( 5 décembre, 2019 )

L’Action fédère, l’exacerbation des sensibilités divise

 

Lu sur « Je Suis Français » ces réflexions intéressantes de Michel Michel

Le royalisme est divisé en de multiples courants, chapelles et sensibilités  ; c’est le lot commun aux mouvements qui ne sont pas stabilisés par le risque de perdre postes, prébendes et autres avantages matériels.

Au PS, à l’UMP, où chaque placard cache un cadavre on aurait bien plus de raisons de se haïr. Mais on risque aussi de perdre gros. Pour nous qui possédons si peu, une scission ne coûte pas cher…

A l’époque de l’OAS, on s’adonnait à un jeu pervers  : dès que des partisans de l’Algérie Française étaient rassemblé à trois ou plus, quelqu’un demandait  : «  qui est la barbouze  ?  » Cela n’améliorait pas les relations humaines, on s’en doute…Le jeu de «  ma façon à moi d’être royaliste  » est presque aussi pervers  : «  Es-tu royaliste ou monarchiste  ? Royaliste de droite ou de gauche  ? Partisan d’une monarchie féodale ou absolue  ? Monarchien ou émigré  ? Avec les gardes du Cardinal ou les mousquetaires du Roi  ?  ». Quelles belles disputes byzantines en perspective  ! (Pour ma part je serais plutôt théocrate tribaliste…)

Et de «  mon royalisme à moi  », on passe vite à «  mon roi à moi  », (ce qui est la négation du royalisme), c’est-à-dire au «  Moi-roi  » (comme on dit « l’enfant-roi  » pour dire qu’il est gâté).

Ces spéculations sont improductives et démobilisatrices  : l’univers des motivations est indéfini, sans fin…Lorsque deux âmes élues auront l’illusion d’avoir tant en commun, elles arriveront vite à trouver un point de vue qui les divise, d’autant plus irrémédiablement qu’elles auront fait de leur subjectivité le critère de leur union.

D’ailleurs, – sauf en de brèves périodes d’hégémonie d’une doctrine comme celle que l’Action Française était parvenu à imposer partiellement à certains moments de son histoire -, pourquoi les royalistes seraient-ils moins divisés que les républicains  ? Les tendances centrifuges des tribus gauloises ne datent pas de 1789, et c’est une des raisons qui justifient la nécessité de la monarchie en France.

Au contraire, l’action implique une confrontation avec les résistances du réel  ; elle constitue une ascèse dans laquelle s’évanouissent bien des faux problèmes. Le matériau éprouve la volonté et dissipe les velléités. La psychanalyse se fonde sur une intuition juste quand elle explique la construction de la personne par l’interaction du principe de plaisir et du principe de réalité. Les aspirations qui ne se confrontent pas avec le monde nécrosent.

C’est le projet commun qui fédère. Surtout, comme l’a bien établi Carl Schmitt, quand l’action s’exerce sur un terrain où l’on a besoin d’alliés pour vaincre des adversaires. Les troupes se soudent dans le combat (surtout s’il est victorieux) et se délitent à Capoue.

Les royalistes sont restés trop longtemps hors du champ politique, ils n’ont plus que des adversaires abstraits  : les travers de leurs comportements s’expliquent en grande partie par cette situation planante.

Grosso modo, depuis les combats pour l’Algérie Française où ils avaient pris une part importante, si l’on excepte les affrontements avec les gauchistes dans les années 70 qui n’ont surtout touché que la frange étudiante et parisienne de l’AF, les royalistes étaient hors jeu, réduits à des activités commémoratives. C’est-à-dire qu’ils n’existaient qu’à leurs propres yeux  ; plus souvent en affrontements avec d’autres royalistes qu’aux prises avec un terrain extérieur.

Depuis quelques années la montée du souverainisme et les révoltes populistes leur permettent de sortir de cette situation. Les royalistes de toutes nuances, qui auparavant étaient incapables de s’entendre sur le terrain des chapelles fleurdelysées, lorsqu’ils s’engagent dans ce combat, s’y croisent en bonne connivence face aux courants jacobins, marxistes ou libéraux. La cause de l’indépendance nationale est centrale pour l’avenir de notre pays et laisse présager des affrontements entre le pays réel et le pays légal que ce dernier aura du mal à digérer. Serons nous en mesure de profiter de cette lame de fond  ? J’enrage, devant cette occasion historique qui se présente à nous, de constater que des royalistes préfèrent se contempler le nombril dans leurs cénacles.

Je ne veux pas dire pour autant qu’il faille négliger la question des motivations.

Dans les années 70, la Nouvelle Action Française (devenue depuis la NAR) avait perdu l’essentiel de ses militants en prenant son public à rebrousse poils. Loin des discours utopistes sur la Royauté préfigurant la descente de la Jérusalem céleste, on y présentait la monarchie comme un léger réglage qui améliorerait le fonctionnement institutionnel de la Ve république sans changer grand-chose au «  consensus  » plat du politiquement correct.

Cette position n’aurait pas été absurde la veille d’un coup d’état royaliste pour rassurer l’opinion, isoler les opposants et faciliter les ralliements de dernière heure ; mais dans l’état groupusculaire où nous nous trouvions, elle décourageait l’élan de ceux qui avaient besoin de fonder leur engagement – aux résultats lointains et aléatoires – sur des convictions qui dépassent de simples considérations de droit constitutionnel.

Les valeurs et les motivations sont comme le combustible qui fait tourner le moteur de l’action royaliste. Mais attention à ne pas noyer le moteur…

Les valeurs se vivent. A trop les expliciter, elles se réduisent vite en langue de bois, en rhétorique vaine. Décortiquer les motivations est une activité psychologiquement intéressante mais ça n’a jamais augmenté leur puissance. Il y a même quelque chose d’obscène à vouloir déployer totalement les motivations d’une personne.

Michel MICHEL

( 30 novembre, 2019 )

Des musulmans peuvent-ils être vraiment Français ? Exceptionnellement, oui. D’une manière générale, non

 

Lu sur le « Salon Beige » ce texte intéressant du Maire de Montfermeil qui rappelle les paroles du bienheureux Charles de Foucaud.

 

A propos du film Les Misérables, sur la violence des bandes à Montfermeil, le maire de cette ville, Xavier Lemoine, écrit dans Le Figaro, en évoquant les émeutes de 2005 :

[…] En trois mots il s’agit de faire connaître, respecter et aimer la France. C’est cette politique que devrait porter la nation tout entière. Mais à regarder la complaisance pour tout ce qui dénigre et culpabilise la France, on mesure l’écart abyssal qu’il y a. «Tout royaume divisé contre lui-même périra.» Rien de moins.

Pour aller plus loin dans la compréhension et la recherche de solutions je ne peux que redire ce qu’en 2005, convoqué après les émeutes par l’Intérieur, Matignon puis l’Élysée, j’ai dit: «Le seul document qui vaille la peine d’être lu pour nous éclairer sur les événements en cours est la lettre de Charles de Foucaud à René Bazin du 29 juillet 1916». À nul endroit mes interlocuteurs n’en ont ri. Tous l’ont lue. Par trois fois la réponse fut: «M. le maire c’est vous qui avez raison, (un silence) mais comment le dire?». Il est maintenant minuit moins cinq.

Voici un extrait de cette lettre :

Des musulmans peuvent-ils être vraiment Français ? Exceptionnellement, oui. D’une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s’y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l’un, celui du Mehdi, il n’y en a pas ; tout musulman, (je ne parle pas des libre-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu’à l’approche du jugement dernier le Mehdi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l’islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non-musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère ; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’engage à subir avec calme son épreuve ; « l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s ‘il se tient tranquille, il se retrouve intact le jour de la libération », disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu’aux Allemands, parce qu’ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger ; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d’honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècle : mais d’une façon générale, sauf exception, tant qu’ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Mehdi, en lequel ils soumettront la France.

( 28 novembre, 2019 )

ROYALISME ONTOLOGIQUE OU IDEOLOGIE ROYALISTE ?

 

article paru sur le site de l’Action Française

 

Nous publions  à partir d’aujourd’hui sur quatre semaines  une série d’articles de notre ami Michel Yves Michel, militant de toujours, dont l’ensemble est intitulé  : «  Je suis royaliste mais je me soigne  ».

Au début des années 60 (il s’est bien amendé depuis), Alain de Benoist, était alors leader maximo d’une Fédération des Etudiants Nationalistes qui professait une idéologie panblanchiste («  du Cap à Atlanta  »). Sous le pseudonyme de Fabrice Laroche, il avait publié un Dictionnaire du nationalisme dans lequel il définissait le nationalisme comme «  l’éthique de l’homme occidental  ».Dès lors que l‘idée de nationalisme était coupée de la réalité de la communauté française, elle devenait le réceptacle de tous les fantasmes et la source des pires dérives.

Je crains qu’à trop se centrer sur une conception ontologique, sans rapport avec la France réelle, ignorant des obstacles concrets qui résistent à notre action, notre royalisme ne devienne au mieux que l’adhésion à un archétype (qui comme tout archétype se suffit à lui-même) et au pire à une idéologie.

Ce n’est pas la Vie, ni l’Enfance que sauve une mère, c’est  son enfant.

Vladimir Volkoff écrivait  : mieux que des Principes, nous avons des Princes. C’est cette fidélité à une communauté – la France -, à une histoire particulière, à une famille et à un Prince en chair et en os (et non un support de projections), qui permet aux royalistes d’échapper à la folle raison des idéologies.

J’apprécie bien l’oeuvre de Maurras pour fonder le royalisme en raison. Mais le raisonnement doit précisément mener à cette fidélité incarnée, sinon, la pure passion idéologique risque de finir dans les néants de la Légion Charlemagne.

En mettant l’accent sur l’être du royaliste, ne risque-t-on pas d’essentialiser le royalisme. Je suis royaliste parce que je suis Français et que la monarchie capétienne est constitutive de notre nation. Mais la part helvétique que je tiens de mon grand père se rebifferait si on voulait imposer une monarchie dans une Suisse qui s’est constituée contre la domination des Habsbourg et se porte relativement bien d’une démocratie tempérée par la décentralisation et des mœurs traditionnelles. Et si j’étais Italien, je ne crois pas que je serais partisan de cette Maison de Savoie qui fut porteuse de ce projet subversif que fut le Risorgimento.

Une ontologie de la Royauté passe encore, les idées platoniciennes et le Roi du Ciel pourraient le faire accepter… Mais essentialiser le royalisme  ?

Maurras pouvait écrire je suis de Martigues, je suis de Provence, je suis Français, je suis Romain, je suis humain. «  Etre royaliste  » n’est pas du même ordre  ; ce n’est pas une identité essentielle mais une conséquence de l’être Français, le moyen de défendre le bien commun de cette communauté de destins qu’est la France.

DE LA DÉRIVE ETHIQUE   AU PRINCE A LA CARTE

Comme ces fidèles des petites églises parallèles qui se félicitent d’assister à des messes aux rites les plus raffinés où les volutes des encens capiteux baignent les dentelles et les ors, sans se poser la question de l’Eglise à laquelle se rattache le desservant ni même si le prêtre a été ordonné par un Evêque ayant reçu la tradition apostolique, des royalistes se vouent parfois à un Prince lointain, qui, parce que lointain, ressemble tant à leur idéal de chevalier blanc de conte de fées. «  Je ne prétends à rien, je suis  » aurait dit Luis Alfonse de Borbon, la formule est belle, mais suffirait-elle à légitimer un prince non-dynaste  ?

D’autant plus que cette formule pourrait servir de devise à tous les innombrables descendants secrets de Louis XVII, les Grands Monarques et autres élus sur le mode davidiques qui depuis la Révolution, surgissent dans tous les cantons de France et de Navarre.

Je n’ai aucun mépris pour ces prétendants cachés, j’en connais personnellement trois (dont l’un a été un grand esprit)  ; ils relèvent au moins autant d’une pathologie historique et sociale que d’une maladie mentale individuelle. Quand une société subit un traumatisme majeur, -et l’interruption d’une dynastie vieille de mille ans qui a constitué la France est un traumatisme majeur-, la conscience collective cherche à cautériser cette béance par le déni. Cela se traduit par le sébastianisme au Portugal, les tsarévitchs retrouvés en Russie ou les retours prophétisés de Frédéric Barberousse. Cette conscience malheureuse se cristallise sur celui se croit investi pour «  re-présenter  » le Roi absent.

Je serais plus sévère pour la petite cour de ceux qui, par démagogie et par goût du rêve, flattent ces crypto-prétendants, comme les adultes feignent de croire au Père Noël devant les petits enfants.

Eh bien  ! Chacun de ces élus secrets peut s’écrier  : «  je ne prétends pas, je suis  ». Cette formule reflète peut-être une conviction intérieure mais n’atteste en rien d’une légitimité dynastique.

Quoiqu’il en soit je suis assez ancien militant pour me souvenir qu’avant les années 1960, la question dynastique ne se posait pas. La distinction entre orléanistes et légitimistes était obsolète depuis la mort du Comte de Chambort («  Les Princes d’Orléans sont mes fils  »). La branche espagnole des Bourbons , n’était pas dynaste  ; non pas tant à cause du traité d’Utrecht qu’en raison des lois fondamentales du Royaume (le principe de pérégrination est fixé depuis le XVIe siècle), de la jurisprudence (la Cour et les Parlements tenaient en permanence le tableau de l’ordre de succession où les Bourbons d’Espagne ne figuraient pas), et l’esprit des lois (c’est pour ne pas dépendre d’un Carolingien vassal de l’Empereur que les Barons et Evêques francs élisent Hugues Capet et pour ne pas subir un roi anglais que l’on déterre la vieille loi salique).

Dans les années 60, le Comte de Paris qui s’était éloigné de l’Action Française et fréquentait  (horresco referens  !) des élus radicaux-socialistes et des syndicalistes, avait soutenu De Gaulle lors d’un référendum et une tentative de Restauration appuyée sur le Général s’était amorcée. Or, la plus grande partie des royalistes s’était engagée dans le combat pour l’Algérie Française et vouait une haine viscérale à De Gaulle qui se reporta sur le Prince.

C’est dans ce contexte que le malheureux Duc de Ségovie se mit à prétendre à la couronne de France, avec, dit-on, quelques fonds secrets espagnols, Franco ayant fait le choix de Juan Carlos pour lui succéder, il s’agissait d’écarter une des branches concurrente des Bourbons d’Espagne.

L’Action Française, gardienne de l’orthodoxie royaliste, affaiblie dans la défaite de l’Algérie française, certains royalistes par dépit ou par méconnaissance soutinrent la cause du Duc de Ségovie comme les ultra de la Ligue avaient soutenu les Guise par défiance envers une Maison soupçonnée de pactiser avec les Huguenots ou comme la passion anticommuniste avaient amené certains à combattre aux côtés des Allemands sur le front de l’Est.

Les partisans du Duc de Ségovie et de ses successeurs relevèrent l’appellation de «  légitimistes  » et qualifièrent ceux qui continuaient à reconnaître Henri Comte de Paris pour leur Prince légitime, «  d’orléanistes  »  ; ce qui était particulièrement injuste car d’une part ces derniers sont évidemment partisans du Roi légitime et d’autre part ils se réclameront certainement plus des «  légitimistes  » du XIXe siècle que des «  orléanistes  » de cette époque.

Curieux «  légitimisme  » qui se présente comme un purisme mais dont les motivations consistent à choisir son Roi en fonctions de critères idéologiques, et qui aboutit enfin à la multiplication des prétendants de fantaisie…

Car le flottement sur la légitimité dynastique va entraîner chez beaucoup une position d’abstention plus ou moins (mal) justifiée par un pseudo-providentialisme («  Dieu désignera son élu  »), ou encore un assez vulgaire pragmatisme (« Je reconnaîtrai le premier qui parviendra à se faire sacrer à Reims  »)  ; toutes les spéculations deviennent permises  : s’il faut ne tenir compte que de la loi de primogéniture, alors ce sont les Bourbons-Busset qui sont les rois légitimes. Pourquoi pas un roi anglais  ? Un Carolingien pour faire l’Europe  ? Un Mérovingien qui prétendrait être issu du Christ et de Marie-Madeleine pour profiter de la vogue de Da Vinci code  ? (Tiens je n’ai pas encore entendu parler d’un prétendant qui descendrait de Vercingétorix, la place est à prendre). Et puis finalement pourquoi pas cet illuminé qui se prétend descendant secret de petit Louis XVII  ? Pourquoi pas moi  ? Et si l’humour m’empêche de suivre cette pente paranoïaque, je me résignerai à proclamer  : «  vive le Roi de Patagonie  !  ».

Je ne crois pas que cette dérive réalise «  l’Universelle Monarchie  » à laquelle faisait allusion Henry Montaigu  ; elle en est la caricature.

Mon intention ici n’est pas de traiter de la légitimité dynastique, mais il me semble que le détour sur ce thème illustre les aberrations auxquelles peut aboutir une mentalité qui met trop exclusivement l’accent sur  l’éthique et l’esthétique en oubliant tout principe de réalité.

Michel MICHEL

( 6 novembre, 2019 )

Droits de l’Homme

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

La référence habituelle des Papes récents aux « droits de l’homme » ne s’inscrit-pas dans la Tradition de l’Église ?

Toute référence aux « droits de l’homme » me fait grincer des dents ; et je ne vois pas la nécessité de faire allégeance à la révolution américaine ou à la révolution française pour proclamer les bienfaits d’un état de droit voire de coutumes.

Un état de droit présuppose une Cité, une organisation politique localisée, fruits d’une histoire particulière, dont on puisse déterminer le «  Bien Commun  ». Un état de droits et devoirs, sous une forme écrite ou coutumière est un élément de ce Bien Commun mais pas le seul. Ce n’est donc pas un absolu.

Ensuite parce que l’Homme des «  droits de l’homme  » est une abstraction coupée de toutes ses racines culturelles. «  Il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes  ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan  ; mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie, s’il existe, c’est bien à mon insu  » ironise Joseph de Maistre («  Considération sur la France  » 1789).

Les «  Droits de l’Homme  » sont devenus une idole qui sert à justifier «  la révolte de l’individu contre l’espèce  » (Ch. Maurras),

Ils facilitent non seulement les errances libertaires mais aussi le triomphe de l’arbitraire et du contrat contre les mœurs et les coutumes du pays réel. On comprend pourquoi les totalitarismes (dont le libéralisme) se rallient à ces «  Droits de l’Homme  ».

Combien d’enfants se révoltent contre les exigences des parents au nom du «  J’y ai droit  ?  »  ?

Dans les sociétés traditionnelles, «  holistes  », les droits et devoirs découlent de la «  transcendance  » par l’enseignement des religions. Des droits de l’homme purement contractuels sont des droits de l’Individu sans Dieu, sans Tradition et sans communautés. L’idéal républicain quoi  !

Michel MICHEL

 

( 31 octobre, 2019 )

La justice sociale, une exigence politique.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

La question sociale mérite que l’on y prête attention et que l’on y réponde, autant que possible et selon les règles d’une justice sociale que nombre de nos concitoyens semblent parfois avoir oubliée : il est vrai que la lecture des manuels scolaires ou universitaires démontrent une certaine négligence sur le sujet, comme on peut le constater dans les manuels de géographie de Première des nouveaux programmes qui n’évoquent la question du chômage en France, par exemple, que par le biais d’une photo ou d’un titre de presse, sans s’y attarder plus longuement, comme si les quelques cinq millions de Français confrontés à ce drame étaient destinés à l’invisibilité ! Comment pourrait-il en être autrement quand la mondialisation, vantée sous tous les angles et couplée avec une métropolisation conquérante, est présentée comme le progrès par excellence, ce progrès obligatoire et « évidemment accepté par tous » (ou presque), désormais un peu verdi par les projets dits de développement durable, un progrès auquel il faut s’adapter pour accroître « l’attractivité », nouveau maître-mot des programmes d’aménagement du territoire ? Du coup, chômeurs et territoires en déshérence ne sont plus vus que comme les « perdants de la mondialisation », formule dont, le plus souvent, on ne retient que le premier mot, péjorativement prononcé et compris comme symbole d’un échec à imputer, non au système économique ou politique, mais aux seuls chômeurs ou aux territoires désertés… Le plus grave est peut-être que cette opinion négative est intégrée par les victimes mêmes de cette situation, un peu de la même manière que lorsque les petits Bretons ou Basques étaient moqués pour leurs langues et coutumes particulières dans l’école de Jules Ferry, au nom d’un progrès qui, à l’époque, se déclinait dans les manuels scolaires sous la formule de « République une et indivisible », et qu’ils en développaient parfois un complexe d’infériorité.

 

Le mouvement des Gilets jaunes a réveillé ce « peuple des perdants » comme le nommait récemment un sociologue sans acrimonie à leur égard, et la République en a tremblé quelques semaines avant de reprendre ses mauvaises habitudes de déni social et de suffisance. Que le gouvernement nommé par M. Macron, et malgré quelques bonnes volontés en son sein qu’il ne s’agit pas de dénigrer (preuve de la complexité du régime macronien, de cet « enfer pavé de bonnes intentions » selon un de ses adversaires), apparaisse comme le « bras armé politique de la mondialisation en France », n’est pas un contresens mais bien une triste réalité qu’il s’agit, elle, de dénoncer et de vouloir changer, non par pur idéalisme, mais par souci politique de la justice sociale. Cette dernière ne naît pas naturellement du monde dirigeant et décisionnaire de l’économie, de cette oligarchie qu’il faudrait plutôt nommer ploutocratie si l’on veut être complètement honnête, mais c’est bien par le moyen du politique, de l’exercice de l’Etat qu’elle peut être respectée et honorée comme elle doit l’être. La République peut-elle être cet Etat soucieux de la justice sociale, elle qui semble parfois avoir remplacée la main de justice par la matraque de Castaner ? J’en doute, et d’autant plus depuis les débuts de cette crise sociale inédite dont notre pays n’est pas sorti depuis un an qu’elle a commencé sur les ronds-points de France.

 

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La justice sociale n’est pas, ne doit pas être un « détail de l’histoire » : elle doit être la profonde motivation contemporaine de tout Etat digne de ce nom et c’est pour avoir oublié cette exigence de justice que nombre de gouvernements et de régimes, de par le monde, connaissent actuellement des mouvements de révolte souvent massifs et parfois brutaux, rompant avec ce fatalisme et cette non-violence qui, en définitive, semblaient convenir aux dirigeants et légitimaient, d’une certaine manière, leur inertie sociale au profit des grands intérêts financiers et économiques particuliers et au détriment du bien commun que, d’ailleurs, les plus libéraux des libéraux continuent à méconnaître ou à dénigrer dans une logique toute thatchérienne… Margaret Thatcher affirmait que la société n’existait pas, ce qui évitait logiquement d’avoir à traiter de la justice sociale, mais les réalités humaines, individuelles comme collectives, ont défait ce mythe libéral.

 

La France ne peut oublier cette exigence de justice sociale que crient les peuples de notre pays, au sein de leurs villes et campagnes, au travers de leurs professions et activités économiques, mais aussi au gré des contestations contemporaines : cette exigence, d’ailleurs, n’est pas à sens unique et elle doit être l’occasion de repenser les fonctions économiques et les rapports sociaux, non dans une logique, vaine et souvent créatrice d’injustices, d’égalitarisme social, mais selon les critères de bien commun, de nécessaire solidarité et entraide, de service et non d’égoïsme ou de grivèlerie économique… La grande question des retraites, qui commence à préoccuper nombre de nos concitoyens, doit être l’occasion de réaffirmer la nécessité d’une justice sociale qui doit inclure plutôt qu’exclure ou marginaliser, qui doit inciter au partage et à la mise en commun et non au repli sur soi de chaque classe sur ses seuls intérêts ou jalousies : elle ne pourra être résolue positivement que par la prise en compte des qualités et des fragilités de chacun, au sein de son cadre socio-professionnel et « d’enracinement », et selon le contexte local et national. En ce sens, une réponse « corporative », c’est-à-dire qui pense le travail dans un cadre professionnel et local, selon des règles établies par branche d’activités ou corps de métier (et cela sans méconnaître les mutations du travail ni les mobilités contemporaines, mais en leur fixant un cadre légal et approprié à ces particularités), apparaît possible et, même, souhaitable : au-delà de la justice sociale, cela assurerait une visibilité et une prévisibilité à des systèmes de retraites qui doivent s’inscrire dans la durée pour satisfaire aux besoins des travailleurs d’hier comme à ceux d’aujourd’hui et de demain.

 

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Encore faudrait-il que l’Etat, qui doit être le garant suprême de la justice sociale entre (et pour) tous les corps et citoyens de ce pays, retrouve les moyens d’assurer et d’assumer son rôle de justicier : pour avoir la légitimité et la force d’incarner ce souci éminemment politique, il lui faut être indépendant des jeux de partis et des grandes féodalités financières et économiques, mais aussi des pressions de la « gouvernance » (sic !) de l’Union européenne et de la mondialisation. Il n’est pas certain que, désormais, l’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel assure solidement l’indépendance de la magistrature suprême de l’Etat, car les jeux économico-politiciens l’ont prise en otage. Reconquérir l’indépendance pour l’Etat passe par un mode de désignation qui ne doive rien à l’élection sans, pour autant, la dénier pour les autres constituants de la sphère politique (assemblée nationale ; sénat ; municipalités ; chambres économiques, professionnelles, agricoles, etc.) : ainsi, la transmission héréditaire de la magistrature suprême de l’Etat apparaît comme la plus simple et la plus pérenne à long terme pour s’abstraire des égoïsmes politiciens ou particularistes. Que pour la Monarchie royale en France, la main de justice ne soit pas un simple hochet mais un symbole fort et nécessaire de sa vocation sociale, nous paraît comme le signe le plus évident mais aussi le plus exigeant de sa nature politique : si la Monarchie réinstaurée l’oubliait ou le négligeait, elle en paierait le prix le plus élevé, celui du discrédit et de la chute finale, comme le signalait avec véhémence le plus fidèle des royalistes, notre capitaine Georges Bernanos…

Jean-Philippe CHAUVIN

( 9 octobre, 2019 )

La reprise en main de la démocratie ou l’impossible représentation

 

Lu sur « JE SUIS FRANÇAIS »

Sous couvert de lutte contre le populisme, un double mouvement convergent de reprise en main de la démocratie est à l’oeuvre ; d’un côté par les « experts », d’un autre par les organes institutionnels de représentation de la souveraineté nationale. Un tel phénomène pose de manière renouvelée la question de la représentation politique mais aussi, plus fondamentalement, celle de la légitimité du pouvoir. 

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La démocratie est-elle une chose trop sérieuse pour être abandonnée aux peuples ?

À voir la manière dont, dans différents États d’Europe occidentale, la volonté directement exprimée par les peuples se trouve contrecarrée par les organes de la démocratie représentative, la question peut légitimement se poser. Quelle que soit la forme constitutionnelle, on voit de plus en plus les institutions représentatives s’opposer à la volonté populaire telle qu’elle a pu s’exprimer par le vote, qu’il s’agisse, en France, du référendum de 2005 dont le résultat a été pratiquement annulé par la ratification parlementaire d’un traité reprenant l’essentiel du projet rejeté par le peuple ou, tout récemment, des interminables palinodies du Parlement britannique pour repousser indéfiniment la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, dont le principe a pourtant été adopté par référendum. Le cas italien d’un renversement d’alliance entre partis minoritaires aboutissant à l’exclusion du parti majoritaire participe également de ce même mouvement de reprise en main de la démocratie par des organes constitutionnellement représentatifs mais qui ne semblent pas refléter, en fait, l’opinion majoritaire du moment.

Le gouvernement des « experts »

Ce mouvement, certes déjà ancien mais qui s’accélère de jour en jour, prend appui sur une idéologie, celle du néo-libéralisme, dont l’origine dans la pensée d’un auteur américain de la première moitié du XXe siècle, Walter Lippmann, a été fort bien mise en évidence par un ouvrage récent’. Selon cette idéologie, l’inadaptation de l’espèce humaine à l’environnement mondialisé qu’elle a elle-même créé, exige une réadaptation massive « conduite d’en haut par l’expertise des dirigeants et soustraite par principe au contrôle des citoyens »2. Le mode de fonctionnement de l’Union européenne, mais aussi bien la pratique macronienne de la Ve République en France, sont des exemples assez significatifs de cette imprégnation idéologique.

Toutefois, l’idéologie néo-libérale ne rend pas compte en totalité du mouvement actuel de marginalisation de la volonté populaire dans la prise de décision politique. Parallèlement à cette forme nouvelle de despotisme éclairé, qui tend à évincer du champ politique tant les peuples que leurs représentants, on voit, au sein de ce qui reste de pratique démocratique, la représentation prendre le pas sur l’expression directe de la volonté populaire. Or, cette seconde tendance tire son origine du principe même de la démocratie représentative.

Une représentation non représentative

Celle-ci, comme l’a relevé dès l’origine l’école contre-révolutionnaire, repose sur une équivoque jamais résolue. « Le peuple, remarquait ainsi Joseph de Maistre, est un souverain qui ne peut exercer la souveraineté »3, car on ne peut être à la fois sujet et souverain, subordonné et indépendant, gouvernant et gouverné. La démocratie représentative permet apparemment de sortir de ce dilemme. La souveraineté appartient au peuple, mais il l’exerce par ses représentants, de sorte que dans l’exercice de la souveraineté, il n’y a plus de confusion possible entre ceux qui gouvernent et ceux qui obéissent.

Mais dans un tel système, la représentation n’est plus une simple fiction juridique permettant l’expression d’une volonté collective ; elle devient une sorte d’hypostase, de personnification d’une souveraineté purement abstraite. C’est là l’origine d’un malentendu historique fréquent sur la notion de démocratie représentative. On confond trop souvent représentation et représentativité. Or, dans la démocratie moderne telle qu’elle a été établie en France par la Révolution, la « représentation nationale » est née, précisément, d’un refus de la représentativité. Elle prétend incarner la souveraineté nouvelle dans le même temps qu’elle rompt avec sa représentativité originelle. En se proclamant « Assemblée nationale » le 17 juin 1789, les députés aux États généraux ont rejeté toute idée de représentativité pour invoquer une représentation nouvelle ; ils étaient les représentants des corps qui les avaient élus, ils deviennent ceux de la Nation dont ils ne tarderont pas à proclamer la souveraineté dans l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Il existe par conséquent un lien historique direct entre la proclamation de la souveraineté nationale, censée appartenir au Peuple, et le refus de toute représentativité de ceux qui sont appelés à exercer en son nom le pouvoir souverain. On retrouve là le paradoxe originel de la démocratie représentative. La « représentation nationale » représente un souverain abstrait, mais certainement pas le peuple réel. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que celui-ci ne se sente pas représenté ; de fait, il ne l’est pas. En cela, la souveraineté du peuple est sans doute le meilleur moyen inventé pour rendre impossible la représentation réelle du peuple, car on ne saurait se représenter devant soi-même. Si le peuple est souverain, il ne peut pas être représenté et la « représentation nationale » qui exerce le pouvoir en son nom ne représente que le titulaire abstrait d’une souveraineté abstraite.

La question de la légitimité

Cette impossible représentation du Peuple souverain devant lui-même laisse béante la question de la légitimité du pouvoir politique. Si la « représentation nationale » n’est pas représentative, comment peut-elle prétendre exercer une souveraineté au nom du Peuple qui est censé en être le seul titulaire ? Vient un moment où la question ne peut plus être éludée. La prétention de la « représentation nationale » à exercer la souveraineté ne peut tenir indéfiniment lorsque cette même « représentation nationale » entend ouvertement faire obstacle à toute expression politique émanant directement de ceux qu’elle prétend représenter. Un représentant qui s’oppose à celui qu’il est censé représenter peut certes rester « légal », mais son illégitimité profonde, au regard de ses propres principes eux-mêmes, ne peut être longtemps occultée.

C’est alors que la distinction maurrassienne entre le « pays réel » et le « pays légal » pourrait révéler toute la richesse de ses potentialités. Cette distinction, devenue classique, ne fait pas seulement apparaître l’absence de représentativité des organes d’exercice du pouvoir souverain à l’égard du Peuple, auquel est censée appartenir la souveraineté nationale. Elle manifeste aussi le vide abyssal de légitimité d’une « représentation nationale » qui apparaît de plus en plus comme ce qu’elle a toujours été et qui avait été vu d’emblée par Burke : « une association volontairement formée pour s’emparer, à la faveur des circonstances, du pouvoir de l’État »4.  ■
1. B. Stiegler, « Il faut s’adapter». Sur un nouvel impératif politique, Paris, Gallimard, coll. NRF Essais, 2019.
2. Ibid., p. 47.
3. J. de Maistre, De la souveraineté du peuple, Paris, P.U.F., coll. Questions, 1992, p. 92.
4. E. Burke, Réflexions sur la révolution en France, trad. P. Andler, Paris, Les Belles Lettres, 2016, p. 172.

Jean-Baptiste DONNIER

( 8 octobre, 2019 )

Maurras dans le débat public : Pour en finir avec le temps où les Français ne s’aimaient pas …

 

Lu sur JE SUIS FRANÇAIS. Voici un texte à lire et à diffuser

 

Ce n’est pas nous qui parlons le plus de Maurras. C’est le débat public. NKM avait accusé Patrick Buisson, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de vouloir faire gagner les idées de Charles Maurras. Il y a quelques mois,  Laurent Joffrin titrait un article de Libération très remarqué : Charles Zemmour et Eric Maurras [16.10.2018]. Il concluait son article en prenant pour cible le dernier ouvrage paru de Zemmour : « Le livre s’appelle Destin français. Il y avait un meilleur titre : « Action française ». Nous n’y pouvons rien, c’est le fait : Maurras le prétendu maudit est présent dans le débat public. Et l’influence qu’il exerce sur les plus brillants des intervenants au dit débat est évidente. Nous revenons ici sur les grands reproches qui lui sont faits. Que valent-ils ?   JSF

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Il y a cent-cinquante ans – un siècle et demi ! – que Maurras est né à Martigues, en Provence [1868] « au bord des eaux de lumière fleuries » [1|. 

Il y a plus d’un siècle qu’il a inauguré son royalisme militant en publiant son Enquête sur la monarchie (1900). Et il y a presque 70 ans – une vie d’homme – qu’il est mort à Saint-Symphorien les Tours [1952]. Mais les passions qu’il a si souvent suscitées de son vivant – qu’elles fussent d’admiration ou de détestation, l’une et l’autre souvent extrêmes – ne semblent pas s’être émoussées avec le temps. Prêtes toujours à s’élancer. Comme pour attester une forme paradoxale et performative de présence de sa pensée et de son action.

On sait que la décision d’exclusion du ministre de la Culture, Mme Nyssen, a fini par susciter une vague d’indignations assez générale qui s’est retournée contre son auteur. Mme Nyssen ne savait pas ou avait oublié que depuis notre Gaule ancestrale ou le lointain Moyen-Âge, énorme et délicat, les Français détestent les interdictions. Et les Hauts Comités les démentis du Pouvoir.

Mais cette réprobation n’empêche pas à propos de Maurras l’inévitable mention, dogmatiquement prononcée, des « zones d’ombre ». Expression d’une notable imprécision, lourde de mystérieux et inquiétants sous-entendus et le plus souvent inexpliquée … À propos de Maurras, on réprouve l’interdit – en bref, on veut benoîtement la liberté d’expression – mais on accuse le fond.

« Zones d’ombre » est porteur d’opprobre. De quoi s’agit-il ? Qu’a donc fait ce Maurras qu’admiraient Proust, Péguy, Malraux et le général De Gaulle ; qui fut l’ami de Bainville et de Daniel Halévy, de Bernanos et de Joseph Kessel, de Barrès et d’Anatole France, d’Apollinaire et de Thibon, de Gaxotte et de Boutang ? Qui fut académicien français. Que consultait Poincaré au cœur de la Grande Guerre, que citait Pompidou dans une conférence demeurée célèbre à Science-Po Paris. « Zones d’ombre » ? Fût-ce brièvement, il nous faut bien tenter de dire le fond des choses, de quitter l’allusion sans courage et sans nuances.

Quatre grands reproches sont faits à Maurras : son antirépublicanisme, son nationalisme, son antisémitisme et son soutien à Vichy.

LA CONTRE-REVOLUTION

Le premier – le plus fondamental – est d’avoir été un penseur contre-révolutionnaire ; d’être le maître incontesté de la Contre-Révolution au XXe siècle ; d’avoir combattu la République et la démocratie, du moins sous sa forme révolutionnaire à la française ; enfin d’être royaliste. Options infamantes ? En France, oui. Mais en France seulement. Et pour la doxa dominante. La Révolution ni la République n’aiment qu’on rappelle leurs propres zones d’ombre. Leurs origines sanglantes, la Terreur, la rupture jamais cicatrisée avec notre passé monarchique, avec l’ancienne France, qu’elles ont imposée. « Soleil cou coupé » … écrira Apollinaire (2). Et, à la suite, à travers de terribles épreuves et quelques drames, toute l’histoire d’un long déclin français, d’un inexorable affaissement de notre civilisation, que Zemmour a qualifié de suicide et dont nous-mêmes, aujourd’hui, vivons encore l’actualité. Faut-il rappeler qu’au début des années soixante (1960), De Gaulle, monarchiste, avait envisagé que le Comte de Paris lui succède ? Que François Mitterrand dans sa jeunesse était monarchiste et que, comme en atteste, plus tard, sa relation constante avec le comte de Paris, il l’était sans-doute resté ? Quant à l’actuel président de le Réplique, on connaît ses déclarations sur le roi qui manque à la France … Sur sa conviction que les Français n’ont pas voulu la mort de Louis XVI, la mort du roi … (3) Faut-il reprocher à De Gaulle, Mitterrand ou Macron telle « zone d’ombre » ? Comme à Maurras ? Ce dernier voulut simplement, à la différence de ces derniers grands-hommes, que ce qu’il savait nécessaire pour la France devînt réalité. Il y consacra sa vie et y sacrifia sa liberté.

LE NATIONALISME

Le nationalisme, autre « zone d’ombre » ? Être nationaliste, un motif d’opprobre, de rejet moral ? Non, s’il s’agit d’un nationalisme quelconque à travers le monde. Oui – pour la bien-pensance – s’il s’agit du nationalisme français. Maurras l’avait défini comme « une douloureuse obligation » dont la cause et le contexte sont historiques, bien plus qu’idéologiques : l’humiliante défaite de 1870 et l’affrontement franco-allemand qui ne cessera jamais vraiment entre 1870 et 1945. « Douloureuse obligation » créée aussi par l’absence de roi, laissant la France aux mains, pour ne pas dire à la merci, d’un régime faible divisé et imprévoyant, qui la plaçait en situation d’infériorité face à l’Allemagne impériale. Plus tard, face à l’Allemagne nazie. Au cours de chacune des deux avant-guerres, Maurras avait vécu dans l’angoisse de l’impréparation où nous maintenait l’État républicain, laquelle devait rendre la guerre à la fois inévitable et terriblement meurtrière. Avant 1914, il avait eu la vision tragique de ce qui se préparait : « Au bas mot, en termes concrets, 500 000 jeunes français couchés froids et sanglants sur leur terre mal défendue » (4). On sait ce qu’il en fut, qui fut bien pis. Entre 1935 et 1939, l’on eut la reproduction du même scénario. La trahison de Blum refusant d’armer la France face au nazisme en même temps qu’il menait une politique étrangère belliciste irresponsable, les agissements du Parti Communiste, aux ordres de Moscou, comme Blum l’était de la IIème Internationale, allaient rendre le futur conflit mondial inévitable. « Pourquoi faut-il de tels retours ? « écrira alors Maurras. Dans la douleur, nous dit Boutang. On sait qu’il vécut cette période dans la certitude de la guerre et de la guerre perdue. Le « miracle de la Marne » qui avait sauvé la France en 1914, ne se renouvellerait pas … Tel fut, au-delà du simple patriotisme, le nationalisme maurrassien. Nationalisme non de conquête ou d’expansion mais de défense d’un pays menacé. Menacé de l’extérieur et de l’intérieur, car le danger allemand n’était pas le seul qui pesât sur la France. Son désarmement mental, social, politique et culturel, ses divisions, étaient à l’œuvre comme elles peuvent l’être encore aujourd’hui pour diverses raisons supplémentaires dont certaines – comme l’invasion migratoire ou le mondialisme – que Maurras n’eut pas à connaître. Elles justifient, elles aussi, la persistance de la « douloureuse obligation » d’un nationalisme français.

L’ANTISEMITISME

L’antisémitisme est un autre des grands griefs faits à Maurras. Il n’est pas un thème central dans son œuvre et dans sa pensée – comme il le fut pour Edouard Drumont dont l’influence avait été considérable à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. C’est pourtant à l’antisémitisme que l’on réduit souvent Maurras dans les débats d’aujourd’hui.

Une évidence s’impose ici : on ne comprendra rien à l’antisémitisme de Maurras, celui de son temps, très répandu en tous milieux, si, par paresse d’esprit ou inculture, l’on se contente de le considérer et de le juger avec des yeux qui ont vu, des mémoires qui savent, ce que vécurent les Juifs d’Europe entre 1930 et 1945, ce qu’était devenu l’antisémitisme en une époque barbare.  Dans la jeunesse de Charles Maurras et encore longtemps après, l’antisémitisme fut une opposition politique, culturelle et si l’on veut philosophique à l’influence excessive que leur communautarisme natif – singulièrement apte à « coloniser » – conférait aux Juifs de France. À propos de cet antisémitisme politique de Maurras, Éric Zemmour propose une comparaison tirée de l’Histoire : « Son antisémitisme était un antisémitisme d’État, qui reprochait aux Juifs un pouvoir excessif en tant que groupe constitué, à la manière de Richelieu luttant contre « l’État dans l’État » huguenot. » (5) Avant la seconde guerre mondiale, il n’y avait pas là motif à rupture personnelle ou sociale, ni même un motif d’inimitié. Le jeune Maurras est lié à Anatole France. Il fréquente le salon de l’égérie de France, Madame Arman de Cavaillet, née Lippmann ; il est l’ami de Marcel Proust, plus qu’à demi Juif (sa mère est née Weil). Ils resteront amis, quoique Proust ait été dreyfusard, jusqu’à la mort de l’auteur de la Recherche. Proust l’a écrit, aussi bien que son admiration pour Maurras, Bainville et Daudet.  On se souvient que Léon Daudet, disciple de Drumont bien davantage que Maurras ne le sera jamais, fit obtenir à Proust le prix Goncourt pour A l’ombre des jeunes-filles en fleur, en 1919 … L’un des plus vifs admirateurs de Charles Maurras et son ami jusqu’à sa mort après la Seconde Guerre mondiale (1962, dix ans après Maurras), sera l’un des Juifs les plus éminents du XXe siècle, Daniel Halévy, dont, pour la petite histoire, mais pas tout à fait, la fille épousera Louis Joxe, résistant, ministre du général De Gaulle, et père de Pierre Joxe. De Daniel Halévy, l’auteur d’Essai sur l’accélération de l’Histoire, Jean Guitton écrira : « Il avait un culte pour Charles Maurras qui était pour lui le type de l’athlète portant le poids d’un univers en décadence. » (6)

L’antisémitisme politique de Maurras, au temps de sa pleine gloire, ne le sépara pas des grandes amitiés que nous avons citées et de l’admiration que lui portèrent, de Malraux à Bernanos, les plus illustres personnalités de son temps. Maurras eut-il le tort de ne pas comprendre que la persécution des Juifs au temps du nazisme rendait toute manifestation d’antisémitisme contestable ou même fautive ? Impardonnable ? On peut le penser, comme Éric Zemmour. C’est ignorer toutefois deux points essentiels : 1. ce que souffrirent les Juifs lors du conflit mondial ne fut vraiment connu dans toute son ampleur qu’après-guerre, 2. Peut-être est-il triste ou cruel de le rappeler mais le sort des Juifs ne fut pas le souci principal ni même accessoire, des alliés pendant la guerre.  Ni Staline, lui-même antisémite, ni Roosevelt, ni Churchill, ni De Gaulle, ne s’en préoccupèrent vraiment et n’engagèrent d’action pour leur venir en aide, nonobstant leurs appels au secours.  Le souci premier de Charles Maurras était la survie de la France et son avenir. S’il s’en prit nommément à des personnalités juives bien déterminées pendant l’Occupation (comme à nombre d’autres), c’est qu’elles lui semblaient conduire des actions selon lui dangereuses et contraires aux intérêts de la France en guerre.

L’antisémitisme moderne, sans remonter à ses sources chrétiennes, pourtant réelles, trouve de fait son origine et son fondement dans les Lumières et l’Encyclopédie. L’on aurait bien du mal à exclure de la mémoire nationale toutes les personnalités illustres, françaises et autres, qui l’ont professé. Dont, en effet, Charles Maurras qui louait Voltaire de participer du « génie antisémitique de l’Occident ». Ce génie était de résistance intellectuelle et politique. Il n’était pas exterminateur. L’évidence est que les événements du XXe siècle ont jeté une tache sans-doute indélébile sur toute forme – même fort différente – d’antisémitisme. Cela est-il une raison pour reconnaître aux communautés juives de France ou d’ailleurs plus de droits d’influence qu’au commun des mortels ? Deux des présidents de la Ve république ne l’ont pas cru et ont parfois été taxés d’antisémitisme : le général De Gaulle, après sa conférence de presse de 1965 et ses considérations à propos d’Israël ; mais aussi François Mitterrand refusant obstinément – et en quels termes ! – de céder aux pressions des organisations juives de France, qu’il trouvait tout à fait excessives, pour qu’il présente les excuses de la France à propos de la déportation des Juifs sous l’Occupation (7). Ce que feront ses successeurs …

LE SOUTIEN A VICHY

Dernier des grands reproches adressés à Maurras : son soutien à Vichy. Nous n’avons pas l’intention de traiter longuement de ce sujet. Est-il encore pertinent ? Vichy est sans postérité. Il ne laisse ni héritage ni héritiers et n’est qu’un épisode tragique de notre histoire, conséquence incise du plus grand désastre national que la France moderne ait connu et qui aurait pu la tuer.

Il est absurde de définir Maurras comme « pétainiste ». Il était royaliste et contre-révolutionnaire. Qu’il ait pratiqué l’Union Sacrée en 1914-1918 ne le faisait pas républicain. Pas plus que son soutien au vieux maréchal ne fera de lui un pétainiste. Maurras ne fut pas davantage un « collabo » ; il détestait les Allemands qui le traitèrent en ennemi. Il refusa d’approuver la politique de collaboration. Il fut la cible des plus violentes attaques de la presse collaborationniste de Paris.

Entre la politique de Vichy – analogue à celle de la Prusse après Iéna ou de l’Allemagne de Weimar après l’autre guerre (finasser à la manière de Stresemann) – et la stratégie gaulliste de lutte contre l’occupant depuis l’étranger, l’on sait aujourd’hui laquelle des deux options l’a politiquement emporté. Ce n’était pas donné, c’était encore très incertain aux premiers jours de la Libération. Le grand historien Robert Aron, à propos de la politique de Vichy, pose cette question : « La Prusse après Iéna écrasée par un vainqueur intraitable n’a-t-elle pas su ruser elle aussi pour se relever et reprendre sa place parmi les États victorieux ? » (8). Une telle politique ne mérite ni opprobre ni infamie, fût-elle vaincue. C’est pourquoi François Mitterrand, comme nombre de ses pareils, devenu résistant, ne rompit jamais ses amitiés vichystes. Entre les deux mondes, il n’y eut de fossé infranchissable que pour les zélateurs intempérants d’après la bataille…

Y eut-il des excès de la part de Maurras au cours de la période considérée ? Sans aucun doute. Les maurrassiens sérieux n’ont jamais prétendu qu’il fût infaillible. Excès de plume surtout en un temps de tensions extrêmes où se jouait l’avenir de la Patrie. Croit-on qu’il n’y ait pas eu d’excès dans le camp d’en face ? Sous l’occupation et plus encore à la Libération ? Passons !

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Car, pour en terminer, notre avis sur cette matière sensible, est que le président Pompidou fit une sage et bonne action lorsque, répondant aux critiques de ceux qui lui reprochaient la grâce qu’il avait accordée à l’ex-milicien Paul Touvier, il déclara ceci qui devrait servir de charte aux Français d’aujourd’hui : « Notre pays depuis un peu plus de 30 ans a été de drame national en drame national. Ce fut la guerre, la défaite et ses humiliations, l’Occupation et ses horreurs, la Libération, par contre-coup l’épuration, et ses excès, reconnaissons-le. Et puis la guerre d’Indochine. Et puis l’affreux conflit d’Algérie et ses horreurs, des deux côtés, et l’exode de millions de Français chassés de leurs foyers, et du coup l’OAS, et ses attentats et ses violences et par contre-coup la répression …  Alors je me sens en droit de dire : allons-nous éternellement maintenir saignantes les plaies de nos désaccords nationaux ? Le moment n’est-t-il pas venu de jeter le voile, d’oublier ces temps où les Français ne s’aimaient pas, s’entre-déchiraient et même s’entre-tuaient ? » (9)

Reste alors Charles Maurras, grand penseur, écrivain, poète, félibre, académicien et patriote français qui appartient au patrimoine national.  ■ 

Gérard POL

1. Anatole France, poème dédicatoire pour Le Chemin de Paradis de Charles Maurras 
2. Zone, Alcools, 1913 
3. Emmanuel Macron, Le 1 Hebdo, 8 juillet 2015 
4. Kiel et Tanger, 1910 (913, 1921 …) 
5. Eric Zemmour, Figaro Magazine du 2.02.2018 
6. Jean Guitton, Un siècle une vie, Robert Laffont, 1988, 361 pages 
7. Jean-Pierre Elkabbach « François Mitterrand, conversation avec un Président » (1994) 
8. Robert Aron, Histoire de Vichy, Fayard 1954, 766 pages 
9. Conférence de presse du 21 septembre 1972.  
( 22 septembre, 2019 )

Sommes nous racistes ?

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

En marge des déclarations de Lilian Thuram lequel a déclaré à la presse  :

« Quand on parle du racisme, il faut avoir conscience que ce n’est pas le monde du football qui est raciste, mais qu’il y a du racisme dans la culture italienne, française, européenne et plus généralement dans la culture blanche », affirma d’abord l’ex-footballeur, avant d’ajouter : « Les blancs ont décidé qu’ils étaient supérieurs aux noirs et qu’avec eux ils peuvent tout faire, tout se permettre. C’est une chose qui existe depuis des siècles …»

Pourtant en 1955, lors de sa première tournée hors des États-Unis, le Golden Gate quartet, célèbre groupe de «  negro-spirituals  », se produisit dans la salle de l’Olympia à Paris, ville ou le groupe finit par s’installer . Car ils découvrirent alors, qu’en France on pouvait chanter partout, on pouvait prendre n’importe quel bus ou taxis, rien n’était réservé aux blancs ou aux noirs. C’était une nouvelle vie pour eux.

Alors la France s’inscrit-t-elle dans une tradition culturelle de racisme  ?

Si on se réfère aux «  indigènes de la République  » et autres organisations qui font profession de lutter contre le racisme, comme la LICRA ou SOS racisme, dans notre pays, il n’y a aucun doute.

Outre le fait que la notion de race ait disparue depuis quelques décennies du lexique scientifique, suite probablement à des recherches poussées et totalement dépourvues de motivations idéologiques, le petit blanc franchouillard est montré du doigt par nos élites pour la seule raison qu’il est blanc et franchouillard, voire catholique, ce qui constitue bien sûr une circonstance aggravante.

Une analyse sociologique montrerait vraisemblablement que le phénomène est une conséquence du démantèlement du vaste empire colonial constitué essentiellement durant le 19ème et au début du 20ème.

«  Vae victis  » avait dit Brennus qui rançonnait Rome, les vaincus ont en effet toujours tord.

La société, selon une bonne partie de nos élites, celle qui est le plus en vue, se diviserait donc entre racistes et antiracistes.

Pourtant Pierre-André Taguieff, homme de gauche qui a voué sa vie à l’étude de ce phénomène, notamment dans son ouvrage «  la  force des préjugés  » a bien montré que «  l’antiracisme  » fonctionnait sur le même mode et parfois avec les mêmes arguments que le racisme et par là même, pouvait faire naître du racisme là ou il n’existait pas.

Si j’affirme que je suis Français, blanc et catholique et que de surcroît je n’en éprouve aucune honte, est ce que je me déclare en haine de ceux qui ne le sont pas  ?

C’est bien là que se trouve le problème et c’est là que le discours antiraciste devient souvent ambigu et exclusif d’une forme d’être, d’un mode de vie, d’un attachement à des racines et des valeurs.

Le principe d’une société poussée par ses élites vers un vaste programme de cosmopolitisme généralisé se heurtera immanquablement à des résistances ici ou là. Et l’on désignera comme racistes ceux qui refusent de se voir imposer l’abandon de leurs traditions, du mode de vie de leurs pères, l’attachement à leur terre, dans cette formidable «   Macdonaldisation  », un peu comme les amérindiens furent traités de sauvages par les anglo-saxons qui les exterminèrent.

Parlons en des anglo-saxons, car le phénomène dépasse la seule France, eux qui furent aussi des colonisateurs, se sont généralement tenus à l’écart des populations qu’ils dominaient, à la différence des Français qui avaient tendance à faire souche aux colonies.

Il est en effet constant que les discours racistes les plus extrêmes nous viennent d’Angleterre avec de belles gloires comme le célèbre inventeur «  d’Alain Quatermain  », Henry Rider Haggard, et des USA qui ont gardé jusqu’à aujourd’hui de belles séquelles y compris dans la plus haute société.

Il est intéressant de noter que ces mêmes anglo-saxons nous déversent aujourd’hui leur antiracisme moralisateur jusqu’à satiété.

Peut-être que les grands trusts économiques internationaux, que leur société libérale a suscités, avaient intérêt à cultiver au siècle précédent les défenseurs de la supériorité de la race blanche, pour exploiter de la main d’œuvre gratuite, en bons émules de Darwin, et qu’aujourd’hui, dans la perspective du village mondial, ils montrent un réel engouement pour le métissage universel des consommateurs déracinés de la planète, avec un alignement sur les salaires les plus bas …  ?

Bien sûr, il se cache d’autres motifs encore plus graves qui visent le contrôle et la régulation de la planète par un petit nombre d’ «  élus  » mais cela nous emmènerait trop loin.

En attendant, en ce qui me concerne, de culture chrétienne, je me sens évidemment frère de tous les humains, et je rejette fermement les propos racistes quand ils s’expriment ici ou là, mais j’admets la différence, ce qu’on appelle aujourd’hui la diversité et je crois que de forcer au métissage comme on le fait aujourd’hui, ne peut que mettre en danger cette diversité.

Je crois en outre que chaque homme, chaque femme dans ce monde, d’où qu’il (ou elle) vienne, est un héritier et qu’on n’a pas le droit de le dépouiller de son héritage.

Pour autant, il serait absurde de rejeter le métissage, quand il survient naturellement, sans stimulants médiatiques et pseudo-culturels. Cela a pu et pourra produire de beaux fruits évidemment.

C’est le caractère massif, démesuré, l’Hubris, comme disaient les grecs anciens, qui en la matière est destructeur.

La dérégulation des marchés, la suppression des frontières, le déplacement massif des populations par l’organisation planétaire des flux migratoires, ne peuvent que provoquer des réactions de survie de plus en plus fortes.

La France n’est certes pas raciste, ne serait-ce que par son histoire, creuset des peuples comme l’avait démontré Jacques Bainville, mais elle est riche de sa longue construction et beaucoup de Français encore y sont attachés, non par nostalgie, mais par nécessité, car ils ont la certitude que cet attachement les sauvera de l’anomie institutionnalisée. Il faudra bien qu’un jour, du haut de leurs chairs, nos juges et procureurs appointés du système, comprennent la différence entre patriotisme qui est l’amour de la patrie et racisme qui est la haine des autres «   races  » même si celles-ci ne sont plus censées exister par ordre de l’Académie

Olivier Perceval

( 20 septembre, 2019 )

Grands textes [XXXIII] • PIERRE BOUTANG : Qui sera le Prince ?

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Pierre Boutang reprend ici, pour la France de 1952, mais tout autant pour la nôtre, le dilemme mis en lumière par L’Avenir de l’Intelligence, que Boutang appelle « cet immense petit livre », publié par Maurras en 1905.

Maurras y oppose – un peu à la manière des tragédies de la Grèce antique – deux puissances ou personnages allégoriques, et néanmoins réels, perpétuellement en lutte dans l’Histoire, pour le Pouvoir : l’Or, c’est-à-dire les puissances d’Argent ; et le Sang, c’est-à-dire l’ensemble des forces de la Tradition. On verra, en lisant Boutang – et L’avenir de l’intelligence –  comment elles s’identifient.

La Révolution, résume Maurras, « nous a fait passer de l’autorité des Princes de notre sang » sous celle « des marchands d’or ». Ces derniers règnent maintenant presque sans partage. Ce sont eux les Princes du monde et nous vivons aujourd’hui cet âge de fer dont Maurras avait prévu l’avènement.

Cela durera-t-il toujours ? La victoire de l’Or sur le Sang est-elle définitive ? C’est, évidemment, une possibilité, et les apparences, aujourd’hui, semblent plaider en faveur de cette hypothèse.

« A moins que… », dit Maurras, dans la conclusion de son « immense petit livre ». A moins d’un retournement de l’Intelligence et d’une renaissance du patriotisme français. C’est à quoi appelle Maurras dont la démarche est stratégique. Tout simplement, il invite l’Intelligence à rejoindre le camp de la Contre-Révolution.

Disciple et continuateur de Maurras, Boutang poursuit ici cette réflexion : les Soviets ont disparu, l’utopie messianique marxiste a échoué ; certains événements, certains personnages dont il est fait mention dans ce texte appartiennent au passé. L’essentiel, la question centrale, demeure : Qui sera le Prince de ce temps ? Elle est au cœur de notre présent.

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Paru dans Aspects de la France les 21, 28 novembre, et 12 décembre 1952 [Extrait] 

Qui sera le Prince ? Telle est l’unique question du vingtième siècle méritant l’examen, capable de mobiliser les volontés. La fraude démocratique consiste à lui substituer celle de la société, la meilleure possible, et le débat sur son contenu spirituel et moral. Quelle est l’organisation la plus juste, la plus humaine, et d’abord quelle est la meilleure organisation du débat sur cette organisation ?  Voilà le chant des sirènes des démocrates.

Fiez-vous y ! Le vent et les voleurs viendront.

Les voleurs et le vent sont à l’œuvre. La diversion est plus que bonne : très sûre. Pendant ces beaux débats, toutes fenêtres ouvertes, le vent apporte sa pestilence. Et sous le masque de l’opinion reine, de la liberté de jugement des Lazurick ou des Lazareff, l’or triomphe ; il détient tout le réel pouvoir dont la presse a mission et fonction cher payée, de cacher la nature et de divertir dans le peuple la nostalgie croissante et le désir évident.

Qui sera le Prince ? Il s’agit de l’avenir : il n’est pas de principat clandestin, de royauté honteuse de soi-même et qui puisse durer. Une société sans pouvoir qui dise son nom et son être, anarchique et secrètement despotique, sera détruite avant que notre génération ait passé. Pour le pire ou pour le meilleur elle disparaîtra. A la lumière très brutale et très franche de la question du Principat, de la primauté politique, les sales toiles des araignées démocratiques, les systèmes réformistes, les blagues juridiques, les ouvrages patients des technocrates européens ; seront nettoyés sans recours. Par quelles mains ? C’est le problème… Qui tiendra le balai purificateur ? Non pas quel individu, pauvre ou riche, de petite ou très noble extrace, mais quel type d’homme ? Incarnant quelle idée ? Réalisant quel type de la Force immortelle, mais combien diverse et étrangère par soi-même au bien et au mal ?

L’heure nouvelle est au moins très sévère, a dit le poète. Cette sévérité, aujourd’hui, tient à ce fait : nul ne croit plus à la meilleure structure sociale possible, la plus humaine et la plus juste. Tous voient qu’elle ne profite, cette question toujours remise sur le métier de l’examen, sans personne pour la tisser, qu’aux coquins et aux domestiques de l’argent. Les fédéralistes eux-mêmes, armateurs de débats sur les pactes volontaires, reconnaissent que la question du fédérateur est primordiale ; mais les uns tiennent que ce fédérateur doit être un sentiment, la peur panique inspirée par les soviets, les autres avec M. Duverger dont les articles du Monde viennent d’avouer la honteuse vérité, que l’or américain, l’aide en dollars, est le seul authentique fédérateur de l’Europe….

Positivement, les malheurs du temps ont fait gagner au moins ceci à l’intelligence mondiale, et la vague conscience des peuples : à l’ancienne utopie succède l’inquiétude, la question chargée de curiosité et d’angoisse – qui, quelle force, quelle espèce de volonté humaine, va garantir ou réaliser un ordre politique et social, juste ou injuste, mais qui sera d’abord le sien ? Nos contemporains savent ou sentent qu’il n’y a pas de justice sociale sans société ni de société sans une primauté reconnue, établie en droit et en fait. La réelle nature de la force publique, du Prince qui garde la cité et y exerce le pouvoir, importe plus aux hommes qui ont été dupes si longtemps, que le jeu de patience et d’impatience des réformes sociales ; ces réformes sont innombrables dans le possible, imprévisibles dans leurs conséquences ; ce qui compte, ce qui est digne de retenir l’attention ou d’appeler l’espérance, réside dans la loi vivante de leur choix, dans la réalité organique, dans la volonté responsable qui les ordonne et les préfère.

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Reconnaître l’importance capitale de la question du Prince, considérer les autres problèmes politiques comme des fadaises ou des diversions vilainement intéressées, tel est le premier acte d’une intelligence honnête de notre temps. Car cette question du prince est toujours essentielle, et toujours oubliée : mais elle était jadis oubliée parce qu’elle était résolue, et les utopies elles-mêmes s’appuyaient sur la réalité incontestée d’un pouvoir légitime. Depuis le dix-huitième siècle la puissance de l’or, clandestine, masquée par les fausses souverainetés du nombre et de l’opinion n’a pas comblé dans les esprits, les cœurs, les besoins, le vide laissé par la démission des Princes. Les balançoires, les escarpolettes constitutionnelles, dont les brevets continuent en 1952 d’être pris à Londres (ou dans les « démocraties royales » rétrogrades) ne satisfont pas, avec leurs recherches d’équilibre, le goût profond que gardent les peuples pour la stabilité et la connaissance des vraies forces qui soutiennent un gouvernement. L’homme du vingtième siècle n’a pas envie de se balancer à l’escarpolette démocratique et parlementaire : les expériences faites en Europe centrale lui montrent quel est l’usage probable des cordes libérales dont se soutenaient ces jolis objets et jouets des jardins d’Occident. Elles portent bonheur aux pendus…

Quand on voit, quand on sait l’enjeu de cette guerre engagée sous nos yeux pour le Principat, l’inventaire des forces, des réalités naturelles et historiques, capables de répondre à la commune angoisse, s’impose rapidement. L’intellectuel, l’écrivain, disposent de l’outil du langage, dont la fonction est de distinguer des provinces de l’être. Ils font donc leur métier, lorsqu’ils dénombrent les prétendants au Principat. Ils peuvent faire leur salut temporel, en choisissant, en aidant, la force naturelle qui leur apparaît salutaire et légitime.

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La recherche de l’intelligence, dans ce domaine, est libre entre toutes. Elle ne doit de comptes qu’à la vérité, et lorsqu’elle se soumet à ses lois supérieures, à la patrie. Sa liberté propre se moque du libéralisme doctrinaire. Que ses lois propres, et sa soumission la conduisent à vouloir le Principat du Prolétaire, ou celui du Sang dans l’ordre dynastique, son choix ne dépendra pas, par exemple, du retard que tel prolétaire ou tel groupe prolétarien peuvent avoir, dans leur opinion subjective, sur la réalité et la force que le Prolétaire incarne pour un monde nouveau. Les difficultés qui naissent de ces retards, de ces rétrogradations, ne sont pas inconnues des marxistes. Il eût été bien étrange qu’elles fussent épargnées au nationalisme. Leur caractère de phénomène aberrant et transitoire laisse intacte la vraie question : quelle force réelle, capable d’extension, douée d’un sens universel, assumera le Pouvoir que l’on occupe clandestinement, mais n’incarne ni n’accomplit ? Est-ce que ce sera le Prolétaire selon Marx, ou le Sang, le principe dynastique, selon Maurras ? Le reste est futilité, opportunisme naïf que l’histoire balaiera sans égards.

Non point selon l’ordre national, mais selon l’apparence, un premier Prince apparaît, prétendant du moins au Principat : le journal, le pouvoir de l’opinion. Prétention qui n’est monstrueuse que si l’on néglige les causes et les effets : si le peuple, si le nombre ou la masse – quelles que soient les définitions matérielles que l’on donne de ce Protée – était décrété souverain, l’évidence de son incapacité, de ses faibles lumières, de son enfance, selon le dogme du progrès, imposaient la régence pratique du pédagogue. Ce pédagogue du peuple souverain devait éclairer et former la volonté générale : l’extension rapide du pouvoir de lire rendait incertaine l’action des clubs et des assemblées : la presse seule pouvait se glisser partout en renseigner l’enfant Démos aux mille têtes folles, les mettre à l’abri de la séduction des anciennes autorités, de la mainmise de l’Eglise, de la séduction des Princes ou des généraux.

Le combat du XIXème siècle pour la liberté de la presse apparaît ainsi comme le plus noble, le plus raisonnable qui pût être conduit, avec les prémisses de la démocratie. Des milliers d’hommes sont morts pour que nous ayons le droit d’accomplir, comme l’a dit Péguy, cette formalité truquée du suffrage universel. Mais la mort de millions n’eût pas été insensée pour que les conditions intellectuelles de cette formalité, la liberté de la presse, seule capable de vaincre le truquage, fût réalisée. Marx avait raison dans sa logique de démocrate radical, qui allait le conduire très loin du libéralisme formel : « La presse est la manière la plus générale dont les individus disposent pour communiquer leur existence spirituelle » (Gazette rhénane, 1842). Or, cette communication est le devoir démocratique majeur, où tout esprit doit enseigner sans cesse le peuple, innombrable héritier du Pouvoir, ayant une charge aussi certaine que celle dont Louis XIV accable un Bossuet. Il n’y a donc pas de limite démocratique à la liberté de la Presse, ce pédagogue des nations, mais dont la mission ne peut finir qu’avec la parfaite majorité de Démos.

La difficulté commence (et commença !) avec la définition de l’enseignement ainsi donné : le pédagogue se révèle innombrable, indéfini, comme l’élève. A la limite théorique, Démos qui sait ou peut écrire enseigne Démos qui sait et peut lire. Les deux données quasi matérielles et de hasard, écrire et lire, se substituent au choix humain du précepteur, et à la présence naturelle de l’élève royal.

En fait, par la simple existence d’un commerce de la librairie, une merveilleuse possibilité s’ouvrait ainsi aux forces secrètes qui disposeraient de l’or. Vainement, Marx s’écriait-il, dans la même Gazette de Francfort, à l’occasion des extraordinaires débats de la Diète rhénane qui devaient jouer un rôle décisif dans la formation de son mythe révolutionnaire « la première liberté consiste pour la presse à n’être pas une industrie ! »  La presse était une industrie, ou le devenait à toute vitesse.

Si l’or ne renonçait pas, avec les organes de corruption des partis et les truquages électoraux, à gouverner directement le peuple et lui imposer des représentants, du moins les Pourrisseurs les plus scientifiques s’aperçurent très vite de l’existence d’un moyen économique et supérieur : il suffisait de tenir « le quatrième pouvoir » inconnu de Montesquieu, et d’agir sur le pédagogue de Démos. La divisibilité infinie de l’or, sa séduction aux mille formes s’adaptaient naturellement au maître divers, au pédagogue polycéphale…. On pouvait y aller. On y alla !

Le pédagogue de Démos ne pouvait prétendre, au départ, à un enseignement si bien assimilé par son élève que le choix des meilleurs en résultât, automatiquement, à l’heure des votes. Était-il écouté, suivi ? Les gouvernements considéraient qu’ils avaient, eux, atteint leur majorité en obtenant la majorité ; ils s’émancipaient ; ils agissaient à leur tour, par des lois ou par des fonds secrets, sur la presse écœurée de cette ingratitude. Mais il y avait une ressource : c’était la fameuse opposition. L’opposition au parlement pouvait être méconnue ; elle se composait en somme de vaincus. S’appuyait-elle sur une presse vivace, expression du citoyen contre le Pouvoir du moment, éducatrice de son successeur inévitable, alors les chances de la liberté étaient maintenues, on était encore en république !

Hélas ! La presse d’opposition, précisément parce qu’elle pouvait influer sur la décision prochaine de Démos, tant qu’elle acceptait le système et ses profits glorieux, tenait à l’or autant que l’autre. Du moins sauvait-elle les apparences.

Il fallut attendre une déclaration vraiment décisive de l’éditorialiste du quotidien Figaro, feuille conformiste à l’immense tirage, pour que cette dernière décence, cette ultime réserve et pudeur de la putain Démocratie fût gaillardement sacrifiée. Nous commentons dans la Politique de cette semaine ce texte monumental (auro, non aere, perennius !) dû à l’ingéniosité perverse de Mauriac. Citons-le ici pour mémoire :

« Je sais, on reproche souvent au Figaro d’être toujours du côté du gouvernement. Dans une démocratie, je prétends qu’un grand journal ne peut être un journal d’opposition. Un journal comme Figaro, en raison même de son audience ne peut fronder. Il a des responsabilités sur le plan patriotique. J’admire les gens qui peuvent trancher de tous les problèmes dont ils ignorent les difficultés. Or, le nom du président du Conseil peut changer, les difficultés restent les mêmes au gouvernement. »  

L’abdication définitive et publique du quatrième pouvoir en démocratie entraîne la ruine de la démocratie elle-même. Le pédagogue de Démos abdique avec son élève devant l’idole d’un gouvernement qui a toujours raison, infaillible et sans principe, girouette prise pour gouvernail du monde, vaine paille au vent de l’histoire consacrée comme grain des choses et substance de la Société….

La voie est libre alors pour notre dénombrement des forces qui aspirent à la primauté du Prince.

Qui sera le Prince ? L’or, la puissance financière toute pure et impure ? La technique et ses terribles dévots ? Le Prolétaire dans la dictature révolutionnaire ? Ou le Sang, la force dynastique tels que les définit le merveilleux petit livre de 1905  : « La force lumineuse et la chaleur vivante, celle qui se montre et se nomme, celle qui dure et se transmet, celle qui connaît ses actes, qui les signe, qui en répond. »    ■

 

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JE SUIS FRANÇAIS

( 20 septembre, 2019 )

A l’origine de la stratégie royaliste

 

Lu sur le site de l’Action Française

 

Pour comprendre la stratégie d’A.F. il faut remonter à son origine, qui est aussi vieille que l’Action française. On en trouve le socle dans le premier texte doctrinal de Charles Maurras, de 1899. Suite à l’agitation nationaliste, la jeune IIIe République, vient alors de se lancer dans une furieuse répression contre les chefs du parti royaliste, obligés de s’enfuir en Belgique. C’est pourquoi Maurras riposte tactiquement en rédigeant une provocatrice Déclaration des écrivains royalistes.

C’est le célèbre texte de Dictateur et roi, dans lequel il explicite d’abord une idée force : pour que la monarchie légitime puisse libérer la société, il faut d’abord maîtriser l’ État. L’autorité en haut est la première dans le temps avant l’éclosion des libertés en bas. Ensuite Maurras présente la double fonction que le roi devra exercer une fois le pouvoir conquis. Dans une première phase transitoire le roi se devra d’être dictateur pour faire justice des criminels d’État. Dans un second temps il pourra enfin être le roi légitime pour procéder à la reconstitution du pays.

Ce faisant, Maurras fait de la stratégie politique comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Il vient de définir un processus stratégique en trois étapes séquentielles.

  • La conquête du pouvoir d’état,
  • Suivie d’une nécessaire phase de consolidation sous forme de dictature
  • Et enfin la phase d’instauration définitive de la Monarchie libératrice.

À vrai dire Maurras n’innove pas mais s’aligne simplement sur la récente expérience de consolidation du pouvoir réalisée les républicains lorsqu’ils sont devenu majoritaires au parlement puis ensuite au Sénat. La III° République jusqu’alors aux mains des monarchistes passait « enfin » aux républicains. À cette consolidation, on donna le nom de « République des républicains ». En 1877 ils avaient renvoyés 85 préfets, 78 secrétaires-généraux et 280 sous-préfets. Deux plus tard, ils avaient procédé à une l’épuration encore plus radicale des personnels judiciaire, administratif, financier et militaire. Le dictateur républicain avait un nom, Léon Gambetta et on se souvient de sa célèbre injonction  « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ».

Cette stratégie républicaine et son déploiement ont été explicités dans deux livres remarquables du dreyfusard Daniel Halévy : La fin des notables et La République des ducs. Deux ouvrages indispensables a tout royaliste soucieux de la restauration monarchique.

Germain Philippe

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