( 29 novembre, 2021 )

La Royauté était la « flèche du progrès », la République idéologique est un Etat obèse, impuissant, paralysant…

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Le « mal » de la France ? C’est la République idéologique, le Système. Nous sommes passés de la Royauté, « flèche du progrès » (comme le disait Pierre Debray) à un État obèse, impuissant et paralysant. Et surtout, taxeur ! Taxeur au point d’en être confiscatoire. Si, au moins, ces sommes prélevées sur les Français étaient dépensées dans des activités créatrices d’emplois et préparant l’avenir… mais non !  : elles sont gaspillées, stérilisées pour des administrations pléthoriques, un Parlement surdimensionné, des doublons administratifs (voire des triplons, quadruplons…), une aide sociale (?) insensée au monde entier…

• Ce Système, c’est la promesse d’une Liberté abstraite, mais dans les faits de plus en plus de privation de libertés : les 80kmH imposés partout, sans aucune concertation préalable, par un ou des bureaux parisiens hors-sol et déconnectés des réalités, ont frappé l’opinion récemment : plus gravement, elles annoncent un futur proche dans lequel vivre sera simple : 50% des choses seront interdites et les 50% autres obligatoires !…

• Ce Système, c’est la promesse d’une Égalité abstraite, mais dans les faits un creusement sans précédent des inégalités (écart des salaires qui se creuse vertigineusement, montée des précarités, de la pauvreté, du mal-logement…)

• Ce Système, c’est la promesse d’une Fraternité abstraite, alors que, jamais, il n’y a eu autant de communautarismes agressifs, de violences dans les rues, d’affrontements sanglants entre bandes ethniques rivales…

• Ce Système, c’est le grand remplacement et le grand déclassement : Pauvreté, Mal-logement, Chômage et Précarité, Dette abyssale, Violences partout, Déclassement du pays, Décadence dans tous les domaines, Terrorisme islamiste, Impôts injustes et excessifs, Archaïsme, injustice et lourdeur d’une sur-administration aberrante, aux lois innombrables (largement plus de 400.000 lois, normes et règlements), et tout cela pour une inefficacité de plus en plus évidente…

 Il faut poser la question du « pourquoi » ?…

lfar flamme.jpgOui, pourquoi ?

Tout le monde dit toujours : « En France, c’est la paralysie… », « En France, on fait… » ou « on ne fait pas… »

Mais ce n’est pas « En France » qu’il faut dire, c’est : « pourquoi » ? Pourquoi la racaille partout ? pourquoi « cette » France en 2021 alors qu’elle était la première puissance du monde au moment où la funeste Révolution a éclaté ? pourquoi la France qui se défait ? pourquoi cette pauvreté qui augmente et notre qualité de vie, ainsi que notre place dans le monde, qui diminuent ?…

PARCE QUE… LE SYSTÈME !

Certes, nous avons bien conscience que, dit ainsi, c’est un peu court, et même un peu facile. C’est pourquoi nous le redisons chaque jour dans ces colonnes, en vous invitant à nous lire. C’est pourquoi nous expliquons, à temps et à contretemps, que c’est la rupture de 1789/1875 qui a abattu la grande France d’ « avant » et que c’est seulement en retrouvant son Régime naturel, la Royauté – qui l’a faite et en a fait la première puissance du monde – que la France redeviendra ce qu’elle était.

Ou alors, elle mourra !…

( 7 novembre, 2021 )

Mali et Libye : « Moins d’élections, plus d’ethnographie, et tout le monde y trouvera son compte »

 

Communiqué de l’Afrique Réelle

 

Un court communiqué de synthèse pour prendre date. Depuis 2011 dans le cas de la Libye, et depuis 2013 dans celui du Mali -voir l’historique des numéros de l’Afrique Réelle et mes communiqués-, ne travaillant que sur le seul réel, j’annonce ce qui va globalement se passer dans les deux pays. En toute humilité, les faits ont semblé me donner raison :
1) Au Mali, nous sommes en présence de deux guerres, celle des Touareg au nord et celle des Peul au sud. Dans les deux cas, la question n’est pas d’abord religieuse car l’islamisme n’y est que la surinfection de plaies ethno-raciales millénaires. Au nord, la clé du problème est détenue par Iyad Ag Ghali, chef historique des précédentes rebellions touareg. Or, ce dernier est de longue date soutenu par l’Algérie, comme les récentes rencontres qu’il vient d’avoir avec les services algériens le confirment.
Depuis le début, ne fallait-il pas, comme je n’ai cessé de le proposer, nous entendre avec ce chef Ifora avec lequel nous avions des contacts, des intérêts communs, et dont le combat est identitaire avant d’être islamiste ? Par idéologie, par refus de prendre en compte les constantes ethniques séculaires, ceux qui font la politique africaine française ont considéré tout au contraire qu’il était l’homme à abattre…Tout récemment encore, le président Macron a une nouvelle fois ordonné aux forces de Barkhane de l’éliminer. Et cela au moment même où, sous parrainage algérien, les autorités de Bamako, négocient avec lui une paix régionale…
Le conflit du sud (Macina, Liptako et région dite des « Trois frontières »), a, lui aussi des racines ethno-historiques. Cependant, deux guerres s’y déroulent. L’une est l’émanation de larges fractions des Peul et son règlement se fera parallèlement à celui du nord, par une négociation globale. L’autre, à base religieuse, est menée par l’Etat islamique.
L’erreur française fut de globaliser la situation alors qu’il était impératif de la régionaliser. Ainsi :
1) Paris n’a pas voulu voir que l’EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara) et AQMI ( Al-Quaïda pour le Maghreb islamique)  ont des buts différents. L’EIGS qui est rattaché à Daech a pour objectif la création dans toute la BSS (Bande sahélo-saharienne), d’un vaste califat trans-ethnique remplaçant et englobant les actuels Etats. De son côté, AQMI étant l’émanation locale de larges fractions des deux grands peuples à l’origine du conflit, à savoir les Touareg au nord et les Peul au sud, ses chefs locaux, le Touareg Iyad Ag Ghali et le Peul Ahmadou Koufa, ont des objectifs d’abord locaux, et ils ne prônent pas la destruction des Etats sahéliens.
2) Paris n’a pas voulu voir que, le 3 juin 2020, la mort de l’Algérien Abdelmalek Droukdal, le chef d’Al-Quaïda pour toute l’Afrique du Nord et pour la BSS, tué par les forces françaises, changeait radicalement les données du problème. Son élimination donnait en effet leur autonomie au Touareg Iyad ag Ghali et au Peul Ahmadou Koufa. Après celles des « émirs algériens » qui avaient longtemps dirigé Al-Qaïda dans la BSS, celle d’Abdelmalek Droukdal marquait la fin d’une période, Al-Qaïda n’y étant désormais plus dirigé par des étrangers, par des « Arabes », mais par des « régionaux ». Or, ces chefs régionaux ont des buts ethno-régionaux ancrés sur une problématique millénaire dans le cas des Touareg, séculaire dans celui des Peul. Le manque de culture des dirigeants français leur a interdit de le voir. D’où l’impasse actuelle. Ils auraient pourtant pu méditer ce qu’écrivait en 1953 le Gouverneur général de l’AOF : « Moins d’élections et plus d’ethnographie, et tout le monde y trouvera son compte »…
Or, pour les dirigeants français, la question ethnique est  secondaire ou même artificielle. La « spécialiste » qui m’avait succédé à l’EMS de Saint-Cyr Coëtquidan après que j’en fus écarté, ne craignait ainsi pas de dire et d’écrire que l’approche ethnique est une « c…. ». Avec une telle formation hors sol, nos futurs chefs de section se virent donc contraints de préparer leur projection dans la BSS avec la lecture clandestine de mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos joursun ouvrage précisément construit à partir des cours que je donnais à l’Ecole de Guerre et à l’EMS avant mon éviction…
2) En Libye où la question est d’abord tribale – et non ethnique -, et où la guerre insensée inspirée par BHL a abouti à l’éclatement des confédérations tribales, donc à l’anarchie, j’explique depuis le début que la solution passe par la  reconstruction du système politico-tribal jadis édifié par le colonel  Kadhafi. Je n’ai également jamais cessé de soutenir que le seul à pouvoir le reconstituer est Seif al-Islam Kadhafi, son fils. Pour une raison simple : par son père, il fait partie des alliances tribales de Tripolitaine, et par sa mère, de celles de Cyrénaïque. A travers lui, peut donc renaître l’engrenage tribal sur lequel repose toute la vie politique du pays. Tout le reste n’est qu’artificiel placage politique européo-centré.
Selon certaines sources, Seif al-Islam Kadhafi, soutenu par le Conseil des tribus, envisage de se porter candidat aux prochaines élections. Où et quand pourrait-il annoncer sa candidature ? Depuis la Libye, ou depuis un pays du Maghreb ?

 Bernard LUGAN

 

Plus d’informations sur le blog de Bernard Lugan.

( 16 octobre, 2021 )

Zuckerberg-Facebook : Administration US à sa botte pour réguler la Toile ? Monnaie universelle ? Sifflet coupé au président des Etats-Unis, demain aux autres ? Décryptage d’un Système

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Les violences de la dernière campagne présidentielle américaine ont fait les choux-gras du Système politico-médiatique dit occidental, d’autant plus volontiers qu’il s’agissait de fêter la défaite de Donald Trump, d’inaugurer l’ère radieuse de la présidence Biden, et, le comble, de condamner, come il se devait, comme c’était si commode, l’invasion du Capitole, devenu enceinte sacrée, par les trumpistes.

Une dernière violence cependant qu’il était difficile de passer sous silence, voire d’approuver, est malencontreusement venue troubler la grande fête démocrate : l’initiative de Facebook et Twitter de couper le sifflet au président encore en exercice des Etats-Unis d’Amérique. Ainsi, désormais, les patrons des réseaux sociaux pourront réguler suivant leur propre et seul jugement, selon leur souveraine décision, la parole publique, celle des Chefs d’Etat, celle des Institutions, celle des intellectuels et des artistes, et celle des pauvres particuliers.

Nous avions jeté en 2019 et 2020 un regard critique, si possible explicatif et lucide, sur la personnalité de Mark Zuckerberg, patron de Facebook, idéologue et virtuel dictateur planétaire, archétype des patrons de ce que nous appelons les GAFA ou GAFAM. Ce regard s’ouvre sur un champ supplémentaire : celui d’une mise en tutelle des Etats et des gouvernants par les idéologues puissants de la Silicon Valley.


À la fin de l’été 2019, le projet dévoilé de Mark Zuckerger de créer via Facebook, une monnaie universelle surplombant celle des États – nommée  Libra – avait défrayé la chronique et, toute inconscience bue – avait soulevé tout de même quelques critiques et même des inquiétudes !

Mais Zuckerberg a de la suite dans les idées et dans les ambitions qu’il nourrit : universelles. Aujourd’hui, face au dévoilement brutal des immenses dégâts civilisationnels produits par les réseaux sociaux, en comparaison desquels ceux causés au nigaud archétypal qu’est Benjamin Griveaux comptent à peu près pour zéro, Zuckerberg veut répondre à l’impérieux besoin de régulation du monde digital – besoin qui monte du monde entier – et il entend prendre la main sur le dispositif à mettre en place à cet effet. Comment ? Il vient de l’annoncer. Comme pour son projet de monnaie universelle, en créant une Cour Suprême mondiale supranationale à sa discrétion, chargée de contrôler les trafics. Au désastre civilisationnel s’ajoutera un univers en liberté surveillée. Et espionné comme c’est le cas jusque dans nos alcôves. On peut être assuré que la dite liberté ne sera à peu près octroyée qu’à ceux qui seront rigoureusement conformes à la doxa la plus clairement mondialiste et progressiste. Les avisés, pour éviter les grandes oreilles et les yeux fouineurs, reprendront du papier et des crayons – inespionnables – lorsqu’ils voudront communiquer, s’écrire. Et ils liront dans les livres plutôt que sur les écrans transparents. Les autres seront le lumpen prolétariat de l’ère postmoderne. Des personnes atteintes. De la peste comme les animaux de La Fontaine.

À cette même fin de l’été 2019, où s’affirmait le projet monétaire mondial de Mark Zuckerbeg, nous avions publié à son propos la note qui suit. Pour l’actualiser, il suffit d’ajouter au dossier Zuckerberg le dernier en date de ses objectifs : la Cour Suprême mondiale à sa main qui veillera à notre libre expression le plus efficacement et, bien-sûr, le plus moralement du monde. Benjamin Griveaux pourra dormir sur ses deux oreilles. Les courants de pensée dissidents beaucoup, beaucoup, moins, on s’en doute !

Qui est Zuckerberg ?

Mark Zuckerberg, 35 ans, né à White Plains dans l’État de New York d’un père dentiste et d’une mère psychiatre, a édifié en peu d’années une fortune personnelle de plus de 75 milliards de dollars, la huitième du monde.

Cette richesse inouïe, il l’a tirée de Facebook. Réseau mondialisé, dit social, qui revendique 2,4 milliards d’utilisateurs et réalise 55 milliards de chiffre d’affaires. Les utilisateurs de Facebook auront été les idiots utiles de cette création de richesses en même temps qu’ils devenaient captifs du système Zuckerberg, que leurs données personnelles les plus générales et les plus intimes étaient pillées pour être revendues aux entreprises, publicitaires, organismes divers qui allaient en faire un usage intensif. Jamais création de richesse n’a été aussi dérisoirement payée de retour. Richesse créée pour prix des gigantesques profits réalisés ? Du vent.

Évidemment ni l’intelligence ni la culture de Mark Zuckerberg ne se sont formés sur Facebook. Les sources d’inspiration, les idées-mères, de ce jeune-homme surdoué, ont des origines lointaines et elles sont profondes. Messianiques. Universalistes.

Facebook ne distille ni intelligence, ni culture. Au contraire, il les contredit, les annihile, les empêche s’il y a addiction. L’on sait aujourd’hui comment il vampirise et réduit les capacités cérébrales (Attention, concentration, etc.). Il crée un lumpenprolétariat universel des cerveaux. De nombreuses et sérieuses études du phénomène Facebook prolifèrent en ce moment*. Mettons nos pendules à l’heure : Facebook n’est déjà plus revendiqué comme un fleuron de la modernité. Simplement une machine à sous et à captation de données.

Mark Zuckerberg, lui, rêve de gouvernance mondiale, d’humanité postnationale, d’intelligence artificielle, de transhumanisme, le tout configuré, manipulé, engendré par les Élus en petit nombre destinés à enfanter la planète nouvelle, l’homme nouveau, selon leurs vœux. Ce dernier ne sera pas libre. Les équipes de Mark Zuckerberg sont saisies de ces dossiers.

Mais Mark Zuckerberg a une plus vaste et haute ambition, corrélative, qui n’est rien moins que de créer une monnaie universelle, déjà nommée Libra, laquelle, par-delà et par-dessus États et monnaies nationales, contribuera à l’unité du monde, sous la houlette des Élus, formant cénacle autour de Zuckerberg. Montagne de sucre. Son Royaume est de ce monde. Il n’est pas Jésus. Il est Barabbas, l’agitateur messianique.

Zuckerberg rapporte gros â l’Amérique mais son idéologie est frontalement à l’opposé du nationalisme renaissant des États-Unis. Ce nationalisme profond et décomplexé qu’exprime Donald Trump pour qui « l’avenir appartient aux patriotes, pas aux mondialistes ». Avec son Libra, cette monnaie universelle qu’il a mise en chantier, Zuckerberg, cette fois-ci passe les bornes. Le voici dans l’hubris. Elle sonne souvent la fin du kairos, ce temps de chance, de réussite et de vie opportune dont Zuckerberg a tant bénéficié jusqu’ici.

Mark Zuckerberg ignore ou oublie qu’une monnaie doit être adossée à une puissance publique, à un État, petit ou grand, qui dispose des moyens de défendre ses intérêts, son territoire, ses frontières, ses ressortissants, ses valeurs. Il oublie tout simplement que la puissance publique, les États,  disposent de la force publique, d’une armée, de gens d’armes, d’une police et de prisons. Sur sa montagne de dollars, Mark Zuckerberg, comme tout financier, comme jadis les banquiers juifs ou autres de Milan ou de Florence, d’Amsterdam ou Anvers, ne dispose pas de ces attributs ordinaires qui sont en revanche à la discrétion de n’importe quel roitelet.

C’est la faiblesse des banquiers, des milliardaires, des oligarques, et des financiers, que de risquer d’être jetés en prison par le moindre des pouvoirs politiques, de voir leurs biens confisqués ou spoliés. Si vous trouvez les exemples donnés trop anciens, vous vous trompez. Poutine l’a fait dans son pays. Dominique Strauss-Kahn dirigeait le Vatican ou la Mecque de la finance mondiale, il était, à la tête du FMI, comme un pape du capitalisme universel, lorsqu’il fut emmené, hirsute, hagard et menotté, dans une geôle new-yorkaise. Il était un puissant parmi les puissants. En un instant, il avait cessé de l’être. Il n’était qu’un serviteur de l’Or du monde. Il lui manquait la force publique. Le destin de Carlos Ghosn n’est pas très différent : pétri de puissance et d’orgueil, bouffi de toutes les vapeurs de l’hubris, de toutes les audaces des parvenus de mauvais goût, il a croupi des mois durant, otage de l’Empire du Soleil Levant, non loin du trône du Chrysanthème, prisonnier d’un petit juge nippon, fort d’incarner l’âme et l’histoire de sa patrie. Rideau sur la puissance de l’Argent !

Comme le jeune Louis XIV (23 ans) avait fait arrêter Fouquet, qui étant devenu plus riche et, par l’argent, plus puissant que le roi, avait été envoyé finir ses jours en forteresse en province, nous serions le président des États-Unis, nous ferions arrêter illico Mark Zuckerberg pour avoir eu l’audace de songer à créer une monnaie concurrente du dollar – du dollar notamment, car toutes les monnaies nationales sont concernées – nous l’enfermerions en quelque lieu retiré, et néanmoins décent, de la vaste Amérique et nous l’y maintiendrions pour les quelques décennies qui lui restent à vivre. La confiscation de ses biens indûment acquis pourrait servir au sauvetage de la planète. Ce serait une bonne action à laquelle pour l’instant peu de gens ont pensé. Cela pourrait venir car Trump est imprévisible et Zuckerberg, n’est pas son prophète.

Gérard POL

* La civilisation du poisson rouge : Petit traité sur le marché de l’attention de Bruno Patino – Grasset 2019.

La fin de l’individu (Voyage d’un philosophe au pays de l’intelligence artificielle), de Gaspard Koenig, Éditions de l’observatoire, 2019.

 

 

( 16 septembre, 2021 )

LE ROI ou les roitelets ?

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Si on laisse faire les classes primaires, nous nous retrouverons en finale avec un roitelet issu de la grande foire électorale.

L’élu sera sans aucun doute le pire ! A force de s’assassiner entre eux, il nous restera le plus inapte à la fonction présidentielle, mais assurément le plus arriviste, le plus mauvais ambitieux, celui qui tuerait père et mère pour arriver en haut du mât de cocagne élyséen, et être roi ou reine sous le déguisement présidentiel !

N’être Rien aujourd’hui et devenir Tout demain !

Combien seront-ils à briguer la plus haute place du pilori pour 2022.

Déjà les gladiateurs (trices.) pour les inclusives, descendent dans l’arène, le combat est sans merci, il faut que le sang coule et qu’il n’en reste plus qu’un ! Le gagnant était le meilleur combattant, le plus tenace, le plus hargneux, il avait au moins la qualité d’être le plus fort, aujourd’hui le vainqueur sera le plus Malin, d’une Malignité diabolique !

Promettre la Lune, pour tous et à tous,

  • promettre des Droits, sans les Devoirs qui vont avec…

  • promettre honteusement le Bonheur, la Santé, la Prospérité…Une fois l’an, (qu’est-ce qu’on risque ?)

Souvenez-vous : « Ma Pomme, Karcher, Flamby, En-marche… »

Le ou la prochaine sera pareille, roitelet ou roitelette ?

Et demain, vogue la galère à vau-l’eau !

Nous aurons notre roitelet de la Cour des Miracles, Roi de Thunes, ou Reine de Paname…

Pas de quoi pavoiser !

La France de Saint Louis, d’Henri IV, de Louis XIV transformée en Cour des Miracles, bauge, bazar, caravansérail, souk avec à sa tête un Calife ou un Cheikh sans provision…

Et si nous préférions en lieu et place des roitelets ou roitelettes, un vrai Roi ?

Vieille famille de la Vieille France, un Roi qui ne désire que remplir son rôle : Servir à la place que Dieu lui a donné. Servir les Peuples de France. Servir la France dans son intégrité !

Ils ont tous des programmes, voire des solutions qui souvent se révèlent sans issues. Le Roi lui, n’offre que sa personne, il est caution morale, et ne déroule pas de tapis de promesses.

La France avec un Roi à sa tête retrouvera son âme, nous y parlerons, Morale, Honneur, Foi, Courtoisie, Grandeur, Beauté…

Tous ces dogmes qui ne sont plus en usage dans notre République.

La Royauté parlera aux coeurs des Français, sans ne les considérer que comme des électeurs et consommateurs.

Pas besoin de trouver le Roi, nous l’avons ; il faut juste aller le chercher et le convaincre de venir se mettre à notre tête.

Sans son Roi la France est orpheline, elle était déjà sans-culottes, puis sans tête, la voilà sans honneur, sans principes, juste bonne à jouer comme figurante dans la pièce de théâtre de boulevard :

« Francexit», avec en premier rôle le roi des Thunes, un ancien de « Chez ma Tante » !

Et nous laisserions faire ça ?

Parce que c’est cela qui va arriver : l’élimination des seconds couteaux, et la scène finale : le grand abandon de la Marine à voiles et le triomphe de la Finance !

Si Dieu le veut nous pouvons changer la donne, c’est possible, il faut juste y croire ! Et en Dieu et au reste…

Une Foi, une Loi, Un Roi !

Montjoie Saint Denis !!!

Guy Adain

14/09/2021

( 16 septembre, 2021 )

« Heureux comme Dieu en France »

 

 

 

La chronique de Stéphane Blanchonnet (Le Bien Commun)

 

Quoi de plus difficile que de se définir soi-même ? Parfois recourir à autrui se révèlera beaucoup plus pertinent. Cette évidence de psychologie individuelle pourrait aussi valoir pour les nations. J’en veux pour preuve le remarquable Essai sur la France (1930) d’Ernst-Robert Curtius, qui m’apparaît comme la meilleure introduction à la compréhension de l’être français. Cet Allemand, francophone et francophile, spécialiste de Balzac et de Proust notamment, nous propose une sorte de Guide vert des provinces de l’âme française.

Curtius commence par relever cette caractéristique fondamentale de la France qui est de se concevoir comme universelle. Il ne s’agit pas pour elle de se mettre au service d’une idée universelle mais bien d’en être l’incarnation exclusive. Il relève trois manifestations de ce phénomène : la France comme incarnation de la Chrétienté (à partir du Moyen Âge), la France comme incarnation de la Culture (à partir de la Renaissance), la France comme incarnation du Droit et de la Liberté (à partir du XVIIIème siècle). Ces différentes manifestations se succédant dans le temps sans pour autant qu’aucune ne s’efface au profit des autres. D’où ces conflits, ces oppositions extrêmes de « valeurs », qui caractérisent le débat public français.

L’essayiste se livre ensuite à un brillant exposé synthétique sur la géographie et l’histoire du pays. On en retiendra principalement l’idée selon laquelle le souvenir de Rome et l’action des Capétiens se sont combinés pendant des siècles pour produire un État, lui-même matrice d’une nation, dont le sentiment d’unité et de continuité parvint à un tel degré que les réalités géographiques, pourtant tout à fait contingentes en elles-mêmes (il n’existe pas de frontières totalement naturelles comme le rappelait Bainville), en acquirent une forme de naturalité. Le mythe de l’hexagone en est une des expressions les plus populaires.

Autre idée traitée avec beaucoup de finesse par Curtius : la France comme patrie littéraire. Aucun autre grand pays dans l’Histoire n’a accordé à la littérature ce rôle quasi liturgique au service du culte de la nation. La France prend principalement conscience d’elle-même, de sa « personnalité » (Curtius affirme que la France est la plus parfaite « personne morale » de l’Histoire), à travers les grands classiques de sa littérature. L’auteur note au passage que la littérature française possède une unité, au-delà des genres, des courants et des époques, unité dont les caractéristiques sont un esprit d’analyse, — un esprit critique —, très développé (des moralistes du XVIIème siècle aux romanciers réalistes du XIXème) et un culte de la perfection formelle.

En fermant ce livre tout à fait extraordinaire, et à mettre entre les mains de tous les patriotes, on ne peut que déplorer qu’il n’ait pas connu de réédition récente.

( 14 septembre, 2021 )

Pour en finir avec l’expression « quartiers populaires »

 

Lu sur « L’Incotidien »

 

Ah je ne le supporte plus ! Je boufferais ma radio à entendre cette expression… « quartiers populaires ». Dernièrement c’est le Anasse Kazib, le scissionniste du NPA, le raïs de Révolution Permanente, qui l’employait pour parler de la Fête de l’Huma. A l’écouter, il fallait que les cocos payent le billet d’entrée aux « jeunes des quartiers populaires » pour venir écouter du rap. Allez-y les gars ! Laissez-les passer gratos, les californiens de la Seine Saint-Denis ! Un peu de « Vivre Ensemble » à la fête de l’Huma ne fera de mal à personne. Et puis, à n’en point douter, les vieux cocos de Villejuif vont réussir à les convertir au marxisme-léninisme triomphant, les talibans de la cité Gagarine ! Ils essayent d’ailleurs depuis 20 ans et on a vu le résultat !

 

Parce que les « quartiers populaires » n’existent plus, ce sont des quartiers immigrés désormais. Des enclaves immigrés où règnent la drogue, la charia et les maillots du PSG.

 

Il y a quelques décennies de cela, quand j’étais jeune et beau, je suis revenu dans la rue de mes grands-parents à Villejuif. J’ai grandi en entendant leurs histoires de banlieusards. Une rue de déracinés. Mais de déracinés heureux. D’un côté de la rue étroite, il y avait un café bougnat où Germaine et Mimille ne parlaient que l’occitan auvergnat entre eux. De l’autre, il y avait des terrains vagues et des maraîchers. Entre les deux, des prolos dont mes grands-parents maternels qui avaient fui la misère de leur Bretagne natale où il y avait 15 gosses par ferme. Leurs voisins ? Des Ch’tis, des Morvandiaux, des Provençaux, des Picards, plus quelques Italiens et Espagnols. Et d’autres Bretons, des milliers de Bretons! Villejuif, c’était la Cornouailles et le Coglais autrefois ! Tout ce petit monde s’entendait bien et étaient encadrés par le Parti Communiste et son univers satellitaire. J’ai encore la carte de la CGT de ma grand-mère, section Hôpitaux de Paris, service des enfants malades, où il fallait présenter un certificat de baptême fait à Loudéac ou à Fort-de-France pour être embauchée. Et je ne déconne pas !

 

Mon grand-père routier mettait des bancs dans son camion Panhard de routier au long cours et emmenait toute la rue danser le dimanche sur les bords de Marne. Ça c’était des quartiers populaires ! Le mot populaire y prenait tout son putain de sens. Pas de drogue, d’islam ou de saloperies dans le genre. C’était la solidarité. Et le travail. Et la très grande gloire du Monde Rouge. Celui qui mentait déjà mais au moins il aimait les gens…

 

Depuis, les petites maisons d’ouvriers se sont agrandies. Des cabanons de jardin ont poussé, des extensions, des pièces supplémentaires. Les maisons sont devenues coquettes ou ont été démolies et les terrains agrandis. Les anciens ouvriers de chez Renault ont récupéré la maison de leur mère dans le Morvan ou dans le Centre-Bretagne. Maison de vacances. Début d’embourgeoisement. Mes grands-parents, eux, sont repartis en 70 dans la ferme des Côtes d’Armor. D’autres sont restés. Leurs illusions communistes ont, elles, foutues le camp de chez tout le monde…

 

Car ce qui m’avait le plus surpris à l’époque, c’étaient les murs autour des bicoques. Hérissés de tessons de bouteilles ou de grilles avec des piques ! Ma grand-mère m’avait pourtant dit que, dans les années 50, pour faire la clôture entre chez eux et le voisin, mon grand-père avait pris une bouteille et un verre et avait invité le voisin à l’apéro. Il avait regardé jusqu’où il pouvait verser à boire à son pote et avait fixé la clôture à ce niveau !

 

Maintenant, toutes les maisons de la rue sont derrière de hauts-murs ! Pourquoi ? Parce qu’une cité a poussé au bout de la rue. Là où il y avait les terrains vagues et les maraîchers d’autrefois. Une cité d’immigrés ! Qui viennent piquer les taille-haies et taguer partout. Les gens de la rue les désignent par « ceux-là, là bas ». Maintenant, il n’y a plus la solidarité et de fraternité entre les habitants de Villejuif, il n’y a que la haine et la méfiance entre «ceux-là, là-bas » et « nous ». Parce que « ceux-là » ne respectent rien et ne veulent pas se fondre dans un creuset ouvrièro-franchouillard que « nous » avons fondé. « Ceux-là » veulent nous assimiler à un univers de drogue et d’islam que « nous » refusons !

 

Le sens du beau mot de « quartier populaire » a donc été remplacé. Même ça ils ont réussi à nous le voler ! Je ne suis pas en train de glorifier une réalité surranée qui n’existait que dans l’entre-deux guerres ou les 30 Glorieuses, réalité surranée que le chômage de masse aurait délavé. Non ! Car, moi qui vit en campagne depuis des décennies, je peux affirmer que cette ambiance, cette vie communautaire existe encore dans nos villages en 2021. Ma bagnole ne démarre pas un matin ? J’aurais 10 voisins qui me prêteront la leur sans discuter. Et dans mon village, on ne parle pas d’islam ou de chichon. La picole je ne dis pas. Mais c’est de la déglingue domestique. Pas importée d’on ne sais où ! Les « villages populaires » existent toujours, « les quartiers populaires » n’existent plus.

 

Ou plutôt, dans les villes, ces « quartiers populaires » sont devenus une autre réalité. Une réalité qui a réussi à nous voler jusqu’à notre passé. Qui a réussi à nous faire détester cette expression. Car les « quartiers populaires » sont le symbole de notre remplacement. Le Grand Remplacement est un concept multiforme en fait. Il remplace même le passé. Il remplace même notre mémoire. Comme un prion qui s’insère partout et qui a un effet rétroactif.

 

Pendant que j’écris ces lignes, je regarde la fameuse rue sur Google View… Et la « cité » dans le bout. Quelle tristesse, quelle putain de tristesse d’avoir permis ça !

 

Par Maël Pellan

( 21 août, 2021 )

Liban : pourquoi il est si difficile de l’aider

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Le Liban mérite-t-il qu’on le défende malgré tous ses défauts ? Et comment le défendre ?

Emmanuel Macron est allé deux fois au Liban depuis l’explosion qui a eu lieu dans le port de Beyrouth il y a un an, et il a visiblement suivi de très près le dossier. Ceux qui ne connaissent pas l’histoire du Liban s’en sont étonnés.

Les liens entre le Liban et la France

L’influence de la France sur les élites syro-libanaises date de plusieurs siècles. Cette influence a fait attribuer la Syrie à la France après la Première Guerre mondiale lors du démembrement de l’empire ottoman. En Syrie, un territoire chrétien, le mont Liban, a demandé à être détaché de la Syrie avec comme objectif de devenir département français pour être protégé du monde musulman.

Mais cela ne s’est pas fait pour deux raisons :

  • D’abord le territoire détaché de la Syrie a été trop grand : pour englober tous les chrétiens de la région, il a également englobé beaucoup de zones musulmanes, et les chrétiens n’étaient que faiblement majoritaires. Aujourd’hui, ils sont très nettement minoritaires, notamment du fait de leur départ du pays à la suite de la guerre civile, de leur accueil favorable à l’étranger par leur diaspora et du fait de leur meilleur niveau d’études que les autres communautés.
  • Ensuite, l’évolution de la sensibilité mondiale sur les questions de colonisation a rendu cet objectif psychologiquement et politiquement impossible, comme en témoignent aujourd’hui les discussions qui refusent à la France toute légitimité sur ses départements d’outre-mer, particulièrement Mayotte, et sur la Nouvelle-Calédonie.

La construction du Liban d’aujourd’hui

Le Liban est donc resté indépendant et a mis en place un système « confessionnel » hérité de l’empire ottoman. Ce système classe la population suivant sa religion : les chrétiens maronites, qui avaient la majorité relative, les Arméniens, les Grecs catholiques, les musulmans sunnites, les musulmans chiites et une religion locale : les druzes, que l’on retrouve également plus au sud dans l’Israël d’aujourd’hui, et plus au nord en Syrie.

Ce classement par religion structure profondément le pays et vous en avez une description géographique et culturelle détaillée dans mon article précédent. Les adversaires de ce multiculturalisme, notamment lorsqu’il s’agit de l’appliquer à la France, rappellent les rivalités paralysantes et les guerres civiles que cela entraîne.

Pour mesurer la complication et donc l’immobilisme engendré par ce système, imaginez qu’en France les nominations officielles se fassent par groupe de 11 comprenant obligatoirement X catholiques, Y protestants, Z juifs, Z’ représentants d’une organisation laïque ou athée (les francs-maçons du Grand Orient par exemple), Z’’ représentants de telle tendance de musulmans etc. Imaginez également que le président de la République française soit obligatoirement catholique, le Premier ministre obligatoirement protestant, le président de la chambre obligatoirement juif etc.

Comme pendant l’Empire ottoman puis durant les premières années de l’indépendance le Liban était peu peuplé, chaque communauté regroupait peu d’habitants et était en pratique contrôlée par une ou deux familles dont on retrouve souvent des descendants aujourd’hui.

Bien entendu les puissances étrangères de la région s’appuyèrent sur des communautés : les Israéliens sur une partie des chrétiens, ce qui fut une erreur stratégique pour ces derniers, l’Arabie sur une partie des sunnites et l’Iran sur les chiites. Quant à la Syrie, elle n’accepta jamais la création du Liban et les services syriens furent souvent très actifs pour perturber la gouvernance du pays. En particulier on les soupçonne d’avoir commandité l’assassinat du Premier ministre Saad Hariri en 2005, et cela peu après avoir été son invité en tant que représentant des grandes écoles françaises dans une manifestation francophone… en même temps qu’un bon millier d’autres personnes, dans l’immense salle à manger de la cave de sa villa.

La situation avait encore été compliquée avec l’arrivée des réfugiés palestiniens, très majoritairement sunnites. La citoyenneté leur fut refusée d’une part pour sauvegarder leur « droit au retour » en Israël, mais aussi pour ne pas perturber l’équilibre interconfessionnel.

De même pour les réfugiés syriens chassés par la guerre civile, qui forment actuellement une partie importante de la population et qui sont également majoritairement sunnites.

Aujourd’hui on soupçonne les Turcs d’appuyer les sunnites et la Russie certaines factions chrétiennes.

La guerre civile de 1975 à 1990

Cette guerre civile entre chrétiens et musulmans commença en 1975 et gagna tout le pays. Elle fut particulièrement meurtrière et fut l’occasion d’atrocités dans tous les camps. Elle donna un pouvoir aux « chefs de guerre » de chaque communauté qui restent influents aujourd’hui.

Elle fut souvent mal comprise en France, où Le Monde et une grande partie de la presse française décrivaient une guerre entre « chrétiens conservateurs » et « palestino-progressistes » ! Je n’aurais pas ici la cruauté de commenter.

Cette guerre civile libanaise se termina à la suite des accords de Taef en 1989, qui consolidèrent le système communautariste en diminuant toutefois les pouvoirs du président de la République, obligatoirement chrétien. Ils consacrèrent aussi l’importance des chiites maintenant alliés à la tendance chrétienne du président Michel Aoun.

Le poids des chiites

Du fait de l’exode des chrétiens, les chiites sont devenus le principal groupe du Liban, démographiquement parlant. Par ailleurs, leur principal parti politique, le Hezbollah (le parti de Dieu) est un outil de l’Iran, qui le soutient financièrement et militairement, pour attaquer Israël par le nord. Le Hezbollah a notamment sa propre milice, puissamment armée et indépendante de l’armée libanaise.

Vu d’Israël, le Hezbollah est un simple instrument militaire et terroriste de Téhéran, alors que pour la France il faut être réaliste et tenir compte de son poids pour trouver une éventuelle solution. Le problème est de savoir si l’Iran souhaite qu’il y ait une solution.

L’opinion publique libanaise serait fatiguée du poids du Hezbollah qui règne militairement sur une partie du pays et est le principal acteur au niveau politique national. Les notables de ce parti sont de plus en plus assimilés à ceux des autres formations. Le mariage fastueux de la fille d’un responsable du parti a eu un effet désastreux en cette période de disette. Mais nul ne voit comment faire contrepoids à sa puissance militaire et à l’appui de l’Iran.

Une crise profonde

L’émotion populaire a été grande, suite à l’explosion au port de Beyrouth qui a causé de nombreux morts, des milliers de blessés, et détruit une partie de la capitale. Mais elle n’a rien changé à la paralysie du pays et n’a fait qu’approfondir la crise.

Fadi Sawan, premier juge chargé de l’enquête sur l’explosion, a été récusé au bout de huit mois, après les recours judiciaires d’anciens ministres inculpés pour « négligence ». La Cour de cassation a estimé que le magistrat ne pouvait être « objectif », sa maison ayant été touchée par l’explosion, et qu’il n’avait pas respecté les lois sur l’immunité parlementaire, plusieurs anciens ministres mis en cause étant également députés.

En février dernier, un nouveau juge, Tarek Bitar, a été désigné mais il bute à nouveau sur la levée des immunités auxquelles s’oppose le Parlement.

Liban : la situation politique aujourd’hui

Le président Michel Aoun vient de désigner Najib Mikati comme nouveau Premier ministre. C’est un homme d’affaires important, donc supposé lié à la classe dirigeante politique actuelle.

Après l’explosion du 4 août, tout a continué comme avant.

Le président français avait réclamé :

  • Une enquête indépendante sur les causes de l’explosion,
  • Un audit des réserves de la Banque centrale et des finances de l’État,
  • La nomination d’un gouvernement intérimaire capable de mettre en œuvre des réformes,
  • La tenue d’élections législatives anticipées dans un délai de moins d’un an.

Rien de tout cela n’a bougé.

Les raisons du blocage commencent à filtrer : les deux partis chiites, Amal et le Hezbollah se disputent la clé du coffre, pardon le poste de ministre des Finances, tandis que le président Michel Aoun veut installer son gendre à la présidence à la suite des élections de l’année prochaine. Enfin, l’Arabie exige que ses alliés sunnites aient une part plus importante du gouvernement.

Derniers développements

La Conférence internationale de soutien à la population du Liban s’est tenue le 4 août 2021, à l’invitation conjointe du président français et du secrétaire général des Nations unies. Les participants se sont engagés à fournir une nouvelle aide humanitaire de 370 millions de dollars à la population. Ils appellent la classe politique libanaise à former un gouvernement et à renouer le dialogue avec le FMI. Mais ce dernier exige à juste titre des réformes de fond pour lesquelles il faudrait un gouvernement indépendant de la classe politique actuelle.

Sur le plan politique il faudrait bien sûr des élections libres dans tous les sens du terme, et notamment non confessionnelles, mais qui va les organiser ? Si les règles ne changent pas on retombera dans le blocage actuel.

D’où la menace d’Emmanuel Macron de mise sous tutelle du pays, qui pourrait être mise à exécution.

Lors de la visite de Jean-Yves Le Drian, en mai 2021, ce dernier a encouragé l’opposition à se structurer et à se mobiliser en vue des élections de 2022. Certains observateurs sont encouragés par l’apparition de groupes de jeunes multi – confessionnels. Le plus ancien, « Arcenciel » date de… 1984, sans parler des tentatives démocratiques que les Français avaient tentées au début du mandat. Mais tout cela a été repoussé jusqu’à présent « par respect de l’attachement des Libanais à chacune de leur communauté ».

Le Liban mérite-t-il qu’on le défende malgré tous ses défauts ? Il y a un attachement historique, culturel et même romantique de la France à ce pays, et réciproquement, du moins pour une grande partie de sa population, et pas seulement des chrétiens. De plus le Liban a besoin d’alliés face aux intérêts de l’Iran, de la Turquie ou de la Russie.

Mais comment le défendre ? Les Français ont déjà des troupes dans la partie chiite sous le drapeau de la Finul, la force des Nations unies qui s’efforce d’éviter la guerre entre le Hezbollah et l’armée israélienne. L’envoi de troupes à Beyrouth même par les Français et les Américains s’est terminée par une évacuation en catastrophe suite aux attentats probablement syriens de 1983. Il ne semble pas qu’on n’ait envie de recommencer.

Une sorte de mandat international sous l’impulsion de l’ONU et du FMI serait rationnel, mais l’Iran, la Turquie et la Russie s’y opposeront, sauf accord discret notamment sur la présence de l’Iran au sud. La France devrait logiquement jouer un grand rôle dans ce mandat, sauf manœuvres de couloir à l’ONU notamment par les trois pays ci-dessus, ce qui pourrait aboutir à des résultats imprévus et pas forcément efficaces.

Yves Montenay

Article rédigé pour Contrepoints 

( 18 août, 2021 )

Comparer la terreur talibane à « la grande clarté du Moyen-Âge » ? Une grande stupidité…

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Comparer l’Afghanistan des Talibans et notre grandiose et magnifique Moyen-Âge, comme on le fait si facilement un peu partout, en ce moment, c’est tout simplement une stupidité désolante. Une insanité…

Notre Moyen-Age chrétien c’est l’amour courtois et les Troubadours, les enluminures et les débuts de la peinture, la chevalerie, les cathédrales, les Universités et bien d’autres grandes choses encore, bien loin de tous ces « rétrogrades », « primitifs » et « obscurantistes » effrayants que sont ces barbus sales et laids, qui font « peur » et provoquent, instinctivement, un sentiment de recul, de rejet, de dégoût…

Afin d’alimenter le débat, et nourrir la réflexion, nous redonnons ci-après notre Grands Textes 44, constitué de l’ « Avant-dire » et de l’ « Avant Partir » du merveilleux ouvrage de Gustave Cohen, La grande clarté du Moyen-Âge…:

GRANDS TEXTES (44) : La grande clarté du Moyen-Âge, par Gustave Cohen

 

Historien médiéviste, Gustave Cohen est né à Saint-Josse-ten-Noode le 24 décembre 1879 et mort à Paris le 10 juin 1958

En octobre 1912, il est nommé professeur au tout nouveau département de français de l’Université d’Amsterdam, mais en 1914, il quitte ses étudiants pour faire la guerre.

À partir de la fin de la guerre, Cohen occupe des postes à l’Université de Strasbourg et à la Sorbonne. Il crée le groupe théâtral Les Théophiliens (nommé ainsi après la représentation du Miracle de Théophile de Rutebeuf en mai 1933, salle Louis Liard à la Sorbonne) dont René Clermont a été metteur en scène. C’est également en 1933 qu’il fonde, à Amsterdam, la Maison Descartes.

À l’Institut français se trouve un buste pour honorer son fondateur.

En exil aux États-Unis pendant la seconde Guerre Mondiale, époque durant laquelle il rédige et publie La grande clarté du Moyen-Âge, Cohen y fonde, avec l’historien de l’art Henri Focillon l’École libre des hautes études (New York) et il anime les entretiens de Pontigny à Mount Holyoke College.

D’origine juive, il se convertit au catholicisme à 64 ans.

 

 Voici l’Avant dire et l’Avant partir de son magnifique « La grande clarté du Moyen-Âge » :

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Avant-dire

Ce jour d’hui, premier juillet 1940, dans l’affreux malheur de la patrie écrasée et déchirée, foulée aux pieds par l’envahisseur barbare, je voudrais commencer ce livre à l’honneur de la France qui ne peut pas mourir.

L’affliction du présent nous invite à chercher un refuge dans un passé lointain dont les deuils, les ruines, les misères et les tristesses se sont effacées dans la nuit des temps et dont ne survivent que les gloires, non point les gloires militaires, car rien n’est plus fragile, mais gloires littéraires, artistiques et philosophiques, qui seules sont éternelles.

C’est dans une 10 juin,chartres,sacré coeur,saint louis,terreur,convention,robespierre,directoire,oradour sur glane,division das reich,ss,nazis,montmartre

guerre de croisade pour le droit, la foi, la liberté que le pays vient de succomber. Il en connut d’autres, jadis, où il succomba avec honneur dans l’essai de reprendre, d’une façon durable, à l’Infidèle, le Saint-Sépulcre, mais dont lui reste le titre impérissable d’avoir tenté l’oeuvre vaine, haute et désespérée et d’y avoir donné les meilleurs et les plus braves de ses fils.

En allant vers le Moyen-Âge nous sommes sûrs de retrouver l’âme même de la France, en son état pur, au moment de sa Genèse, sortant, vierge, blanche et nue, du chaos du destin.

Non pas née de rien, mais issue de l’âme gréco-romaine entée sur l’âme celtique dans le plus beau terroir sous le ciel, là où les formes sont naturellement harmonieuses, les nuages pommelés et nuancés, le sol fertile, porteur de vigne et donneur de vin, paré de la blondeur des blés ou du vert des prairies et des forêts, ni trop sec ni trop pluvieux, ni trop brûlé de chaleur ou glacé de frimas, tout en douceur, en raison et en équilibre, pour la perfection et le classicisme.

Terre élue de la fécondation sans pullulation, de la réflexion sans âpreté, de la foi sans fanatisme, et surtout de l’amour.

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Mais pour que ce miracle se produisît : la naissance de l’amour courtois (au XIIème siècle) et du culte de la femme, il fallait qu’à l’âme celtique, pénétrée par l’âme gréco-romaine s’alliât encore l’âme chrétienne, venue d’un plus lointain Orient, où la spiritualité autoritaire du judaïsme, et son monothéisme absolu se trempaient de la suavité de Jésus, fils de la Vierge.

Ce n’est qu’ici que pouvait naître, se développer et s’épanouir le culte de Notre-Dame, où la religion et le dogme s’attendrissent de féminité et où l’amour humain se sublime dans l’amour divin avec lequel il arrive à se confondre.

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Ce livre a été commencé sous le signe du désespoir, mais pour témoigner des permanences françaises, je le termine ici deux ans après sur des paroles d’espérance et de certitude.

La leçon du Moyen-Âge, de ses malheurs, de sa constance dans l’épreuve, de sa foi d’airain est une leçon de réconfort.

Profitons-en.

En le quittant évoquons une dernière fois Jeanne « la bonne Lorraine », qui sauva le royaume de France, la cathédrale qui dressa cette foi vers le ciel comme une offrande et une imploration, le mystère qui la fit résonner sur la place publique, la littérature courtoise par qui naquirent l’amour absolu et le culte de la femme.

Les ténèbres du Moyen-Âge ne sont que celles de notre ignorance.

Une clarté d’aurore baigne les âges lointains de notre genèse pour qui sait y porter le flambeau de la connaissance, de l’amour et de la confiance dans les destinées de la patrie.

New-York, 18 juin 1942

lafautearousseau

( 9 juillet, 2021 )

Dictature des minorités ou soumission de la majorité ?

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer la Cancel culture venue des Etats-Unis en boomerang de la déconstruction prônée par des philosophes et sociologues bien français au XXe siècle (French théorie). Ces mêmes voix dénoncent, à juste titre, une dictature des minorités : racialisme, LGBTXYZ, islamo-gauchisme, féminisme à géométrie variable… Les stigmatisations offrent un panel infini de victimes dès lors que l’individu est roi.

Mais pourquoi les élites politiques, médiatiques, culturelles sont elles les courroies de transmission de ces minorités ?

Le bien de l’individu contre le bien de la Cité ! Tout au long de l’Histoire ce débat anima les philosophes. Aristote s’en saisit quatre siècles avant notre ère jusqu’à

St Thomas d’Aquin pour faire accepter de sacrifier un peu de sa liberté au service du Bien commun. Puis les modernes s’en saisirent à rebours pour redonner valeur aux droits de l’Homme. L’interprétation des Droits de l’Homme fluctue largement au XXe siècle : les Etats protecteurs de la Cité deviennent potentiellement les empêcheurs de tourner en rond de citoyens opprimés* En France, les lois sont modifiées sans cesse au profit des désirs particuliers sans limites selon l’avancée des découvertes scientifiques.

Mais paradoxalement, la revendication de pouvoir exercer sa liberté individuelle sans contraintes, devient l’occasion pour tous les frustrés de l’Histoire, en se victimisant, d’agresser ceux qui se tiennent ingénument dans une norme admise par la civilisation millénaire, en exerçant sur eux un harcèlement et une répression culpabilisante sans précédents.

Il ressort de cette application de la pensée « française » déconstructiviste (Foucault, Bourdieu, Dérida), ayant retraversé l’Atlantique pour fondre sur une Europe en pleine crise d’anomie et de perte de sens, l’instauration  violente et sauvage de nouvelles normes s’appuyant sur l’absence de réflexes critiques jugés sacrilèges par le nouveau clergé de « la cage aux phobes » (cf. Philippe Muray)

Ces élites toujours à l’affût de la meilleure bien-pensance du moment sont prêtes à laisser dépecer le peuple, décidément trop rustre, par les groupes communautaires les plus extravagants, les plus incultes aussi à la mesure de l’inculture dominante en Occident et à mettre le genou à terre à la moindre occasion.

Il s’agit de constater les fractures profondes qu’occasionnent ces singulières innovations dans notre société et l’abîme qui se creuse entre les « élites » et la majorité des Français. Gilets jaunes, sondages, désaffection des urnes,  ouvrages d’essayistes ou de sociologues, expriment suffisamment ce constat pour qu’il soit recevable… Jusqu’à il y a peu, nous pouvions considérer que la Cancel culture était le fait de modes, de bobos, d’intellos perchés, bref d’un parisianisme regardé avec commisération et indulgence résignée, ceci générant peu de réactions.

Désormais, l’affaire est plus grave car ces théories ont infiltré tous les étages de la société : d’abord l’école (malgré les dénis offusqués de ministres tels Madame Najat Vallaud-Belkacem) avec le travail sur les programmes scolaires ou l’intervention d’associations militantes ; ensuite le monde culturel à travers notamment  les distributeurs de subventions ou d’avances sur recettes (votre film ne sera jamais choisi si vous ne cochez pas les bonnes cases) ; puis le monde politico-médiatique qui, lui, suit ceux qui hurlent le plus fort notamment dans la rue. Il est frappant de voir, par exemple, combien quelques hurluberlus assis par terre ou quelques femmes les seins nus, voire quelques trans en bas résille, attirent l’ensemble des caméras mainstream alors que trente mille pèlerins sur les routes de Chartres ne font pas une ligne dans cette même presse…

Mais accuser autrui ne suffit pas à expliquer l’emprise des minorités. Déjà, dans « la grande peur des bien-pensants » en 1931, Bernanos dénonçait l’apathie des catholiques…  Il est savoureux de voir aujourd’hui des essayistes, souvent non catholiques comme Zemmour ou Onfray, remarquer que la dictature des minorités fait son lit sur la chute du christianisme pour le déplorer, tandis que bien des  élites catholiques continuent à vouloir à tout prix suivre le vent  n’ayant en cela qu’une ambition de feuille morte pour reprendre la formule du grand  Gustave Thibon. Le réveil de la France ne se fera que lorsque les Français se souviendront d’où ils viennent et qu’ils retrouveront leur courage. Il est plus difficile de ne pas être dans le vent pour reprendre la métaphore.

Dans une réunion quelle qu’elle soit, le mondain ou le militant exprime ce que tout le monde doit penser. Vous avez alors ceux qui approuvent béats se sachant dans le camp du bien, ceux qui approuvent du bout des lèvres n’osant sortir de ce camp , autant en emporte le vent, et parfois, pas toujours, vous avez un enfant  qui crie « le roi est nu » ! On attend que l’adulte ait la lucidité de l’enfant mais donc aussi du courage.  Oh, il ne s’agit pas de risquer sa vie ou même l’opprobre car souvent (que celui qui n’a pas vécu cette expérience lève la main) vous n’êtes plus tout seul : Vous avez en quelque sorte fait souffler un autre vent, celui de la liberté et quelques-uns, parfois une majorité, se rallie à votre position.

La chape de plomb est en train de fondre ; Espérons que la majorité des Français riche de l’héritage de notre civilisation et en particulier de l’héritage de la fille ainée de l’Eglise se souviendra enfin des promesses de son baptême …

* Voir à ce sujet le livre de Gregor Puppinck, les Droits de l’Homme dénaturé

Hildegarde
( 6 juillet, 2021 )

Quelle stratégie industrielle pour la France ?

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Partie 2 : La nécessité d’une stratégie indépendante et souveraine

L’Union européenne a été construite comme une vaste zone de libre-échange, un super-marché de consommateurs, et elle n’a pas conçu de stratégie industrielle globale, pas plus que de stratégie géopolitique comme le faisait remarquer un article récent de Renaud Girard sur lequel il nous faudra revenir. Ce qui ne signifie pas que certains n’en ont pas eu l’intention, comme l’actuel commissaire Thierry Breton très actif sur ce sujet. Mais, s’il n’est pas trop tard, il est bien tard ! Et il faudrait se poser la question de sa finalité et de son opportunité dans une mondialisation qui nécessiterait plutôt le renforcement des Etats souverains déjà existants, seuls susceptibles d’envisager le long terme et de résister efficacement, s’ils en ont la volonté incarnée dans des institutions enracinées, aux grandes féodalités financières et économiques. Dans son propos sur « l’absence de stratégie industrielle » de l’UE, M. Christian Saint-Étienne s’appuie sur la question automobile et sur les nouvelles orientations qui se prétendent écologiques pour mieux cacher la misère, en somme, de cette Union européenne qui a tendance à suivre les modes plutôt qu’à les susciter ou à les orienter…

« Si l’Europe stratégique existait, elle élaborerait les normes de batteries totalement recyclables devant être opérationnelles dès 2025 avant de favoriser la circulation des véhicules électriques », ce qui paraît le plus logique et surtout comme le meilleur moyen d’éviter un effondrement des entreprises automobiles des pays européens et de la France en particulier, tout en empêchant des puissances industrielles comme la Chine de s’imposer dans le domaine des véhicules non-thermiques. La précipitation, sur cette question comme sur d’autres, est, plus encore qu’un défaut, une véritable faute, et pas seulement stratégique. C’est pourtant la précipitation motivée par l’idéologie qui, une fois de plus, définit l’actuelle politique de l’Union européenne : « (…) L’Europe veut se voir belle en son miroir écologique en interdisant la vente des moteurs thermiques dès 2035, ce qui veut dire, en termes de stratégie industrielle, dès 2025, au risque d’augmenter la pollution globale engendrée par l’automobile, sans parler de la perte d’autonomie stratégique. » La France peut-elle alors rester sans réagir ? Peut-elle proposer une politique alternative sans renoncer à la motivation écologique ni sacrifier sa filière automobile ? Si la réponse à la première question se doit d’être négative, celle à la seconde peut être positive.

La France doit rappeler à l’Union européenne et à ses partenaires que la question automobile doit être étudiée sous trois aspects : l’écologique, l’industriel, le social, et que l’un ne doit pas éliminer (ou dévaloriser) les autres, même s’il peut y avoir une « inégalité protectrice » entre eux, au regard des enjeux et des situations. C’est d’ailleurs tout l’intérêt d’une stratégie industrielle digne de ce nom de concilier les trois dans une dynamique d’ensemble pour que son efficacité soit réelle et utile pour la nation française comme pour l’ensemble européen à laquelle elle appartient.

Dans le cas de l’automobile, au-delà de la stratégie industrielle européenne que M. Christian Saint-Étienne appelle de ses vœux, il paraît nécessaire de refaire d’abord une stratégie française qui, une fois définie, réfléchie et actée, pourra entraîner les autres pays ou, du moins, permettra une discussion en position de force de la France au sein des institutions européennes : attendre une hypothétique stratégie européenne qui n’a jamais, pour l’heure, prouvé son existence comme l’a dit précédemment l’économiste, serait lâcher la proie pour l’ombre, d’autant plus que l’Allemagne, elle, a conservé une production industrielle forte et indépendante, et qu’elle privilégie d’abord ses intérêts avant que de se penser « européenne ». Mais cette stratégie française, qui doit assurer une transition écologique vers un mode de circulation moins carbonée (ce qui est éminemment souhaitable) sans casser l’effort de recherche d’efficacité énergétique entrepris autour des énergies fossiles (« rouler plus loin avec moins de matière première », dans une perspective de sobriété énergétique et de moindre pollution, à défaut de pouvoir supprimer complètement celle-ci), ne doit pas être non plus pensée à la seule échelle européenne (je parle là de l’Union européenne), car ce serait limiter ses effets et s’empêcher d’envisager des alliances ou des ensembles politiques futurs encore inédits.

Une « souveraineté industrielle » française n’est possible que si sa stratégie vise à « faire de la force », et si c’est l’État, dans une dynamique néo-colbertiste (mais non-étatiste), qui la mène, et cela en s’inscrivant, non dans la seule immédiateté (ou « temps court »), mais dans la durée et la continuité d’une politique enracinée. A ses débuts, et dans la ligne d’une stratégie plus globale dont l’esquisse remontait aux années 1936 – 1946, la Cinquième République avait engagé cette stratégie du long terme dans une posture toute capétienne que, malheureusement, les pouvoirs politiques des années 1970 et suivantes allaient s’acharner à défaire au nom ou au profit revendiqué d’une construction européenne pourtant peu probante. Sans doute est-il temps de remettre les choses à l’endroit !

(à suivre)

Jean Philippe Chauvin
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