( 8 avril, 2022 )

Double défi pour ce début d’avril : choisir le bon président et deviner qui en a dessiné le portrait idéal ; sur quoi s’appuyer pour ce choix

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Double défi pour ce début d’avril : choisir le bon président et deviner qui en a dessiné le portrait idéal ; sur quoi s’appuyer pour ce choix. Certes, ce portrait visait plutôt les rois mais j’ai pensé, connaissant les lecteurs de Je Suis Français, qu’ils l’apprécieraient mieux ainsi républicanisé. Rien d’autre n’a été altéré.

Qui a écrit ce portrait idéal ? Question posée. Précisons, même si c’est évident : « internet interdit ».

« Il peut tout sur le peuple mais les lois peuvent tout sur lui. Il a une puissance absolue pour faire le bien, et les mains liées dès qu’il veut faire le mal. Les lois lui confient le peuple comme le plus précieux de tous les dépôts, à condition qu’il en sera le père. Elles veulent qu’un seul homme serve, par sa sagesse et par sa modération, à la félicité de tant d’hommes ; et non pas que tant d’hommes servent par leur misère et par leur servitude lâche, à flatter l’orgueil et la mollesse d’un seul homme. Le président ne doit rien avoir au-dessus des autres, excepté ce qui est nécessaire, ou pour le soulager dans ses pénibles fonctions, ou pour imprimer au peuple le respect de celui qui doit soutenir les lois. D’ailleurs, le président doit être plus sobre, plus ennemi de la mollesse, plus exempt de faste et de hauteur qu’aucun autre. Il ne doit point avoir plus de richesses et de plaisirs, mais plus de sagesse, de vertu, et de gloire que le reste des hommes. Il doit être au-dehors le défenseur de la patrie en commandant les armées, et au-dedans le juge du peuple pour le rendre bon, sage, et heureux. Ce n’est point pour lui-même que les dieux l’ont fait président. Il ne l’est que pour être l’homme du peuple. C’est au peuple qu’il doit tout son temps, tout ses soins, toute son affection, et il n’est digne de sa fonction qu’autant qu’il s’oublie lui-même pour se sacrifier au bien public. »

Plus loin, c’est son contraire qui est dépeint :

« Les présidents gâtés par la flatterie trouvent sec et austère ce qui est libre et ingénu. Ils vont même jusqu’à s’imaginer  qu’on n’est pas zélé pour leur service et qu’on n’aime pas leur autorité, dès qu’on n’est pas prêt à les flatter dans l’usage le plus injuste de leur puissance. Toute parole libre et généreuse leur paraît hautaine, critique et séditieuse. Ils deviennent si délicats, que tout ce qui n’est point flatteur les blesse et les irrite…. Se contentant de mépriser les hommes corrompus, ils ne laissent pas de les employer avec confiance et de les combler de bienfaits. »

Proposé par Marc VERGIER

( 25 mars, 2022 )

La république laïc nous a décélébré

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Si l’Islam progresse en Europe et en France, oui, c’est parce que notre regard est vide, comme le disait Jean-François Mattei, et si notre culture européenne est épuisée, comme le dit toujours le même Mattei, c’est à cause des nuées propagées – en France, en Europe et dans le monde… -  par les Encyclopédistes qui ont comme amputé les Français de leur foi chrétienne et les a dressés contre leurs racines profondes.

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Eux et leur héritiers de la Révolution ont semé du vide, du creux dans les esprits. Or, la nature a horreur du vide. L’État républicain idéologique, le Système ont voulu créer un petit français « sans Dieu et sans roi », pour reprendre le mot de Jules Ferry. Et ils ont en grande partie réussi, avec leur maudite école soi-disant républicaine et laïque et leurs maudits « hussards noirs de la république », accomplissant méthodiquement leur sale boulot de dé-cérébration des petits français, privés et amputés de leurs traditions et à qui l’on a menti sur leur histoire, ne leur donnant pour tout aliment intellectuel qu’une histoire officielle mensongère et tronquée : cette jeunesse déboussolée d’aujourd’hui, qui n’a d’autres dieux que l’argent, le sexe, la drogue, la violence habituelle, l’indigence intellectuelle quasi totale ou… l’Islam, c’est « leur » jeunesse, celle qu’ils ont façonnée à leur image.

Nous accusons donc les Encyclopédistes, la Révolution, les Républiques d’avoir privé les Français de leurs héritages spirituels, intellectuels, mentaux et moraux, préparant ainsi un désert spirituel, un désarmement moral et mental qui ouvre une voie royale à l’Islam « sûr de lui et dominateur », comme aurait dit de Gaulle…

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Le Maréchal de Lattre de Tassigny a mille fois raison :

« À la Grèce, nous devons surtout notre raison logique.  À Rome, nos maximes de droit et de gouvernement.
Mais à l’Évangile nous devons notre idée même de l’homme.
Si nous renions l’Évangile, nous sommes perdus. »

Or le Système en place non seulement « renie » l’Évangile mais promeut son reniement, sans se rendre compte que les mots creux, les paroles verbales, les incantations ridicules par lesquelles il remplace ce christianisme qui faisait notre force et notre grandeur, tout cela ne fait que.. ^préparer la voie à l’Islam. Chateaubriand l’avait pressenti : « Ôtez le christianisme, vous aurez l’Islam ».

Nous y sommes.

C’est le résultat de presque cent cinquante ans de néfaste république idéologique. Voilà pourquoi nous menons la seule action qui vaille :

« réellement d’opposition, c’est-à-dire prônant ouvertement la subversion du Régime » (Léon Daudet)

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( 11 mars, 2022 )

Dans Newsweek : « Les USA et l’OTAN ont contribué au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce n’est pas prendre le parti de Poutine que le reconnaître »

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Par Ted Galen Carpenter

Senior Fellow du Cato institute, cénacle influent de tendance conservatrice et libertaire.

https://www.cato.org/commentary/us-nato-helped-trigger-ukraine-war-its-not-siding-putin-admit-it#

Article publié le 7 mars 2022 dans Newsweek

Traduction de Marc Vergier.

La décision de Vladimir Poutine de lancer une invasion à grande échelle de l’Ukraine est une agression monstrueuse créant un péril pour le monde. De quelque façon qu’on la juge, cette décision était une réponse  disproportionnée à des provocations ukrainiennes ou otanniennes. Dire cela n’est pas dire qu’il n’y ait pas eu provocations, selon la thèse défendue ces temps-ci par de trop nombreux décideurs et experts politiques occidentaux

Dans ces milieux, il devenu de bon ton d’insister que l’élargissement de l’OTAN jusqu’à la frontière russe n’est en rien responsable de la crise actuelle en Ukraine. Beaucoup rejettent les arguments contraires comme faisant écho aux « éléments de langage de Poutine », « prenant son parti », « relayant la propagande et la désinformation russes ». Sans parler des effluves de McCarthisme enveloppant ces allégations, les arguments proposés à leur appui sont contraires aux faits.

Les dirigeants russes et plusieurs experts politiques occidentaux alertèrent il y a plus de vingt ans que l’élargissement de l’OTAN aurait des effets négatifs, déclenchant une nouvelle guerre avec la Russie, froide, dans le meilleur des cas, très chaude, au pire. Ils ne faisaient, évidemment, écho ni à Poutine, ni à quiconque. George Kennan, le maître à penser de la politique d’endiguement (« containment ») de la Guerre Froide,  prévit lucidement en 1998 lors d’une interview du New York Times  ce que ce mouvement de l’OTAN vers l’est entraînerait : « Je pense que c’est le début d’une nouvelle guerre froide … Je pense que les Russes réagiront de plus en plus mal et en altéreront leur politiques. Je pense que c’est une erreur tragique »

Les dirigeants U.S. et européens brûlèrent les feux rouges les uns après les autres.

Kennan réagissait à la première vague d’admissions de la Pologne, la République Tchèque et le Hongrie. Les entrées dans l’alliance des républiques baltes et d’autres pays d’Europe de l’est  qui ont suivi furent considérablement plus irritantes. Les tentatives subséquentes de Washington pour faire admettre l’Ukraine et la Géorgie firent fi des intérêts vitaux de la Russie. Les plaintes et avertissements de Moscou se firent, eux aussi, de plus en plus vifs

Nonobstant, les dirigeants U.S. et européens brûlèrent les feux rouges les uns après les autres. George W. Bush commença à traiter la Géorgie et l’Ukraine comme de précieux alliées politiques et militaires des U.S.A ; en 2008, il fit pression sur l’OTAN pour l’admission de l’Ukraine et de la Géorgie. Inquiets, les Français et des Allemands obtinrent un sursis mais le communiqué final du sommet de l’OTAN affirmait que les deux pays avaient vocation à entrer dans l’alliance.

Dans ses mémoires, titrées « Devoir », Robert M. Gates, secrétaire de la défense des deux Bush et d’Obama, reconnut qu’ « essayer d’admettre la Géorgie et l’Ukraine dans l’OTAN était d’une ambition vraiment exagérée ». Une telle initiative, concluait-il, « dédaignait imprudemment ce que les Russes considéraient leurs propres intérêts nationaux ».

C’était pourtant le cas et Moscou commença à s’y opposer. Poutine profita d’une folle provocation du gouvernement pro-occidental de la Géorgie pour lancer une attaque et pénétrer profondément dans le pays. Victorieuse, la Russie s’arrogea un protectorat permanent sur deux régions enclines au séparatisme.

La réaction du Kremlin aurait dû alerter même les plus lents à comprendre des dirigeants Américains que l’époque était finie où les Russes se limitaient aux protestations verbales contre les empiétements répétés de l’Occident dans leur sphère de sécurité. Pourtant, et de façon surprenante, l’administration Obama persista à convertir l’Ukraine en atout politique et militaire de l’OTAN. Fin 2013 et début 2014 les U.S.A. et plusieurs gouvernements européens s’ingérèrent sans vergogne au secours des manifestants réclamant le départ du président ukrainien Victor Yanoukovitch, plutôt pro-russe, deux ans ou presque avant la fin de son mandat.

Cette ingérence était particulièrement mal avisée puisque Yanoukovitch avait été élu en 2010  dans un scrutin que même les observateurs de l’U.E. et d’autres nations avaient considéré raisonnable et juste. Dans un système démocratique, démettre  un président, selon sa constitution, peut se faire par l’élection, par une motion de censure parlementaire ou par destitution. Les manifestations de colère sur la voie publique n’entrent dans aucune de ces catégories. Pour autant, les U.S.A. et leurs alliés encouragèrent ces mouvements illégaux. Dans une conversation scandaleuse enregistrée et « fuitée », la sous-Secrétaire d’État Victoria Nuland et George Pyatt, Ambassadeur des U.S.A. en Ukraine, ont confirmé l’ampleur de l’ingérence de Washington dans les affaires intérieures d’un pays souverain.

Cet épisode ukrainien fut vécu par la Russie voisine comme une intolérable provocation. Poutine répliqua par l’annexion de la stratégique Crimée et les U.S.A. et leurs alliés de l’OTAN imposèrent des sanctions économiques à la Russie. La nouvelle guerre froide avait bel et bien commencé.

Mais Washington persista. Mieux, les administrations Trump et Biden déversèrent des armes en Ukraine, approuvèrent des exercices militaires communs U.S.A.-Ukraine et encouragèrent même leurs alliés à inclure l’Ukraine dans les simulations  (war games) de l’OTAN.

Fin 2021, il était clair qu’on avait épuisé la patience du Kremlin. Moscou exigea des garanties de sécurité comprenant un retrait des forces déjà déployées dans les pays de l’est membres de l’OTAN. Concernant l’Ukraine, l’exigence était très claire et entière : Kiev ne devait jamais être invitée à  adhérer à l’OTAN ; les armes et les troupes de l’OTAN n’avaient rien à faire sur le sol ukrainien. L’Occident ne répondant pas à ces exigences, Poutine déclencha sa grande guerre dévastatrice.

Cette réaction excessive de Moscou justifie une condamnation appuyée. Pour autant, la culpabilité des U.S.A. et de leurs alliés de l’OTAN  n’est pas mince. Étendre une alliance dominée par une grande puissance jusqu’à la frontière d’une autre grande puissance est, en soi, déstabilisant et provocant.

Une familiarité élémentaire avec les relations internationales suffit pour le comprendre. Que tant de dirigeants des U.S.A. et de l’OTAN  ne l’aient apparemment pas compris est inexcusable.

On peut imaginer sans difficulté comment les Américains réagiraient si la Russie, la Chine, l’Inde ou un autre concurrent de même poids incorporait certains états de l’Amérique centrale ou des Caraïbes dans une alliance militaire qu’il dominerait ; puis entreprendrait d’ajouter le Canada, officiellement ou de facto, à cette alliance. Alors que l’Ukraine a pour la Russie une importance comparable à celle du Canada pour les U.S.A. nos dirigeants comptaient que Moscou ne réagirait pas à un empiètement grandissant.

Ils ont eu tort, provoquant un désastre et par leur ineptie rendent le monde bien plus périlleux.

( 9 février, 2022 )

LA ROYAUTÉ DE FRANCE EST TOUJOURS LÀ

 

Lu sur « POLITIQUE MAGAZINE » de Février 2022

 

Aujourd’hui je ne vous parlerai pas de la Justice et de son ministre. Pour un début d’année, c’est un trop triste sujet. Disons simplement qu’au-delà de la révolution numérique, d’une excessive féminisation, des dérives idéologiques et de la scandaleuse européisation des juridictions suprêmes, l’œuvre de justice quotidienne qui consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû se poursuit tant bien que mal ou tant mal que bien, avec la force de la tradition et le poids de la nécessité. Le besoin de justice qui vient du justiciable s’impose pratiquement et les praticiens du droit continuent à le pratiquer. Là est le socle de l’institution et le terrain d’un renouveau qui finira bien, comme le printemps, à fleurir.

Non, je vous parlerai d’une justice plus haute, qui a été célébrée le 21 janvier dernier à Saint-Germain-l’Auxerrois, pour l’anniversaire de la mort du roi Louis XVI. Une injustice inqualifiable a été commise le 21 janvier 1793 mais, de cette injustice, le roi martyr a fait une semence d’éternité. Lors de cette messe célébrée par le Père de Malherbe, l’abbé de Bellescize, avec des mots très justes où passaient le Testament de Saint Louis, la figure souveraine de Louis XIV et le drame moderne que résume parfaitement la « Lettre au Général X » d’Antoine de Saint Exupéry, a su nous faire sentir, voir et comprendre le sens profond de la Royauté française. Elle n’est pas une monarchie comme les autres. Si le roi de France avait été un roi comme les autres, ses armées auraient combattu ; mais sa royauté, comme celle de Jésus-Christ dont il est le lieutenant, ne vient pas d’ici. Si elle s’exerce sur ce monde, comme cela est évident, elle ne vient pas de ce monde. Le roi de France est le lien vivant qui unit sans les confondre le royaume de la terre et le royaume du Ciel. C’était le message joyeux de Jeanne, c’est le message douloureux de Louis XVI.

Ce 21 janvier 2022, la présence de Monseigneur le Comte de Paris, de Madame, de Monseigneur le duc d’Angoulême, du prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, des fidèles de l’Œillet Blanc et d’une foule nombreuse, forte et jeune, ont donné le relief de l’instant présent à cette vérité intemporelle. Les politiciens républicains peuvent s’agiter à la surface du temps qui passe, et il faut bien que nous nous en occupions Mais il reste, plus haut, plus vrai, et toujours vivant ce lien que rien ne pourra trancher ni même distendre entre la Maison de France et le Royaume de Dieu. Ce ne sont pas, comme disait le Père de Bellescize, « des cendres tristes ». C’est une réalité toujours vivante.

À la sortie, dans le froid et clair soleil d’hiver, Madame, très entourée, disait qu’on devrait célébrer cette messe en blanc parce qu’elle dit le caractère vénérable du roi martyr. Je ne sais pas si c’est très liturgique mais l’intuition est vraie. Le blanc est le deuil des rois car, selon le mot de Louis XIV, « le roi n’est pas malade, le roi meurt », et après lui vient le roi. La Royauté France est toujours là. Nous l’avons vue. Nous lui avons parlé. Elle a prié avec nous. Il ne s’agit pas de la rétablir par une élection ou par un coup de force. Il s’agit de travailler à la faire reconnaître.

Jacques Trémolet de Villers


( 31 janvier, 2022 )

Retour sur l’hommage des royalistes à Louis XVI

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Nous étions environ un millier le 22 janvier dans la capitale pour la marche aux flambeaux entre Saint Augustin et la chapelle expiatoire en hommage à notre roi martyre. Une belle foule de royalistes à l’appel de l’association « souvenir de louis XVI, » arpentait le pavé parisien devant les yeux médusés des badauds ébaudis. Et Marc Ducambre prit la parole :

Chers amis, chers camarades,

Il y a de cela plus de 2000 ans, Jésus-Christ chassait les marchands du temple de Jérusalem à grands coups de fouets, renversant leurs étalages et les menaçant du feu du ciel.

Pendant environ 1500 ans, alors, notre pays de France suivit les pas de ce Jésus-Christ et prospéra, bien sûr, au gré des vicissitudes et des affres du temps, prenant en main sa destinée de fille aînée de l’Église.

Mais, depuis une époque qui n’est pas si lointaine, la France est en deuil. Car il y a à peine plus de 200 ans, ces mêmes marchands que JC avait chassé du temple s’emparaient de Paris au nom d’un peuple exsangue qu’ils avaient eux-mêmes affamé, installant le règne sinistre, avide et sans partage de la finance sans foi ni loi, de cette fortune qui n’a ni famille, ni patrie, ni feu, ni lieu.

Ce règne n’a depuis lors cessé de pourrir tout ce que la France avait, en plus de 1500 ans, construit de bien, de beau et de vrai, générations après générations, dynasties après dynasties.

Car depuis le 21 janvier 1793, date à laquelle la bourgeoisie jacobine, assoiffée du sang des Français, décapitait en place public le roi martyr Louis XVI, qu’ont-ils fait de notre pays ?

Ou plutôt, devrait-on dire, que n’ont-ils pas commis ?

Ils ont, disait Léon Daudet, « tué la famille française » en normalisant le divorce. Mais cela ne leur suffisait pas : ils régularisèrent, après le meurtre du couple, celui de l’enfant à naître.

Ils ont perverti toute ce que le politique avait acquis de noble, bâtissant une société où règne la guerre de tous contre tous, chacun luttant à mort pour son misérable petit intérêt privé. Ils ont démoli les hiérarchies naturelles ainsi que celles acquises par nos ancêtres au cours de l’Histoire, ils les ont détruites au profit d’une seule : la hiérarchie du « qui possède quoi », et de « qui finance quoi ».

Ils ont, enfin, brisé le dernier rempart qui s’était toujours dressé sur la route des financiers sans scrupules, l’Église, qui durant tout le Moyen-Âge et quoi que l’on vous en dise, tenta de protéger le pauvre, le petit contre les despotes fous et contre les banquiers. Ils l’ont dépossédé, asservi à ses fadaises droit-de‑l’hommistes et républicaines jusqu’à ce qu’elle soit suffisamment fragile pour ne plus pouvoir se mesurer à eux.

Ils ont détruit tant de choses et j’en passe, car sinon, vous le savez, cela durerait des heures.

Mais à ceux qui disent tout haut ces vérités accablantes, ils répondront :

  • Nous servons le peuple, la patrie universelle, nous servons la liberté, l’égalité, la fraternité.

Que de mots en vain.

Car ce que cache dans leur bouche le mot de liberté, c’est celui de libre-marché, c’est l’assassinat de notre paysannerie qui vit le couteau sous la gorge, c’est la délocalisation massive de toute notre industrie pour faire baisser les coûts du travail, et c’est dans même temps le déclenchement d’une immigration massive que l’on ramène sur notre sol pour faire pression sur les salaires des Français et revoir leur dignité à la baisse.

Ce que cache leur mot d’égalité, c’est la soumission totale et inconditionnelle de tous ceux qui n’ont rien à ceux qui possèdent tout.

Et ce que cache enfin leur vain mot de fraternité, c’est une société cauchemardesque qui se sert des plus vils instincts des hommes pour organiser l’anarchie carnassière, la jungle sociale où chacun hait son voisin, où l’envie, la cupidité, l’orgueil et la jalousie sont rois. Ils parlent de fraternité quand ils nous ont eux-mêmes appris à détester nos frères.

Camarades, ces marchands qui prétendaient nous libérer en tranchant la tête du roi martyr ont mentit. La vérité, c’est qu’ils nous ont tout pris, tout volé, qu’ils ont réquisitionné jusqu’à nos propres existences pour leurs projets infâmes !

Et pourtant.

Pourtant, chers amis, ces gens-là ont de quoi craindre le pire.

Car les Parisiens, qui croyaient probablement que rendre hommage au défunt roi Louis XVI était une façon un peu folklorique de dépoussiérer des idoles passéistes, ce qu’ils voient aujourd’hui, c’est une foule dont la majorité n’a même pas trente ans. Quand on pense au fait que l’électorat de M. Macron est composé dans une écrasante majorité de vieux retraités soixante-huitards croulants sous le poids de leur bêtise, que l’on ne vienne pas nous dire que nous vivons dans le passé. Nous sommes du côté de l’Histoire, et l’Histoire réserve parfois des surprises, M. Macron !

Nous saluons d’ailleurs les policiers et les journalistes qui, à leur façon, participent à cet hommage au roi Louis XVI. Mais je vous demanderais, messieurs, d’écrire cela dans vos rapports et dans vos articles : Décrivez l’ardeur de cette jeunesse qui a parfaitement compris qu’elle serait dépossédée de tout, d’absolument tout le confort qui permettait jadis aux financiers de justifier l’existence de leur régime inique.

Cette génération a compris qu’elle ne pouvait plus supplier pour obtenir un semblant de liberté factice, car tous les jours elle doit justifier sa conduite, elle doit se masquer, se piquer, elle doit montrer son passe sanitaire et bientôt vaccinal au moindre mouvement. Oui, messieurs, dites-leur que nous savons très bien que nous n’aurons bientôt plus rien à perdre. Et c’est pourquoi il faut que M. Macron et ses complices saisissent que nous ne sommes pas là pour négocier un peu de reconnaissance pour un roi innocent, que nous ne sommes pas là pour le mettre dans son Panthéon remplit de bandits et d’escrocs, nous ne sommes pas là pour saisir au vol les miettes de l’orgie d’abondance à laquelle se livrent ses amis les banquiers. Non, messieurs, nous ne sommes pas là pour quémander quoi que ce soit, nous sommes la jeunesse d’un peuple auquel ils ont tout pris, et nous sommes là pour tout reprendre, car nous reprendrons tout, parce que nous sommes du bon côté de l’Histoire et que la fin du règne de l’Argent arrive à grand pas.

Marc Ducambre

( 25 janvier, 2022 )

La loi Veil est comme un rhizome qu’il faut combattre

 

 

Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune a pris la parole lors de la Marche pour la vie, dimanche 16 janvier 2022.

Voici le texte de son intervention

 

« Vous connaissez la boite de Pandore d’où s’échappent tous les maux de l’humanité et qu’il est trop tard pour refermer ? A chaque nouvelle transgression, on dit que la boite de Pandore est ouverte. Or, je ne crois pas que la loi Gaillot soit une boite de Pandore.

D’abord parce qu’il n’y a pas de différence de nature entre l’avortement à 14, 12 ou 10 semaines. Ce n’est pas plus grave moralement d’avorter à 14 semaines. A ce propos on rappellera que l’avortement est toujours possible jusqu’à 9 mois, pour les enfants handicapés, grâce à la loi Veil dont certains s’obstinent à saluer l’équilibre et la sagesse alors qu’elle entraîne deux fois plus d’avortements qu’en Allemagne ou en Italie.

Mais surtout, il faut se souvenir qu’au fond de la boite de Pandore d’où se sont échappés tous les maux de l’humanité, il restait l’espérance. Je risque donc de vous surprendre en vous montrant qu’au fond de la loi Gaillot, il y a des motifs d’espérance. Pour trois raisons, une qui tient au message, l’autre aux destinataires et la troisième à l’intention véritable du texte.

Pour la première fois, la promotion de l’avortement est associée à une vision d’horreur et de dégoût. En effet, parler d’avortement à 14 semaines, c’est admettre – et donc visualiser – la nécessité d’écraser la tête du bébé et de le démembrer. Ce n’est pas nous qui le disons, ce sont les promoteurs eux-mêmes de l’avortement qui disent que cela les dégoûtent. Cela fait près d’un demi-siècle qu’on nous enjoint de ne pas décrire l’avortement comme une horreur pour ne pas exercer de chantage sur les femmes ni les culpabiliser. Mais aujourd’hui, ce sont nos adversaires qui nous donnent matière à illustration. Ils nous fournissent le texte et l’image, le poids des mots interdits et le choc des photos censurées. En bref, les idéologues viennent sur le terrain du réel, sur notre terrain, et là ils vont prendre cher ! Au fond, ils avouent qu’avorter c’est tuer, ce qui est déjà un bon début.

Ensuite, n’oublions pas que ce texte sur l’allongement à 14 semaines a été récusé par tous les professionnels de santé : l’ordre des médecins, l’académie de médecine, le syndicat national des gynécologues obstétriciens et le collège national des gynécologues et obstétriciens français se sont exprimés contre le texte. C’est la première fois qu’on trouve une forme d’unanimité contre une forme d’avortement, en dehors de chez nous ! C’est aussi très prometteur parce que cette méthode qui consiste à se moquer des gens, « à emmerder les Français », en l’occurrence les médecins, va avoir une conséquence. On va assister à un effet d’éviction, comme en Italie où 70 % des médecins ont progressivement déserté la pratique de l’avortement. Au passage, on notera à quel point l’avortement n’est pas un acte médical ni un soin parce qu’on n’a jamais eu besoin de forcer les médecins à faire de la médecine ! Alors qu’on a besoin de leur forcer la main pour pratiquer cet acte contraire à toute la tradition médicale depuis Hippocrate, il y a 2 400 ans…

C’est justement pour cela que la proposition de loi Gaillot a prévu la création d’un répertoire des « bons médecins » prêts à procurer l’avortement à 14 semaines. Cela signifie en creux que les réfractaires seront fichés comme de « mauvais médecins ». Décidemment, c’est devenu une habitude de ficher les gens, les anti-ceci, les anti-cela, les gentils et les méchants, les citoyens et ceux qui ne méritent pas de l’être, ceux qui ont leur place dans le camp du bien et les autres. Ficher les gens est devenu un mode de gouvernement. Mais j’ai l’impression que les Français en sont lassés comme ils sont lassés de la confusion entre le sanitaire et le sécuritaire. Les médecins qui refusent l’avortement sont-ils des terroristes, des citoyens de seconde zone ? Faudra-t-il leur enlever l’autorisation d’exercer ? L’idée de ce fichier ne fonctionnera pas parce que ce n’est l’intérêt de personne d’y figurer, sauf pour le pouvoir politique de pouvoir compter les soutiens du « progrès sociétal ». Car tel est bien l’unique objet de cette loi qui est un marqueur politique : cliver pour ratisser à gauche en vue de l’échéance présidentielle.

Pour conclure, Mme Gaillot et son texte retourneront à un anonymat qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Seule restera la loi Veil, toujours inachevée, sans cesse parachevée. La loi Veil est comme un rhizome, cette ramification de racines souterraines qui poussent partout de nouveaux bourgeons qu’il est inefficace de couper parce qu’ils repoussent inévitablement. C’est bien ce système racinaire qu’il faut combattre. La loi Gaillot aura été l’occasion d’avancer quelques pions : oui l’avortement tue, nous ne sommes plus les seuls à le dire, et cette extension du délai a été imposée aux médecins qui n’en voulaient pas. Ceci constitue des premiers pas nécessaires et porteurs d’espoir.  »

( 22 décembre, 2021 )

MIEUX VAUT LE ROI RASSEMBLEUR QUE L’URNE DIVISEUSE…

 

 

Du « GROUPE D’ACTION ROYALISTE »

En ces temps de crises, sanitaire comme sociale, et de trouble, la Monarchie royale « à la française » pourrait bien permettre de conjuguer espérance et nécessité, tout en renouant avec le fil d’une histoire qui, tranché violemment hier, pourrait à nouveau réunir des Français aujourd’hui soucieux de concorde et de tranquillité, y compris politique…
Quelques arguments plaident en sa faveur comme celui de l’unité nationale au-delà des querelles politiques et des grands intérêts de ce qu’il n’est pas incongru de qualifier de féodalités financières et économiques : car le roi ne doit rien à un choix électoral forcément clivant et séparateur qui divise en clans idéologiques, et son indépendance vient du principe même de la transmission héréditaire de la magistrature suprême de l’État, la naissance ne pouvant s’acheter ou se forcer. Bien sûr, c’est l’argument parfois le plus difficile à entendre pour nous qui sommes habitués à choisir le Chef de l’État que nous semblons sacrer de notre vote avant que de le dénoncer dès les mois suivants dans un élan d’ingratitude qui, visiblement, n’appartient pas qu’aux princes…
Néanmoins, l’avantage de la succession royale est qu’elle accompagne le temps et qu’elle est l’humilité devant la nature humaine et ses propres limites : dans la tradition française, ce mode de transmission de la magistrature suprême de l’État se résume en une formule « Le roi est mort, vive le roi ! ». C’est-à-dire que c’est de la disparition physique du prédécesseur que naît le pouvoir du successeur. D’un drame, la mort, la royauté fait un passage vers une autre vie, une autre personne, celle-là même qui savait qu’un jour elle régnerait mais qui ne savait ni le jour ni l’heure, dans une incertitude qui, pourtant, n’ouvre pas vers l’inconnu mais vers le « prévu ». Cela explique l’autre formule traditionnelle de la royauté en France : « Le roi ne meurt jamais ». En effet, la mort physique d’un monarque n’est pas la mort de l’État, mais son renouvellement : le fils succède au père, naturellement, tel que cela était annoncé depuis sa naissance et son titre de dauphin. Quand la République déchire autour de l’urne, la Monarchie royale unit autour du cercueil, et du trône…
( 21 décembre, 2021 )

Maurras, homme de l’année 2022 ?

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

L’Éditorial de François Marcilihac

 

Maurras, homme de l’année 2022 ? Alors que toute la bien-pensance, en 2018, se ligua, en grande partie en vain, pour empêcher une commémoration digne de ce nom du 150e anniversaire de sa naissance, ce serait une belle revanche, pour le 70e de sa mort. On est en tout cas en droit de se poser la question, à lire ou à écouter les éditoriaux, inquiets, bien sûr, de nos politistes des media officiels. Il ne se passe pas de semaine, voire de jour, sans que Maurras soit évoqué, à contre-sens le plus souvent, mais qu’importe ? Et quand ce n’est pas Maurras, c’est de Jacques Bainville qu’il s’agit, qui, par son génie et sa culture, sut tirer tous ses ressorts de l’empirisme organisateur. C’est ainsi que L’Humanité titrait le 9 novembre dernier sur une nouvelle pleine d’espoir : « Retour du maurrassisme », tandis que, fin octobre, sur Europe 1, Alain Finkielkraut, philosophe nostalgique d’une romantique identité républicaine, s’inquiétait du « retour du réalisme maurrassien ». Quant à l’historien de gauche Michel Winock, le jour anniversaire de la naissance de Maurras, le 16 novembre dernier, dans L’Express, il notait que « le courant maurrassien connaît de nos jours une nouvelle jeunesse ». Et la fondation Jean-Jaurès de se pencher, fin novembre, sur l’influence de Jacques Bainville sur la pensée politique actuelle …de certain non encore candidat. Car c’est évidemment Zemmour qu’il convient de diaboliser de cette manière.

« LA REVANCHE DE MAURRAS » ?

Ainsi, le député MODEM Jean-Louis Bourlanges qui, il est vrai, voit dans Macron un « candidat d’exception », note dans Le Point : « Comme Maurras, Zemmour honore une France fantasmée et mutilée », tandis que L’Obs se demande : « Barrès, Maurras, Bainville : qui sont les inspirateurs de Zemmour » et de son « idéologie mortifère » ? Et quand Marc Knobel (La Règle du jeu) assène : « Zemmour est la revanche de Charles Maurras », Médiapart de s’interroger : « Comment expliquer le succès d’un idéologue faussement cultivé, qui entend réactiver la pensée et la politique de Charles Maurras » ?

Question angoissante, en effet, et qui ne saurait que tirer vers le bas le moral de nos élites politiques et médiatiques, plus sûrement encore que, pêle-mêle, la cinquième vague de covid-19, la soumission de Macron, après mille mâles déclarations, devant le refus des Britanniques de laisser travailler nos pêcheurs dans leurs eaux, la perspective d’une mutilation du territoire national exigée par l’ONU au nom d’une prétendue décolonisation, une augmentation toujours plus préoccupante du prix des biens de première nécessité (énergie, carburant, produits alimentaires) ; ou encore une violence sans cesse accrue, s’attaquant désormais aux plus jeunes, jusqu’au sein des cours de récréations, la sécession de pans entiers du territoire national devenus impénétrables aux forces de l’ordre, une immigration toujours plus incontrôlée, une attaque en règle de notre culture, de notre histoire et de notre langue au nom des idéologies à la fois les plus nihilistes et les plus totalitaires… Mais nos élites savent faire le grand écart et, en même temps, au sein du gouvernement  — il est vrai que Castex est un homme d’autorité — laisser s’afficher les positions les plus discordantes. Ainsi sur l’ajout du pseudo-pronom « iel » dans Le Petit Robert, qui touche à l’univers mental dans lequel s’inscrit notre langue. C’est un « progrès » pour Elisabeth Moreno, « ministre déléguée auprès du Premier ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances » (ouf !) — eh oui ! en Macronie un tel ministère, ça existe —, tandis que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation, déclare : « L’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française »…

Alors oui, on est tenté de s’écrier : « Maurras, reviens ! Ils sont devenus fous ! » Mais le Maurras dont nous appelons de nos vœux le retour dans le débat national n’est évidemment pas le Maurras « fantasmé et mutilé » de Bourlanges, Winock, Finkielkraut and co. Ni même peut-être celui de Zemmour…  Ce n’est pas le Maurras rejeté par certains, ou espéré par d’autres. Ce n’est pas ce « mannequin » fabriqué de toutes pièces et qu’on présente comme un épouvantail aux Français afin de mieux les persuader qu’il n’y a pas d’autre voie possible que celle du renoncement, de la soumission et de l’effacement. Ce n’est ni un Jacobin blanc ni un nationaliste extrême, ni un raciste ni un homme sourd aux exigences de chaque époque — « la véritable tradition est critique » —, ni le théoricien athée d’une certaine forme de catholicisme — que de bêtises ont été écrites sur l’ « Église de l’ordre » —, ou l’apôtre d’une nation élevée au rang d’un absolu, lui qui enseignait que la fin de la chrétienté et l’émergence de l’ère des nations étaient loin d’avoir représenté un progrès pour l’ « humanité » — eh oui ! encore un concept maurrassien ! La nation, pour Maurras, du moins la nation française, est vecteur de l’universel.

CONTRE LES OLIGARCHIES, POUR LES CONTRE-POUVOIRS

C’est pourquoi, les auteurs d’un médiocre article sur Bainville sur le site de la Fondation Jean-Jaurès ont beau affirmer, sans l’étayer, qu’ « un régime présidentiel autoritaire, non élu et sans contre-pouvoirs serait une forme de monarchie contemporaine », aux yeux de Maurras ou Bainville, rien de plus faux. Du reste, un tel régime ne pourrait être que le fruit renouvelé de coups d’État ou de pronunciamentos, renouant avec une instabilité permanente que la monarchie royale permet précisément de juguler. De plus, les notions complémentaires de légitimité et de bien commun sont au cœur de cette monarchie royale, comme l’a fort bien démontré Pierre Boutang et comme Maurras, à travers le concept d’amour, l’a dit, lui aussi : « Au commencement de la royauté nationale […] il faut placer d’abord […] le fait de force qui est aussi un fait d’amour : la paternité. » Enfin, et surtout, que personne n’espère se réclamer de Maurras pour vouloir régler ses comptes avec les contre-pouvoirs. Si Maurras a visé les Etats dans l’Etat, c’était pour dénoncer l’usurpation des oligarchies à se prendre pour le tout quand elles ne sont que des parties, légitimes dans leur cadre. Quelles que soient les oligarchies en cause, la leçon est d’une actualité criante, puisque le régalien est aujourd’hui au service d’une faction qui a fait dissidence et qui ne se pense même plus comme membre de la communauté nationale. Mais bien loin de vouloir brider, ou brimer, la société civile, Maurras n’est venue à la monarchie que pour concilier les libertés familiales, locales, professionnelles, syndicales, régionales, qui sont premières, avec l’autorité d’un État soucieux du Bien commun et qui n’est que le fonctionnaire de la société — un État fédérateur.

« Toute doctrine de l’État dispensateur et distributeur de droits sera dissoute par cette simple observation que la société, tant spirituelle que temporelle, est antérieure, tant logiquement qu’historiquement, à l’État », a encore écrit Maurras. Autant dire que la monarchie royale saura restaurer le pays réel dans ses droits profonds. Oui, que personne n’ose se revendiquer de Maurras, de Bainville et, plus largement, de l’école d’Action française, pour réduire le roi à la triste dimension d’un gardien du désordre établi, à l’incarnation inutile d’un Etat au service d’un patriotisme niveleur, jacobin et, finalement, insensible aux Français, notamment aux plus pauvres, mais, en revanche, vassal de la finance, réduit à sa fonction de surveillance et de répression des classes « dangereuses ». Au contraire, si, en fonction des circonstances et de leur personnalité, nos rois furent attachés à un aspect plutôt qu’à un autre de leur fonction, ce le fut sans jamais oublier le Bien commun dans son ensemble. Saint Louis, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Louis XVIII ou Louis-Philippe furent les visages différents du même souci capétien, d’une même histoire d’amour millénaire.

François Marcilhac

( 9 décembre, 2021 )

L’Action Française et l’Islam (V/XI)

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

1990 – L’immigration

Nous décalons cet article prévu habituellement dans le cadre d’une série sur le thème de « L’Action Française et l’Islam » le mercredi, exceptionnellement à jeudi car l’actualité exige de réagir parfois au plus près des évènements. Mais dès la semaine prochaine nous reviendrons à l’ordre de parution hebdomadaire normal, soit chaque mercredi. Que les lecteurs assidus de cette passionnante étude veuillent bien nous pardonner. (AF)

L’acte principal de la décolonisation « à la française » fut, au début de la décennie 1960, l’indépendance algérienne. Elle était censée nous libérer du poids des efforts considérables faits pour arracher la population musulmane d’Algérie au sous-développement. Trente ans plus tard, en 1990, l’immigration est devenue un poids pour la France. Encore 30 ans, et en 2021, l’islamo-gauchisme menace l’existence même du pays. A chaque étape, les maurrassiens ont voulu définir une issue politique fondée sur la raison.

1990 – L’immigration entre communautarisme et assimilation

Moins d’un siècle après qu’il l’eut exprimée dans un article prophétique lors de l’inauguration de la mosquée de Paris en juillet 1926[1] , l’inquiétude civilisationnelle de Maurras se révèle justifiée. Cependant, en 1960, c’est bien une inquiétude du même ordre qui taraude le général de Gaulle : « Il suffit de passer quelque temps en Algérie pour se rendre compte que le peuple arabe est inassimilable. » Et il ajoutait : « Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »[2] Il a vu là le motif de l’abandon par la France de l’Algérie. Comment, soixante ans plus tard, alors que nous avons tout perdu en Algérie, pouvons-nous subir la menace démographique et culturelle que l’indépendance algérienne était censée nous éviter ? Manifestement, nous avons perdu sur tous les tableaux.

L’évolution de la Ve République, la dégradation continue, depuis Pompidou, de la qualité des présidents successifs et la médiocrité d’une classe politique aveugle sur les causes et les effets de cette dégradation expliquent, on le sait, la situation. Il faut néanmoins constater que la faute originelle remonte à de Gaulle lui-même, qui avait passé un accord de fait avec ce que nous appelions alors la technobureaucratie – accord perçu et analysé dès le début des années 60 par Pierre Debray[3] . De Gaulle, entouré de technocrates qu’il croyait maîtriser, a favorisé les conditions économiques rendant indispensable l’appel massif à une main d’œuvre sous-payée. Ne pouvant la trouver dans une Europe du sud devenue plus exigeante, ni en Europe de l’Est coincée derrière le Rideau de fer, l’Afrique du Nord, et d’abord l’Algérie, apparaissaient comme un réservoir inépuisable.

En 1990, la France abritait sur le sol métropolitain, selon Michèle Tribalat, plus de 4 millions d’étrangers issus d’une émigration de travail transformée en immigration de peuplement. Le problème le plus grave venait des « beurs », la fameuse génération « Touche pas à mon pote » d’Harlem Désir, avec son idéologie « antiraciste » qui revendiquait délibérément le modèle d’inclusion.

Philippe Lallement,

( 5 décembre, 2021 )

Une présidentielle pour rien ?

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

La campagne présidentielle, peu à peu, dévoile les candidats au siège élyséen, et la liste s’allonge, avant que de se raccourcir lorsque, passée la collecte des signatures d’élus, viendra le temps de la véritable compétition pour le premier, puis le second tour. Les Républicains, cette semaine, ont désigné leur candidate, Mme Pécresse, choisie entre cinq postulants déjà habitués aux estrades et aux manœuvres de la politique, tandis que le polémiste Éric Zemmour, mardi, a officialisé son entrée dans le cercle des candidats déclarés. Mme Hidalgo sillonne la France, tout comme son homologue écologiste M. Jadot, tous les deux à la recherche d’électeurs qu’ils ne retrouvent pas, pour l’heure, dans les « intentions de vote » des sondages ; M. Montebourg, lui, semble connaître la descente aux enfers, la Gauche ayant définitivement renoncé à l’idée d’une indépendance française, tant industrielle que politique, quand lui pensait démondialisation ordonnée et souveraineté nationale, y compris sur la question des migrations… Quant au favori pas encore déclaré, le sortant président qui souhaite ne pas être sorti au printemps prochain, il paraît en campagne permanente, dans une posture qui se veut celle du rassembleur après avoir été celui dont le règne aura été marqué par la grande fracture « bloc élitaire contre bloc populaire » : le soulèvement des Gilets jaunes (le plus important mouvement social depuis 1995, voire depuis Mai 68), qui n’a pas vraiment abouti politiquement, reste néanmoins le symbole de cette confrontation, jusque là relativement silencieuse, entre les deux France « actives », celle des peuples « sédentaires » du Travail et des « périphéries » de la métropolisation contre celle des élites financières, économiques et intellectuelles, mondialisées et « nomadisées » (comme l’avait d’ailleurs annoncé et souhaité l’ancien premier ministre Michel Rocard au milieu des années 1990). Mais l’élection présidentielle peut-elle dénouer la crise sociale contemporaine liée à la mondialisation et à sa traduction en métropolisation, désormais dominante sur les territoires et les hommes ? C’est peu probable.

 

L’une des raisons de la vanité de croire en une solution présidentielle prochaine, c’est la situation même de la société française et de sa disharmonie contemporaine (qui remonte bien avant le règne de M. Macron), de cette forme de « guerre civile » larvée que l’on pourrait qualifier, en traduction sociale simple de la confrontation des blocs, de « lutte des classes » (mais fort différente de celle des XIXe et XXe siècles) qui, en définitive, menace, à plus ou moins long terme, la pérennité même de l’unité française. Une lutte des classes aujourd’hui déséquilibrée au profit de ceux qui semblent tenir solidement les rênes du Minotaure Pouvoir, et qui n’ont pas l’intention de les lâcher de sitôt. Car ce qu’il ne serait pas scandaleux de nommer « pays légal » paraît aujourd’hui si sûr de lui et de son bon droit (quand il ne le créé pas lui-même sous forme de « droits », « lois », « directives », etc.) qu’il est devenu sourd à ce que certains nomment, avec une pointe de mépris, « l’arrière-pays » et qui, en fait, constitue ce que les maurrassiens d’antan nommaient « le pays réel ». La grande difficulté pour les opposants à l’idéologie dominante défendue et entretenue par le pays légal est de réussir à structurer un discours cohérent et convaincant autant qu’une stratégie d’opposition crédible et, au-delà, une alternative au régime en place, voire au « système », nom-valise qui, s’il n’est pas rigoureusement cerné et défini, prête évidemment le flanc à toutes les incompréhensions (1). Cela risque d’être d’autant moins facile que, contrairement à la société française d’avant la mondialisation des années 1990, le terreau civilisationnel de notre pays est largement asséché et, dans le même temps, régulièrement fouaillé par les fourches des partisans de la mondialisation et des « principes anglo-saxons » qui accélèrent ainsi ce processus destructeur… A la question classique « Qu’est-ce qu’être français ? », la réponse paraît de moins en moins évidente et, donc, de plus en plus polémique, particulièrement aux oreilles de ceux pour qui la question même n’a plus de raison d’être…

 

Les élites mondialisées ne se posent plus la question, ou avec un sourire légèrement ironique, et considèrent que la France est désormais « dépassée » ou « trop petite », en négligeant que ce genre de discours et ce type d’arguments ne cessent de courir depuis près d’un siècle sans réussir à convaincre les Français eux-mêmes, et cela malgré les campagnes multiples des institutions de l’Union Européenne, de la République française elle-même (principalement, et avec de fortes nuances selon le locataire de l’Elysée, depuis 1974) et de nombre de médias et d’universités (entre autres) atteintes par les théories exotiques « d’effacement des mémoires traditionnelles et historiques locales » venues d’Outre-Atlantique. Or, la France n’est pas finie et sa vocation n’est pas de se fondre dans un grand Tout post-national, mais, au contraire, de présenter toujours une alternative au règne des empires, comme cela fut le cas sous le roi Philippe-Auguste ou sous le général de Gaulle : la France est une nation, elle n’est pas un empire et elle n’est pas impérialiste, parce que cela ne correspond pas à sa vocation « éternelle ». Si la Révolution française lui a fait croire, un temps, qu’elle devait imposer son idéologie du moment par le fer et le feu plutôt que par le prestige et la culture, elle souhaite désormais vivre en paix avec les uns comme les autres sans renoncer à ce qu’elle est et qui fait qu’elle n’est pas complètement « européenne » ou « mondiale », ni « une et indivisible » mais bien plutôt « plurielle et unie ».

 

Alors sans doute, dans ce grand barnum de la présidentielle, y aura-t-il, certes, nombre de drapeaux étoilés de l’Union Européenne agités avec frénésie et pléthore de promesses d’une « autre Europe » que celle qui, aujourd’hui, n’apparaît plus que comme une zone de libre-échange ouverte aux quatre vents, offerte aux produits et aux concepts venus d’ailleurs ; les élites mondialisées résidant en France s’époumoneront en anglais et s’effraieront des risques d’un populisme français ; de grands mots seront prononcés par nos actuels gouvernants, soucieux de conserver leur pouvoir et leurs « acquis », et par leurs adversaires tout autant soucieux de prendre la place sans renverser la table et la vaisselle… Le pays légal dominant se défendra aussi d’abandonner la France et les Français, jurant pour la énième fois qu’il préservera les industries nationales avant, l’élection passée, de détourner les yeux devant les délocalisations ou de clamer, la main sur le cœur, l’éternel « plus jamais ça » devant le désastre de nouvelles fermetures d’usines déménagées pour des pays plus « généreux », fiscalement parlant bien sûr… D’autres, au contraire, feront triompher le tricolore à tous les étages dans leurs rassemblements, en appelant au « sursaut », à la « France d’abord » (ce qui n’est pas si mal, tout compte fait), mais sans forcément prendre la mesure de l’immense « réforme politique et sociale » que cela nécessite : revêtir l’uniforme du général de Gaulle ou l’armure de Philippe-Auguste n’est pas chose facile dans un temps où la société de consommation, couplée à la mondialisation, a largement éteint le « nous » collectif et national au profit du « je » individualiste et mouvant, et « l’épuisement civique » contemporain, s’il n’est pas surmonté par une forte espérance et par la volonté politique qui peut la faire advenir et l’épanouir en une politique de grandeur et d’avenir, pourrait bien ruiner les espoirs d’un renouveau du « projet français ».

 

Il ne s’agira pas, pour les royalistes d’aujourd’hui, de contempler la bataille d’en haut avec indifférence, ni de s’emmêler dans les querelles électorales sans fin sinon sans fond, mais bien plutôt de commenter, d’intervenir, d’agir, non pas pour une candidature quelconque, mais pour rappeler les conditions du Bien commun et les propositions qui peuvent aider la nation française à redevenir ce qu’elle doit être, c’est-à-dire elle-même, fidèle à sa vocation historique et politique de puissance libre et médiatrice.

Jean-Philippe CHAUVIN

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