séparer la F∴M∴ de l’Etat est parfaitement clair, car celle-ci est la République !

On comprend mieux aussi cette lutte aussi puérile que stérile des associations de « libres penseurs » contre les crèches de Noël dans les lieux publics au nom de la laïcité. Quoi de plus logique quand on considère la laïcité comme étant une arme anticatholique avant tout. Au final, parler de laïcité républicaine comme étant avant tout une garantie du respect des religions et de la neutralité de l’état, n’est qu’une vaste hypocrisie. Comme nous l’avons vu, la laïcité républicaine n’incite à aucun respect envers la religion catholique. Cette laïcité vise au contraire à faire disparaître toute influence de la religion catholique au sein du peuple français. Le but du mondialisme est de déraciner les peuples, par la déculturation, la délocalisation et la séparation des familles, afin de mieux créer la vaste entreprise mondiale pour le bénéfice d’une minorité vivant de l’usure et de l’appauvrissement généralisé

Quant à la neutralité de l’Etat ripoublicain, on est loin du compte avec ses valeurs sectaires ! Sachant qu’en plus cette laïcité se montre souvent bien moins virulente et même parfaitement conciliante avec d’autres religions exotiques. La République se sert des autres religions comme bélier contre le catholicisme mais attention car les croyants ne respectant souvent que les autres croyants, ils « vomissent » eux aussi ceux qui n’ont d’autres valeurs que le Cac40 ! Ceux qui arborent la laïcité comme bouclier suprême contre le développement de l’Islam en France, devraient y réfléchir à deux fois.

Cette attitude laïcarde ne date pas d’hier, dans le serment de la Ligue d’Action française créée en 1905, on pouvait y lire : « L’esprit républicain désorganise la défense nationale et favorise des influences religieuses directement hostiles au catholicisme traditionnel. » On remarquera la méthode constante de la république pour ce qui est de sa lutte contre la religion catholique, et à travers elle, contre la France ! Bref ! Au-delà des délires malsains de la république, la notion de laïcité reste néanmoins parfaitement valable. Un Royaume de France chrétien, catholique de surcroît, se devra de faire respecter une certaine laïcité. Celle que le Christ lui-même nous a enseigné : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » En somme une distinction parfaite entre le temporel et le spirituel.

Chacun son domaine. La France n’a pas à être une Théocratie, ce n’est pas au Vatican de diriger notre pays. Elle ne peut être non plus une Théocratie car Dieu ne réside pas politiquement sur Terre. Elle sera tout au plus une Nomocratie pour ce qui est des Lois fondamentales sur lesquelles reposent toutes civilisations chrétiennes : le Décalogue. Ne nous leurrons pas non plus sur le fait qu’aucun gouvernement sur terre n’est neutre pour ce qui est du système de valeurs qui les régit. En Vè république actuelle, le système de valeurs qui régit les gouvernements sont : les Droits de l’Homme, la laïcité anticléricale, les valeurs maçonniques issues du philosophisme et de l’anthropocentrisme des Lumières, l’égalitarisme, la liberté abstraite, le cosmopolitisme etc… La Monarchie que nous défendons, possède ses valeurs chrétiennes catholiques, qui viennent du fond des âges et qui dorment en nous. Le Roi en tant que Lieutenant du Christ sur terre, en sera le garant. Le roi, chrétiennement sacré reste indépendant de l’Eglise, l’histoire de France l’enseigne. La grande différence demeure dans le respect des autres ! Même si notre rôle est d’alerter sur les agissements d’organisations comme la franc-maçonnerie, constituant un lobby, il n’en demeure pas moins que notre objectif principal consiste à faire ouvrir les yeux sur la nécessité de construire pour demain, un monde plus juste et équilibré. La vie n’a pas comme finalité le profit sur autrui, il y a autre chose : l’élévation et le service et non le matérialisme et l’esclavage des peuples. Que les grands apôtres du libéralisme apprennent une bonne foi pour toute à respecter les autres civilisations comme les cultures et traditions. Qu’ils cessent d’exploiter les pays, qu’ils arrêtent de délocaliser les peuples. Mais qu’attendre de plus du libéralisme ? Seules les valeurs enseignées par notre grande civilisation chrétienne multiséculaire, permettront l’équilibre entre les êtres. Du respect pour nos valeurs chrétiennes, pas une adhésion obligatoire, voilà la distinction !

La chevalerie sous la monarchie incarnait alors des valeurs, fruits des apports des anciennes religions comme du christianisme. Ces valeurs comme ses mythes dorment au fond de nos consciences et attirent toujours par ses images, les rêves des enfants comme des adultes d’ailleurs. La franc maçonnerie essaie de copier quelques brides de tradition templière sans y parvenir d’ailleurs, le goût du secret est loin d’incarner ce que la chevalerie représentait, l’élévation des âmes au service des autres ne souffrent pas l’orgueil des sectes. Mais qu’importe, il n’est jamais trop tard pour grandir. La terre de France est un creuset où peuvent s’unir toutes les bonnes volontés pour construire un avenir meilleur. Qu’importe les échecs, qu’importe ceux qui se sont trompés, il suffit de voir clair désormais. La foi est un apport qui aide à améliorer les hommes dans le service et l’humilité, que sommes-nous si nous n’aidons notre prochain. Tous unis nous referons un grand siècle si nous le désirons, notre terre comme notre civilisation de la Grèce antique aux mondes celtiques apportent cette lumière vers laquelle la France apportent l’espérance au monde, retroussons nos manches et notre jour viendra !

 

« Les générations actuelles, sont les plus médiocres que la France ait jamais connues. Mais chaque jour qui passe les décime, l’heure viendra où elles rempliront les cimetières, et je me demande si elles seront seulement capables d’engraisser, mortes, une terre qu’elles n’ont pas su défendre, vivantes. La France doit tenir bon jusque-là. J’écris ces lignes sans haine et sans mépris pour ces condamnés. Il faut qu’elles disparaissent pour que disparaissent avec elles les mensonges mortels qui ont hideusement proliféré sur leur médiocrité. »

Bernanos – Le chemin de la Croix-des-Âmes – Gallimard N. R. F. – 1948 – p X

P-P Blancher et Frédéric Winkler

( 8 septembre, 2018 )

La Monarchie et la mémoire nationale

 

Lu sur le blog « la Couronne » ce texte de notre ami Jean-Philippe Chauvin qui nous montre la supériorité de la Monarchie Royale.

 

Quelques jours avant sa mort, qui surviendra le 1er septembre 1715, le roi Louis XIV s’adresse au futur régent : «  Vous allez voir un roi dans la tombe et un autre dans le berceau. Souvenez-vous toujours de la mémoire de l’un et des intérêts de l’autre ».  En quelques mots forts, le roi mourant signale ainsi, pour l’éternité et pour les hommes qui savent entendre, toute la particularité de l’histoire d’un pays et de la nature d’un État digne de ce nom, et rappelle au duc d’Orléans les devoirs du magistrat suprême de l’État, y compris en l’absence provisoire de roi d’exercice, alors trop jeune pour régner (Louis XV n’a que cinq ans). Mais cette leçon est valable aujourd’hui encore, malgré la République et souvent contre elle, et les royalistes comme ceux qui ne le sont pas mais qui souhaitent la pérennité du pays et le bien-être de ses citoyens, peuvent s’en souvenir et, mieux que cela encore, la mettre en application.

 

« La mémoire de l’un », du prédécesseur, n’est pas une mémoire figée mais doit être soumise à ce devoir d’inventaire qui n’est pas forcément destruction de ce qui a été fait, mais « tradition critique », c’est-à-dire défalcation du passif et valorisation de l’actif utile et positif : il ne s’agit pas pour le souverain du présent de défaire l’œuvre du précédent mais d’en poursuivre les grandes politiques, avec son style personnel, et en n’hésitant pas, si le besoin s’en fait sentir, de revenir sur certains échecs ou incompréhensions du règne d’avant. Lorsque le chancelier prononce la formule rituelle qui finit un règne pour en ouvrir, immédiatement, un autre, le fameux « le roi est mort, vive le roi », il laisse déjà entendre que la politique du roi nouveau sera bien une politique du vivant, du long moment présent et en cours, et à venir, et non la redite froide du règne du feu roi. Tout règne est, en soi, unique.

 

Mais la transmission héréditaire de la magistrature suprême de l’État, propre à la Monarchie royale française (mais pas à elle seule, bien sûr), permet une continuité et pérennité de l’État, sans doute de plus en plus nécessaires dans un monde qui, aujourd’hui, se presse et s’empresse, au risque de déséquilibrer les sociétés et de leur faire perdre toute mesure et, parfois, toute raison d’être par elles-mêmes. La Monarchie royale permet aussi d’incarner la nation en une famille, et elle est ainsi, par son existence et son mode de succession même, la gardienne de la mémoire nationale, constituée elle-même de multiples mémoires locales, politiques, professionnelles, religieuses, familiales. Je me souviens ainsi que, lorsque feu le comte de Paris était venu s’entretenir avec les étudiants de l’université de Rennes-2, en l’année du Millénaire capétien (1987), l’amphithéâtre était comble et respectueux (malgré les cris d’orfraie de l’Union des Étudiants Communistes locale, qui se voulait – pas trop fort tout de même – robespierriste…), et que le président de l’université avait accueilli le prince comme le descendant bien vivant d’une histoire qui remontait au Moyen âge et qu’il poursuivait, à sa manière : la longue mémoire royale qui, tout ensemble, rappelle et transcende toutes les mémoires du pays, y compris au-delà même de la Révolution de 1789 et de ses avatars républicains des années et siècles suivants. Le comte de Paris avait d’ailleurs souligné qu’il n’était pas là pour régler des comptes avec l’histoire mais pour la poursuivre et la transmettre à ceux qui lui succéderaient. « L’avenir dure longtemps », disait le général de Gaulle…

 

C’est d’ailleurs cette capacité à incarner la mémoire nationale qui permet à la Monarchie royale d’oublier les offenses passées : Henri IV a connu la guerre civile religieuse, il en a été partie prenante, mais, une fois son pouvoir (r)établi, il n’a voulu connaître que les qualités des uns et des autres, amis comme adversaires, et il a représenté, aux yeux de tous et jusqu’à nos contemporains, le symbole de la réconciliation générale au-delà des appartenances religieuses hier antagonistes.

 

Mais un roi, ou quelque chef de l’État que ce soit digne de ce nom (même s’il n’est pas roi, mais c’est alors plus difficile et parfois, par principe, impossible) ne doit pas penser seulement à ce qui a été et à ce qui est ; il doit aussi se projeter dans l’avenir, autant que faire se peut, et, dans tous les cas, préserver les intérêts de celui qui lui succédera et des générations à venir, ce que rappelle là encore Louis XIV au futur régent. Le roi, « père du peuple », doit préparer l’avenir de ses enfants et particulièrement de son héritier putatif, tout en sachant que ceux-ci ne lui ressembleront pas forcément et que les temps, les mœurs, les enjeux ne seront peut-être pas les mêmes que ceux qu’il connaît lui-même, au moment où il règne. L’éducation du futur roi, c’est l’apprentissage de l’exercice de l’État et de ses devoirs, de ses charges, de ses difficultés : être roi, c’est bien un métier politique, et qui se transmet de génération en génération, au risque de l’histoire et de ses coups que le souverain doit apprendre à parer en veillant toujours à préserver l’essentiel, l’intérêt du pays et de ses habitants d’aujourd’hui et de demain sans oublier « la mémoire de leurs pères » sans laquelle il n’y a pas de fondations solides… Un intérêt qui n’est jamais aussi bien défendu que lorsque la dynastie est effectivement solide et sûre d’elle-même.

 

Dans une nation historique, la Monarchie fait fonction de colonne vertébrale : elle permet au pays d’être debout et de « se tenir » dans un monde tempétueux. Elle est tout à la fois la mémoire longue et le trait d’union entre les générations, elle est le souvenir sans être la rancune, et elle ne retranche pas telle ou telle partie de la mémoire nationale, fût-elle désagréable pour elle : il suffit de regarder au-delà des Pyrénées ou au-delà de la Manche pour s’en convaincre… Cela ne signifie pas qu’elle est parfaite ou toujours à l’aise avec le passé, voire avec le resurgissement des anciennes conflictualités, mais qu’elle a sans doute plus d’atouts, par sa propre nature politique, qu’une République qui préfère la dissimulation (comme pour les épisodes cruels de la Révolution dans les provinces de l’Ouest) ou la confusion, parfois savamment entretenues par l’Éducation nationale dans ses manuels scolaires ou ses programmes d’histoire, voire de géographie…

A l’heure où l’histoire est parfois réduite à un enjeu « mémoriel », il n’est pas inutile de rappeler que la Monarchie permet aussi d’apaiser les mémoires sans oublier l’histoire ni les défis et promesses de l’avenir…

 

Jean-Philippe Chauvin

( 23 août, 2018 )

Concurrence et service public

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Economie. En France, des technocrates néo-libéraux se sont emparés de l’État jacobin. D’où des mixtures auxquelles les Français ont du mal à s’adapter.

 

180628_manifestation-interprofessionnelle.jpgL’ actualité sociale des dernières semaines a mis sur le devant de la scène, à côté des agents de la Fonction publique, des entreprises nationales telles que la SNCF et Air France. Or, ce qui est à l’origine de cette célébrité médiatique, ce ne sont ni les performances économiques et financières, ni les innovations technologiques, ni la qualité exceptionnelle de leurs services, mais leur persévérance dans la grève. Au-delà des revendications immédiates à propos desquelles chacun peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide selon son humeur ou son intérêt personnel, ces événements devraient nous amener à réfléchir sur quelques aspects fondamentaux de notre système économique et social actuel.

Des décisions qui ne rencontrent aucun soutien populaire

À première vue, il semblerait que les causes des deux principaux mouvements sociaux n’ont pas grand-chose en commun. Le premier se présente comme une réponse à un texte législatif qui vise à « réformer » une institution que les élites perçoivent comme obsolète, alors que le second vise à « conserver », et même accentuer, les acquis sociaux obtenus par une catégorie de personnels perçus comme des privilégiés. Et pourtant, ils ont bien en commun quelque chose qui dépasse ces intérêts immédiats. Ces deux conflits résultent de décisions – bonnes ou mauvaises, là n’est pas la question – prises sous la pression d’instances administratives supranationales qui n’ont aucune légitimité et qui, par le biais du dogme de la libre concurrence – libre circulation des biens, des services, des hommes et des capitaux – remettent en cause des systèmes qui fonctionnent mais qui sont onéreux. Pour faire simple, force est de constater que les choix édictés par Bruxelles n’ont d’autre finalité que de faire apparaître comme moins onéreux certains trajets – en fait ceux qui correspondent aux « besoins » des entreprises multinationales – sans se préoccuper réellement ni des nécessités liées à l’aménagement du territoire, ni des coûts cachés discrètement mis à la charge des contribuables, ni du fait qu’en exacerbant les aspirations égoïstes des individus actu4-1.jpgregroupés en catégories uniquement identifiés par une convergence d’intérêts immédiats, ils détruisent la société. Il ne faut pas s’étonner du fait que ces « réformes » n’emportent pas d’adhésion populaire mais en même temps que les actions menées contre elles par ceux qui apparaissent alors aux yeux de tous comme des privilégiés, ne soient pas non plus vues positivement. Et ce n’est pas la propagande gouvernementale abusivement appelée « pédagogie » qui y changera quoi que ce soit, à terme. Si elle permet de calmer le jeu pendant un certain temps, elle générera des frustrations supplémentaires qui viendront grossir les mécontentements.

Le service public contre le service du public

Dans ces deux conflits, les grévistes expliquent qu’ils défendent le « service public », mais pour cela, ils prennent en otage ledit public. Que recouvre en fait cette notion de « service public » ? Normalement ce devrait être un service indispensable au bon fonctionnement de la société et qui, de ce fait, devrait pouvoir être assuré en toutes circonstances et auquel tous les citoyens devraient pouvoir avoir recours autant que de besoin. Un service public devrait être un « lien social », une forme d’expression de la solidarité entre les diverses composantes de la société. Dans un monde où les intérêts financiers communs à certains individus ont remplacé les relations entre les personnes comme agents de cohésion, le « service public » se dégrade. Il n’est même plus, ni ce que l’Union européenne considère comme un « service essentiel », ni ce que l’Organisation mondiale du commerce regarde comme un « service d’intérêt économique général ». Il est simplement devenu un secteur économique soutenu par des fonds publics en cas de difficultés, que celles-ci soient inhérentes au fonctionnement de l’entreprise ou qu’elles résultent de choix politiques qui leur sont imposés. Un « service public » est donc devenu aujourd’hui un secteur économique qui peut se permettre de ne pas être rentable, car il sera renfloué par l’argent des contribuables – qui, eux, sont de moins en moins nombreux !

actu5-1.jpgLors de sa réception du prix Charlemagne, le président Macron a déploré qu’en France on ait « une préférence pour la dépense publique plutôt que pour la norme », comme l’auraient les Allemands. Les Allemands, toujours la norme idéale de l’Europe ! Affirmant que sa politique avait pour but de « bousculer les fétiches », il laissait donc entendre qu’il voulait donner plus d’ampleur aux normes. Comme jusqu’à présent, quoiqu’en dise la « pédagogie » gouvernementale, la dépense publique n’a pas pris le chemin de la baisse, les Français vont pouvoir bénéficier à la fois de plus de dépenses publiques et de plus de normes. Est-ce cela le « changement » attendu ?

La concurrence contre les privilèges

Mais ces deux conflits révèlent aussi un autre aspect de l’évolution actuelle de nos sociétés. La « pédagogie » officielle explique que la libre concurrence est un facteur de progrès ; qu’elle permet d’offrir au consommateur plus de services, de meilleurs services, une plus grande qualité, tout cela au moindre coût. Mais dans un monde où seul l’intérêt financier compte, il est plus important de faire apparaître un meilleur coût, facilement mesurable, qu’une plus grande qualité, plus difficile à percevoir, surtout lors des achats impulsifs et compulsifs. Il en résulte que la concurrence a pour but premier de faire baisser les prix, quitte à chercher à masquer derrière une présentation attrayante les différences de qualité. Dans une société où plus personne ne cherche à servir mais où tout le monde cherche à vendre, la concurrence est en fait devenue un outil majeur pour lutter contre les « avantages acquis », pour détruire tous les privilèges, que ceux-ci soient légitimes ou non. En se mettant en grève pour défendre les « spécificités à la française », les cheminots comme les pilotes d’avion sont acculés à défendre leurs privilèges. Il faut bien s’entendre : malgré la propagande égalitaire développée par une démocratie individualiste, les privilèges ne sont pas, en soi, de mauvaises choses. Ce qui est mauvais c’est de les laisser se scléroser et de ne proposer pour remédier à cet abâtardissement que de les supprimer. Pour parler clairement, ce qui est choquant, ce n’est pas que les cheminots bénéficient d’un statut particulier mais que tous les éléments de ce statut ne paraissent plus justifiés.

En vérité, ce qui est choquant dans ces conflits ce n’est pas de savoir si ces entreprises doivent ou non être détenues, en tout ou en partie, par l’État, mais de voir que malgré leur rôle essentiel au service du bien commun, ils puissent s’arrêter et mettre en péril des quantités d’activités exercées honnêtement par d’autres membres de la communauté nationale. Peut-être, faudrait-il rappeler aux grévistes le discours du pape Pie XII, le 21 octobre 1948 : « Si la grève est un droit inscrit dans la Constitution, auquel certaines catégories de travailleurs se sont trouvées dans la nécessité de recourir à la suite du déséquilibre entre les salaires et les prix, il n’est pas permis de l’employer à des fins politiques, ni d’en user de telle sorte qu’elle finisse par léser la nation elle-même et par porter atteinte à l’autorité de l’État ». Tout est dit.

François Reloujac

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