( 28 mai, 2020 )

Technocratie et risque d’expertocratie

 

Lu sur « Action Française.net »

 

La technocrature, maladie sénile de la démocratie : (11/14)

Stratégie de substitution

Notre analyse de physique sociale du XXI° siècle nous à amené à un tournant clé de la république française. Devant l’énorme niveau de discrédit atteint par de l’élite politique sous Sarkozy et Hollande, l’Etablissement n’a pas d’autre choix que de la «  dégager  ». Décision majeure qui rompt la vieille harmonie oligarchique du Pays légal.

Pour réussir ce «  dégagisme  », l’Etablissement a élaboré une stratégie de substitution au profit de l’élite technocratique. Une fois le pouvoir politique entre ses mains, celle-ci pourra préserver l’Etat providence républicain permettant de juteux profits pour l’élite financière, ces «  très riches  », ces «  dynasties républicaines  » de la nouvelle classe mise en place par Bonaparte. Le scénario stratégique repose sur un clivage idéologique novateur opposant progressistes et conservateurs. Le terme conservateurs étant un mot valise englobant, en fonction des circonstances, les populistes et les réactionnaires. Le véritable but est de positionner Marine Le Pen comme ennemi unique, vu son incapacité à fédérer les extrêmes, malgré sa rhétorique de la «  démocratie directe  » face à la «  démocratie apaisée  » regroupant centre-gauche et centre-droit.

Avant d’aller plus loin sur les modalités de constitution un «  bloc élitaire  », orienté par la Technocratie et la haute finance, il est nécessaire d’évoquer l’Etat providence et ensuite d’identifier les risques majeurs portés par l’élite technocratique en cas de succès du scénario dégagiste.

L’Etat providence

Cessons de ruser. L’objectif de l’Etat providence fut de donner au capitalisme une nouvelle vigueur basée sur la «  Croissance  ». Il est né ni d’un brutal accès de philanthropie du grand capital, ni d’une «  conquête sociale  » des travailleurs. Il fut I’unique réponse qu’une société libérale pouvait apporter à la grande dépression de 1929.

Entrons plus en avant avec Pierre Debray  : «  Lord Beveridge, quand il publia en 1944 Full employement in the free society qui préconisait le «  Welfare State  », l’État Providence prétendait ne se soucier que du bonheur du peuple. Il s’agissait de libérer les individus des «  trois craintes  », crainte de la maladie, grâce à la sécurité sociale, crainte de la misère, grâce au salaire minimum garanti, crainte du chômage grâce à des interventions de l’État, destinées à stimuler la demande.

«  Les pieuses dissertations du philanthrope dissimulaient un raisonnement cynique. Il convenait de pousser les gens à consommer des biens produits en grande série. Pour cela, on retirerait de l’argent aux riches afin de donner aux pauvres, sous prétexte de réduire les inégalités sociales. Les riches sont, en effet, de mauvais consommateurs, dans la mesure où ils recherchent le luxe. Ils détournent ainsi une fraction importante des revenus disponibles qu’il importe de redistribuer, au moins partiellement, afin qu’elle serve à l’achat de biens fabriqués en grande série. De plus, l’individu qui craint pour son avenir met de l’argent de côté. Il thésaurise. Keynes a exposé de façon irréfutable que l’épargne qui n’est pas investie, l’or qui se cache dans le bas de laine devient un facteur de déséquilibre. Il ne «  travaille pas  » et quand il réapparaît dans le secteur économique, il devient un facteur d’inflation puisqu’il correspond à une création de monnaie ex nihilo. On encouragera donc «  l’épargne logement  » et d’autres systèmes du même genre afin que les ménages financent leur endettement.

«  La production de masse supposant des investissements à long terme, il faut surtout qu’elle soit assurée que la consommation ne fléchira pas et même continuera de croître. Le salaire minimum garanti, la sécurité sociale, les allocations chômage fournissent la garantie que les crises conjoncturelles n’auront désormais qu’une incidence limitée sur les revenus des ménages d’autant que l’État va se munir d’un certain nombre d’indicateurs : comptabilité nationale, budget économique prévisionnel…

«  Ces «  conquêtes sociales  » que les syndicats ouvriers se flattent d’avoir arrachées ou patronat, servirent au développement de la société de consommation et fournirent au capitalisme financier de fructueuses occasions de profit.1  » Grace aux interventions pour stimuler l’économie, l’Etat Providence constitue le fond de commerce du pillage permanent de la nation par le Pays légal. Sans compter les grandes opérations comme la décolonisation, les nationalisations et les privatisations. D’une certaine façon l’Etat Providence est le cœur de chauffe financier de l’exploitation du pays réel par le pays légal.

Action française et justice sociale

Parce que I’A.F. a pour premier souci la reconstitution des libertés, qui n’ont cessé de s’amenuiser depuis 1789, elle est hostile à I ‘Etat providence. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité de l’Etat, et Maurras précise, «  Cette autorité, nous n’y sommes pas hostiles. Nous lui vouons même un respect passionné, à la condition qu’elle ne s’exerce que dans son ordre et qu’elle se mette au service de la sureté et de la vitalité de la nation  : sur ce plan, l’Etat nous parait utile, nécessaire et même sacré.

«  Mais quand l’autorité de l’Etat est substitué à celle du foyer, à l’autorité domestique, quand elle usurpe sur les autorités qui président naturellement à la vie locale, quand elle envahit les régulateurs autonomes de la vie des métiers et des professions, quand l’Etat tue ou blesse, ou paralyse les fonctions provinciales indispensables à la vie et au bon ordre des pays, quand il se mele des affaires de la conscience religieuse, alors ce débordement d’un Etat centralisé et centralisateur nous inspire une horreur véritable  : nous ne concevons pas de pire ennemi.2  » Simple rappel de Maurras sur l’étatisme du nationalisme germain, mis en œuvre en 1938 par les technocrates du doctor Schach au travers leurs grands travaux financés par l’Etat, le troisième Reich.

L’Action française ne trouve pas pour autant qu’il y a trop de justice sociale en France et contrairement aux libéraux, elle pense qu’il n’y en a pas assez. Ainsi sous Mitterand, fut-elle hostile à la politique de réduction des prestations sociales, en matière de santé, d’assurance vieillesse, d’allocations familiales ou de chômage. Ces mesures antiéconomiques et injustes permirent de mesurer la lâcheté des démocrates n’osant pas s’attaquer aux causes structurelles du déficit croissant du budget social de la nation.

Au système des prestations sociales, l’Action française reproche de transformer le citoyen en enfant assisté et irresponsable. Pour elle, «  Il est évident qu’un système qui infantilise ses usagers doit nécessairement tomber en faillite. D’où la nécessité de restituer ses responsabilités donc ses libertés, les deux sont liées au citoyen prestataire. Il est significatif que les fonctionnaires de la Sécurité sociale utilisent, pour parler de nous, le terme d’assujettis. Nous sommes donc bien en présence d’un système qui asservit les Français3  ».

Le double risque saint-simonien

Ce rappel fait, venons en aux risques portés par la Technocratie. Attachons nous surtout à ses deux tendances utopiques lourdes.

Les racines de la Technocratie étant saint-simoniennes, sa religion est celle d’une politique de la disparition du politique, comme l’a bien démontrée Frédéric Rouvillois dans un article majeur de Politique Magazine4.

Cette religion d’origine saint-simonienne est adaptée au progrès de la mondialisation mais également à la stratégie de substitution des experts aux «  apparatchik  » républicains. Dans son ouvrage sur L’effacement de l’avenir, Pierre-André Taguieff permet de comprendre pourquoi : «  Dans la société transnationale de réseaux, le pouvoir se dissémine et devient de moins en moins visible  » et «  dans le «  technocosme  » en cours de formation, les spécialistes et/ou les experts tendent à prendre le pouvoir, en se substituant aux anciennes élites dirigeantes.5  »

Sont ainsi synthétisés par le meilleur politologue républicain, les deux risques majeurs qu’induirait une victoire d’Emmanuel Macron et les technocrates à la présidentielle de 2017.

L’Utopie expertocratiste

Le premier risque porte sur le socle même de la République, sur la pérennité du principe de démocratie représentative. La tendance utopiste lourde de l’expertocratisme pourrait diluer la croyance dans le principe de souveraineté populaire. Cette croyance obtenue par le long travail de l’école républicaine et la propagande douce mais permanente et insidieuse réalisée par l’élite médiatique. Car il faut le reconnaitre, la démocratie donne l’illusion aux citoyens de décider alors qu’ils sont manipulés.

La Technocratie se substituant à l’élite politique du «  Vieux Parti Républicain  » va pouvoir accentuer la professionnalisation du politique. Elle pourra ainsi achever le processus déjà enclenché de dessaisissement politique du citoyen. Car telle est bien la folle chimère qui hante les tètes technocrates, la conception élitiste de la démocratie. Sur le sujet, Taguieff prévient depuis l’année 2000  : «  La professionnalisation croissante de la vie politique est le processus institutionnel par lequel, d’une part, I‘action politique est désidéologisée, étant monopolisée par les politiciens professionnels, et, d’autre part, les citoyens sont peu à peu dessaisis de leur pouvoir de contrôle sur les gouvernants. La vie politique, en ce qu’elle implique des prises de décisions, est ainsi réservée à des élites spécialisées qui se contentent de faire leur travail, selon les normes de la compétence fonctionnelle. Pour les théoriciens de la vision élitiste de la démocratie, I ‘apathie civique et la non-participation politique de là plupart des citoyens constituent le prix à payer pour le passage de la société politique «  ingouvernable  », traversée par des conflits à la société différenciée fondée sur le consensus – un passage imaginé comme celui de l’irrationnel au rationnel. L’idéal des théoriciens élitistes de la démocratie «  faible  » est de réduire la participation des citoyens, jugés incompétents, à I ‘acte rituel minimal du vote, mode de légitimation d’un système de pouvoir qui se présente comme démocratique tout en annulant subrepticement la souveraineté populaire. Et l ‘abstentionnisme électoral ne constitue nullement un obstacle au bon fonctionnement d’une telle «  démocratie  » minimaliste des élites, car il est plutôt le fait de catégories sociales faiblement éduquées ou de groupes marginalisés, jugés non seulement incompétents mais aussi et souvent «  dangereux  ». Tenir les «  classes dangereuses  » loin du centre du système politique occupé par des experts, les tenir à l’écart des lieux ou se prennent les décisions, telle est l’une des principales préoccupations des défenseur de la théorie élitiste et procédurale de la démocratie. Le démocratique se réduit dès lors au respect des règles du jeu électoral, parfaitement maîtrisées par les seuls experts. L’idéal explicite est ici que le peuple : participe le moins possible, qu’il s’indiffère à la question politique, qu’il se dépossède de fait de sa souveraineté, qu’il laisse les experts gouverner et administrer.6  »

On a peine à imaginer le spectacle d’une telle démocratie faible mais c’est bien là le risque où la tendance lourde de l’utopie expertocratique pourrait entrainer le Pays légal.

Réaction sociale du pays réel

On comprend mieux à partir de là, qu’après l’échec de la double tentative de démocratie forte de Sarkozi et Hollande, le scénario de démocratie apaisée «  droite et gauche en même temps  », pourrait muter en démocratie faible sous la poussée d’une Technocratie allant jusqu’au bout de son utopie expertocratique. Dans ce cas la Technocrature ne serait plus le remède pour sauver la démocratie de son vieillissement accéléré mais bel et bien sa maladie sénile.

Car si on y regarde d’un peu plus près on comprend qu’une démocratie faible, poussée par la Technocrature, conduirait à la révolte sociale. Le pays réel se tournerait vers la rhétorique populiste de la démocratie directe. Disons le, depuis 1789 le peuple doit avoir des ennemis et il convient de les lui désigner. La technocrature serait alors dénoncée par les partisans du «  toujours plus de démocratie  » au travers trois modalités7. D’abord les élites sont coupées du peuple, ensuite elles l’exploitent et enfin elles le trahissent. Les révoltés réclameraient la démocratie directe en accusant les technocrates de gouverner dans l’ombre, au profit d’élites restreintes.

Plus que se tourner vers l’ultra-gauche ou le national populisme ce type de révolte sociale s’irriguerait plus de l’autonomisme proudhonien, celui d’une «  société décapitée, proprement acéphale, sans tète ni chef, et arasée de toute éminence, de toute saillie d’autorité8  » Une telle révolte sociale, a tendance anarchique, commencerait à s’approcher de cette «  idéologie française  » qui inquiète tant Bernard Henry Lévy depuis 1981, année ou il a compris que le schéma «  hiérarchique  » maurrassien est susceptible d’harmoniser les solutions autonomistes et de démocratie directe.

La seule riposte du Pays légal consistera alors à rapprocher la dénonciation de la technocratie, du sulfureux mythe de la puissance «  judéo-maçonnique  » occulte. Les révoltés sociaux deviendraient alors des antimodernes diabolisant «  une «  mondialisation  » orchestrée par une oligarchie financière prédatrice, conspirant contre «  les peuples  » dans des réseaux invisibles9.  » Seconde manette de la technocrature, la riposte policière et judiciaire avec à sa disposition tous les moyens légaux et technologique possibles. L’éventail est large et prometteur. Soyons en persuadé, la Technocrature oserait TOUT  !

Germain Philippe ( à suivre)

1 Pierre Debray, Une politique pour le XXI° siècle – Une action française au service de l’avenir, Editions de Flore, 2019, Paris, p.56-59.
2 Charles Maurras, « Le nationalisme », L’Action française du 19 juillet 1938 in L’avenir de l’Intelligence et autres textes, Robert Laffont, Paris, 2018, p.107-1008.
3 Pierre Debray,
4 Frédéric Rouvillois, « Les racines saint-simonniennes de l’Europe », Politique Magazine n° 181, juin 2019.
5 Pierre-André Taguieff,
6 Pierre-André Taguieff, L’effacement de l’avenir, Galilée, Paris, 2000, p.419-420.
7 Pierre-André Taguieff, « L’appel populiste à la démocratie directe – Une corruption idéologique de l’idée démocratique »,Pouvoirs locaux (Les cahiers de la décentralisation), n° 3, 1989, p.109.
8 Bernard-Hernri Lévy, L’idéologie française, Grasset, 1981, Paris, p.265.
9 Pierre-André Taguieff, «  « L’invention du « complot judéo-maçonnique ». Avatars d’un mythe apocalyptique moderne », Revue d’Histoire de la Shoah, 2013/1 (N° 198), p. 97.

( 22 mai, 2020 )

Technocratie et risque d’expertocratie

 

Lu sur « Action Française.net »

 

La technocrature, maladie sénile de la démocratie : (11/14)

Stratégie de substitution

Notre analyse de physique sociale du XXI° siècle nous à amené à un tournant clé de la république française. Devant l’énorme niveau de discrédit atteint par de l’élite politique sous Sarkozy et Hollande, l’Etablissement n’a pas d’autre choix que de la «  dégager  ». Décision majeure qui rompt la vieille harmonie oligarchique du Pays légal.

Pour réussir ce «  dégagisme  », l’Etablissement a élaboré une stratégie de substitution au profit de l’élite technocratique. Une fois le pouvoir politique entre ses mains, celle-ci pourra préserver l’Etat providence républicain permettant de juteux profits pour l’élite financière, ces «  très riches  », ces «  dynasties républicaines  » de la nouvelle classe mise en place par Bonaparte. Le scénario stratégique repose sur un clivage idéologique novateur opposant progressistes et conservateurs. Le terme conservateurs étant un mot valise englobant, en fonction des circonstances, les populistes et les réactionnaires. Le véritable but est de positionner Marine Le Pen comme ennemi unique, vu son incapacité à fédérer les extrêmes, malgré sa rhétorique de la «  démocratie directe  » face à la «  démocratie apaisée  » regroupant centre-gauche et centre-droit.

Avant d’aller plus loin sur les modalités de constitution un «  bloc élitaire  », orienté par la Technocratie et la haute finance, il est nécessaire d’évoquer l’Etat providence et ensuite d’identifier les risques majeurs portés par l’élite technocratique en cas de succès du scénario dégagiste.

L’Etat providence

Cessons de ruser. L’objectif de l’Etat providence fut de donner au capitalisme une nouvelle vigueur basée sur la «  Croissance  ». Il est né ni d’un brutal accès de philanthropie du grand capital, ni d’une «  conquête sociale  » des travailleurs. Il fut I’unique réponse qu’une société libérale pouvait apporter à la grande dépression de 1929.

Entrons plus en avant avec Pierre Debray  : «  Lord Beveridge, quand il publia en 1944 Full employement in the free society qui préconisait le «  Welfare State  », l’État Providence prétendait ne se soucier que du bonheur du peuple. Il s’agissait de libérer les individus des «  trois craintes  », crainte de la maladie, grâce à la sécurité sociale, crainte de la misère, grâce au salaire minimum garanti, crainte du chômage grâce à des interventions de l’État, destinées à stimuler la demande.

«  Les pieuses dissertations du philanthrope dissimulaient un raisonnement cynique. Il convenait de pousser les gens à consommer des biens produits en grande série. Pour cela, on retirerait de l’argent aux riches afin de donner aux pauvres, sous prétexte de réduire les inégalités sociales. Les riches sont, en effet, de mauvais consommateurs, dans la mesure où ils recherchent le luxe. Ils détournent ainsi une fraction importante des revenus disponibles qu’il importe de redistribuer, au moins partiellement, afin qu’elle serve à l’achat de biens fabriqués en grande série. De plus, l’individu qui craint pour son avenir met de l’argent de côté. Il thésaurise. Keynes a exposé de façon irréfutable que l’épargne qui n’est pas investie, l’or qui se cache dans le bas de laine devient un facteur de déséquilibre. Il ne «  travaille pas  » et quand il réapparaît dans le secteur économique, il devient un facteur d’inflation puisqu’il correspond à une création de monnaie ex nihilo. On encouragera donc «  l’épargne logement  » et d’autres systèmes du même genre afin que les ménages financent leur endettement.

«  La production de masse supposant des investissements à long terme, il faut surtout qu’elle soit assurée que la consommation ne fléchira pas et même continuera de croître. Le salaire minimum garanti, la sécurité sociale, les allocations chômage fournissent la garantie que les crises conjoncturelles n’auront désormais qu’une incidence limitée sur les revenus des ménages d’autant que l’État va se munir d’un certain nombre d’indicateurs : comptabilité nationale, budget économique prévisionnel…

«  Ces «  conquêtes sociales  » que les syndicats ouvriers se flattent d’avoir arrachées ou patronat, servirent au développement de la société de consommation et fournirent au capitalisme financier de fructueuses occasions de profit.1  » Grace aux interventions pour stimuler l’économie, l’Etat Providence constitue le fond de commerce du pillage permanent de la nation par le Pays légal. Sans compter les grandes opérations comme la décolonisation, les nationalisations et les privatisations. D’une certaine façon l’Etat Providence est le cœur de chauffe financier de l’exploitation du pays réel par le pays légal.

Action française et justice sociale

Parce que I’A.F. a pour premier souci la reconstitution des libertés, qui n’ont cessé de s’amenuiser depuis 1789, elle est hostile à I ‘Etat providence. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité de l’Etat, et Maurras précise, «  Cette autorité, nous n’y sommes pas hostiles. Nous lui vouons même un respect passionné, à la condition qu’elle ne s’exerce que dans son ordre et qu’elle se mette au service de la sureté et de la vitalité de la nation  : sur ce plan, l’Etat nous parait utile, nécessaire et même sacré.

«  Mais quand l’autorité de l’Etat est substitué à celle du foyer, à l’autorité domestique, quand elle usurpe sur les autorités qui président naturellement à la vie locale, quand elle envahit les régulateurs autonomes de la vie des métiers et des professions, quand l’Etat tue ou blesse, ou paralyse les fonctions provinciales indispensables à la vie et au bon ordre des pays, quand il se mele des affaires de la conscience religieuse, alors ce débordement d’un Etat centralisé et centralisateur nous inspire une horreur véritable  : nous ne concevons pas de pire ennemi.2  » Simple rappel de Maurras sur l’étatisme du nationalisme germain, mis en œuvre en 1938 par les technocrates du doctor Schach au travers leurs grands travaux financés par l’Etat, le troisième Reich.

L’Action française ne trouve pas pour autant qu’il y a trop de justice sociale en France et contrairement aux libéraux, elle pense qu’il n’y en a pas assez. Ainsi sous Mitterand, fut-elle hostile à la politique de réduction des prestations sociales, en matière de santé, d’assurance vieillesse, d’allocations familiales ou de chômage. Ces mesures antiéconomiques et injustes permirent de mesurer la lâcheté des démocrates n’osant pas s’attaquer aux causes structurelles du déficit croissant du budget social de la nation.

Au système des prestations sociales, l’Action française reproche de transformer le citoyen en enfant assisté et irresponsable. Pour elle, «  Il est évident qu’un système qui infantilise ses usagers doit nécessairement tomber en faillite. D’où la nécessité de restituer ses responsabilités donc ses libertés, les deux sont liées au citoyen prestataire. Il est significatif que les fonctionnaires de la Sécurité sociale utilisent, pour parler de nous, le terme d’assujettis. Nous sommes donc bien en présence d’un système qui asservit les Français3  ».

Le double risque saint-simonien

Ce rappel fait, venons en aux risques portés par la Technocratie. Attachons nous surtout à ses deux tendances utopiques lourdes.

Les racines de la Technocratie étant saint-simoniennes, sa religion est celle d’une politique de la disparition du politique, comme l’a bien démontrée Frédéric Rouvillois dans un article majeur de Politique Magazine4.

Cette religion d’origine saint-simonienne est adaptée au progrès de la mondialisation mais également à la stratégie de substitution des experts aux «  apparatchik  » républicains. Dans son ouvrage sur L’effacement de l’avenir, Pierre-André Taguieff permet de comprendre pourquoi : «  Dans la société transnationale de réseaux, le pouvoir se dissémine et devient de moins en moins visible  » et «  dans le «  technocosme  » en cours de formation, les spécialistes et/ou les experts tendent à prendre le pouvoir, en se substituant aux anciennes élites dirigeantes.5  »

Sont ainsi synthétisés par le meilleur politologue républicain, les deux risques majeurs qu’induirait une victoire d’Emmanuel Macron et les technocrates à la présidentielle de 2017.

L’Utopie expertocratiste

Le premier risque porte sur le socle même de la République, sur la pérennité du principe de démocratie représentative. La tendance utopiste lourde de l’expertocratisme pourrait diluer la croyance dans le principe de souveraineté populaire. Cette croyance obtenue par le long travail de l’école républicaine et la propagande douce mais permanente et insidieuse réalisée par l’élite médiatique. Car il faut le reconnaitre, la démocratie donne l’illusion aux citoyens de décider alors qu’ils sont manipulés.

La Technocratie se substituant à l’élite politique du «  Vieux Parti Républicain  » va pouvoir accentuer la professionnalisation du politique. Elle pourra ainsi achever le processus déjà enclenché de dessaisissement politique du citoyen. Car telle est bien la folle chimère qui hante les tètes technocrates, la conception élitiste de la démocratie. Sur le sujet, Taguieff prévient depuis l’année 2000  : «  La professionnalisation croissante de la vie politique est le processus institutionnel par lequel, d’une part, I‘action politique est désidéologisée, étant monopolisée par les politiciens professionnels, et, d’autre part, les citoyens sont peu à peu dessaisis de leur pouvoir de contrôle sur les gouvernants. La vie politique, en ce qu’elle implique des prises de décisions, est ainsi réservée à des élites spécialisées qui se contentent de faire leur travail, selon les normes de la compétence fonctionnelle. Pour les théoriciens de la vision élitiste de la démocratie, I ‘apathie civique et la non-participation politique de là plupart des citoyens constituent le prix à payer pour le passage de la société politique «  ingouvernable  », traversée par des conflits à la société différenciée fondée sur le consensus – un passage imaginé comme celui de l’irrationnel au rationnel. L’idéal des théoriciens élitistes de la démocratie «  faible  » est de réduire la participation des citoyens, jugés incompétents, à I ‘acte rituel minimal du vote, mode de légitimation d’un système de pouvoir qui se présente comme démocratique tout en annulant subrepticement la souveraineté populaire. Et l ‘abstentionnisme électoral ne constitue nullement un obstacle au bon fonctionnement d’une telle «  démocratie  » minimaliste des élites, car il est plutôt le fait de catégories sociales faiblement éduquées ou de groupes marginalisés, jugés non seulement incompétents mais aussi et souvent «  dangereux  ». Tenir les «  classes dangereuses  » loin du centre du système politique occupé par des experts, les tenir à l’écart des lieux ou se prennent les décisions, telle est l’une des principales préoccupations des défenseur de la théorie élitiste et procédurale de la démocratie. Le démocratique se réduit dès lors au respect des règles du jeu électoral, parfaitement maîtrisées par les seuls experts. L’idéal explicite est ici que le peuple : participe le moins possible, qu’il s’indiffère à la question politique, qu’il se dépossède de fait de sa souveraineté, qu’il laisse les experts gouverner et administrer.6  »

On a peine à imaginer le spectacle d’une telle démocratie faible mais c’est bien là le risque où la tendance lourde de l’utopie expertocratique pourrait entrainer le Pays légal.

Réaction sociale du pays réel

On comprend mieux à partir de là, qu’après l’échec de la double tentative de démocratie forte de Sarkozi et Hollande, le scénario de démocratie apaisée «  droite et gauche en même temps  », pourrait muter en démocratie faible sous la poussée d’une Technocratie allant jusqu’au bout de son utopie expertocratique. Dans ce cas la Technocrature ne serait plus le remède pour sauver la démocratie de son vieillissement accéléré mais bel et bien sa maladie sénile.

Car si on y regarde d’un peu plus près on comprend qu’une démocratie faible, poussée par la Technocrature, conduirait à la révolte sociale. Le pays réel se tournerait vers la rhétorique populiste de la démocratie directe. Disons le, depuis 1789 le peuple doit avoir des ennemis et il convient de les lui désigner. La technocrature serait alors dénoncée par les partisans du «  toujours plus de démocratie  » au travers trois modalités7. D’abord les élites sont coupées du peuple, ensuite elles l’exploitent et enfin elles le trahissent. Les révoltés réclameraient la démocratie directe en accusant les technocrates de gouverner dans l’ombre, au profit d’élites restreintes.

Plus que se tourner vers l’ultra-gauche ou le national populisme ce type de révolte sociale s’irriguerait plus de l’autonomisme proudhonien, celui d’une «  société décapitée, proprement acéphale, sans tète ni chef, et arasée de toute éminence, de toute saillie d’autorité8  » Une telle révolte sociale, a tendance anarchique, commencerait à s’approcher de cette «  idéologie française  » qui inquiète tant Bernard Henry Lévy depuis 1981, année ou il a compris que le schéma «  hiérarchique  » maurrassien est susceptible d’harmoniser les solutions autonomistes et de démocratie directe.

La seule riposte du Pays légal consistera alors à rapprocher la dénonciation de la technocratie, du sulfureux mythe de la puissance «  judéo-maçonnique  » occulte. Les révoltés sociaux deviendraient alors des antimodernes diabolisant «  une «  mondialisation  » orchestrée par une oligarchie financière prédatrice, conspirant contre «  les peuples  » dans des réseaux invisibles9.  » Seconde manette de la technocrature, la riposte policière et judiciaire avec à sa disposition tous les moyens légaux et technologique possibles. L’éventail est large et prometteur. Soyons en persuadé, la Technocrature oserait TOUT  !

Germain Philippe

( à suivre)

1 Pierre Debray, Une politique pour le XXI° siècle – Une action française au service de l’avenir, Editions de Flore, 2019, Paris, p.56-59.
2 Charles Maurras, « Le nationalisme », L’Action française du 19 juillet 1938 in L’avenir de l’Intelligence et autres textes, Robert Laffont, Paris, 2018, p.107-1008.
3 Pierre Debray,
4 Frédéric Rouvillois, « Les racines saint-simonniennes de l’Europe », Politique Magazine n° 181, juin 2019.
5 Pierre-André Taguieff,
6 Pierre-André Taguieff, L’effacement de l’avenir, Galilée, Paris, 2000, p.419-420.
7 Pierre-André Taguieff, « L’appel populiste à la démocratie directe – Une corruption idéologique de l’idée démocratique »,Pouvoirs locaux (Les cahiers de la décentralisation), n° 3, 1989, p.109.
8 Bernard-Hernri Lévy, L’idéologie française, Grasset, 1981, Paris, p.265.
9 Pierre-André Taguieff, «  « L’invention du « complot judéo-maçonnique ». Avatars d’un mythe apocalyptique moderne », Revue d’Histoire de la Shoah, 2013/1 (N° 198), p. 97.

( 16 mai, 2020 )

L’Action Française face à la question sociale. Partie 3 : Dépasser la lutte des classes.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Si l’on s’en tient à l’histoire des manuels scolaires ou du « politiquement correct », l’Action Française est, sur le plan social, conservatrice plus que sociale, et son monarchisme ne serait que la volonté de revenir à un ordre ancien constitué de privilèges et de hiérarchies établies une fois pour toutes en des temps lointains, voire immémoriaux : la réalité n’est pas si simple et l’AF encore moins simpliste, malgré les caricatures que certains, y compris se revendiquant du maurrassisme, ont pu donner d’elle. Il lui est même arrivée de frayer avec les syndicalistes révolutionnaires des années 1910 ou avec des « insurgés » des années 30 qui prônaient un véritable renversement du « désordre établi » et de la « démocratie capitaliste et bourgeoise », sans pour autant renoncer à une organisation « corporée » de la société du travail français, évidemment prioritairement dans le cadre national…

 

 

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L’Action française ne s’arrête pas à la défense de la nation pour préserver les travailleurs : elle prône la fin du libéralisme du « renard libre dans le poulailler libre » par la mise en place d’une organisation sociale corporative qui rende aux producteurs leur juste place dans la société et leur assure la garantie de leur insertion dans la société, non comme simples consommateurs indifférenciés mais comme producteurs reconnus pour leurs qualités et dans leurs particularités professionnelles et sociales. Dans cette conception corporative, les classes sociales ne sont pas niées mais elles sont appelées à la conciliation, dans le cadre de la production et de la nation : le refus de la lutte des classes comme principe moteur de la société et des avancées sociales en faveur des travailleurs ne signifie pas que La Tour du Pin et ses successeurs de l’Action française méconnaissent l’égoïsme possible des classes dirigeantes ou dominantes, au contraire ! La Tour du Pin n’hésite pas à évoquer, comme Maurras après lui, la possibilité pour l’État de « tordre le bras » à celles-ci, si la justice sociale l’exige… Ce dernier, qui se veut disciple du premier, est d’ailleurs fort sévère avec une part de la bourgeoisie qui peut être aveugle sur la question sociale : « La bourgeoisie ne comprend pas la question ouvrière, et cela, faute de la voir ». Mais il ne s’agit pas, au contraire des marxistes, d’en appeler à la disparition des classes bourgeoises ou possédantes : « Je ne crois pas qu’il faille flétrir la bourgeoisie ni désirer qu’elle disparaisse. A quelque classe qu’on appartienne, on doit en être comme de son pays (…). Les classes moyennes composent, par le nombre et aussi par l’activité, l’élément prépondérant de notre patrie. (…) S’il faut faire mea culpa (ndlr : à propos de la Révolution et de ses conséquences sociales contemporaines), qu’on le fasse en commun et sans se renvoyer la balle. Il ne s’agit pas de récriminer, mais de réparer. » Cette volonté d’aller de l’avant et de « réparer » marque la différence d’avec l’esprit révolutionnaire (jacobin ou marxiste) qui, lui, veut « du passé, faire table rase ».

Dans cette conception maurrassienne des classes sociales et de la recherche d’une concorde nationale, et dans le cadre d’une monarchie à instaurer et enraciner, « les classes peuvent devenir des corps », selon La Tour du Pin, et la monarchie royale doit être cet État minimal garantissant une société libre et corporée, ainsi que l’exercice des libertés locales et professionnelles, et reconnaissant la légitimité de l’organisation des travailleurs, en syndicats ou à travers des corporations (ou associations professionnelles au sein d’un même corps de métier), sans que l’État ne soit autre chose qu’un initiateur, un arbitre suprême au-dessus des intérêts particuliers et le protecteur du bien public national (celui du Travail français sous toutes ses formes productives, industrielles, agricoles ou commerçantes).

La justice sociale n’est pas, alors, un alibi mais un élément fort de la légitimité nouvelle de la Monarchie, comme le signalait Marcel Bianconi dans la presse d’AF il y a près de cinquante ans : « Il le faudra bien s’il veut que se refasse, entre le peuple et lui (le roi), ce solide mariage d’amour et de raison auquel nous devons les plus grandes heures de notre histoire ». C’est aussi tout le sens de la phrase célèbre de Firmin Bacconnier : « la monarchie sera populaire, ou elle ne sera pas ! ».

 Jean-Philippe CHAUVIN

(à suivre)

( 16 mai, 2020 )

L’Action Française face à la question sociale. Partie 2 : Maurras contre la société de consommation.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Le monde qui voit la naissance de l’Action Française n’est pas encore entré dans l’ère de la Grande consommation mais l’industrialisation du XIXe et, pour notre pays, la Révolution française ont jeté les bases de cette « dissociété » dominée par l’individualisme et la Marchandise… La trinité infernale « Franklin-Taylor-Ford », plus révolutionnaire que Marx ou Lénine, entame un règne qui, en cette année 2020, n’est toujours pas terminé…

 La naissance et l’affirmation de la société de consommation aggravent encore les conséquences de l’individualisme et désarme les oppositions collectives en transformant les producteurs en esclaves des consommateurs et, plus encore, du système même qui les aliène à la consommation après les avoir exploité comme producteurs : c’est toute l’intelligence (et le cynisme) de Ford qui a compris que désormais, après des millénaires durant laquelle la société s’est organisée autour du système « Produire pour consommer », celle qui naissait de l’industrialisation triomphante selon les critères de Benjamin Franklin (« le temps c’est de l’argent ») s’appuyait sur le système du « Consommer pour produire », plaçant désormais le consommateur en position dominante par rapport au producteur, même quand il est une seule et même personne… Ce n’est pas la consommation elle-même que l’Action française condamne mais la société libérale marchande qui en fait un système exclusif et qui en oublie, ou en invisibilise, les asservissements qu’elle induit pour ne vanter que les aspects les plus tentateurs et « plaisants », transformant la personne en un consommateur captif des désirs suscités par la mode et la publicité, et tenu par le crédit (c’est-à-dire la dette) qui lui garantit un seul pouvoir, indexé sur l’argent, le « pouvoir d’achat »… Maurras en a la prescience quand il écrit à l’aube du XXe siècle : « Aux heures de paix et d’entente, il (ndlr : l’ouvrier, le producteur) donne du travail et reçoit de l’argent, heureux si on ne lui demande pas de la reconnaissance et du dévouement pour la bonté qu’on a eue de l’admettre au bénéfice de ce marché. Tout est combiné pour lui inspirer le sentiment de sa dépendance. Alors que tant de choses dépendent de lui, alors que tout s’arrêterait s’il pouvait entraîner ses pareils à se croiser les bras avec lui, la vie sociale fonctionne comme s’il ne servait de rien, comme si sa puissance spécifique était nulle, comme si son sacrifice ne pesait rien ! » Nié dans sa condition de producteur utile, il n’est plus considéré que comme consommateur potentiel, réduit à une forme d’aliénation, de « servitude volontaire » à la société de consommation qui le « distrait » de toute envie de se révolter : la société de consommation est une société « distractionnaire », selon la formule bien inspirée de Philippe Muray. Désormais, même les loisirs sont marchandisés, standardisés, encadrés, pour le plus grand bénéfice d’une société de consommation qui, du coup, par la néophilie permanente, suscite plus l’envie que la révolte ! Et le producteur rêve, comme les autres, à son pouvoir d’achat plus qu’à la révolution (ou à la contre-révolution)… Comme l’écrit Maurras dans L’avenir de l’intelligence (à l’aube du XXe siècle) : « Les besoins satisfaits établissent des habitudes et engendrent d’autres besoins. Besoins nouveaux de plus en plus coûteux, habitudes de plus en plus recherchées, et qui finissent par établir des barrages dont l’importance augmente. » Voici là le mécanisme sans fin de la société de consommation décrypté cinquante ans avant même qu’elle n’advienne et s’impose, et qui imagine les fractures sociales futures, plus difficiles à dépasser car leur principe-moteur même est épargné par ceux qui rêvent d’accéder au plus haut de la société des consommateurs ! Le piège…

 

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S’il rejette le libéralisme et ce que l’on nommera dans les années 1960 cette fameuse société de consommation et des loisirs, Maurras et à sa suite l’Action française ne tombent pas pour autant dans l’étatisme ou le « socialisme », comme l’explique Thierry Maulnier : « Ce que Maurras rejette dans le socialisme, ce n’est pas le socialisme lui-même, si l’on entend par socialisme l’anti-individualisme, la subordination du caprice individuel à l’harmonie des rapports sociaux, et l’exigence d’une société où tous les hommes, toutes les classes trouveraient leurs droits légitimes reconnus et leur dignité respectée. Ce que Maurras rejette dans le socialisme, ce n’est même pas le mot de socialisme : il nous parle quelque part de la part de socialisme que doit comporter la monarchie ; et il écrit : « Cela dit, il n’en reste pas moins que les affinités de certaine organisation socialiste qu’il vaut mieux ne pas appeler socialiste, de certain protectionnisme social (protection du producteur associé à la protection du produit), font le complément naturel et logique du nationalisme. Il y a opposition, contradiction à angle droit entre le marxisme, égalitaire, international, et la protection de la nation et de la patrie. » Pour l’Action française, il n’y a pas de social qui tienne sans la nation, première protection sociale par excellence : si la nation va bien, toute la société française s’en portera mieux, pour autant que l’État en soit le serviteur et non celui des grandes féodalités financières, industrielles ou politiciennes ; si la nation va mal, ou est asservie, les travailleurs français, ceux de la terre comme de l’usine, ceux des bureaux comme du commerce, risquent bien d’en souffrir, sauf exceptions de ceux qui sont prêts à se vendre, par individualisme et déni d’appartenance à la communauté nationale… C’est l’erreur, la faute même, des socialistes internationalistes de négliger la nation et de penser que l’on peut faire du social en oubliant « le plus vaste des cercles communautaires qui soient, au temporel, solides et complets. Brisez-le, et vous dénudez l’individu, il perdra toute sa défense, tous ses appuis, tous ses concours ». C’est une condamnation sans appel d’une globalisation (nommée aujourd’hui mondialisation) qui veut réaliser le vieux rêve d’un monde sans classes ni États, c’est-à-dire d’un monde dans lequel la gouvernance mondiale, celle des grandes institutions financières et des firmes transnationales « sans patrie », s’affranchirait des contraintes étatiques et des devoirs sociaux pour ne plus considérer que des consommateurs interchangeables et seulement mus par des considérations digestives ou ludiques, et dans lequel seuls compteraient les intérêts individualistes des actionnaires ou des grandes sociétés, à la recherche des meilleurs « avantages comparatifs » dans la nouvelle division internationale du travail… Un monde de la démesure et de l’injustice sociale, en somme…

Jean-Philippe CHAUVIN

(à suivre)

( 8 mai, 2020 )

Discrédit de l’élite politique

 

Lu sur « Action Française.net »

 

La technocrature, maladie sénile de la démocratie  : 9/11

Résumé  : En 2017 la technocrature  à pris le pouvoir  pour sauver la démocratie disqualifiée par son élite politique. Insatisfaite de l’explication par le complotisme d’ultragauche et celle du référentiel populiste, l’Action française  analyse la technocrature comme un phénomène de physique sociale. Utilisant la loi historique «  du développement d’oligarchies nouvelles  », elle découvre que Bonaparte a crée une nouvelle classe de privilégiés. Ce «  pays légal  » est un système oligarchique circulaire où trois élites financière, politique et médiatique se completent pour s’épanouir dans la République. Avec la V° République la Technocratie se constitue en quatrième élite. Avec dépérissement de la société industrielle sous Giscard et Mitterand, la technocratie surmonte son conflit avec l’élite politique et fait prendre le virage mondialiste au pays légal.

Répartition de l’élite politique

Les grandes familles républicaines, l’Etablissement, préfèrent que la France soit gouvernée au centre. Le jeu de bascule entre un centre droit et un centre gauche leur permet d’imposer le pouvoir de l’argent.

L’observation historique de la nouvelle classe des privilégiés issue du Directoire, montre une élite politique effectivement  divisée : «  Disons pour simplifier que le centre-droit est composé d’anciens royalistes et de catholiques ralliés, le centre gauche de maçons. Certes, les cartes ont été brouillées. Il y a de nos jours, des maçons de centre-droit, ralliés à Giscard, et des chrétiens de gauche… Mais, en gros, la démocratie chrétienne.. est demeurée fidèle à Giscard tandis que la maçonnerie, par ses gros bataillons fournissait à Mitterand la victoire.  »

Nul pacte secret entre ce centre-droit et ce centre-gauche. Ils se combattent durement, pour une basse mais simple raison. La faction victorieuse s’empare des postes les plus juteux, ne laissant à l’autre que les miettes du festin républicain.

Depuis la présidentielle de 1974, la répartition droite-gauche de l’élite politique s’équilibrait. Giscard puis Mitterand ne l’emportèrent que d’une faible marge. Il suffisait de 1  % pour que la victoire change de camp avec tous ses avantages.

Elite politique et souci nationaliste

D’où l’idée de Mitterand d’introduire le gravier nationaliste dans le soulier de la droite, comme De Gaulle avait mis le caillou communiste dans la chaussure de la gauche. Il offre donc à  l’orateur Jean-Marie Le Pen le tremplin médiatique d’une émission de grande écoute, un peu avant les élections européennes de 1984. Le Front National y obtient un spectaculaire 10,95 % des voix. Succès pour Mitterand mais symptôme électoral d’une démocratie affaiblie.

C’était jouer à l’apprenti sorcier. Le pseudo feu de paille d’un minuscule parti nationaliste ayant fait 0,44  % des voix aux législatives de 1973, va se transformer en une force populiste de 33,94  % à la présidentielle de 2017. Le virage mondialiste et européiste soutenu par la Technocratie n’est pas pour rien dans ce phénomène.

C’est sous le pied de l’élite politique au complet et non de la seule droite que le caillou a été mis. Ce petit caillou est devenu grand, au point que le Front National va être le principal, sinon l’unique souci de l’élite politique pendant les vingt-deux années des mandats de Jacques Chirac (1995-2007), de Nicolas Sarkozy (2007-2012) et de François Hollande (2012-2017). Un souci pouvant d’ailleurs aussi être utilisé comme Joker «  plafond de verre  » pour gagner la présidentielle. Ce que fait Chirac en 2002 pour obtenir un score de 82,21 % et transformer la Ve République, de fausse république-monarchiste en véritable république bananière.

La lutte contre le nationalisme devient l’objectif principal et le souci permanent de l’élite politique à partir de 1986. Année où le Front National obtient trente-cinq députés au Palais-Bourbon et un groupe parlementaire. Un simple exercice de physique sociale mené par Pierre Debray permet de comprendre que «  les exclus du Système  » sont la conjonction des victimes du mode de gestion technocratique, née de la rencontre des classes moyennes et des couches de la classe ouvrière qui se savent condamnées par les mutations technologiques. Ces exclus, justement qualifiés par Pierre-André Taguieff de nationaux-populistes, deviennent les empêcheurs d’oligarcher en rond. D’exclus du Système, ils en deviennent les ennemis objectifs. La situation se dégrade pour le pays légal, déjà perturbé par l’apparition de la Technocratie comme élite supplémentaire grippant la quadrature du cercle de l’oligarchie démocratique.

Dans la répartition des rôles, le règlement du problème populiste relève de l’élite politique soutenue par l’élite médiatique. En revanche, malgré la diversité des stratégies utilisées, légales, judiciaires, front républicain, découpage électoral, immunité parlementaire, diabolisation… l’élite politique prouve son incapacité chronique à régler le caillou nationaliste. Pour l’élite financière, l’élite politique échoue dans son rôle essentiel. Pire, le national-populisme est devenu une pièce majeure du grand échiquier de la révolte des peuples contre les élites mondialisées. Pendant ce temps, la Technocratie continue de servir les intérêts de l’Etablissement en s’appuyant sur le virage mondialiste pris sous Giscard et Mitterand. Tout comme les trois métastases de la démocratie continue de se développer  : la désindustrialisation, la société multiculturelle et la perte de souveraineté.

Echec du centre-droit identitaire

La plus sérieuse tentative de l’élite politique fut de relancer un clivage droite-gauche, par un bipartisme sachant digérer le populisme. Une élite politique alternant une Droite et une Gauche avec une politique économique proche mais bien séparées idéologiquement. C’était aller un peu dans le sens de la stratégie pour «  sauver la République  », préconisée par Pierre-André Taguieff à la place de la diabolisation.

La tentative du centre-droit va échouer derrière un Sarkozy (2008-2012) tentant de revenir idéologiquement sur l’identité nationale, cornaqué par le «  sulfureux  » Patrick Buisson, connaisseur des travaux de Raoul Girardet et Philippe Ariès. Les électeurs lepénistes tentés à la présidentielle de 2007 par une droite sachant redevenir elle-même se sentent rapidement trompés par un Sarkozy qui s’aligne immédiatement sur la doxa du gauchisme culturel synthétisée par Jean-Pierre Legoff  : antiracisme de nouvelle génération à tendance ethnique et communautaire, histoire revisitée à l’aune pénitentielle, écologie punitive, féminisme et homosexualité transformés en ayants droit, sans oublier le pédagogisme libertaire, la provocation comme nouvelle marque de distinction, l’art contemporain devenu art officiel.

Echec du centre-gauche social

En 2012 les populistes trompés retournent vers le lepénisme et les conservateurs, boudant leur tigre de papier, lâchent Sarkozy. C’est la chance d’un centre gauche qui derrière Hollande (2012-2017) veux tenter de revenir à la lutte contre les inégalités et s’exclame :  «  Mon adversaire, c’est le monde de la finance  ».

Coupée depuis Mitterand de la classe ouvrière, la gauche n’a aucune chance de revenir au social. Il ne lui reste donc comme marqueur que le libéralisme sociétal. D’où l’importance démesurée prise par la libéralisation des mœurs  : mariage «  pour tous  », avortement, homosexualité, gender. Pour cela le gouvernement centre-gauche va «  mettre le paquet  » et revenir aux fondamentaux de la IIIe République. Il va même friser la caricature, tant sa capillarité avec la franc-maçonnerie s’affiche criante auprès de l’opinion et provocatrice vis-à-vis du monde catholique. Hollande se rend même au siège du Grand Orient de France, ce qu’aucun président de la République n’avait fait ni sous la Ve ni sous la IVe. Gouvernement de centre-gauche appuyé sur la franc-maconnerie ; gouvernement de clan, despotisme de coterie disait Maurras avant 1914. Gouvernement méprisé par Berlin et Washington humiliant la Ve République par la suspension de la livraison à la Russie des fleurons de notre industrie de défense navale, les bâtiments de classe Mistral (combien d’emplois ouvriers à la clé  ?). Déconfiture sociale total du centre-gauche masquant son échec par la guerre au Mali et la répression ahurissante des familles catholiques de La Manif Pour Tous.

Alternance de façade ou Système  ?

Oui, le double échec de l’élite politique à relancer un clivage droite-gauche met le système oligarchique circulaire à nu. L’opinion ne distingue plus de différence entre le centre-droit et centre-gauche. L’élite politique est discréditée par la prise de conscience du faux-semblant de l’alternance entre une Droite et une Gauche, pratiquant la même politique économique derrière la même doxa culturelle.

L’alternance de façade fait écrire à Alain de Benoist : «  Le tarissement de l’offre électorale, le recentrage des programmes, la fin des clivages traditionnels, l’abandon du socialisme par la gauche, et l’abandon de la nation par la droite, la conversion de la social-démocratie à l’axiomatique du marché, le fait que les élections ne débouchent jamais sur une véritable alternative, mais seulement sur une alternance (avec de surcroît des gouvernements de droite qui font une politique de gauche et des gouvernements de gauche qui font une politique de droite), bref tout ce qui fait que le Système apparaît désormais nettement comme un système…  ». Ce Système malade c’est la démocratie  ; la démocratie réelle, pas la démocratie rêvée. Un système démocratique pourrissant par son élite politique, par sa tête comme le poisson.

Le mensonge comme mentalité

L’ampleur du discrédit de l’élite politique devient paroxysmique avec la succession des scandales ponctuant ces années-là. L’affaire Bettencourt de 2010  contraint le ministre du Travail Eric Woerth à quitter ses fonctions ; découverte en 2011 de la sordide réalité sexuelle de Dominique Strauss-Kahn, favori pour l’élection présidentielle, président du Fonds monétaire international, l’un des hommes les plus puissants au monde. Arrive 2012, avec les comptes cachés du ministre du Budget Jérôme Cahuzac, qui, lâché par les loges maçonniques, quitte le gouvernement en clamant son innocence mais finit par avouer ; exhumation de la liaison dangereuse Sarkozy-Kadhafi au tarif de 5 millions d’euros. En 2013, information judiciaire pour «  blanchiment de fraude fiscale » visant Patrick Balkany. Puis 2014 voit la vie médiatico-amoureuse de François Hollande étalée publiquement entre une actrice et une journaliste. La fraude aux fausses factures de l’affaire Bygmalion percute Sarkozy et Jean-François Copé démissionne de la tête du parti.

Est-ce le retour de la « République des copains et des coquins  » dénoncée par Michel Poniatowsky  ? C’est plutôt pour l’opinion la mise en évidence la culture du mensonge comme socle de la mentalité de l’élite politique démocratique.

Désaffection au consentement démocratique

Cette culture du mensonge sur laquelle repose l’élite politique, accentue le discrédit «  du dégoût  » se traduisant par la désaffection du pays réel vis-à-vis de la démocratie représentative. Cette désaffection est sensible électoralement depuis 1978, où la participation aux législatives était de 82  % et ne cesse de décliner pour passer maintenant sous la barre fatidique des 50  %. Cette sourde désaffection  inquiète l’élite financière. Elle demande aux technocrates de Sciences-Po la mise en place d’un  baromètre annuel de la confiance politique (CEVIPOF), reposant sur le consentement du gouverné. En votant, le citoyen ne choisit pas seulement un candidat, il soutient la démocratie. Cet indicateur reposant sur les inscrits des listes électorales, donc attachées à la démocratie, révèle le phénomène de «  fatigue démocratique  ».  L’abstention va atteindre la taux record de 57,3  %. Méfiance et dégoût concrétisent le rejet de l’élite politique dont les responsables sont perçus comme indifférents, éloignés et corrompus à 74 %. Le réel percute l’élite financière car  61  % des sondés ne font plus confiance aux politiques de  gauche comme de droite et c’est à l’égard de leurs élus, que les citoyens expriment le plus de doutes et de colère à 88  %. D’ailleurs 72  % d’entre eux considèrent les élus comme  plutôt corrompus.

En 2016 l’inquiétude de l’élite financière est totale car le discrédit de l’élite politique commence à s’étendre aux deux autres élites historiques. Les Français ne font plus confiance aux médias à 73  % et 70  % ne font pas confiance aux banques. L’élite financière commence à induire une hypothèse sombre. Certes, l’élite politique est parvenue à maintenir hors du jeu les mouvements se voulant «  hors Système  » mais si le pays réel, après avoir essayé la Droite et la Gauche, se laissait tenter par le populisme… Une opinion totalement écœurée ne serait-elle pas prête à tout  ?

L’élite financière, ces dynasties républicaines envisagent alors de rompre le système circulaire d’origine en substituant l’élite technocratique à l’élite politique.

Germain Philippe

(A suivre )

( 8 mai, 2020 )

L’Action Française face à la question sociale. Partie 1 : La condamnation du libéralisme.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

L’histoire du royalisme, souvent ignorée par les monarchistes eux-mêmes alors qu’ils devraient être hommes de mémoire, est pleine de malentendus, de bruits et de fureurs, mais elle est aussi passionnante et beaucoup plus riche qu’on pourrait le croire au regard des manuels d’histoire ou des articles de presse, souvent ricaneurs ou polémiques, qui lui consacrent quelques pages. Depuis quelques années, de nombreux colloques ont étudié l’Action française, accompagnés de publications universitaires ou érudites fort intéressantes, mais il reste encore de nombreux chantiers historiques à explorer sur cette école de pensée qui fut aussi (et surtout ?) une presse et un mouvement inscrits dans leur temps, avec toutes les pesanteurs de celui-ci et les risques d’incompréhension. Ces études, d’ailleurs, liées sans doute à l’esprit et aux inquiétudes de notre époque, pourraient être utilement complétées par celles sur les stratégies des princes de la Famille de France et sur les « royalismes provinciaux », parfois moins doctrinaires sans en être moins intéressants. A quand de grandes thèses sur les parlementaires royalistes d’avant 1940 ou sur la presse royaliste « hors-AF », comme La Gazette de France, dans laquelle écrivirent Maurras et Daudet, ou Le Soleil, fort peu maurrassienne ? La revue Lys Rouge, publiée il y a quelques années par la Nouvelle Action Royaliste, a ouvert quelques pistes de recherche qui mériteraient de ne pas être refermées avant d’avoir été complètement explorées…

 

J’ai été amené il y a peu à m’intéresser à nouveau au sujet de l’Action française et la question sociale, fort bien traité par Bertrand Renouvin pour l’AF d’avant 1944 et abordé par Zeev Sternhell mais aussi par François Huguenin en quelques pages lumineuses, qu’il faudrait toutes citer. C’est un sujet passionnant, et qui aborde un pan de l’histoire politique et sociale de notre pays trop souvent négligé ou phagocyté par une certaine Gauche persuadée d’être la seule légitime à parler des ouvriers ou des salariés, à tel point que nombre de penseurs ou d’électeurs de Droite considèrent toute évocation du « social » comme une revendication gauchiste ou communiste…

 

Contrairement à une idée reçue, l’Action Française n’a pas méconnu la question sociale, mais elle l’inscrit dans sa critique globale du libéralisme, et Maurras se réfère à Frédéric Le Play et, plus encore peut-être, au marquis de La Tour du Pin, véritable théoricien du corporatisme et de la décentralisation, en déclarant « Ce n’est pas La Tour du Pin qui est d’Action française mais l’Action française qui est de La Tour du Pin ». Au cours de l’histoire du mouvement royaliste, d’autres apports, au-delà des trois précédents cités, viendront enrichir la doctrine sociale de l’AF et, non pas seulement l’actualiser, mais bien plutôt la préciser et la contextualiser, comme le fera un temps Georges Valois, mais aussi Nel Ariès ou Firmin Bacconnier après lui, et Pierre Debray plus près de nous. Mais, pour l’AF, la question sociale n’est pas dissociable de la question politique, encore plus que du domaine économique.

 

La question sociale ne naît pas exactement au XIXe siècle mais bien plutôt dès les années de la Révolution française, voire même dès le milieu du XVIIIe siècle quand Louis XV accepte (avant de se raviser quelques années plus tard) la libéralisation du commerce des grains (lois de mai 1763 et de juillet 1764), véritable coup d’envoi du libéralisme économique en France dont Turgot sera le représentant le plus emblématique à la suite de Montesquieu. Les lois d’Allarde et Le Chapelier, votées par l’Assemblée constituante en mars et juin 1791, défont le modèle social corporatif français (par la suppression des corporations, l’interdiction de s’associer et de faire grève, etc.), laissant l’ouvrier démuni face au pouvoir patronal et financier. A partir de ce moment-là, les travailleurs se retrouvent, au nom de la « liberté du travail » (qui n’est que celle de celui qui a les moyens d’en donner et de le financer, et non celle du travailleur même), soumis à la loi d’airain du capitalisme et de sa loi de l’offre et de la demande dans laquelle il n’apparaît plus que comme une variable d’ajustement. Comme l’explique l’historien maurrassien Pierre Gaxotte, la réaction est légitime face à ce libéralisme inique, et « tout le syndicalisme contemporain est une insurrection contre la loi Le Chapelier » : effectivement, le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle constitueront une sorte de « rattrapage » social pour les salariés pour retrouver, d’une part une dignité déniée par l’exploitation des ouvriers par les puissances d’argent, et d’autre part des conditions de travail plus favorables à la bonne santé des salariés d’usine ou de mine. L’Action française condamne ce libéralisme esclavagiste et Maurras y consacrera quelques fortes pages lors des fusillades de Draveil et de Villeneuve-Saint-Georges ou lors de certaines grèves des années 1900, du temps de Clemenceau, prenant le parti des ouvriers et dénonçant la République antisociale : « La Révolution a supprimé les organisations ouvrières et confisqué leur patrimoine, c’est depuis lors que l’ouvrier souffre et se révolte. » Les ouvriers privés de reconnaissance, empêchés d’être propriétaires de leur métier et dépendants du bon-vouloir des patrons forment le prolétariat, pire encore que le précariat contemporain : « Situation sans analogie dans l’histoire. Le serf avait sa glèbe et l’esclave son maître. Le prolétaire ne possède pas sa personne, n’étant pas assuré du moyen de l’alimenter. Il est sans titre, sans état. Il est sauvage, il est nomade. » C’est cette « expropriation sociale », cette désaffiliation née des lois libérales de 1791, qui empêche les prolétaires de sortir de leur condition misérable et qui les pousse parfois à se révolter contre la société toute entière quand il leur faudrait concentrer leurs efforts et leurs attaques contre le système qui a favorisé cette situation indigne.

 

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Dans un article paru dans La Revue universelle en 1937, l’essayiste Thierry Maulnier synthétisera en quelques paragraphes la pensée d’AF sur la question sociale, s’appuyant sur les textes écrits et revendiqués hautement par le théoricien de l’Action française : « Ceux qui connaissent tant soit peu l’histoire de la pensée maurrassienne savent qu’elle fut orientée dès ses débuts contre ce qu’elle considérait comme le principal adversaire (…) : le libéralisme. Or, le libéralisme a deux faces, l’une politique, l’autre économique. Ces deux faces, l’analyse maurrassienne ne pouvait les séparer. (…) Si le libre jeu des volontés individuelles ne produit pas naturellement, en politique, le bien de la cité, il n’y a aucune raison pour que le libre jeu des volontés individuelles produise davantage, en économie, le bien de la cité.

« Non seulement la critique maurrassienne de l’individualisme devait conduire son auteur à dénoncer les ravages de l’économie sociale individualiste ; mais encore elle devait le rapprocher dans une certaine mesure des critiques socialistes, par une haine commune de l’individualisme régnant. S’il est deux idées qui dominent la philosophie maurrassienne, c’est bien, d’une part, l’idée du bien public, conçu comme différent de la somme des intérêts particuliers, supérieur à ces intérêts qui doivent plier devant lui ; c’est bien, d’autre part, l’idée qu’une société où les individus sont livrés à eux-mêmes est une société barbare, qui tend naturellement à l’anarchie et à la tyrannie des plus forts. » En rappelant ces vérités simples, Maurras, dans la ligne des catholiques sociaux et des contre-révolutionnaires du XIXe siècle, réfute la doctrine de l’éclatement individualiste qui sera synthétisée par Mme Thatcher sous la formule terrible « La société n’existe pas »… La démocratie française, fondée sur les individus plutôt que sur les personnes intégrées et enracinées, forme en fait ce que Marcel de Corte baptisera du nom de « dissociété ».

Jean-Philippe CHAUVIN

 

 

(à suivre)

( 6 mai, 2020 )

QUI SERAIT LE ROI DE FRANCE AUJOURD’HUI ?

 

Tiré du blog « La Couronne »

 

 

Mgr le comte de Paris et Duc de France, de jure Henri VII

Mgr le comte de Paris,

de jure Jean IV de France

Les armes de France

Les armes du chef de la Maison royale de France

Descendant direct du Roi Saint Louis, la famille du comte de Paris a régné sur la France pendant neuf siècles, d’Hugues Capet jusqu’à Louis-Philippe. Héritier légitime des rois de France, Monseigneur le comte de Paris est depuis le décès de son père, le lundi 21 janvier 2019, le chef de la Maison royale de France. Si les Français décidaient de renouer le fil de leur histoire, il régnerait sous le nom de Jean IV de France.

 

Le Prince Jean d’Orléans est né le 19 mai 1965 à Boulogne-Billancourt, fils du comte de Paris, Henri VII de France et de la princesse Marie-Thérèse de Wurtemberg, duchesse de Montpensier, le prince est apparenté à la plupart des familles royales régnant en Europe. À Amboise, en 1987, année de la célébration du millénaire capétien, le Prince Jean a été titré duc de Vendôme par son grand-père, le comte de Paris, Henri VI de France. Le 2 février 2019, le prince Jean d’Orléans, alors nouveau Chef de la Maison de France, annonce le jour des funérailles de son père, relever le titre de comte de Paris, porté par son père et son grand-père avant lui, respectant ainsi, un décret royal de son grand-père, Henri VI de France, imposant le titre de comte de Paris, comme titre d’attente pour tous les chefs de la Maison de France appelé à lui succéder.

 

Dans son parcours universitaire, le prince a eu le souci constant de développer ses capacités d’analyse et de réflexion, et d’approfondir sa connaissance des réalités politiques, sociales et économiques contemporaines. Le Prince Jean est titulaire d’une maîtrise de philosophie à la Sorbonne. Son mémoire a porté sur l’actualité de la notion de bien commun. Le Prince Jean de France a également obtenu une maîtrise de droit, en se spécialisant dans le domaine des relations internationales. Le prince a terminé son cursus avec une maîtrise en administration des affaires (MBA) qu’il a passée à Los Angeles (Californie). Il a effectué son service national comme officier : après quatre mois de classes à l’école de cavalerie de Saumur, il a été affecté au commandement d’un peloton de chars de combat au 7e régiment de Chasseurs à Arras. Sa vie professionnelle l’a ensuite conduit à exercer des responsabilités dans le domaine du conseil en management et organisation d’entreprise, puis dans le secteur bancaire.

 

Le 02 mai 2009, le prince Jean de France a épousé en la cathédrale Notre-Dame de Senlis Mademoiselle Philomena de Tornos y Steinhart, née le 19 juin 1977 à Vienne, fille d’Alfonso de Tornos y Zubiría et de Marie-Antoinette Edle  von Steinhart, petite-fille de Juan de Tornos y Espelíus, ancien chef du secrétariat personnel du comte de Barcelone. Depuis 2011, Leurs Altesses Royales comte et la comtesse de Paris habitent au domaine royal de Dreux avec leurs cinq enfants :

 

 

Descendant légitime de la dynastie nationale française, Monseigneur le comte de Paris, assume pleinement la tradition de dévouement de sa famille au service de la France et des Français d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Il se définit comme prince chrétien et prince français.

 

Prince tourné vers l’avenir, il a depuis plusieurs années , parcouru la France et rencontré des acteurs de la vie économique, sociale, culturelle et politique. Il a pu ainsi acquérir une vision précise, profonde et générale de notre pays. Il a complété cette démarche par des voyages à l’étranger où il a été reçu non seulement comme un témoin du passé de la France mais aussi comme une incarnation de son avenir. En octobre 2009, il a effectué une première synthèse de son expérience dans son livre d’entretiens Un Prince français (éd. Pygmalion).

 

Dans cet ouvrage, il évoque son destin personnel et sa place dans la Famille de France, et présente les aspects essentiels de son engagement, en tant que prince de France, au service de la France et des Français. Symbole d’unité, principe vivant d’identité, il représente la permanence nécessaire à la bonne évolution d’un monde qui bouge.

 

Entre les urgences de la mondialisation et de la crise et les besoins d’identité et d’enracinement, il veut occuper utilement une place laissée vacante et pourtant indispensable à intérêt national. De nombreux pays européens profitent, chacun à leur manière, du bienfait de la légitimité naturelle offerte par les familles princières ou royales. Une telle présence garantit la pérennité du bien commun des familles, des entreprises et de la nation.

 

Dès aujourd’hui, en France, le prince Jean propose aux Français d’écouter sa voix.

( 5 mai, 2020 )

Bien heureux Coronavirus ! ! ! (partie II)

 

Lu sur « Action Française.net »

 

A l’approche d’un déconfinement hésitant et étrangement sélectif, sur fond de crise économique justifiant l’opportunité d’unautoritarisme sournois et ciblé, l’Action Française doit prendre la mesure des enjeux en lançant toutes ses forces dans la bataille pour conjurer les dangers graves qui menacent notre pays. On ne saura se contenter de constater l’incurie de l’État «  en marche,  »mais aussi de proposer des alternatives radicales pour le salut de la France. C’est le sens de l’appel de nos camarades.

Olivier Perceval

Ce texte s’inscrit dans le prolongement de l’intervention réalisée lors de la conférence des cadres du mouvement qui s’est tenue le 7 mars. C’est à la suite de nombreuses discussions que les trois signataires pensent à l’urgente nécessité de réaliser ces travaux.

UN PROGRAMME DE TRAVAIL…

Le temps presse… La vitesse de dégradation est impressionnante et nous sommes proche du chaos, le système se fracture et semble de plus en plus fragile Mais, nous savons bien que son effondrement sera aussi celui du pays. Que faire alors ? Sachant que le rejet de la politique du pire finit souvent par nourrir le pire… Bien conscient de l’ampleur de la tâche et de l’incroyable complexité à laquelle nous devons faire face, nous voulons lancer un appel à la réflexion de tous les royalistes qui ont en commun d’être dans la même galère. Le temps présent se caractérise par une rupture historique radicale. En conséquence, imaginer un seul instant une transition douce, c’est-à-dire le passage sans douleur de l’état actuel de la France (institutions et société) à une instauration de la monarchie semble absurde. Pour quelques-uns d’entre nous, les analyses du réel sont trop souvent déterminées par une vision de l’histoire rétrécie à la simplicité du toujours le même. Les nouveautés apparentes ne seraient en réalité que des métamorphoses d’une substance historique invariable. En privilégiant les continuités et en négligeant ou en niant les ruptures nous pouvons ainsi réciter le même catéchisme et avancer nos solutions sans nous préoccuper davantage de leur adéquation avec le réel. Trop souvent nous avons continué à faire comme si… Et à marteler indéfiniment : le politique d’abord, trop souvent cantonné, limité à l’institutionnel, ignorant que l’écart croissant entre le souhaitable c’est-à-dire le retour de la monarchie et l’état réel de la société accentue l’aspect utopique de nos propositions. La priorité accordée de manière trop exclusive au changement institutionnel laissant penser que le retour éventuel de la monarchie constituerait en quelque sorte une solution magique, susceptible à elle seule de réparer les dégâts n’est plus tenable. Autrement dit, l’ordre des priorités doit sans doute s’inverser. Dans la royale, nous chantons mais à la France il faut en roi. Oui, mais au roi il faut une France, autrement dit encore il faut d’abord reconstituer la société France sans se cacher qu’elle est, hélas en voie de disparition. Lorsque l’effondrement se produira et si nous voulons apparaître comme un véritable mouvement politique, nous devons préparer le terrain en exerçant un véritable magistère destiné à faire valoir nos idées.

Lorsque nous voulons parler politique au sens du bien commun à nos interlocuteurs, nous nous heurtons presque systématiquement à une forme d’indifférence et dans certains cas d’hostilité, car, la désaffection générale à l’égard de la politique et de ses pratiques, sans parler de son personnel, est venue polluer toute réflexion politique en la matière, venant voiler l’opposition frontale entre la politique anti-politique et le politique défini comme souci du bien commun. Cette désaffection vient contaminer toute réflexion en la matière et entraîne de facto un éloignement croissant à l’égard de la question politique. Ce qui domine aujourd’hui c’est en fait la résignation causée par un constat d’impuissance qui détermine un retour de la fatalité en l’absence de toute autre hypothèse acceptable. C’est tellement vrai que le système n’est plus contesté fondamentalement, même si personne n’y croit, et nous voilà contraints de résoudre le problème suivant : comment agir politiquement dans un univers où le politique n’est plus pensé et pour beaucoup n’est plus pensable ?

LES GILETS JAUNES : DIVINE SURPRISE ? ? ?

L’insurrection des gilets jaunes, c’est une révolte dont les causes multiples provoquent colères et souffrances et tiennent pour l’essentiel à des conditions de vie devenues insupportables. C’est celle des oubliés de l’histoire, « du peuple des périphéries » dont chaque membre vient crier « j’existe ! » Ce sont les victimes de la « grande société » mondiale et globale à laquelle ils doivent impérativement s’adapter, dont les composants destructeurs et corrosifs ont transformé toutes les sociétés en champs de ruines : Mondialisation, islamisation, fin des paysans, désindustrialisation, disparition des services publics et privés dans une très large partie du territoire, métropolisation, marchés immobiliers qui fonctionnent comme des centrifugeuses, déserts médicaux, dictature de l’oligarchie financière, chômage massif, précarisation du travail et de la vie… La liste est sans fin et le fossé ne cesse de s’élargir entre les gens « de partout », c’est-à-dire de nulle part et les gens qui se sentent de « quelque part ».

ALORS ?

Nous sommes attendus par le peuple français sans plus nous préoccuper de satisfaire la bourgeoisie détachée du destin national, même et souvent quand elle est chrétienne, c’est à lui que nous devons répondre. Ce qu’il veut ce peuple, c’est vivre décemment de son travail, se soigner, se loger, mettre ses enfants dans des écoles de proximité, disposer de libertés locales… Nous devons réapprendre à raisonner à partir du réel et nous en sommes capables.

Nous devons pour être « crédibles » nous emparer de toutes ces questions afin d’y répondre de manière pratique.

L’idée serait la suivante, encadrée par quelques principes simples :

➢ Dans la mesure du possible, c’est tout le mouvement qui doit se mettre au travail.

➢ Les groupes de réflexions devront réunir toutes les générations.

➢ Chaque groupe devra, bien entendu, être composé d’un noyau dur de quelques personnes disposant de compétences sur les sujets traités.

N’étant pas omniscients, il faudra, dans la mesure du possible, faire travailler avec nous, ou à défaut consulter des personnes extérieures à l’AF ayant des compétences reconnues dans telle ou telle matière, ce qui permettra et de nous faire connaître et de faire valoir nos capacités de réflexion sur des thèmes précis.

Dans un certain nombre de cas, il est possible que des oppositions apparaissent sans possibilité de synthèse. Il n’est pas question de rechercher un accord bancal qui laisserait les participants insatisfaits. Dans cette hypothèse, il y aura lieu d’exposer clairement les positions respectives dans le cadre d’une« disputatio » exposant clairement les  arguments avancés.

Les résultats sont destinés à être publiés le plus largement possible, bref nous devons devenir un Think tank (groupe de réflexion) réservoir d’idées… et prendre les moyens de les faire connaître.

QUELS SUJETS ?

Ils sont nombreux, et tous les adhérents du mouvement peuvent contribuer à les définir.

Une idée émise par les grenoblois permettrait d’en grouper un certain nombre sous le « chapeau » de la démographie dont :• L’immigration.• La politique familiale.• Métropolisation et désertification des zones rurales.• La question du grand âge et des maisons de retraite.• Les marchés immobiliers.• L’aménagement du territoire et la nécessaire revitalisation des zones rurales.• Les déserts médicaux.• L’hôpital.• La revitalisation commerciale des petites villes.

Il serait intéressant, à cette occasion, de recenser les élus locaux susceptibles de nous apporter leur concours.

Et puis, les grandes questions comme :• La fiscalité.• La financiarisation de l’économie et ses conséquences.• Le budget de la France, (identifier les dépenses inutiles.)• La justice.• La disparition des fonctions régaliennes sous traitées à des instances transnationales.• Comment sortir du libéralisme philosophie et anthropologie de la « sortie du politique »

Cette liste ne peut être exhaustive, il nous appartient de la compléter.

AU TRAVAIL !

Antoine de Crémiers, Pierre de Meuse et Henri Augier

( 1 mai, 2020 )

Mutation mondialiste du pays légal Mutation mondialiste du pays légal

 

Lu sur « Action Française.net »

 

Résumé  : En 2017 la technocrature a pris le pouvoir  pour sauver la démocratie disqualifiée par son élite politique. Insatisfaite de l’explication par le complotisme d’ultragauche et celle du référentiel populiste, l’Action française  analyse la technocrature comme un phénomène de physique sociale. Utilisant la loi historique «  du développement d’oligarchies nouvelles  », elle découvre que Bonaparte a crée une nouvelle classe de privilégiés. Ce «  pays légal  » est un système oligarchique circulaire où trois élites financière, politique et médiatique s’épanouissent dans le cadre du régime républicain. Les commis de l’élite politique, les technocrates se sont ensuite constituée en une élite, bientôt déstabilisatrice du système oligarchique circulaire.

Hégémonie du capitalisme financier

Le début du septennat de Valéry Giscard d’ Estaing, correspond au clap de fin des trente glorieuses. Peu d’acteurs perçoivent l’enclenchement du vieillissement de la société Industrielle. La pathologie est masquée par les mesures sociétales progressistes prises par l’élite politique de centre-droit. Encore moins d’observateurs perçoivent que la Technocratie va entamer la mutation du pays légal vers le mondialisme.

Sous Giscard (1974-1981), héritier de la nouvelle classe bonapartiste et pur produit de la Technocratie, l’Etablissement va pouvoir régner sans partage. Symboliquement le premier président de la République énarque fait appel à Jean-Jacques Servan-Schreiber, figure de proue de la Technocratie européiste. Pour s’enrichir par le pillage de l’Etat, l’élite financière va profiter des pouvoirs de la Technocratie à travers un soutien sans faille.

Le ratage de la décolonisation africaine par le gaullisme a rapatrié en France un capitalisme non industriel discréditant le capitalisme industriel. Les technocrates de la Haute Administration laissent alors les banques refuser les crédits à notre industrie, au profit du financement de «  contrats du siècle  » en Iran et Irak. De plus, la garantie de l’Etat sur ces contrats à l’international protège l’élite financière de tout risque. L’Etablissement peut donc s’enrichir effrontément par la complicité de la Technocratie. C’est elle qui porte la responsabilité de l’hégémonie du capitalisme financier sur capitalisme industriel français.

Désindustrialisation de la France

Cette décision technocratique impliquant la désindustrialisation est aggravée par le second choix stratégique de ne pas automatiser les chaines de production automobiles. La Technocratie d’Etat mais aussi privée, juge plus rentable de recruter des OS en Afrique, permettant le maintien des salaires extrêmement bas. Les jeunes Français sont ainsi détournés de l’industrie et poussés vers les bureaux du secteur tertiaire. La désindustrialisation est une métastase affectant les classes moyennes et les régions. Un demi siècle plus tard cette métastase démocratique dégénéra en révolte des «  Gilets Jaunes  ».

Au refus de l’automatisation au profit de l’esclavagisme africain, la Technocratie de la société industrielle ajoute la mesure prise par l’énarque Jacques Chirac, du «  regroupement familial  ». Cette ouverture à l’immigration de peuplement constituera le futur foyer de haine de la société multiculturelle. Pourtant, aux yeux de la Technocratie, ce choix déjà mondialiste se justifie car les familles immigrées augmentent la consommation qui alimente fiscalement les caisses de l’Etat-Providence. Comment imaginer que l’Immigration islamique est à son tour une métastase, rongeant une laïcité se voulant le creuset de l’intégration républicaine  ?

Imbue d’elle-même, coupée du réel, enfermée dans sa logique quantitative, la Technocratie fait des choix contraires aux intérêts de la France mais allant dans le sens de ceux de l’Etablissement. Sûre d’elle-même, la Technocratie persévère dans son choix d’un Etat Providence, celui d’une République faible mais omnipotente, dont la Technocratie redistribue un tiers de la richesse nationale avec des prestations sociales considérablement étendues, dont le coût augmente de 6,6 % par an aboutissant à une augmentation des prélèvements obligatoires de 37  % à 43  % du PIB. A cette fiscalité exorbitante s’ajoute deux autres symptômes  : l’infantilisation du citoyen et une bureaucratie administrative galopante. De quoi inciter à relire le fondamental Dictateur et roi, écrit par Maurras dès 1899.

Fragilisation de l’élite politique libérale

Et l’élite politique  ?  Le démantèlement de l’ORTF  l’a fragilisée au profit de l’élite médiatique. Sous Giscard s’est totalement réalisée la prophétie de l’Avenir de l’Intelligence, celle du pourrissement de la culture par l’argent. Dans un pamphlet retentissant le maurrassien Pierre Boutang dénonce l’étroite relation entre l’élite financière et l’élite médiatique. Il pousse le comte de Paris à soutenir François Mitterrand pour la présidentielle de 1981 car il espère «  que les premiers coups soient portés au règne et au gouvernement de l’argent, installé depuis deux siècles. Qu’ils soient portés d’abord à la racine du mal aggravé pendant les sept dernières années  : toutes les conditions de l’esprit, toute la communication et la diffusion des idées sont tenues et détournées par l’argent.  »

A cet affaiblissement de l’élite politique de centre-droit, s’ajoute sa perte de crédibilité dans l’opinion, à la suite de nombreuses «  affaires  » comme l’assassinat de Jean de Broglie, la mort suspecte de Robert Boulin, les avions renifleurs et les diamants de Bokassa.

En 1981, le rejet par le pays réel est total et l’élite politique de gauche prend le pouvoir. Le système circulaire du pays légal va-il être perturbé  ? Que vont devenir l’élite financière – l’Etablissement –  et son partenaire privilégié, l’élite technocratique  ?

L’Etablissement et la Gauche

La grande illusion de Pierre Boutang sur l’élite politique de centre-gauche face à la domination de l’élite financière, vient de son maurrassisme métaphysique ignorant la physique sociale. L’autre héritier de Maurras, son double Pierre Debray, préfère utiliser l’empirisme organisateur pour entamer une «  Autopsie du pouvoir socialiste  », à l’intention de  l’Action française.

Avant tout Debray pose la question de la persistance du modèle oligarchique révélé par l’empirisme organisateur  : «  Le nouveau pouvoir socialiste reste-t-il aux mains de l’Etablissement  ? Si oui rien ne sera changé, sinon les apparences. On nationalisera. Et après  ? L’Etablissement ne s’intéresse pas à l’entreprise mais au profit. Jamais il n’a pris le risque d’innover. Il laisse ce soin à des industriels…. Il ne s’enrichit que par le contrôle qu’il exerce sur l’Etat. Nationaliser des entreprises, surtout si elles marchent bien – c’était le cas de Renault – lui permet de se les approprier. Ses enfants (ou ses gendres) y feront de fructueuses carrières et pourront, par le biais de commandes à d’autres entreprises, celles-ci non nationalisées, réaliser de gros bénéfices…Il y a tout avantage à nationaliser puisque plus le secteur étatisé est vaste, plus il doit sous-traiter et cela au profit d’affaires dominées par l’Etablissement.  »

La réponse sur la persistance de l’Etablissement, Debray la trouve en passant au crible l’élite du centre-gauche, en s’appuyant sur la documentation d’ Henry Coston, l’archiviste politique si controversé  mais si bien documenté. Au final rien n’a changé si l’on considère  la composition du gouvernement et l’entourage du président. La France reste gouvernée au centre pour le seul profit des quelques centaines de familles composant l’Etablissement. Le pillage de l’État va être renforcé par le biais des nationalisations et les banques d’affaires vont  perdre leur autonomie au profit des banques étrangères mais «  l’Etablissement s’en moque car il ne s’enrichit nullement en pratiquant l’esprit d’entreprise mais en parasitant l’appareil étatique. Plus celui-ci est puissant et plus l’enrichissement est rapide.  »  L’expression «  Gauche caviar  » va rapidement faire son apparition.

La gauche et la Technocratie

L’Etablissement perdure donc malgré l’alternance de l’élite politique du centre-droit au centre-gauche, mais la Technocratie  ? Rapidement l’élite politique socialiste se heurte à l’insatisfaction de son électorat qui ne se contente pas de l’abolition de la peine de mort. Il attend des changements plus substantiels que des mesures sociétales. Pour protéger l’Etablissement, l’élite politique socialiste désigne alors un bouc émissaire par la critique de l’élite technocratique sur le mode «  trop de privilèges, pas assez de services  ». L’élite politique retrouve ses racines jacobines.

L’historien Jean-Pierre Rioux a synthétisé cette critique : «  Par son emprise sur les postes clefs, par la complicité de ses membres, elle [la Technocratie] contrôle avec insolence le gouvernement, le Parlement, les partis politiques, les médias, les grosses sociétés industrielles et financières  : l’hégémonie de cette caste brouillerait les rapports entre les pouvoirs, instaurerait une confusion entre l’intérêt général et les intérêts privés. Elle favoriserait l’affairisme des initiés et la morgue des décideurs alimenterait rumeurs et scandales. Une élite repliée sur elle-même et coupée des réalités sociales régnerait impunément sur le pays  ». L’élite politique de centre-gauche, figé sur le passé révolutionnaire, joue au le retour des «  grands ancêtres  »  ; des têtes doivent tomber.

Technocratie et internationalisation polymorphe du marché.

L’adversaire n’est pas les «  200 familles  » de l’Etablissement mais la technocratie dominatrice  : logique car la contradiction s’est exacerbée entre l’élite politique et l’élite technocratique émancipée sous Giscard. Initialement le modèle oligarchique circulaire fonctionnait bien car les technocrates renforçaient leurs commanditaires de I‘élite politique en étendant la compétence du Parlement par I ‘intervention législative en matière économique et celle du Gouvernement par le recours à la procédure des décrets-lois et des lois cadres.

Puis le modèle s’est grippé car pour la Technocratie, le système parlementaire est devenu I’obstacle à contourner en raison de l’inertie du suffrage universel et de I’immobilisme des assemblées, I’un et I’autre incompatibles avec les contraintes de l’économie — sans parler des députés défendant les intérêts électoralement les plus rentables. La gestion rationnelle de l’économie, idole des technocrates, se heurte ainsi à des difficultés croissantes liées à l’élite politique. D’où l’insatisfaction progressive de la Technocratie vis-à-vis de la toxicité de ses commanditaires de l’élite politique.

Finalement un compromis est passé entre les deux élites car François Mitterand lançant le «  social  » à outrance a crée de la dette. La technocratie va donc aider l’élite politique qui a mis la France au bord du dépôt de bilan, à recourir massivement à la finance internationale. Au total un endettement de plus de 1 500 milliards en quinze ans, que la Technocratie devra financer par l’émission de titres publics et d’obligations du Trésor sur les marchés internationaux.

Cette tactique cosmopolitise les pratiques de la Technocratie et lui fait prendre conscience que les carrières tendent à se fabriquer maintenant au sein d’organismes internationaux. La technocratie commence alors à devenir le commis apatride de l’internationale des grandes affaires. Où pour éviter la très instrumentalisée suspicion de complotisme, préférons le vocabulaire savant de Pierre-André Taguieff «  d’internationalisation polymorphe du marché  ».

Le mondialisme par l’Europe

Ce virage mondialiste de la technocratie par la dette est accentué par un virageeuropéiste. Dès 1983-84 l’échec des programmes nationaux-keynésiens relance la construction européenne. Le technocrate Jacques Delors, ministre de l’économie et des finances, fait triompher le slogan «  la France par l’Europe  ». Le vieux rêve saint-simonien  se réalise en 1992 lorsque Mitterrand fait passer la République par la case Maastricht afin d’unifier les peuples sous la férule technocratique. Le OUI au référendum l’emporte d’un petit 51  %. Aucun des porte-parole du NON ni même M. Marchais ou M. Le Pen, n’a déclaré qu’il ne voulait pas de l’Europe. Tous se sont proclamés meilleurs Européens que les partisans du OUI. L’Action française s’est retrouvée isolée contre l’Europe des technocrates.

Paradoxalement, l’élite politique de centre-droit affirme que la grande vaincue du OUI à Maastricht est l’« eurocratie » et que l’Europe des nations a triomphé tandis que s’effondre celle des technocrates. On reste pantois, sauf si on comprend que ce mensonge masque le stade avancé de la maladie républicaine car le «  meneur  » du NON, le gaulliste Philippe Seguin avait prévenu  : un OUI mettrait en jeu la «  survie de la République  » au profit du fédéralisme technocratique européen.

Les héritiers de Jean Monet avaient mis quarante ans à ce que l’Europe technocratique des bureaux devienne la muselière empêchant le chien national et démocratique de morde. L’élite politique ne mordra plus. La démocratie s’enfonçait dans sa pathologie dont le symptôme est décrit par Alain Peyrefitte : «  Seize mille fonctionnaires coupés du monde, sans assise populaire, sans légitimité, passant leur vie et même leurs loisirs entre eux, finissent par se croire investis d’une mission providentielle. Ils sont au demeurant si compétents et si courtois qu’ils gagnent peu à peu les parlementaires ou ministres européens qui devraient les contrôler, et qui finissent par leur rendre les armes. Car le ministre court. Le député passe, les fonctionnaires restent.  »

Seguin avait annoncé la troisième métastase  : celle de la perte d’indépendance nationale au profit au fédéralisme technocratique européen. L’élite technocratique s’y retrouve facilement car une conséquence du OUI est la mutation des hauts fonctionnaires vers le mondialisme. Ils  se frottent à d’autres modes de décisions et à d’autres univers culturels. De développeur, l’Etat républicain devient régulateur et met en œuvre les décisions communes des Etats-membres. La Commission européenne et les réunions collégiales deviennent des lieux de réinvestissement des technocrates assurant la navette entre Paris et Bruxelles.

En trois septennats, la technocratie à entamé la mutation du pays légal vers le mondialisme  ; d’abord la financiarisation du capitalisme, ensuite le rapprochement avec la finance internationale et enfin la perte de l’indépendance nationale au profit  de l’Europe de Maastricht et de sa banque centrale

Germain Philippe

( 30 avril, 2020 )

Bienheureux Coronavirus ! ! ! ( partie I)

 

Lu sur « Action Française.net »

 

Avant propos

Nous ouvrons aujourd’hui un débat   interne à notre mouvement proposé par des militants de longue date, inscrits dans l’histoire de l’Action française et connus pour leurs actes et leurs écrits. Ils font un constat lucide de la faillite du politique dans notre pays appuyé par une partie de l’«  élite  » intellectuelle  engagée pour la dissolution de la nation dans un mondialisme impersonnel, technocratique et aveugle aux besoins des peuples. Mais en dehors de ce constat que nous partageons tous, ils nous proposent de réfléchir, à l’occasion  éclairante de la pandémie brandie comme «  l’Armageddon  », ensemble à des alternatives possibles, pour le jour d’après, dans tous les domaines  :  Sociaux, économiques, culturels… pour rapprocher les français et trouver des outils susceptibles de contrer les agissements d’un système autiste, et méprisant toute tentative de prendre en compte l’expression populaire en la taxant de populiste, c’est-à-dire aux yeux des libéraux libertaire  :  Extrémiste et intolérante, ce qui est un comble quand on connait l’arsenal répressif déployé par le pouvoir contre toutes formes d’opposition dans notre pays. Étant donné la longueur de ce texte, il paraitra en deux parties. Nous commençons par le constat et nous continuerons sur la mise en «  ordre de bataille  ».

Olivier Perceval

Il est effectivement grand temps de nous mettre en ordre de bataille pour « le jour d’après » qui sera sans doute sanglant.

Nous sommes en 1929 et bientôt en 1933 ? Mais avec une nuance toutefois. A l’époque, la crise marque pour beaucoup la fin du libéralisme et son échec pour des causes endogènes, impossibles à dissimuler. Les libéraux dépriment et en 1938 dans la revue de Paris, Louis Rougier déplore que les partisans du libéralisme apparaissent comme « de donquichottesques paladins attardés à défendre une cause perdue ». Le libéralisme semble alors représenter une catégorie définitivement réfutée par l’histoire. Il faudra des années pour que ses adeptes le ressuscitent après l’épisode de l’État providence.

Aujourd’hui :

Depuis assez longtemps déjà, le système marchait vers l’abîme, condamné à patiner de plus en plus vite sur une glace de plus en plus mince, appuyé sur un endettement délirant suscité par la crise des années 2007/2008 époque où les Etats avaient répondu au problème de la dette par plus de dettes en transformant par un tour de passe-passe les dettes privées en dettes publiques. Dans un mouvement sans fin alimenté par des taux maintenus au plus bas, parfois même négatifs, et une création monétaire apparemment inépuisable dont la part essentielle, sans s’investir dans l’économie tournait en rond dans la sphère financière, le système ressemblait fort au catoblépas cet animal fabuleux tellement bête qu’il se dévorait lui-même. Nos hommes politiques ne savaient plus que faire pour dissimuler leur folie sachant que l’implosion était proche, mais qu’il   paraissait possible de la retarder indéfiniment ou du moins jusqu’au passage du relais à leurs successeurs.

Mais l’heure des règlements de compte approchait dangereusement, lorsque survint comme par enchantement le coronavirus. Bienheureux coronavirus dont il faut à tout prix noircir et dramatiser les effets pour permettre de se déguiser en chef de guerre sans craindre le ridicule, lui attribuer tous les maux du temps présent, exonérer ceux qui en sont responsables et tuer l’économie qui ne pourra être sauvée à nouveau que par une création monétaire délirante et en «  en même temps  » tenter de rassurer les peuples par des promesses intenables, L’État devant jouer le rôle d’un assureur tous risques. Leur seule arme, c’est la planche à billets. Cette cause réputée purement exogène vient donner un répit au système. Répit qui sera de courte durée toutefois, les comparaisons rassurantes qui sont faites avec la période 2007/2008 étant nulles et non avenues  ; on voit même des prévisionnistes et analystes économiques, ceux qui se trompent toujours, expliquer doctement que oui, il y aura un moment difficile, mais dès le troisième trimestre et surtout au quatrième, la croissance repartira… Nous constaterons très vite le décalage entre promesses et réalisations. Nos économies sont à l’arrêt et beaucoup d’entreprises et de professions indépendantes cesseront leurs activités ce qui mécaniquement entraînera des baisses de rentrées fiscales et une augmentation du chômage…Or, nous ne savons pas quand la production pourra repartir, quelle sera l’importance du chômage et celle des personnes sans ressources et pas davantage combien de banques et d’assureurs vont faire faillite, nous ne savons pas… Et le jour d‘après risque fort d’être celui de la colère contre les «  habiles » qui ne peuvent cacher leurs méfaits, incapables de fournir du gel hydro alcoolique, des masques, des respirateurs, des lits, des tests, qui tiennent des propos contradictoires, prennent des décisions qui ne le sont pas moins, révélant leur dramatique incurie. Ce sera la colère des maires, celle des forces de l’ordre, du personnel médical et hospitalier et de ceux, nombreux, trompés et abusés par des menteurs professionnels qui ne feront plus illusion.

Et pendant ce temps là… les « habiles » non seulement plaident non coupables, mais répètent qu’ils avaient raison et préparent dans les coulisses leur retour sur le devant de la scène.

MATHIEU LAINE : Dans un livre récent intitulé « Il faut sauver le monde libre » L’auteur défile les propos convenus d’un libéralisme tranquille pourtant menacé par des ennemis qui deviennent chaque jour plus dangereux :

« Alors qu’objectivement le monde va mieux ! Les ouvrages se multiplient relayant l’idée du crépuscule de notre civilisation, condamnant pêle-mêle l’économie de marché, la faillite de la démocratie représentative, une mondialisation à mille lieues du « doux commerce » de Montesquieu, les frictions identitaires, le désengagement citoyen ou l’individualisation d’un monde obsédé par le matérialisme  ; et il poursuit : « Du lointain boulangisme qui rassemblait les bonapartistes, les monarchistes et les républicains, tous opposés à la IIIème république, aux cinquante nuances de jaunes des années Macron, d’Orbanen Hongrie, au parti vérité et justice en Pologne, jusqu’au régime autoritaire de Maduro au Venezuela et celui d’Erdogan en Turquie en passant par l’alliance italienne entre le mouvement cinq étoiles et la ligue derrière Salviniou l’administration Trump, et désormais Boris Johnson, le populisme ramasse, mixe, et fait son miel de la multitude des frustrations, des colères et des insatisfactions, comme on drague sans nuance le fond des océans. Il prend autant de visages que d’incarnations et communie, contre la rationalité historique, contre les preuves statistiques, au rejet enflammé de tout ou partie des valeurs fondatrices du monde libre. »

Mathieu laine accuse les contestataires de sombrer dans le racisme, l’antisémitisme, l’obscurantisme, foulant aux pieds le fondement vital de nos démocraties que sont les droits essentiels, les institutions, les votes, les élus et leurs mandats. La très grande puissance du monde libre réside dans sa capacité à changer de dirigeants par le vote et non par la force. Certains l’ont manifestement oublié. (Interdit de rigoler ! ! !) Cette radicalisation est une insulte à la raison, une mise en marge de la république et une menace profonde pour l’avenir de notre communauté humaine. Et dans un paragraphe intitulé la convergence des brutes, il ajoute « l’époque n’a pas seulement redonner vie dans un concert mêlant comme jamais auparavant le vrai et le faux aux promesses les plus démagogiques elle a aussi fait resurgir les fantômes du passé. En France le mouvement des gilets jaunes, parti d’une jacquerie fiscale a réveillé le serpent de mer de la lutte des classes, des places, et des crasses. Comme à la grande époque de la convergence des brutes, le jaune a fini par s’assombrir et ressusciter une sinistre pandore délirant inexorablement au jaune rouge et au jaune brun.

Dans un article paru dans le Figaro du mercredi 1er avril ( !) Mathieu Laine, psychorigide et monomaniaque poursuit l’analyse que lui dicte son idéologie et lui fait tenir des propos absurdes : « En ces temps tragiques où nous luttons contre un mal invisible et pleurant nos morts, mesurant dans nos chairs l’importance parfois oubliée du primat de la liberté ( !) l’heure a sonné de penser nos lendemains… A ce moment-là, un premier piège nous tendra les bras : le repli durable sur nous-mêmes. Parce que nombreux sont ceux qui associent l’épidémie à la mondialisation, la tentation sera grande de maintenir nos frontières fermées et nos volets baissés sur le pas-de-porte de l’altérité. Notre monde y allait tout droit, cédant aux injonctions de la peur, de la colère et de l’envie tout en niant les apports objectifs de la circulation des biens, des hommes et de la connaissance. Ce serait là une erreur majeure…

ALAIN MINC  ou les raisons d’être optimistes  ! ! !

A son tour, manifestant la même incompréhension du temps présent, et tout aussi psychorigide, Alain Minc dans un article du figaro du mardi 31 mars nous donne « des raisons sérieuses d’espérer » car dit-il,  les pouvoirs publics ont tort de proclamer que nous vivons une crise pire qu’en 1929, c’est paradoxalement grâce à eux que nous éviterons la grande dépression qui prennent les bonnes mesures : « Politique budgétaire unanime et incroyablement expansionniste, création monétaire sans limite, monétisation aussi large que nécessaire des dettes publiques, volonté de garder les effectifs professionnels et et d’éviter le chômage de masse. »

Nous ne sommes pas non plus poursuit-il, en 2008, époque où le système bancaire aurait pu exploser et l’économie de marché sombrer. « Aujourd’hui, l’univers bancaire est efficace, alimente les circuits économiques qui fonctionnent à 65 % et demain sans doute davantage, compte tenu des redémarrages en vue. L’économie réelle marche fut-ce à vitesse réduite et sera en situation de redémarrer, une fois la crise finie, au prix d’un plan de relance ». Ayez confiance donc et résistons aux « passions tristes car, dans un monde qui ne cessait de disqualifier chaque jour l’action politique, jamais celle-ci n’a pris depuis des décennies une telle légitimité. » A voir ce libéral saluer l’action des pouvoirs publics, certains pourraient penser, à tort, que ce renforcement du rôle de l’État signe le faire-part de décès du libéralisme, il n’en est rien, bien au contraire, le renforcement de l’action des pouvoirs publics visant, c’est une constante, à sauver le marché et les règles de la concurrence, Alain Minc est un vrai libéral, il en assume complètement les contraintes. Comme le disait si bien Durkheim « L’Etat a été le libérateur de l’individu. C’est l’Etat qui, à mesure qu’il a pris de la force a affranchi l’individu des groupes particuliers et locaux qui tendaient à l’absorber, famille, cité, corporation… L’individualisme a marché dans l’histoire du même pas que l’étatisme »

LUC FERRY : Il ne manquait plus à ce florilège de propos imbéciles que ceux du vieux barbon républicain et kantien. Dans un article du figaro, daté du jeudi 26 mars il s’attaque violemment aux « vautours » aux oiseaux de malheur qui « sonnent le réveil ». « L’avenir nous dit-il, montrera vite que cette crise ne changera au final que peu de choses. Certes, elle touchera durement des personnes et des entreprises, mais pas le système de la mondialisation libérale (Ouf !) que consacre au contraire la logique des GAFA : jamais smartphones et tablettes n’ont autant servi ! Oui, il y aura des faillites, une récession colossale et un endettement inévitable, néanmoins dramatique… Un Etatendetté, voire en faillite, n’en restera pas moins un Etatfaible. La croissance libérale mondialisée repartira donc en flèche dès que la situation sera sous contrôle. Les revenus de nos concitoyens auront diminué, certes, mais ils auront aussi fait des économies et elles inonderont le marché dès la fin du confinement. Donc, «  Ce sera reparti non pas comme en 14, mais comme dans les périodes d’après-guerre. Business as usual est l’hypothèse la plus probable, et du reste aussi la plus raisonnable, n’en déplaise aux collapsologues. »

Les trois positions évoquées ci-dessus ne peuvent que nous laisser sidérés, elles sont assises sur une absence totale de logique, de cohérence et de cette incapacité des idéologues à comprendre le réel qui les transforment, comme le dit si bien Charles Gave à propos de Macron en parfait crétins, mais dangereux comme le montrera très certainement la suite des évènements.

Antoine de Crémiers, Pierre de Meuse, Henri Augier

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