( 6 juillet, 2019 )

“Sens de l’Histoire” : brun dans les années 30, rouge dans les années 50, arc-en-ciel aujourd’hui…

 

Lu sur « le Salon Beige »

 

Dans l’Incorrect, Thibaud Collin dénonce le sens de l’Histoire libertaire, qui nous pousse à accepter toutes les folies transhumantes :

[…] Que faire face à ce rouleau compresseur conceptuel et surtout moral? Justement, commencer par distinguer ces deux niveaux. Il faut d’abord repérer la logique à l’œuvre dans toutes ces lois « sociétales ». C’est elle qui est source de ce sentiment d’inéluctabilité éprouvé par certains devant de telles revendications ; c’est pourquoi il faut en faire la généalogie. Mais il faut ensuite saisir que cette logique ne porte en elle aucune obligation morale à obéir à un quelconque sens de l’histoire qui lui serait immanent. L’histoire a le sens que les hommes lui influent en étant le lieu de l’affrontement entre diverses conceptions de l’homme, de la société et du bien commun. Dans les années 30, nombreux étaient convaincus que le sens de l’histoire était brun ; dans les années 50 nombreux «savaient» qu’il était rouge; qu’aujourd’hui certains le voient arc-en-ciel ne doit pas plus nous impressionner. L’histoire est contingente et c’est pour cela qu’elle est un cimetière des prétendus «sens de l’histoire». Creusons ces deux points.

«La PMA pour toutes» semble une revendication légitime à nombre de nos compatriotes parce que, d’impensable qu’elle était il y a quelques années, elle leur apparaît désormais comme crédible. Or pour lutter résolument contre le crédible, il faut des raisons bien assises et donc mobiliser des principes capables de fonder celles-ci. Il se trouve que les principes permettant de fonder une opposition sensée à la « PMA pour toutes » ont été abandonnés par beaucoup depuis des décennies, car notre pensée est disposée par nos habitudes de vie qui obéissent, elles aussi, à une logique implicite. Or le fondement ultime de la «PMA pour toutes » est la mentalité contraceptive, omniprésente dans notre société. Elle consiste à penser la sexualité en pouvant la déconnecter totalement de la procréation ; la PMA en est le pendant inverse. Cette révolution anthropologique a engendré en quelques années la légitimation de l’avortement, de l’homosexualité, de la PMA pour couples homme/femme stériles. Il est donc logique d’étendre le même principe aux couples de femmes qui désirent « faire » un enfant ; idem pour les femmes seules. Pourquoi faudrait-il continuer à considérer qu’une vie sexuelle est nécessaire pour procréer puisqu’on est disposé pratiquement et mentalement à séparer les deux ?

Il est donc indéniable que la revendication actuelle obéit à un sens, dans les deux acceptions du terme, signification et direction vers un but. Est-elle pour autant inéluctable et surtout est-elle souhaitable ? De la réponse donnée à ces deux questions découle la manière de réagir ou pas à cette revendication (en attendant la GPA qui est l’étape suivante).

On peut toujours personnellement s’opposer à une revendication tout en validant le principe sur lequel elle repose. Mais cette opposition apparaît alors à juste titre comme arbitraire parce que relevant d’une conviction que l’on ne peut universaliser. D’où la fameuse distinction dont nombre de politiques abusent entre conviction et responsabilité : « Personnellement, je suis contre x mais en tant que responsable politique, je ne m’y oppose pas ». Cela manifeste que les mobiles de l’opposition ne sont pas suffisamment raisonnables et réfléchis. Ils ne sont pas fondés sur le discernement d’un vrai bien humain, élément du bien commun. Toute lutte contre la revendication apparaît alors comme pratiquement impossible. La démission politique et militante est donc d’abord une démission intellectuelle. Car le progressisme est une paresse de la raison.

Le sens de l’histoire doit-il conduire à la «PMA pour toutes » ? Non car il n’y a pas de sens a priori de l’histoire sinon les hommes ne seraient que des marionnettes. Certes les actions humaines sont soumises à des conditionnements mentaux, sociaux, culturels, économiques, religieux, etc. mais tous ces conditionnements sont eux-mêmes le résultat d’une sédimentation d’actes humains, de choix, de discours, se cristallisant dans des institutions politiques, scientifiques, des œuvres d’art, etc. Il y a donc des spirales qui peu à peu façonnent les mentalités et déploient leur logique comme nous venons de le voir. Mais tout cela n’est pas pour autant la réalisation d’un sens immanent de l’histoire qu’il s’agirait d’identifier pour « bien » agir. Alors que faire ?

Témoignons à temps et à contre-temps de la grandeur et de la beauté de la sexualité humaine, signe fécond de l’amour unissant librement l’homme et la femme. Vie et amour sont intrinsèquement liés ; tel est le lieu ontologique adéquat où une nouvelle personne humaine peut venir à l’existence. Pas dans une éprouvette. Pas pour combler le désir d’une ou de deux femmes !

Profitons de cet énième débat « sociétal » pour tout reprendre à la racine, souligner les logiques mortifères à l’œuvre et en appeler aux exigences les plus profondes du cœur de chacun. Celles-ci peuvent être recouvertes par la chape de béton de tous les conditionnements sociaux et mentaux mais elles demeurent entières en deçà de l’aliénation progressiste.

( 13 juin, 2019 )

Faisait-il plus chaud au temps des Romains que de nos jours ?

 

Lu sur Boulevard Voltaire, cet article qui met bien les choses au point concernant la propagande « réchauffiste »

 

Les faits sont têtus, mais les « réchauffistes » l’ont longtemps nié : le site Futura rapporte que, selon une étude scientifique sérieuse basée sur la mesure des cernes de troncs d’arbre datant de l’époque romaine ou de la fin du Moyen Âge, la température moyenne, en Scandinavie, entre 20 et 51 ap. J.-C., était supérieure de 1,05 °C à celle mesurée entre 1951 et 1980 (donc égale à la température actuelle !) et de 2 °C par rapport à celle qui prévalait entre 1451 et 1480, période froide.

Depuis le début du premier millénaire, le climat n’a cessé de changer dans un sens ou un autre. Après un optimum climatique sous l’empereur Tibère (d’anciennes routes romaines sont toujours emprisonnées sous les glaciers en 2019), les températures ont d’abord chuté de 0,41 °C vers l’an 200 ap. J.-C. du fait, paraît-il, d’une utilisation trop massive des feux de bois (selon une étude réchauffiste moralisante dont j’ignore la valeur) avant de s’effondrer de 4 °C entre 530 et 560, années terribles où l’éruption d’un volcan cumulée à un refroidissement provoqué par un moindre ensoleillement a conduit l’humanité au bord de l’extinction.

Entre 1000 et 1340, la Terre a connu un nouvel optimum climatique (nié par les réchauffistes, mais bien réel, puisque, selon les sagas islandaises, on semait et récoltait une variété particulière de céréales au Groenland, chose impossible de nos jours) avant d’être affectée par une nouvelle période très froide à la fin du règne de Louis XIV (la Seine et la Tamise gelaient en hiver !).

Les changements climatiques ont souvent été brusques : selon les sagas islandaises, vers 1350, il était devenu quasiment impossible de rejoindre les colonies vikings du Groenland du fait de l’apparition subite d’icebergs sur les routes commerciales.

Acculés, les réchauffistes nient en remettant en cause des études pourtant sérieuses, car elles contrarient leur doxa ou en prétextant que le gaz carbonique (CO2) reste le grand coupable du réchauffement actuel, mais qu’il aurait peut-être contrecarré un nouveau refroidissement (le gaz carbonique serait-il, alors, bénéfique ?).

Néanmoins, selon des scientifiques tout à fait respectables, on confondrait cause et conséquence : le réchauffement serait dû à une variabilité naturelle du climat et il entraînerait un dégazage du CO2 contenu dans les océans, ce qui expliquerait pour une part non négligeable l’augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère.

Je suis, bien entendu, incapable de trancher dans ce débat pointu.

Plus inquiétant : selon une autre étude scientifique parue récemment et qui porte sur les cycles du soleil, nous serions à la veille d’un nouveau minimum de Maunder comme notre planète en a connu un entre 1645 et 1715, époque glaciale dont j’ai déjà parlé dans cet article et qui serait due à l’absence prolongée de taches solaires.

Si c’est effectivement le cas, si les réchauffistes ont raison, alors le CO2 compensera en grande partie les effets délétères du refroidissement solaire, sinon l’humanité grelottera et les récoltes seront durablement affectées, provoquant la famine.

 Professeur agrégé et écrivain
( 25 mai, 2019 )

L’Europe, c’est la guerre…

 

Lu sur « Boulevard Voltaire » cet article qui montre le nocivité de l’Union Européenne qui provoque des guerres

 

…Contrairement à ce que prétend Emmanuel Macron.

Acculé, Emmanuel Macron sort l’artillerie lourde. Suivant une rhétorique trop connue, il dénonce avec véhémence le nationalisme, cause selon lui de toutes les guerres et de tous les malheurs. Il lui oppose l’Europe – et, avec elle, tout ce qui transcende les nations : le mondialisme, la supranationalité, l’ouverture des frontières identifiés au bien.

C’est faux historiquement : la principale cause des guerres et des grands massacres du XXe siècle, ce n’est pas le nationalisme, c’est l’idéologie. C’est en tous les cas vrai pour la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide, les grands massacres de Staline ou de Mao, lesquels n’ont pas tué par nationalisme mais au nom d’une idéologie totalitaire.

Le slogan de Macron est également faux en ce qui concerne l’Europe. On dit « L’Europe (celle de Bruxelles), c’est la paix. » Mais l’Europe était déjà en paix quand ont été mises en place les institutions européennes actuelles, à partir de 1957. Et depuis ? Qui est responsable de la guerre des Balkans, qui est responsable de la guerre d’Ukraine ? Sans doute les États-Unis, mais ils n’auraient pu rien faire sans l’appui des Européens et des instances de Bruxelles.

Pourtant favorable à la construction européenne, l’ancien chancelier Helmut Schmidt n’a pas hésité, peu avant sa mort, à mettre en cause le rôle des commissaires de Bruxelles dans le conflit ukrainien.

Aujourd’hui, les anti-Poutine les plus exaltés, dont certains envisagent même une guerre contre la Russie, se tournent vers Bruxelles. L’Union européenne lui a infligé des sanctions économiques lourdes et n’envisage pas de les lever. Cela, sous le prétexte de l’annexion de la Crimée qui offense, certes, le droit international, mais pas plus que l’indépendance de l’État mafieux du Kosovo encouragée par Bruxelles. Interrogé sur la défense européenne par un journaliste : « Pour se défendre de qui ? », Macron a répondu « de la Russie, par exemple ». Bien inutile provocation : l’Europe n’existerait qu’en se trouvant un ennemi !

Les guerres qui ont ensanglanté le Proche-Orient au cours des dernières années, dont celle de Syrie, ont fait près de cinq millions de morts. Elles se sont toutes faites avec l’appui des instances de l’Union européenne, qui a ainsi subventionné largement l’Observatoire syrien des droits de l’homme, officine de propagande djihadiste basée à Coventry, voix des opposants à Assad. Elle a aussi imposé un embargo qui a fait souffrir presque autant le peuple syrien que les combats. Cette machine inhumaine se refuse à les abroger alors que la guerre est pratiquement terminée. Même chose au Yémen, où les famines dues aux sanctions tuent encore plus que les bombardements saoudiens.

Les guerres récentes du Proche-Orient n’ont pas été causées par le nationalisme mais par la fureur idéologique des mondialistes américains, dits néo-conservateurs, relayée par les européistes de tout poil au nom des grands idéaux : droits de l’homme, démocratie, lutte contre le nationalisme. Ces guerres ont, au contraire, été désapprouvées par ceux que l’on taxe de nationalisme ou d’extrémisme, à droite ou à gauche.

Pourquoi la construction européenne menace-t-elle la paix ? Parce qu’elle est elle-même une idéologie, ce qui veut dire un projet messianique de transformation de la condition humaine fondé sur des concepts simplificateurs : hier, l’abolition de la propriété ou des classes sociales, aujourd’hui, celle des nations. Les idéologues sont manichéens : ils diabolisent leurs adversaires intérieurs, mais aussi extérieurs, tenus pour des monstres innommables auxquels on ne saurait faire quartier : Milošević, Saddam Hussein, Assad… demain Poutine ?

C’est cette approche idéologique propre à l’Union européenne qui menace la paix en Europe, bien plus que le nationalisme, une expression qui, dans la bouche de Macron et des mondialistes, ne désigne d’ailleurs que l’amour sain de sa propre patrie et donc l’attachement à sa souveraineté.

Roland Hureaux

Essayiste

 

( 1 mai, 2019 )

Quand on commence à comparer le fœtus à un cancer…

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Trofim Denissovitch Lyssenko en a rêvé, la monocratie progressiste, endémique dans les entrailles des campus américains, l’a fait.

A l’University of California à  San Diego, on enseigne la biologie. Quoi de plus naturel diriez-vous. Les abeilles, la pollinisation, l’embryologie, les algues et tout ça. Sauf que là-bas, chez ces gens-là, comme chez nous d’ailleurs, on n’enseigne pas, on inculque. Pis, on éduque. Chez ces gens-là, le foetus dans le ventre de sa mère est didactiquement comparé à un cancer invasif. Que ne ferait-on  pour faire ingérer une matière indigeste à nos chères têtes blondes crédules. En effet, récemment, à l’occasion d’un cours, un professeur de cette université expliquait, diapositive à l’appui, le parallèle entre le fœtus et le cancer. Ainsi, comme pour un cancer, la “croissance fœtale” est “rapide“, ” incontrôlée“. Comme un cancer, le foetus «envahit le corps de la mère» et, comme un cancer, il «manipule l’immunité et restructure la vascularisation sanguine maternelles». Comparaison froidement scientifique, me direz-vous. Probablement.

Mais quel rapport avec ce brave Trofim diriez-vous ?

Orwel plus fort que Nostradamus, d’accord ; mais, Orwel c’est has been, faites entrer Trofim. Le lyssenkisme est la manipulation d’une méthode scientifique à des fins idéologiques, du nom de cet agronome de l’époque stalinienne géniteur d’une politique génétique destinée à améliorer le rendement agricole du blé, la « vernalisation », politique basée sur aucun fondement scientifique, qui accède néanmoins au rang de théorie officielle.

A l’instar de Lyssenko qui entend « appliquer la dialectique marxiste aux sciences de la nature », nos progressistes entendent quant à eux appliquer cette même dialectique aux sciences sociétales. De surcroît, il suffit de nos jours de remplacer marxiste, par féministe, progressiste ou multiculturaliste, et j’en passe et des plus morbides, et le commun des mortels aura un aperçu exhaustif de l’algorithme doctrinal qui sous-tend les avancées dites sociétales, toujours en totale symbiose avec les fumeuses valeurs républicaines.

Déjà au café de Flore, l’enfumage de la nomenklatura était en gestation avancée. On ne naît pas femme, on le devient, proférait la Simone. Mathieu Fawas est d’accord. Après le MacDo, le Kosovo et les séries américaines, les lubies progressistes outre-Atlantiques ne tarderont pas à métastaser au sein de la vieille Europe, au début par le biais de la propagande, puis par le biais législatif. L’avortement, qui devait rester une exception, dixit l’autre Simone, devenu droit intangible car « mon corps m’appartient », le mariage homosexuel, la théorie du genre, l’abécédaire LGBTQ+, la déshumanisation du fœtus, la PMA, l’antispécisme et bientôt le transhumanisme. Le féminisme à cet égard ne serait-il pas la première manifestation embryonnaire du transhumanisme ? Thème à méditer, vous avez trois heures.

N’empêche, l’on assiste à l’éternelle résurgence du lyssenkisme au service de l’idéologie dominante en totale contradiction avec le réel. In fine, du progressisme ou du fœtus on devine aisément lequel des deux est le plus malin.

Il y a bien longtemps, un vénérable confrère s’aventurait à dire que science sans conscience n’est que ruine de l’âme. De nos jours, la science est de plus en plus dévoyée au bénéfice d’une idéologie mortifère ; la conscience, individualiste et relativiste au service des minorités normatives. Et l’âme. L’âme ? Mais de quoi parlez-vous ?

Pierre Mylestin

 Médecin
( 4 avril, 2019 )

FIN DE CYCLE

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

Une réflexion sur la nature des cycles qui constituent la vraie Histoire et sur les évolutions profondes que connaît le monde actuel. Où des motifs d’espérance se dessinent. 

 

Un cycle historique s’achève, entend-on souvent. Probablement. Attention pourtant à cette notion faussement simple.

Ne nous imaginons pas les cycles historiques comme des assiettes empilées dans le buffet ou soigneusement posées sur une table. Ils ressemblent plutôt à des cercles concentriques, un peu comme des ronds dans l’eau provoqués par un caillou. Et les choses se compliquent quand ils s’entrecroisent avec d’autres ronds provoqués par d’autres cailloux lancés à des époques plus ou moins proches. Par exemple, le capitalisme industriel ne serait pas né sans la grappe d’inventions qui permit le machinisme ni sans les Lumières qui provoquèrent la révolution bourgeoise et l’esseulement de l’individu. Ce que l’on appelle fin de cycle, n’est donc bien souvent que la disparition de segments formés par l’intersection de plusieurs ronds dans l’eau… D’ailleurs, plutôt qu’à des cycles, l’Histoire ne ressemble-t-elle pas à une ligne qui s’incurve, se brise, se redresse au gré des événements ?

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Partout, mais surtout en Europe, la ligne à peu près droite qui avait débuté en 1945 se tord. Cette année-là s’était achevée une guerre de trente ans entrecoupée d’une fausse paix. Une guerre perdue par l’Europe. Bien sûr, ce conflit mondial étant d’abord un conflit européen, il y eut des nations européennes vainqueurs et d’autres vaincues. Mais à l’exception de la Russie, l’Europe en tant qu’entité était la grande perdante. Vassalisée par les États-Unis et l’Union soviétique, elle entrait dans une longue dormition dont elle n’est encore pas sortie. Quoiqu’antagonistes, les deux suzerains partageaient la même détestation de la vieille Europe et la même croyance en leur propre vocation messianique. Leur objectif était en définitive identique : la création d’un homo oeconomicus standardisé, sans racine, sans culture, sans histoire. Seule la méthode différait. Les Soviétiques entendaient l’asservir à l’État communiste par la brutalité et de la planification. Les Américains, au Marché dominé par eux-mêmes, en diffusant l’american way of life avec sa culture de masse et sa production de masse.

La ligne commence à se tordre, donc, avec la chute du mur de Berlin en 1989 et la disparition de l’URSS en 1991. Cette inflexion marque la fin du cycle communiste en Europe, mais pas de celui de l’Europe vassalisée désormais soumise aux seuls États-Unis : la ligne s’incurve, elle ne se brise pas. Évidemment, dans un premier temps, la disparition du communisme donna l’illusion de la supériorité de l’Occident, entendu comme le modèle capitaliste américain.

De fait, jusqu’à l’orée du XXI° siècle, ce néo-libéralisme empreint de libertarisme semblait devoir s’imposer au monde et réaliser les prétentions messianiques des États-Unis. Pour sa part, si l’Europe pouvait se féliciter d’être débarrassée de la tyrannie communiste, le déséquilibre des forces qui en résulta la soumit davantage aux « valeurs »   libéral-libertaires sous lesquelles se cache l’impérialisme du système américain. Cette soumission eut deux conséquences immédiates. D’un côté le suivisme des Européens dans la politique étrangère de leur suzerain : provocation envers la Russie, aventures militaires au Kosovo, en Afghanistan, en Irak. De l’autre et surtout, le façonnage accéléré de l’homo oeconomicus par le Capitalisme au moyen de l’invasion migratoire, de la propagande et de la farce sociétale.

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L’invasion migratoire présente le triple avantage d’importer de la main d’œuvre à bon marché mais plus encore des consommateurs subventionnés par l’impôt prélevé sur les indigènes, et de détruire les identités nationales. On sait que l’invasion migratoire – cela fut confirmé par les révélations de Wikileaks de 2010 – est souhaitée et favorisée par les États-Unis pour détruire l’Europe de l’intérieur.

Bien sûr, l’indigène regimbe un peu. Alors on l’éduque. La propagande commence à l’École, où l’enseignement du dogme de l’Humanité a depuis longtemps remplacé les humanités. Puis la machine politico-médiatique prend le relais, sous l’influence notable d’anciens communistes de toute obédience (trotskystes, stalinistes, maoïstes) reconvertis dans le libéral-libertarisme. Les catéchistes de la nouvelle religion ordonnent leurs prêches autour de deux thèmes principaux. Un, la glorification du dieu Marché et de ses hypostases que sont l’Immigré, le Féminisme, les Minorités ou la Libération Sexuelle. Deux, la culpabilisation du Blanc – surtout européen – responsable sans partage de tous les maux. Quant aux déviants qui s’avisent de contester la bonne parole, ils sont dûment châtiés par la mise à l’index, l’exclusion sociale et si ce n’est assez, par les juges nationaux et internationaux.

La farce sociétale relève d’un registre plus subtil. Le Système utilise ce dérivé du libertarisme soixante-huitard à plusieurs fins. Sur le plan commercial, il ne s’agit jamais que de technique de « segmentation du marché » pour créer de nouveaux besoins, de nouvelles clientèles et de nouveaux profits. Ainsi s’explique l’émergence de produits de spéculation tel le non-art du type plug annal et emballage du Pont-Neuf, ou de services de satisfaction de l’individu-roi telle la GPA pour tous. Ainsi s’explique aussi le « ciblage » de catégories de population, tels les homosexuels, les communautés ethniques etc. Mais pour que ces  « segments de marché » développent leur plein effet, il faut les intégrer dans la religion de l’Humanité, le mettre sous la protection des droits de l’Homme, ce qui nécessite l’intervention du politique.

C’est alors que la farce sociétale revêt le masque de l’« opposition progressiste » au Système. On y trouve pêle-mêle les « cultureux » subventionnés par le ministère de la Culture, les minorités activistes (LGBT, indigénistes, ultragauche…), les « féministes 2.0 », bref toutes les chapelles du « jouir sans entrave ». La confrontation est évidemment factice. En réalité, si le Système feint de se démarquer de ces pantalonnades, c’est pour mieux s’en servir : en révolution permanente, le Capitalisme trouve dans les délires sociétaux de l’« opposition progressiste » la caution nécessaire à sa fringale destructrice. C’est pourquoi, après une résistance de bon aloi, il promulgua bien volontiers le mariage pour tous, consacrant du même coup les homosexuels en communauté et en segment de marché, et qu’il érigera bientôt PMA et GPA pour tous en droit de l’Homme.

Ainsi donc, la monade humaine décérébrée, déracinée, déracisée, voit le jour, zombie dont l’appartenance se résumera à ses segments de consommation et dont le bonheur consistera à satisfaire les désirs soufflés par le Marché.

Mais le pire n’est jamais sûr. Les échecs américains au Proche-Orient et en Afghanistan, la question identitaire au sein même de la société américaine, la crise financière, l’émergence de la puissance chinoise et demain indienne, le refus de la Russie de se laisser dépecer et vassaliser, ont redonné espoir à ceux qui attendent le réveil de l’Europe. À tout le moins, la vision unipolaire de l’american way pour tous c’est-à-dire du Marché dominé par les seuls Américains a désormais peu de chance de se réaliser.

La partie s’annonce rude. Les forces de dissolution sont à l’œuvre depuis longtemps. Toutefois le Système n’est plus aussi fort qu’à ses débuts. Le capitalisme financier connaît une crise si grave, qu’il ne survit qu’au moyen d’artifices financiers comme la facilitation monétaire (quantitative easing), la socialisation des pertes bancaires et le recours indéfini aux emprunts.

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En Europe, les immigrés se comportent comme le souhaite le Système : ils s’adonnent à la consommation de masse et constituent des communautés qui affaiblissent les nations. Mais leur refus de s’assimiler provoque chez les indigènes une renaissance du sentiment national. Aux États-Unis, le peuple fatigué de l’immigration massive et du capitalisme débridé, élit un président populiste, avouant par là-même l’échec de la domination américaine du Marché. L’Europe de l’Est instruite par des siècles de luttes contre l’empire ottoman et par cinquante ans d’occupation soviétique ne veut ni d’une invasion migratoire musulmane ni de la tyrannie de l’UE, ces deux derniers phénomènes étant d’ailleurs liés. L’Autriche et l’Italie sont maintenant gouvernées par des « populistes » et ouvrent peut-être la voie à l’Europe de l’Ouest. En France le mouvement des Gilets Jaunes, sonne la révolte contre l’oligarchie. Sans doute ne dénonce-t-il pas l’invasion migratoire. Mais ne faut-il pas voir dans ce silence une « pensée de derrière » à la Pascal, dont l’« habileté » serait de taire ce qu’on ne peut encore hurler ? Peut-être, tant la crainte de passer pour raciste obère la parole. Pourtant, quels que soient les défauts de ce mouvement et la récupération dont il peut faire l’objet, on peut espérer que sa spontanéité et son origine éminemment populaire marquent le retour de la nation.

Ce que nous vivons annonce peut-être une de ces secousses historiques dont les effets se mesurent à l’échelle du millénaire. L’Europe occidentale – l’homme malade de l’hémisphère nord – doit s’y préparer sous peine de disparaître. Royaume-Uni, Belgique, Suède, France sont les plus touchés.

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De ces quatre nations sœurs, on peut espérer que la France sera la première à relever l’étendard du sursaut. Mais son système politique souffre d’un grave manque de représentativité. Contrairement aux Italiens, les Français ne peuvent compter sur aucun parti ni aucune alliance propre à renverser l’oligarchie qui gouverne depuis quarante sous l’apparence d’une fausse alternance. C’est d’ailleurs pourquoi le référendum d’initiative populaire demeure la principale revendication des Gilets Jaunes.

Dans ce combat qui ne sera gagné qu’en retrouvant nos racines, en nous souvenant de notre héritage spirituel, un authentique arbitre serait nécessaire. Or la France a la chance d’avoir la plus vieille famille dynastique d’Europe et pourrait demander à son rejeton d’exercer cette fonction de roi-conscience.

Puisse ce prince se faire connaître et se déclarer prêt à accomplir sa tâche : lever l’étendard du sursaut, celui de Saint-Denis !   

Pierre Renucci
Historien du droit, des institutions et des faits sociaux
( 29 mars, 2019 )

Le philosophe Marcel Gauchet, sur la confusion entre Macronie et Monarchie

 

Lu sur le blog « la couronne »

 

Sur la confusion entre Macronie et Monarchie, voici ce que nous dit le philosophe Marcel Gauchet, en réponse à la question du quotidien belge “Le Soir” : Les Français n’attendent-ils pas trop du président ? Macron lui-même avait dit en campagne qu’il fallait une sorte de roi…

 

“Réponse du philosophe Marcel Gauchet :

“Mais il s’est trompé sur ce que l’on attendait d’un roi. Un roi, ce n’est pas un manager, pas un patron de start-up qui secoue ses employés pour qu’ils travaillent dix-huit heures par jour pour que les Français, par effet d’entraînement, deviennent tous milliardaires ! Dans la tradition française, un roi, c’est un arbitre. Quelqu’un qui est là pour contraindre les gouvernants à écouter les gouvernés. Quand les gens accusent Macron d’être le président des riches, ils lui reprochent surtout de ne pas être l’arbitre entre les riches et les pauvres. “

( 28 mars, 2019 )

La Révolution française et les gilets jaunes. Partie 1 : 1791, ou la victoire du libéralisme anglosaxon contre le modèle social français.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

Et si la Révolution française était la véritable cause de la révolte des gilets jaunes ? La question peut, de prime abord, sembler provocatrice et, même, iconoclaste, ne serait-ce que parce que deux siècles ont passé depuis cet événement fondateur de notre République et que les révoltés d’aujourd’hui paraissent se référer à un « mythe révolutionnaire » qui ferait de cette Révolution de 1789 un événement à reproduire : nombre de gilets jaunes comparent le président Macron au roi Louis XVI et semblent vouloir imiter la geste révolutionnaire, voire sans-culotte, même si quelques manifestants des ronds-points de l’Ouest et de l’Essonne (entre autres) affichent fièrement le sacré-cœur chouan sur leur gilet fluorescent et brandissent, jusqu’à Rennes et Paris, des drapeaux de l’Ancienne France. Mais cela n’enlève rien à la viabilité de la question, qui mérite, non seulement d’être posée, mais d’être traitée, en histoire comme en politique.

Après tout, la Révolution française, largement née d’une crise de la dette publique, n’a rien été d’autre, à bien y regarder, qu’un immense transfert de pouvoir, des ordres privilégiés anciens à la classe bourgeoise urbaine, de la magistrature suprême de l’Etat royal à la domination d’une petite élite économique et sociale s’appropriant le Pouvoir tout en le renforçant pour se le garder : on était bien loin des espérances et des promesses initiales de 1789 portées par les Cahiers de doléances, alors vite abandonnés par les nouveaux maîtres se réfugiant derrière le refus du mandat impératif qui, pourtant, était à la base de la désignation des délégués aux Etats-généraux… Sans doute la Révolution était-elle viciée, dès le départ, par cette confiscation de la « représentation révolutionnaire et parlementaire » par ce que l’on nomme désormais le « bloc bourgeois » (1), et sa « légalisation » par la prise du pouvoir législatif jusque là dévolu au roi et aux états provinciaux, du moins là où ils existaient encore de façon vive. Mais il y a un autre processus à évoquer, c’est celui de la « dépossession professionnelle », permise et même imposée par le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier de l’année 1791, véritable année de naissance du Prolétariat, à la fois comme condition et comme situation.

 

La Révolution française et les gilets jaunes. Partie 1 : 1791, ou la victoire du libéralisme anglosaxon contre le modèle social français. dans Articles de fond medium_travail_des_enfants_lbai_01_03_2006

 

Le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier sont deux textes que l’on peut rattacher au libéralisme des Lumières, marqué par l’individualisme et la Liberté économique, et qu’il faut sans doute replacer dans le contexte de l’émancipation des « possédants économiques » à l’égard des corps constitués et d’une Eglise catholique qui, malgré ses défauts et ses avanies, conserve encore une certaine réserve à l’égard de « l’Argent-Seigneur ». Ces deux textes se complètent en une logique certaine et infernale, si l’on veut bien en mesurer les effets immédiats sur le plan social : le premier supprime les corporations, corps socio-professionnels qui encadrent le travail autant sur le plan de ses conditions pour les travailleurs que sur celui de la qualité de la production ; le second interdit toute possibilité pour les travailleurs de se regrouper pour défendre leurs intérêts communs, la liberté individuelle primant désormais, aux yeux des constituants, sur toute communauté autre que la Nation. Ces deux textes sont l’application rigoureuse de la fameuse « Liberté du travail », qui n’est rien d’autre que « la liberté de l’Argent sur le monde du Travail », et ils sont votés dans un contexte de fébrilité sociale, au moment où les ouvriers, parfois assemblés en « coalitions ouvrières », revendiquent des augmentations de salaires et la protection de leurs droits, de plus en plus menacés par une bourgeoisie soucieuse d’appliquer la formule de Franklin sans égards pour ceux qui travaillent dans les ateliers et fabriques. Ces deux lois sont marquées, dès l’origine, par un véritable esprit de lutte des classes imposée, dans le monde du Travail, par les « possédants » et non par les ouvriers : elles ouvrent la voie à plus d’un siècle d’oppression sociale du monde des travailleurs manuels des usines et des mines, au nom d’une Liberté qui apparaît bien comme « celle du renard libre dans le poulailler libre » selon l’expression célèbre. Mais elles légaliseront aussi toutes les répressions contre les ouvriers et artisans quand ceux-ci réclameront leur juste dû et le respect de leur dignité, bafouée par un libéralisme importé du monde anglosaxon…

Cette destruction des corporations et des libertés ouvrières au profit de la « Liberté du Travail » et de la domination capitalistique est aussi la défaite d’un modèle français, certes en crise d’adaptation face aux nouvelles conditions de l’industrialisation en cours au XVIIIe siècle : ce modèle ancien, né au Moyen âge dans les villes d’Occident, devait beaucoup à l’Etat (surtout depuis la fin de la Guerre de Cent ans) autant qu’aux villes qui l’avaient vu naître et aux professions qui l’avaient suscité, et il assurait une certaine justice sociale par l’équilibre qu’il établissait au sein du monde du Travail, dans le cadre d’une hiérarchie rigoureuse mais qui n’empêchait pas l’ascension sociale et l’inventivité professionnelle. Bien sûr, ce modèle n’était pas parfait mais il restait perfectible et, surtout, il préservait les travailleurs et la qualité de leur travail « malgré la concurrence », plaçant les hommes de l’atelier et de la mine avant le seul profit de quelques uns qui maniaient plutôt les pièces d’argent que celles des métiers et des outils… De 1791 date la rupture entre le travailleur et celui qui en tire profit : et cette situation s’est bien aggravée depuis, comme on peut encore le constater avec les émoluments de quelques grands patrons peu soucieux d’autre chose que de l’intérêt des actionnaires et n’hésitant pas à sacrifier des milliers d’emplois pour engranger plus de bénéfices.

Il est un autre effet néfaste et souvent méconnu des lois révolutionnaires libérales de 1791 : c’est la destruction de l’apprentissage qui, pourtant, avait permis au monde du Travail d’Ancien régime d’assurer et de s’assurer une qualité particulière et reconnue du monde entier, et qui garantissait la transmission des savoir-faire d’une génération à l’autre, avec toujours l’idée de rajouter, à chacune d’entre elles, quelques éléments supplémentaires. 1791, c’est la volonté de briser cette longue suite de « maîtrise de l’art du métier », propriété et fierté des travailleurs, quelles que soient leur fonction et leur place dans la hiérarchie professionnelle. Désormais, le seul maître, c’est celui qui finance et tire profit de la production, et non plus celui qui la fait, concrètement, à la force de son poignet et de ses muscles, au gré de son intelligence, avec l’aide de ses outils et avec l’expérience des anciens et la sienne propre, avec un rythme de travail qui est d’abord le sien et qui n’est pas imposé par « l’horloge du patron ».

1791 a marqué la victoire du libéralisme anglosaxon et de l’idéologie franklinienne, et les luttes sociales françaises du XIXe et du XXe siècles n’ont été que la réponse, parfois maladroite et violente, à la terrible violence « légale » des lois d’Allarde et Le Chapelier. Car, si les syndicats ont constitué, à partir de 1884, des formes de substitutions aux anciennes associations corporatives, ils n’ont jamais pu, en tant que « sociétés professionnelles » se constituer un « patrimoine corporatif » qui aurait pu leur permettre, au-delà de l’Etat et des subventions, de recréer un rapport de forces durable, en particulier dans les périodes de mondialisation qui ont accéléré leur déclin et révélé leur impuissance un temps masquée par les avantages octroyés (mais parfois conquis grâce à des mobilisations d’ampleur mais trop souvent éphémères, et à une situation géopolitique qui faisait craindre aux possédants une « lutte finale » qui leur serait défavorable…) par le soutien d’un Etat qui avait encore, s’il le voulait (ce qui n’était pas toujours le cas…), la force et les moyens de s’imposer au monde des féodalités économiques et financières.

 

bourse-justice dans Articles de fond

 

Bien sûr, il est trop tard pour empêcher Le Chapelier de faire voter sa loi et pour raccompagner fermement les révolutionnaires libéraux de la fin du XVIIIe siècle à la porte de l’Assemblée constituante de 1791, et ce qui est fait, même mal, est fait : mais cela n’empêche pas de dénoncer les fondements de ce qui, aujourd’hui, fait le malheur du peuple des ronds-points et sa colère… Cette dénonciation ne doit pas non plus empêcher la proposition d’une nouvelle fondation sociale, dans laquelle les associations socio-professionnelles, les travailleurs eux-mêmes et les dirigeants d’entreprise, les communes et les régions (à travers leurs institutions propres ou une forme de Conseil économique et socio-professionnel local, plus ou moins large mais toujours enraciné dans les territoires et les populations), avec la bienveillance et sous la surveillance arbitrale de l’Etat, joueraient un rôle majeur dans la garantie de la justice sociale, « premier droit des travailleurs au travail ».

Que l’on ne s’étonne pas que la Monarchie sociale soit, par sa situation de grand arbitrage et de par sa légitimité qui ne doit rien aux féodalités financières et aux oukases de la « gouvernance », son régime et ses institutions politiques la mieux placée (et j’emploie ce qualificatif à dessein) pour surmonter les crises sociales que la mondialisation contemporaine et le libéralisme dominant nourrissent aux dépens de nos concitoyens et des classes moyennes… Si le Roi politique n’a pas de sceptre magique pour dissoudre les causes du malaise social, il est symboliquement porteur de cette Main de justice qui rappelle que, sans ce devoir social assumé et garanti par la magistrature suprême de l’Etat, il n’y a pas d’ordre légitime qui puisse s’affirmer et tenir dans la durée

Jean-Philippe CHAUVIN

(à suivre)

Notes : (1) : Le « bloc bourgeois » est-il une réalité sociale ou une facilité de formulation ? En effet, il me semble plus correct de parler de classes ou de catégories bourgeoises et de bourgeoisies au pluriel, avec des comportements politiques parfois fort différents selon le rapport au travail et à l’argent, ou selon les origines fondatrices, urbaines ou rurales, voire portuaires ou continentales. Mais n’y a-t-il pas, dans le même temps, une certaine unité, voire identité de pensée, dont la référence à Benjamin Franklin ou, plutôt, à sa fameuse formule « Time is money », serait la matrice véritable ? En ce sens, l’on pourrait alors évoquer une « idéologie bourgeoise » que partageraient nombre de bourgeois, ouvertement ou en leur for intérieur, contre le message même de l’Eglise déniant à l’Argent d’être un maître et contre la figure du politique s’imposant à l’économique. Certains ont aussi voulu voir dans la Révolution « la revanche de Fouquet » contre une monarchie absolue qui avait valorisé le service de l’Etat plutôt que les intérêts de l’Argent…

 

( 10 mars, 2019 )

Il n’y a pas de civilisation européenne mais une pluralité de cultures nationales en Europe

 

Très bon article de Bruno Guillard lu sur « Boulevard Voltaire ». Il met bien les choses au point sur notre civilisation et les dangers qui la menacent, en particulier l’idée  marcronienne de l’existence d’une civilisation « européenne » qui n’est que le « cheval de Troie » de la « culture » nord américaine.

 

Emmanuel Macron a invoqué, dans sa récente lettre aux Européens, une commune civilisation européenne. Mais y a-t-il une civilisation commune qui serait strictement européenne ?
Selon Claude Lévi-Strauss, une société se déploie sur deux dimensions : la civilisation (agriculture, industrie, modes de production…) et la culture (création artistique, spiritualité, éthique, vie de l’esprit, institutions…). La science, inséparable de la technique, se tient, selon l’anthropologue, à l’intersection des deux sphères.

Au plan de la civilisation, les Européens ne se distinguent plus des autres Occidentaux ni, même, de toutes les nations les plus riches. La période pendant laquelle les sciences, les techniques et les industries modernes furent spécifiquement européennes est révolue (elles étaient, d’ailleurs, essentiellement britannique, française, allemande et italienne beaucoup plus qu’européennes).

Au plan culturel, de nombreuses spécificités européennes perdurent, mais ces spécificités sont nationales (par exemple, les langues sont des éléments essentiels des différentes cultures ; il n’y a pas de langue européenne mais des langues européennes dont les plus parlées sont nationales). L’Empire romain ne s’est étendu que sur une partie de l’Europe, laquelle a été beaucoup plus marquée par la culture romaine que celle qui se situait au-delà du limes. Les Yamnayas nous ont sans doute laissé leur(s) langue(s) (le débat n’est pas clos à ce sujet), qui a beaucoup évolué depuis l’âge du bronze au point d’avoir donné naissance à des langues qui ne sont plus inter-compréhensibles depuis fort longtemps, mais que reste-t-il de ce que Georges Dumézil a appelé leur « idéologie trifonctionnelle » ? Rien, sinon des travaux d’érudits. Cette « idéologie trifonctionnelle » pourrait être une source d’inspiration mais cet héritage, beaucoup d’autres peuples – les descendants très nombreux des Indo-Iraniens, mais aussi ceux des Européens qui ont migré en Amérique, en Australie… – peuvent également le revendiquer. Les cultures européennes ont été, pendant une période, uniformément chrétiennes, ou presque, mais les choses ont bien changé.

Les cultures d’Europe se sont influencées mutuellement pendant des siècles, ce qui leur donne un air de parenté. Mais il faut noter que ces influences n’ont pas été homogènes ; certaines cultures (grecque, romaine, française, anglaise, allemande et italienne) ont rayonné beaucoup plus que les autres. C’est la raison pour laquelle les cultures européennes sont, malgré des ressemblances évidentes, différentes les unes des autres ; la richesse de l’Europe, c’est sa diversité.

Les cultures antiques (grecque et romaine) ont inspiré les philosophes et les artistes de toute l’Europe ou presque, ce qui a contribué, tout comme le christianisme, à renforcer la parenté des cultures d’Europe, mais en ce début de XXIe siècle, elles sont (hélas !) largement mises de côté. Le christianisme lui-même (qui est fragmenté en plusieurs confessions, ce qui ajoute à la diversité culturelle européenne) est affaibli et, dans certains pays, les agnostiques et les athées sont les plus nombreux.

Depuis le siècle dernier, les cultures européennes subissent l’influence de la culture nord-américaine, laquelle, bien qu’européenne à l’origine, a divergé très rapidement, surtout depuis 1945. S’il est impératif de se préserver de la rapide montée en puissance de la culture islamique en Europe (liée à l’invasion démographique en cours), il ne faut pas oublier que c’est la culture hégémonique nord-américaine (individualiste, universaliste, mondialiste, progressiste…) qui, à ce jour, a encore le plus d’influence sur nos propres cultures. Le fait qu’elle soit d’origine européenne ne doit pas nous faire oublier que cette culture libérale est celle du déracinement, du mouvement permanent, de l’individualisme exacerbé, du mondialisme et du consumérisme frénétique – toutes choses qu’un conservateur conséquent ne peut que rejeter.

Contrairement à l’européiste Macron, qui considère qu’il n’y a pas de culture française mais une civilisation européenne, nous ne pouvons que constater la persistance des cultures nationales et l’inexistence d’une civilisation européenne.

Bruno Guillard

( 27 février, 2019 )

Comment peut-on encore être royaliste en 2019 ? Introduction : Quand la République pousse au royalisme…

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

Comment peut-on encore être royaliste aujourd’hui ? C’est la question que j’ai beaucoup entendu ces dernières semaines, au moment où les Gilets jaunes avaient rouvert la possibilité du débat, comme une faille dans le globalitarisme ambiant, et que, dans les manifestations, dans la rue comme dans les cafés, la parole reprenait, un temps, le pouvoir, avant qu’elle soit à nouveau confisquée par le Pouvoir macronien dans un tourbillon de discours présidentiels et de manipulations médiatiques. Une question à laquelle j’ai toujours volontiers répondu, parfois trop brièvement, et qu’il ne me paraît pas inutile de traiter à nouveau, ne serait-ce que pour dissiper quelques malentendus et avancer quelques arguments en faveur d’une Monarchie royale qui, bien qu’encore trop lointaine, reste une solution institutionnelle possible et, à mon avis, souhaitable.

Il y a évidemment une réponse a contrario à la question posée plus haut : comment peut-on encore être républicain alors que la République, depuis une quarantaine d’années, semble incapable de penser au-delà de l’élection suivante et de définir une politique d’Etat digne de ce nom, susceptible de relever les grands défis contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux ? Ces quatre dernières décennies sont celles des occasions manquées et des renoncements multiples, et cela s’est traduit par un recul sensible de la position de la France dans le monde, alors même que notre pays a des atouts considérables dans la compétition internationale contemporaine et sur la scène diplomatique mondiale. La France possède le deuxième espace maritime du monde, elle a une métropole et des territoires d’Outre-mer qui lui donnent une grande diversité, autant de milieux que d’humains, et de grandes possibilités, énergétiques, agricoles, touristiques ; elle fait partie des cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU et sa langue reste une des langues majeures de la diplomatie comme de la culture ; elle est une terre d’inventeurs et compte nombre d’écoles et d’universités mondialement reconnues ; etc. Mais la France est en République… C’est bien là le nœud du problème, de ce que l’ancien ministre Alain Peyrefitte nommait « le mal français ».

 

Comment peut-on encore être royaliste en 2019 ? Introduction : Quand la République pousse au royalisme... dans Articles de fond france-sur-mer

La simple comparaison historique suffit largement à comprendre aisément en quoi la Monarchie royale, malgré ses nombreux défauts et insuffisances, est plus avantageuse pour notre nation que la République qui, au long de ses cinq déclinaisons et malgré quelques beaux (mais courts) moments, n’a su que consommer, voire consumer, ce que la Monarchie royale avait constitué et épargné. C’est d’ailleurs quand la République imite la Monarchie qu’elle est la plus convaincante et la plus efficace, comme une sorte d’hommage du vice à la vertu !

Mais être royaliste ne signifie pas céder à la nostalgie facile et rassurante d’une ancienne forme institutionnelle qui a fait ses preuves mais a fini par s’évanouir dans la mémoire de nos contemporains et dans la fumée des révolutions françaises. Il convient de raisonner, au-delà de l’histoire, en politique, et démontrer, après mûre réflexion, tout l’intérêt d’une Monarchie royale pour notre pays comme pour ceux qui y vivent : une démonstration qui mérite, le plus tôt possible, le passage aux travaux pratiques…

 

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 Jean-Philippe CHAUVIN

 

(à suivre : le refus de la nostalgie et l’actualisation monarchiste)

 

 

( 19 février, 2019 )

Bonne démographie et bon emploi font de bonnes retraites.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

La réforme des retraites va bientôt être discutée et le gouvernement prépare ses arguments et sa stratégie, attendant juste que le mouvement des Gilets jaunes, désormais accusé de tous les maux du pays, se soit dissipé comme un mauvais rêve, ce qui n’est pas, à l’heure actuelle, totalement assuré… Néanmoins, les Français commencent à s’interroger, parfois à s’inquiéter des projets gouvernementaux qui semblent obéir à une logique comptable imposée par Bruxelles plutôt qu’à un juste traitement de la question épineuse de « l’après-travail ». Ainsi, la question est parfois évoquée dans les réunions du Grand débat national, mais aussi dans les colonnes des Courriers de lecteurs, comme dans La Croix du lundi 11 février qui publie une lettre courte mais de bon sens qui mérite d’être reproduite et commentée.

« Le choix de la France d’avoir un système de retraite basé essentiellement sur la répartition est judicieux. C’est le système le plus sûr, le moins risqué. Les évolutions démographiques sont prévisibles sur le long terme, alors que les évolutions de la Bourse sont imprévisibles, même à très court terme. » Aussi imparfait qu’il puisse être, il est vrai que le système de retraite par répartition dépend très largement des dynamiques démographiques nationales, et non des jeux financiers et d’intérêts d’actionnaires souvent peu concernés par les notions et sentiments de justice sociale. Les données et perspectives démographiques, évolutives, sont aussi largement influencées par la politique familiale que l’Etat soutient ou promeut, et cela permet une certaine visibilité sur les décennies suivantes, même si cela implique également une attention soutenue de l’Etat et des pouvoirs publics (et éventuellement des partenaires sociaux) à l’égard des mouvements démographiques et une stratégie forcément et fortement enracinée dans la durée.

 

Bonne démographie et bon emploi font de bonnes retraites. dans Articles de fond bebe-cigogne

 

« La France est un des rares pays européens à avoir un solde démographique naturel positif, ce qui rend le système par répartition viable. ». Certes, notre situation démographique est meilleure que la très grande majorité des pays européens, mais les dernières années sont beaucoup moins convaincantes avec un taux de fécondité qui, en la moitié d’une décennie, est passé de 2,03 enfants par femme en âge de procréer à 1,87 l’an dernier, cela alors que, pour assurer un renouvellement convenable et « instantané » de la population française, il faudrait un taux de 2,1. Cette baisse inquiétante est la conséquence des politiques (si peu) familiales des gouvernements Fillon et Ayrault-Valls qui, là encore pour des raisons purement comptables (et idéologiques ?) ont, pour l’un, supprimé des avantages concédés jadis aux mères de trois enfants et plus, et pour les autres, rompu l’égalité des familles devant le quotient familial, en la nuançant par des considérations de revenus au détriment des classes moyennes aisées. Or, toucher à la politique familiale en oubliant les particularités de celle-ci qui en font une dentelle complexe et éminemment réactive à ces « détricotages » gouvernementaux, c’est fragiliser, en vain d’ailleurs pour les finances de l’Etat, les équilibres démographiques et risquer d’entamer, non le désir d’enfants (qui est de 2,3 en France selon les principales études sur le sujet), mais la réalisation concrète de ce désir. Il ne suffira d’ailleurs pas non plus de revenir en arrière, le mal étant fait, mais de refonder une stratégie démographique et nataliste pour le long terme, stratégie qui ne devra pas s’empêcher de réfléchir à une forme de « salaire maternel » ou « familial », selon des modalités à discuter et suivant les particularités des couples et de leurs évolutions possibles. Mais la République, qui raisonne selon un calendrier électoral qui n’est pas « le temps des générations », peut-elle engager vraiment cette nécessaire politique de long terme ? Personnellement, je continue d’en douter, et les valses-hésitations des derniers quinquennats ont tendance à légitimer et renforcer mon doute…

 

Mais la politique démographique n’est pas la seule condition d’une bonne gestion du système des retraites sur la durée, comme le souligne le lecteur de La Croix : « Le problème du déficit des régimes de retraite ne vient pas de ce choix de la répartition, mais du chômage. C’est ce problème aigu qu’il faut résoudre, et pas seulement à la marge comme maintenant ! » Voilà des lignes d’un grand bon sens économique (car moins de chômeurs signifie des cotisants en plus) mais qui semblent bien loin des préoccupations des gouvernements qui se succèdent depuis une quarantaine d’années que le chômage est passé du statut de « conjoncturel » à celui de « structurel » ! Et pourtant ! Là aussi, des solutions existent et attendent qu’un Etat digne de ce nom, un Etat qui soit capable de penser au-delà de la prochaine échéance électorale mais aussi au-delà de la seule mondialisation et des principes du libéralisme économique, un Etat qui cesse de penser par rapport à l’économie financière ou en fonction des seuls intérêts actionnaires, que cet Etat advienne, non dans le cadre d’une alternance mais comme une véritable alternative politique.

 

athena-guerre dans Articles de fond

 

« La politique de la France ne se fait pas à la Corbeille », affirmait haut et fort le général de Gaulle qui signifiait ainsi que l’Etat n’avait rien à devoir au monde de l’Argent et à ses « valeurs ». Une véritable stratégie d’Etat contre le chômage doit repenser le rapport de notre société à la mondialisation, à l’environnement, à l’économie : il ne s’agit pas de nier ce qui est, mais d’orienter différemment l’économie, en particulier par un aménagement du territoire fondé sur le « redéploiement rural » ; par une meilleure préservation de l’outil industriel et par une valorisation intelligente de nos patrimoines historique, littéraire, gastronomique ; par une formation mieux organisée et plus enracinée dans le tissu socio-professionnel local ; par un soutien plus affirmé aux modes d’agriculture et de pisciculture respectueux des équilibres naturels et de la qualité alimentaire, modes de production nécessitant une main-d’œuvre plus nombreuse et l’organisation de circuits courts de distribution ; etc.

Ce ne sont pas les idées et les propositions pour faire reculer le chômage qui manquent, mais bien la volonté politique et l’Etat capable d’assumer cette politique et de la valoriser, y compris par rapport à la mondialisation et à la concurrence inéquitable des grands réseaux multinationaux de production et de distribution : mais si, depuis quarante ans, la République ne veut pas sortir de son modèle économique, sans doute faut-il, alors, se résoudre à changer de régime. Une Monarchie royale inscrivant son être et son devenir dans le temps long et la suite des générations peut, par essence et par statut, mieux répondre aux lourdes questions sociales (et cela sans négliger les enjeux économiques) qu’une République trop dépendante des jeux d’argent et de la météorologie électorale. Elle peut aussi mieux tirer profit des énergies partisanes et parlementaires en les circonscrivant aux activités de débat et de proposition législatives, et en les détournant de la compétition pour la magistrature suprême de l’Etat, cette dernière étant dévolue, hors des concurrences électorales, à une dynastie chargée d’incarner le pays et de diriger la Grande politique, dans son domaine régalien. Un partage des tâches et des responsabilités qui, en somme, est moins risqué et incertain que celui aujourd’hui (mal) assuré par une République d’abord macronienne avant que d’être celle de tous les Français…

 Jean-Philippe CHAUVIN

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