( 5 décembre, 2017 )

Sommes-nous donc contre l’Europe ?

Lu sur « lafautearousseau »

 

« L’Europe, faites la mais ne faites pas comme si c’était fait » Charles Maurras 

En deux mots.jpgSommes-nous, comme nous pourrions parfois le donner à croire par maladresse, antieuropéens ? Sommes-nous contre l’Europe ? 

Nos positions ne doivent pas être des foucades. Nous devons être attentifs à leur formulation. Il faut distinguer les plans, ne pas ignorer les nuances qui s’imposent : elles peuvent être importantes.  Nous devons veiller à n’être ni apparaître comme des acteurs négatifs dans le spectre politique français ou comme des esprits simplistes, sectaires, psychorigides. Parce que nos volontés ni nos doctrines politiques ne nous conduisent vers rien de tout cela.

Dans l’affaire européenne, nous sommes carrément opposés à l’esprit de Bruxelles comme à sa réalité technocratique, niveleuse, en fait mondialiste, immigrationniste et multiculturaliste. Cette Europe-là a commencé par refuser de reconnaître ses racines, notamment, mais pas seulement, chrétiennes. Toutes ses racines nées de l’Histoire. Par-là, elle a rompu avec sa réalité. Elle a voulu se construire par dépassement et effacement des Etats-Nations alors qu’elle ne peut exister que par le concert des mêmes. D’origine, l’Europe au sens bruxellois a voulu se construire par l’économie, se définissant seulement comme un « marché ». En ignorant que l’argent n’unit pas. Il divise*. Conséquemment, l’U.E. a travaillé à rendre ce marché homogène, à l’unifier, et même le massifier en édictant un grand nombre de réglementations des plus tatillonnes.  Plus récemment, elle a voulu imposer l’accueil massif de migrants, obliger chaque Etat à des quotas réinventés pour la cause. Le rejet des peuples et de certains Etats courageux a suivi, fatal, d’un bout à l’autre d’une Union qui n’en est pas ou plus une. Ainsi l’un des principaux reproches que l’on peut adresser aux hommes et aux institutions qui ont eu la charge du projet européen est précisément d’avoir gâté cette grande idée, de l’avoir peu à peu discréditée aux yeux des peuples et d’avoir provoqué le rejet, voire le mépris, qu’aujourd’hui elle inspire. Peut-être pour longtemps.

Une autre Europe était et reste possible et nous n’avons pas à nous en dire « partisans » : nous en sommes, nous sentant profondément européens d’une Europe réelle, faite de ses différences, de ses peuples divers, de ses langues et de ses cultures, de sa riche palette de climats, de paysages et de mœurs, de son enracinement spirituel diversement mais partout majoritairement chrétien, de son patrimoine intellectuel, de ses scientifiques et de ses techniciens, de ses littératures et de ses arts, différenciés et formant pourtant une évidente communauté de civilisation, à défaut de constituer une unité politique. Par tradition, par héritage, par respect de l’Histoire, par sens et goût des traditions, des racines et des terroirs, par attachement au principe dynastique qui, au cours des siècles fondateurs a façonné l’Europe, uni tant de fois les familles princières du continent, relié leurs Etats et leurs peuples, les royalistes sont par essence européens. Peut-être plus naturellement, plus spontanément que d’autres.

C’est cette Europe-là que nous prônons. L’Europe des intérêts, économiques, sociaux et politiques n’a jamais cessé d’être divisée. Elle l’est aujourd’hui plus que jamais. Sans-doute par définition et pour longtemps. L’Europe communauté de civilisation, en revanche, à condition qu’elle s’éloigne de son tropisme de repentance et d’excessive autocritique, est une réalité qui n’a nul besoin d’une armada de technocrates pour exister. Les mêmes qui provoquaient déjà l’ire de De Gaulle autour de 1960 …  Echanges scientifiques, universitaires, culturels, estudiantins, grands projets d’intérêt commun, grands travaux unificateurs du Continent, peuvent se réaliser sans eux. Le Conseil des chefs d’Etat, des gouvernements ou des ministres concernés y suffirait.

Cette Europe-là n’exclut pas une Union qui serait progressivement plus politique par la concertation institutionnalisée de ses Etats. Elle ne l’exclut pas, elle la précède et la conditionne.

La première de ces deux Europes d’esprit si opposé, est en train d’échouer. D’aucuns se demandent si elle n’est pas déjà morte sans le savoir. Rien en tout cas n’est certain de sa pérennité ni de sa capacité de résistance aux épreuves et au temps. Celle que nous appelons de nos vœux pour éloignée qu’elle soit de la doxa postmoderne a au moins pour bases de puissantes réalités sur lesquelles l’Europe de Bruxelles vient aujourd’hui se briser. Notre Europe a le mérite d’être, en plus d’une réalité, une espérance. •

* Guerre fiscale intra-européenne

( 4 décembre, 2017 )

Discours de Noël de Donald Trump : une injure à la christianophobie

 

Lu sur « boulevard Voltaire »

Le président américain a fait acte de résistance chrétienne. Qu’il en soit remercié.

Melania Trump, n’ayant jamais fait mystère de sa foi catholique, avait déjà annoncé la couleur en visitant la cathédrale Notre-Dame de Paris – dont l’indispensable restauration semble plus intéresser les Américains que les autorités françaises –, lors de la visite officielle de son président de mari en France, au mois de juillet de cette année.

Donald Trump, quant à lui, ne dissimule pas cette vérité intangible, à savoir que l’Occident s’est majoritairement – certes, pas exclusivement – construit sur un socle chrétien. Et, contrairement à nombre de ses homologues, il pointe le martyre subi actuellement par les chrétiens, particulièrement dans le monde musulman : « Le christianisme est en état de siège », affirmait-il récemment.

À l’occasion de « la traditionnelle cérémonie d’allumage du grand sapin de Noël devant la Maison-Blanche » (Le Salon beige), Donald Trump a prononcé un discours qui remet en perspective le christianisme. On peut y lire notamment cette évidence :

« Quelle que soit notre croyance nous savons que la naissance de Jésus-Christ et l’histoire de son incroyable vie a changé pour toujours le cours de l’histoire humaine. Il n’y a guère d’aspects de notre vie aujourd’hui que Sa vie n’a pas touchés – art, musique, culture, droit, et notre respect pour la dignité sacrée de toute personne, partout dans le monde. »

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Ce discours sur Noël plein de gratitude, qui ne contient pas une once d’invective, est une invitation à partager « la vraie source de joie en ce temps de l’année » (ibid.).

Il n’en fallait pas plus pour que la meute haïssable se déchaîne en un torrent bourbeux. Sur son site, BFM TV titre ainsi un article : « Noël, la vieille obsession de Donald Trump. » Quelques jours plus tôt, le président s’était rendu à St. Louis, où il avait parlé entouré de sapins. Un certain Gilles Paris, pour Le Monde, y voyait une « posture destinée à son électorat ». Seule la horde progressiste sait être sincère, c’est bien connu !

Tout est bon pour salir un homme qui, sans être ni un modèle de vertu ni un idéal politique, a au moins le mérite de rétablir les chrétiens dans leurs droits aux États-Unis, tandis que chez nous ils sont fermement priés de raser les murs.

Ainsi, au sujet des décorations de Noël de la Maison-Blanche présentées par Melania Trump, Le Huffpost nous gratifiait d’un article suintant le mauvais esprit et la petitesse textuelle – comparant lesdites décorations à l’atmosphère des romans de Stephen King –, titré : « Cette effrayante décoration de Noël de la Maison-Blanche vaut le détour(nement). »

Le bon goût de ces gens-là est à ce point sûr qu’ils frôlent l’orgasme devant une déjection abstraite de quelque galerie tendance ! À l’instar d’une Roselyne Bachelot ricanant lourdement sur LCI et proposant de virer la statue de Jean-Paul II à Ploërmel parce qu’elle est « moche ».

Le président américain a fait acte de résistance chrétienne. Qu’il en soit remercié.

( 4 décembre, 2017 )

LIBRE OPINION du général (2S) Henri ROURE : Honneur aux colonisateurs.

 

Lu sur « boulevard Voltaire » cette critique qui paraît très juste de l’intervention catastrophique du Président Macron au Burkina faso.

 

Le président actuel, devant les étudiants burkinabés, une fois encore, s’est comporté en malappris, manquant au simple devoir de respect envers les autorités d’un pays hôte et ami, en assimilant le président burkinabé à un bricoleur en électricité. Ce genre d’humour, au détriment d’un chef d’État, aurait pu plaire à Trump, mais sûrement pas à un haut dignitaire africain. Nous savons la susceptibilité des responsables de l’Afrique francophone, d’une part, et, d’autre part, la position si particulière que la France occupe toujours dans ces pays. Le président français, une fois encore, n’a pas pris la mesure de son rôle et de l’environnement dans lequel il se trouvait.  Une fois de plus les médias nationaux applaudissent le personnage pour sa décontraction et son aisance, sans se soucier des ravages que ce type de propos peut faire. C’est bien dommage pour la France, hélas!

 

Mais pire, le président français a claironné, confirmant ses mots prononcés à Alger pendant la campagne présidentielle, que la colonisation était un crime contre l’humanité, ajoutant qu’il appartenait à une génération qui la voyait ainsi. Outre le fait qu’il n’a pas été élu par « sa génération », mais par une minorité d’un corps électoral, aveuglé par le système médiatico-financier ou déboussolé par le désastre politique provoqué, il n’a aucun droit à porter ce type de jugement, assorti de cette précision. Je ferai, à cet égard, quelques remarques, à monsieur Macron, en regrettant que des affirmations particulièrement justes aient été anéanties par une attitude inadaptée et des mots inutiles et dangereux.

La colonisation est une phase historique. Elle est à regarder comme telle.

Aucun historien, digne de ce nom, ne se permettrait de juger le passé avec le regard d’aujourd’hui. Chaque époque a eu ses vertus et ses obligations. Les sociétés d’autrefois agissaient en fonction de leurs connaissances, de leur organisation et de leur évolution culturelle ou religieuse. La vision de l’homme, au moins en Occident, n’a cessé d’évoluer vers un respect de plus en plus grand de la personne, aussi, ne pas admettre que l’être humain, sous l’influence de différents apports, a modifié son comportement et son attitude envers lui-même, revient à considérer que l’humanité n’est pas perfectible. Dans ce cas il faut revoir l’enseignement de l’Histoire que je jugeais, personnellement, comme une science, une matière à la recherche de la vérité sur le passé. Ainsi, selon la perception de l’actuel président, les Grecs auraient été des voyous et Alexandre un fieffé salopard. La guerre des Gaules, devrait être vue comme le compte-rendu d’une agression colonialiste, et, en passant quelques siècles pour éviter, en particulier, de parler de Mohammed et de ses chevauchées, la conquête des Amériques a été le pire des crimes contre l’humanité. Il faudrait donc que l’Europe fasse son mea-culpa et exige d’Etats comme l’Argentine, le Brésil, le Vénézuela…et les États-Unis ou le Canada, qu’ils reconnaissent être le résultat scandaleux de la destruction de peuples indigènes et que les premiers colons, leurs aïeux, étaient des criminels contre l’humanité. Les conquistadors et les explorateurs n’étaient pas des tendres, mais leurs actions n’ont fait sourciller aucun gouvernement et aucune référence morale ou religieuse de leur époque, car dans la philosophie d’alors, ce qu’ils faisaient était légitime.

 

La colonisation n’a rien été d’autre qu’une conquête de territoires avec domination du vainqueur sur le vaincu, comme cela s’était toujours produit par le passé et comme cela se produira, sans doute, encore. Sinon il faudrait mettre au rang des criminels contre l’humanité des gens qui, jusqu’à présent, paraissaient respectables. J’en cite quelques uns. Victor Hugo, en 1879, Dieu donne la terre aux hommes, Dieu donne l’Afrique à l’Europe (désormais à bannir de notre littérature); Émile Zola, en pleine affaire Dreyfus, sur l’occupation de terres en Algérie, Ce royaume appartiendra au laboureur qui aura osé le prendre, s’y tailler, à son gré, un domaine aussi vaste que sa force de travail l’aura créé (son nom et son œuvre sont à ôter des manuels scolaires); Jean Jaurès, lui aussi, à propos du Maroc, La France a autant de droit de prolonger son action économique et morale qu’en dehors de toute violence militaire, la civilisation qu’elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l’état présent du régime marocain (avant que ne soit éliminé de notre histoire ce discret et odieux colonialiste, sachez aussi qu’il n’était pas un pacifiste bêlant qui aurait accusé ceux qui voulaient la guerre de criminels. Il se rallia, quelques jours avant sa mort, à la nécessité de ce conflit – pour votre info, il appartenait à une famille de militaires – de marins – et son fils sera tué, comme sous-lieutenant à la tête de sa section, en 1918.), Léon Blum, devant les députés, le 9 juillet 1925, Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles, celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie (de la part d’un socialiste c’est évidemment ignoble!). Et bien d’autres…

Je déduis de votre discours, monsieur Macron, que « votre génération », considère que l’histoire est une succession de crimes contre l’humanité.

L’histoire n’est pas un long fleuve tranquille; elle est le parcours de l’Homme dans le temps. Or, les conséquences de vos propos en font un perpétuel génocide et nos chefs d’État d’autrefois et nos ancêtres des criminels de guerre. En réalité vous banalisez dangereusement l’expression « crime contre l’humanité ».

Votre affirmation répond à une mauvaise politique. La colonisation ne doit pas être confondue avec les massacres que le XXe siècle a connus. Ce n’est pas parce que le suffixe est identique que le colonialisme doit être aligné sur le nazisme, le communisme, le fascisme ou l’islamisme. Il s’agissait, ou il s’agit encore, pour l’islamisme, d’idéologies criminelles, visant à modifier l’homme et à l’empêcher de penser autrement que selon la doctrine de référence. La colonisation n’a jamais voulu ça. Elle poursuivait plusieurs objectifs. Certes, elle convoitait les richesses que recelaient des territoires lointains aux populations peu structurées, ou, s’agissant de la conquête de l’Algérie, elle visait à mettre un terme aux actes de piraterie perpétrés depuis Alger et à l’anarchie d’un territoire à l’abandon, mais elle était aussi porteuse d’humanisme. Personnellement, depuis le CM2, j’ai en mémoire, l’image du sergent Malamine, sénégalais, faisant, avec Brazza, embrasser nos trois couleurs à un assujetti de cette région qui allait devenir le Congo, en lui disant: « embrasse le drapeau français et tu seras libre ». Plus tard j’ai appris que le Sénégal, par ses 4 communes, Rufisque, Dakar, Gorée et Saint-Louis, envoyait des députés à l’assemblée nationale et que la loi  Diagne, en 1916, conféra, à tous leurs habitants, la pleine citoyenneté française. D’autres communes suivirent. Blaise Diagne, originaire de Gorée fut le premier Africain sous-secrétaire d’État aux colonies. Mais, selon votre pensée, c’était sans nul doute un « collabo ». Il précéda d’autres Africains colonisés dans ces fonctions de ministre de la République Française. De parfaits criminels eux aussi? Enfin il me revient que nous devons le mot Francafrique à un colonisé, Félix Houphouët Boigny. J’aurais bien d’autres exemples sur ces méfaits supposés de la colonisation, en Indochine et ailleurs dans ce que nous appelions l’Empire…

Aujourd’hui, les formes de domination sont devenues plus subtiles. Le crime existe et se fait discret.

Qui, aujourd’hui, croira que les opérations conduites au Moyen-Orient ont uniquement pour but de combattre l’État islamique? Doit-on être convaincus que les actions chinoise, états-unienne, britannique, japonaise ou encore allemande, et même la nôtre, sur le continent africain ou ailleurs dans le monde sont désintéressées? À quoi doit-on comparer cette volonté, de plus en plus évidente, de substituer le consommateur au citoyen dans l’Union Européenne? Que dire du Grand marché transatlantique initié par les États-Unis et de leur volonté d’établir sur le monde une même façon d’être? Et surtout que dire de l’islamisme, de l’islam, qui s’insinue, en France et en Europe, sous l’impulsion d’États médiévaux, avec comme objectif affirmé d’instaurer la charia et de nous convertir ou de nous faire disparaître? Les moyens de domination ont changé, mais in fine, voyez-vous, je préfère l’époque coloniale. Malgré quelques abus, dont la corvée, dévoilés par ceux-là même qui participaient à cette prodigieuse aventure, elle s’est révélée un véritable humanisme. Sinon je ne crois pas que l’Algérie, au moment de l’indépendance, aurait été avec l’Afrique du Sud, la région la plus développée du continent. Je ne crois pas, non plus, que la population africaine se serait autant multipliée, qu’il y aurait autant d’hôpitaux, de routes, d’écoles, de diplômés, de villes et d’administrations dans cet immense territoire, parcouru, à l’origine par mille ethnies qui se chamaillaient. Sinon, je ne comprendrais pas que tant d’anciens colonisés souhaitent venir en France pour étudier ou travailler. Enfin permettez-moi de me demander, si l’Afrique du nord était encore sous le joug colonial, si l’on vendrait des esclaves en Libye et ailleurs.

Je ne voudrais pas faire de peine à certains, mais l’Africain, globalement, assume le fait colonial.

L’anticolonialisme est surtout une attitude de bobos blancs, de pseudos branchés, d’idéologues incultes, qui, par opportunisme ou imbécilité, ont tendance à juger le passé avec le regard de maintenant.

Pour mon pays, j’espère que vous ne vous inscrivez dans aucune de ces catégories et que vous atténuerez – vous avez suffisamment de souplesse pour le faire – la portée de votre propos.

 

Général (2S) Henri ROURE
ancien officier des Troupes de Marine
fils et petit-fils de Coloniaux

Site de rediffusion : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr
( 29 novembre, 2017 )

Fatigués d’être hystérisés ?

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

En deux mots.jpgN’êtes-vous pas fatigués d’être hystérisés ? C’est Maxime Tandonnet dans le Figaro qui a qualifié de la sorte le résultat des immenses et incessantes campagnes de conditionnement auxquelles les médias sont convenus de nous soumettre présentement. De façon parfaitement coordonnée, uniforme et massive, telles les armes de destruction qu’était censé posséder Saddam Hussein et que, lui, ne possédait pas.

Il ne s’agit plus de nous inculquer une doctrine politique, ni de nous enrôler dans le sillage d’un quelconque parti – unique le cas échéant. Les partis, déjà moribonds avant lui, ont été heureusement balayés, dégagés, par Macron ; et les idéologies politiques semblent avoir été remisées au musée des doctrines mortes.

Non, il s’agit désormais de nos vies privées, personnelles et sociales.

Il y a tout en haut de l’échelle liberticide des campagnes médiatiques en action l’obsession du « genre » ; arbitraire obsession car, hormis les minorités de tous types qui aspirent à obtenir pour leurs déviances le statut de norme, jamais, depuis sans-doute les origines de l’humanité, les garçons et les filles de par la nature et la naissance, n’ont eu grand mal à se reconnaître pour tels et à opérer entre eux ce genre de rapprochements par lesquels les sociétés se fondent et se perpétuent. Les modes opératoires ne sont pas pour eux très longtemps mystérieux et s’exécutent depuis des siècles de siècles sans grand effort de psychologie. Aujourd’hui, à l’inverse, selon la doxa le père dit à l’enfant : « tu seras une femme, mon fils. »

Qu’importe que la théorie du genre, sous ses diverses extrapolations soit ou non formellement enseignée à l’école ? Elle y est diffuse, omniprésente, dominante, non vraiment dans l’esprit des gens normaux comme vous et moi, mais parce qu’elle est continûment présente dans tous les moyens de communication de masse, ce qu’on appelait en un temps déjà ancien sous influence marxiste-léniniste, les mass-médias, qui finissent aujourd’hui par envahir l’air ambiant social.

Alors il y a, sans rire, un secrétariat d’Etat chargé de l’égalité homme-femme ; il y a la folie de l’écriture inclusive, qui n’est qu’un défi au bon sens ; il y a l’infâme hashtag Balance ton porc dont on ne sait dire lequel des trois vocables qui le composent est le plus vulgaire, le plus avilissant ; il y a la perpétuelle dénonciation des violences faites aux femmes, la chasse au harcèlement sexuel, l’élaboration de lois ad hoc. Etc.  Demain les hommes ainsi stigmatisés à raison du comportement dégoûtant de quelques-uns d’entre eux sortiront-ils encore dans la rue sans honte ? Oseront-ils s’y montrer ? Ce n’est pas sûr.

Samedi dernier, sur le plateau d’On n’est pas couché, Alain Finkielkraut, en rupture avec ces exagérations, ces vulgarités ou ces folies, a rappelé avec nostalgie à des harpies féministes qui n’ont pas peur des Beurs, que la galanterie est une des traditions françaises. Et, questionné sur l’écriture inclusive, destinée à soi-disant féminiser la langue, il saisit l’occasion pour adresser au journal Le Monde une demande en forme de sommation qui, tout à la fois, fait sourire et fait mouche : puisque Le Monde s’en est déclaré chaud partisan, qu’il publie désormais ses articles en écriture inclusive ! Finkelkraut a ajouté que l’ex grand quotidien du soir – devenu, selon lui, une feuille de choux qui ne se consacre plus qu’à de la propagande – y perdrait tous ses lecteurs et qu’on en serait ainsi débarrassés.

Il arrive que l’excès, l’exagération finissent par agacer. Cela semble être le cas des campagnes féministes que les médias relaient et amplifient sans limites. A preuve, les éloges et le soutien inattendus de Yann Moix et Christine Angot envers Alain Finkelkraut lors de ce passage à ONPC que nous venons d’évoquer. Il en est ressorti satisfait. Et nous aussi.

Tout n’est donc peut-être pas permis en France. Pas encore. Il faut se hâter …

( 28 novembre, 2017 )

Quand les Kurdes négocient avec Daesh

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

La prise de Raqqa (capitale de l’Etat islamique) a été saluée comme une grande victoire contre Daesh. Ce sont les FDS, cette coalition composée majoritairement de Kurdes et organisée par les Etats-Unis, qui ont fait le siège de la ville.

L’affaire a pris plusieurs mois. Les bombardements américains ont détruit 80% de la ville mais les forces kurdes ont longtemps piétiné devant les derniers réduits de Daesh, sans vraiment s’y attaquer.

Et puis soudainement, malgré l’absence d’offensive finale, les Américains ont triomphalement annoncé la reprise complète de la ville.

Un long cortège de civils s’est alors dirigé vers le nord, en direction de la frontière turque, fuyant une ville devenue inhabitable.

Mais très vite, des doutes sont apparus sur le sort des derniers combattants islamistes. Les Russes ont accusé les Américains de les avoir laissés s’en aller, mais personne ne les a écoutés. Des rumeurs faisaient état de départ négocié vers Deir ez-Zor que l’armée syrienne tentait de reprendre à Daesh, les Américains ont démenti.

Il a fallu une enquête de la BBC pour qu’une partie de la vérité apparaisse.

Il y a bien eu négociation entre les Kurdes et les derniers combattants de Daesh afin que ceux-ci puissent évacuer Raqqa avec leurs familles et leurs armes. Ils se sont massivement dirigés vers la Turquie et ont, pour la plupart, franchi la frontière.

Les Turcs n’ont évidemment pas été informés de la situation, ni par les Kurdes (c’est assez logique) ni par les Américains (ce qui ne va pas arranger leurs relations). Et c’est un peu par hasard que deux responsables importants de Daesh ont été arrêtés peu après en Turquie.

Les autres sont maintenant disséminés un peu partout…

Le Ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, a violemment dénoncé cette opération peu après, preuves à l’appui.

Ne pouvant plus démentir, les Américains ont cette fois reconnu la réalité de la négociation, arguant du fait qu’il n’était pas possible de faire autrement.

Il n’est d’ailleurs pas certain qu’ils aient eu tout à fait leur mot à dire. En effet, les Kurdes étaient bien décidés à perdre un minimum d’hommes dans une bataille dont l’importance était plus symbolique que stratégique. Raqqa était totalement isolée, et la plupart des combattants avaient fui avant le début des combats vers Deir ez-Zor, Mayadin et Abou Kamal, dernière ville tenue par Daesh, près de la frontière iraquienne. C’est l’armée syrienne qui devra finir de reprendre cette zone baignée par l’Euphrate.

Les Américains voulaient une victoire de prestige à moindre frais et il serait assez naïf d’être surpris par une telle négociation. Les Kurdes, quant à eux, sont dans une logique de conquête territoriale préparant une négociation politique, et le combat anti-islamiste est tout à fait accessoire pour eux.

On évalue à 250 le nombre de combattants islamistes ainsi exfiltrés par les Kurdes. Si l ‘on rajoute les familles, ce sont presque 2000 personnes qui ont été autorisées à partir.

Il ne faudra pas s’étonner d’en retrouver un jour en Europe…

Antoine de Lacoste

( 24 novembre, 2017 )

Ratko Mladić : salaud à l’international ou héros en Serbie ?

 

Lu sur « boulevard Voltaire », cette tribune sur le scandaleux jugement d’un tribunal international dont les jugements sont dictés par des vainqueurs.

Si la guerre est la pire des choses, la guerre civile est manifestement la pire des guerres.

 Les gentils ont gagné contre les méchants. La justice est passée, l’ordre international a parlé. Et c’est en prison que Ratko Mladić, le « boucher serbe », devrait passer les quarante prochaines années.

Serge Brammertz, procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, admet : « La justice ne permettra pas à elle seule une réconciliation qui doit venir de la société civile. » Vraiment ? Cette guerre civile a embrasé la Yougoslavie presque dix années durant, de 1990 à 2000, en comptant large. Soit le premier conflit intereuropéen, moins d’un demi-siècle après la Seconde Guerre mondiale. Une tragédie survenue dans un pays pas exactement comme les autres.

En effet, cette terre est au cœur de multiples lignes de partage. Entre Orient et Occident. Entre chrétienté et islam. Entre christianisme et orthodoxie. Comme une sorte de nœud ancestral. De clef, aussi, permettant aux Turcs de faire une entrée fracassante en Europe ; une marotte, déjà. S’ils réussissent ce tour de force, c’est grâce – ou à cause – des Bosniens. À l’origine, des chrétiens, mais bogomils, sorte d’équivalent chrétien des yazidis musulmans ; des manichéens, pour faire bref. Qui, à ce titre, sont persécutés en tant qu’hérétiques, à la fois par Rome et Constantinople.

Les Ottomans achètent leur neutralité contre protection, d’où leur conversion de surface – premier traumatisme. La Serbie tombe – deuxième choc. Et, curieusement, l’envahisseur s’arrête aux portes de Zagreb, la place forte croate – troisième coup dur. Les Bosniens tenus pour traîtres, les Croates pour fourbes – ont-ils négocié avec les Turcs ou non ? – et les Serbes devenus héros des Balkans, le cocktail est prêt à servir. Les Empires austro-hongrois et ottomans permettent de visser le couvercle sur la bouilloire, tandis que le maréchal Tito, Croate asseyant son autorité sur la soldatesque serbe, maintient le tout à feu doux. Puis la chute de l’URSS et de tout ce qui s’ensuit : le retour de cette Histoire s’obstinant à souffler contre le vent d’une autre Histoire, celle du communisme.

Dans le registre de la psychose collective, ce conflit aura été la porte ouverte à toutes les dingueries. Les catholiques qui défendent les Croates parce qu’ils sont catholiques, les orthodoxes qui soutiennent les Serbes parce qu’ils sont orthodoxes et les musulmans qui viennent au secours des Bosniaques parce qu’ils sont musulmans. Peu au fait des tocades de leurs fan-clubs respectifs, les Croates s’allient avec les Bosniaques, avant de se retourner contre ces derniers, ayant conclu un pacte de dernière minute avec les Serbes.

Voilà pour les réactions épidermiques et militantes. À plus haute échelle, Washington pousse les Bosniaques et les Croates contre les Serbes, contrecarrant ainsi les Russes tenant ces derniers pour alliés historiques. Sur place, on perd la vie. Ailleurs, c’est la raison qui s’égare.

Si la guerre est la pire des choses, la guerre civile est manifestement la pire des guerres. Crimes de guerre ? La guerre est un crime en soi ; alors, les crimes des uns et des autres… Ratko Mladić est-il coupable ? Bien sûr. Coupable d’avoir fait la guerre. Coupable des massacres de Srebrenica ? Sans nul doute. Mais pas plus coupable que ceux s’étant rendus coupables d’autres massacres tout aussi terribles. Relativisme ? Certes, mais en la matière, tout est relatif : les balles fauchent ceux qui s’agenouillent aussi durement que ceux qui se prosternent. Les Croates et les Serbes ne se battaient pas à coups de chapelets, pas plus que les Bosniaques ne montaient au combat en brandissant des tapis de prière. Si l’on punit l’un, il faut aussi que tous les autres soient condamnés. La justice se rend d’un bloc et non point en pièces détachées.

Que le lecteur me pardonne ce fameux « je » haïssable sous la plume d’un journaliste, mais les hasards de la vie ont fait qu’il y a deux ans, j’ai eu l’occasion de longuement pérégriner en ces contrées et de m’entretenir avec des anciens combattants de tous bords. S’ils n’ont rien oublié, la majeure partie d’entre eux a pardonné les offenses mutuelles.

L’actuel apaisement est certes fragile mais réel : de l’avis général, mieux vaut une mauvaise paix qu’une bonne guerre. Est-ce à une justice de fantoches, cette fameuse « communauté internationale » (les États-Unis et leurs alliés) de leur apprendre ce que c’est que d’être tombés en héros et de vouloir continuer à vivre en hommes ? Non. Pas à eux. Surtout pas à eux, tant il est vrai que ce n’est pas à Marcel Petiot de donner des leçons de maintien à Marc Dutroux.

Journaliste, écrivain
( 23 novembre, 2017 )

Avec ou sans Merkel, l’Allemagne …

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

 

En deux mots.jpgRien de ce qui se passe en Allemagne n’est sans conséquences pour la France et pour l’Europe. Ce fut le cas dans le passé et l’est toujours aujourd’hui.

La stabilité politique allemande a été telle depuis l’après-guerre, que l’on avait sous-estimé les difficultés qui attendaient Angela Merkel après les élections de septembre en République fédérale, qui ont amené au Bundestag une majorité introuvable. Après 12 ans passés à la chancellerie sans que lui manque jamais le soutien de l’opinion, d’avis quasi unanime Angela Merkel était en bonne position pour égaler la longévité politique d’Helmut Kohl, chancelier pendant seize ans. L’on s’est trompé. L’Allemagne a changé.

Les dernières élections ont modifié la donne, renversé l’équilibre usé établi par la chancelière et débouché sur une de ces crises politiques dont nul ne sait si elle sera rapidement surmontée par l’émergence in extremis d’une nouvelle coalition, voire par de nouvelles élections, ou si elle ira en s’amplifiant.

On sait qu’Angela Merkel (CDU) gouvernait ces quatre dernières années en coalition avec les socialistes du SPD. Et que ces derniers sortant affaiblis des dernières élections – échec qu’ils attribuent à leur cohabitation minoritaire avec la CDU – ont signifié à Angela Merkel leur refus de participer à une nouvelle coalition CDU-SPD.

Quant à la CDU elle-même, qui a réalisé comme le SPD, son plus bas score depuis 1949, elle apparaît désormais en déclin, Merkel en tête.

Les 13% de voix et les 94 sièges au Bundestag obtenus par l’AfD sont surtout importants par la crainte qu’ils inspirent d’une poussée ultérieure de ce parti, et d’une tout autre ampleur. A cet égard l’opinion allemande – et européenne – a en tête des références historiques dont la seule évocation, fût-elle fort anachronique, inquiète le monde politique allemand.

C’est donc avec les Verts écologistes immigrationnistes et avec les Libéraux qui pensent avoir tout à gagner à de nouvelles élections, qu’Angela Merkel a recherché une nouvelle coalition.  Faut-il s’étonner qu’elle ait échoué ?

Son échec provisoire ou définitif est en effet plus intéressant dans ses causes que dans ses circonstances. Quelles sont-elles ?

Avec les Libéraux, qui pensent pouvoir amplifier leurs résultats en cas de nouvelles élections, ce sont donc, semble-t-il, surtout des considérations électorales qui ont bloqué les négociations pour une nouvelle coalition. Les libéraux n’en sont pas moins très critiques sur la gestion de la zone euro et très hostiles à tout effort de solidarité financière envers les pays du Sud.

Réticents aux engagements financiers de l’Allemagne en Europe, ils représentent un courant largement répandu Outre-Rhin, qui, en gros, ne veut pas payer pour « les pays du Club Med ». La solidarité européenne n’est pas leur fort. Angela Merkel serait-elle plus généreuse ?

Avec les écologistes, le conflit vient des migrants. Les Verts prônent une politique de large regroupement familial et exigent l’accueil de toujours plus de réfugiés, fussent-ils simplement économiques. Or c’est notoirement de sa politique d’accueil des migrants que provient surtout l’affaiblissement de la CDU comme d’Angela Merkel et l’entrée en force d’AfD au Bundestag … Sans compter que la CSU, l’aile bavaroise conservatrice de la CDU, est-elle aussi très opposée à l’arrivée massive de migrants, dont le land de Bavière a d’ailleurs été le premier à faire l’expérience de première ligne. De première victime.

L’engagement européen d’Angela Merkel a-t-il joué en sa défaveur ?

Après le désastre politique, militaire et moral de 1945,  le projet européen a longtemps été pour le peuple allemand un moyen privilégié de réinsertion. Dans sa très grande majorité, ce projet il l’a partagé et l’a fait sien, comme une nécessité et, pour lui, comme une évidence.  Les Allemands se sont sentis Européens. D’autant plus aisément d’ailleurs qu’au fur et à mesure que leur sentiment de défaite, voire de culpabilité, s’éloignait, s’estompait, la renaissance puis la nette prééminence de l’économie allemande les y plaçaient de plus en plus en position de supériorité dominante. Comme une revanche sur l’Histoire, par une sorte de victoire économique compensatrice … Ceci à deux remarques près. Primo, l’Allemagne a longtemps été plus atlantiste encore qu’européenne. A l’époque où cela se justifiait, pouvait se comprendre et, peut-être encore aujourd’hui, cela reste à voir. Secundo, elle a su saisir sans complexe l’occasion de précipiter sa réunification et de l’accomplir avec toute sa volonté et toute sa puissance. Son nationalisme ne s’était pas évanoui.

Les choses changent et évoluent aujourd’hui. L’Allemagne est réunifiée et riche de ses colossaux excédents. Mais elle est aussi face à la perspective de ses problèmes et de ses contradictions. Notamment son terrible déclin démographique.

Si l’Europe signifie désormais pour l’Allemagne solidarité financière avec les pays les plus pauvres du continent, elle se retrouvera probablement assez unanime pour mesurer ou refuser son concours. Avec ou sans Angela Merkel, le Bundestag et la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe – en charge de la défense des intérêts du peuple allemand – y veilleront scrupuleusement.

Si l’Europe signifie d’autre part l’accueil et la répartition des migrants, l’unanimité sera moins large car le patronat allemand, petit ou grand, est désormais en difficile recherche de bras pour travailler, de préférence à bon marché. Mais comme en témoigne l’avancée de l’AfD, notamment dans les länder de l’Est, le sentiment anti-immigration grandit en Allemagne et avec lui un nouveau patriotisme décomplexé.

Zemmour a raison d’expliquer qu’avec ou sans Merkel la puissance allemande restera inchangée. Dans l’un ou l’autre cas, l’Allemagne ne cédera rien de ses intérêts. Et si la politique européenne d’Emmanuel Macron persiste à se définir comme un fédéralisme, il nous paraît très probable qu’elle butera contre le mur de la ferme volonté de l’Allemagne de conserver pleine et entière sa souveraineté.

( 21 novembre, 2017 )

Congrès des maires de France : enracinés contre nomades, le nouveau clivage français

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

« Tel est le nouveau clivage français : entre les enracinés et les nomades ». C’est la conclusion de cette remarquable tribune [Figarovox, 20.11] où tant d’idées sont nôtres, formulées, diffusées, défendues de longue date par notre école de pensée, depuis les maîtres de la contre-révolution jusqu’à l’Action française en son passé déjà lointain comme en son présent actif. On les retrouvera ou découvrira au fil de la lecture de cet article, écrit à l’occasion du centième congrès des maires de France.  Lafautearousseau  

 

Quand 65% des Français se défient des institutions et de leurs responsables politiques nationaux, 67% apprécient leur maire.

Alors que s’ouvre le centième Congrès des maires de France dans un climat de tension rarement atteint entre l’exécutif et les élus locaux, cette réalité en miroir mérite d’être méditée. Le rejet des partis, la dégringolade systématique dans l’opinion de tout président nouvellement élu, le dégoût des citoyens pour le spectacle politique quotidien, d’une part, mais aussi l’attachement des Français à leurs territoires et à la vie qu’ils y mènent (62% d’entre eux vivent et meurent dans leur département de naissance), l’ampleur de l’engagement associatif, les cellules communautaires de toutes natures (de producteurs, de consommateurs, de chômeurs, de parents d’élèves, etc.) qui s’essayent et qui s’ébauchent chaque jour un peu plus notamment grâce au numérique, tout cela dit une seule et même chose : en France, le dernier espace de confiance est local.

Cela s’explique aisément lorsqu’on évalue le bilan du trop fameux « modèle français », qui se réduit dans les faits à une interminable extension du domaine de l’État: un État omnipotent, tentaculaire et dévorateur, qui se regarde comme seul défenseur légitime d’un « intérêt général » de moins en moins évident, qui étouffe, gendarme ou encadre toute expression politique ou sociale qui lui échappe. Ce modèle-là, dont de plus en plus de Français constatent l’inefficacité et le coût abyssal, est naturellement défendu par une classe politique formée pour le maintenir. Ce modèle-là pratique depuis quarante ans une « décentralisation insincère », selon la formule d’un ancien Premier ministre, et impose normes, réglementations et cadre d’action à des collectivités qui n’en peuvent mais – la communauté de communes étant le dernier de ces cauchemars bureaucratiques.

A contrario, tout le monde peut éprouver encore le bon et le noble de la politique chez ces milliers d’élus locaux, « petits » plus souvent que « grands », qui ne comptent pas leurs heures pour le service de concitoyens qu’ils connaissent et qui les connaissent. Qu’on se souvienne des moyens, de l’imagination, de l’art du « bout de ficelle » que les communes ont souvent dû déployer, avec leur tissu associatif, pour appliquer la réforme des rythmes scolaires de 2013, tombée d’en-haut, sans vision, sans concertation, sans nul souci des conditions singulières de chaque territoire. Cela, c’est la politique dans « le monde de la vie », une politique à hauteur d’hommes.

Il ne s’agit nullement ici de la défense corporatiste des élus locaux. Ils ont leurs associations et leurs représentants. Il y a bien sûr à l’échelon local des gabegies scandaleuses, des échecs retentissants, des tyranneaux ridicules. Mais face à une sphère publico-institutionnelle qui gêne plus qu’elle ne porte le maire comme l’agriculteur, l’électricien, le directeur de maison de retraite ou le médecin de campagne, face à un État qui se refuse à se réformer sérieusement, aujourd’hui guère plus qu’hier, les ressources et les solutions sont à chercher dans l’action concrète et modeste du cercle de confiance qu’est la commune et grâce aux délibérations de la démocratie du face-à-face.

« Que l’autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux », écrivait Benjamin Constant. Que l’État se borne à accomplir les missions pour lesquelles il est irremplaçable, à commencer par ses missions régaliennes, les acteurs de terrain – non seulement les communes mais les associations, les entreprises, les familles, etc. – se chargeront de répondre à leurs besoins. Éducation, culture, aide sociale, logement, formation, développement économique, environnement et même intégration des immigrés ou sécurité : les champs sont nombreux où davantage d’autonomie, de liberté et de responsabilité pourront produire les effets bénéfiques que plus personne n’attend de la énième réforme d’un ministre qu’on n’écoute pas. Ces effets seront obtenus, au surplus, en développant et en renforçant un lien social, local, spontané, dont l’affaiblissement, voire la disparition, se fait déjà si péniblement sentir dans les territoires ruraux, les communes petites et moyennes et les villes des périphéries de ces monstres froids et inutiles que sont les métropoles. Car la solitude et l’isolement sont parmi les faits sociaux les plus prégnants en même temps que les plus tus de l’époque.

Cette politique à hauteur d’hommes, cette démocratie du face-à-face, ces projets réussis parce que conçus au plus près du réel sont par nature enracinés. Les racines sont non seulement la mémoire vive de ce qui fut mais aussi ce qui attache et ce qui tient bon. Certains rêvent de s’en affranchir et d’en affranchir les Français: la mondialisation, le nomadisme, la technologisation des êtres et des choses sont leur nouvelle frontière. Les mêmes, jusqu’au plus haut sommet de l’État, conduisent aujourd’hui une politique platement jacobine, comptable et brutale à l’égard des territoires. Dans le débat sur l’inquiétude identitaire et l’« insécurité culturelle » qui sert de vaste toile de fond à la vie politique de notre pays, le combat pour les communes, et plus largement pour les libertés concrètes et enracinées, est celui de demain. Car tel est le nouveau clivage français : entre les enracinés et les nomades.  

Jean-Thomas Lesueur

délégué général de l’Institut Thomas More.

( 20 novembre, 2017 )

Objection à Stéphane Bern

 

Voici certainement la meilleure réponse faite à la proposition de Stéphane Bern de faire payer l’entrée des Cathédrales

 

La proposition de Stéphane Bern de faire payer aux visiteurs l’entrée des cathédrales a provoqué un véritable tollé. Même l’épiscopat français a réagi officiellement, en rappelant que la loi de 1905 interdisait pareille pratique. L’intéressé s’est montré un peu peiné d’une si vive contestation : « J’aurais aimé de votre part, a-t-il dit à l’adresse des catholiques, plus de mansuétude, d’autant que je me bats au quotidien pour sauver le patrimoine religieux, tant les églises sont menacées de destruction. » L’intention de Stéphane Bern n’est pas critiquable, au contraire, mais la solution qu’il préconise se heurte à une objection de fond, que le recteur de Notre-Dame de Paris, Mgr Patrick Chauvet, a résumé en une formule : S’il fallait payer pour entrer dans les cathédrales, celles-ci deviendraient des musées. Et cela irait à l’encontre des touristes, qui n’auraient plus le même regard, dès lors que c’est le caractère de l’édifice lui-même qui aurait changé.

Chacun a pu en faire l’expérience. Une église désaffectée, transformée en musée, n’est plus vraiment une église. Sa raison d’être qui est d’attirer l’âme vers le mystère s’efface dès lors qu’elle n’est plus le signe de la transcendance mais simplement la trace du souvenir. Si démuni qu’il soit de culture religieuse, le touriste qui pénètre dans une cathédrale fait une expérience de gratuité qui l’affecte d’une façon ou d’une autre, parce que cette gratuité se rapporte à une présence. C’est encore plus vrai, lorsqu’il y a un office dans la cathédrale. J’ai pu souvent observer comment des visiteurs, qui ne savent rien de la liturgie, sont interpellés par ce qui se déroule au cœur de l’édifice, au point de s’arrêter de longues minutes afin de contempler ce qui leur échappe mais résonne étrangement en eux.

Il y a énormément à tirer parti de cet extraordinaire legs de nos cathédrales, de nos églises et de nos abbayes, à condition qu’elles soient des témoignages vivants de la foi. La récente scénographie qui a eu lieu à Notre-Dame, à l’enseigne de la Dame de Cœur, montre la puissance de la catéchèse que constitue la cathédrale lorsque s’anime l’étonnant peuple des pierres et des vitraux qui y réside. L’évangélisation passe aussi par une telle pédagogie religieuse.

Gérard LECLERC

Chronique diffusée sur Radio Notre Dame le 20 Novembre 2017

( 17 novembre, 2017 )

Nouvelle crise politique au Liban

 

Lu sur « lafautearouseau »

 

Le premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé sa démission le 4 novembre dernier à la télévision…saoudienne.

Certes, Hariri a la double nationalité libanaise et saoudienne, mais le fait reste tout de même surréaliste. De là à penser que l’homme d’affaires sunnite a été contraint à ce geste par le régime saoudien, il n’y a évidemment qu’un pas, d’autant qu’Hariri est toujours à Ryad. Il ne s’est donc pas rendu au Liban pour remettre sa démission au Président Aoun comme l’exige la Constitution.

Est-il libre de ses mouvements ? On peut penser que non. Voulait-il vraiment démissionner ? C’est peu probable mais Hariri est totalement dépendant de Ryad. Son groupe de BTP, Saudi Oger, dont il a hérité de son père Rafic, est en faillite. La corruption généralisée qui entourait l’activité de l’entreprise rend facile une intervention de l’Etat saoudien pour faire pression sur Hariri qui pourrait encourir une longue peine de prison pour toutes ses activités frauduleuses.

Que veut Ryad en organisant ce scénario improbable ?

Toutes les clés ne sont pas encore connues mais il est toutefois évident que cette démission s’inscrit dans la prise de pouvoir progressive du prince héritier du royaume wahhabite, Mohamed Ben Salman (MBS pour les intimes) qui succédera à son père Salmane, âgé de 82 ans.

Il est décidé à moderniser le royaume et à affronter la puissance iranienne afin que l’Arabie Saoudite demeure la principale puissance de la région.

C’est pourquoi il a déclenché la guerre au Yémen afin d’empêcher les rebelles houttistes, proches de Téhéran, de prendre le pouvoir.

C’est aussi pourquoi il a instauré un blocus brutal contre le Qatar, coupable de trop parler avec l’Iran.

C’est enfin pourquoi une vague d’arrestations a frappé le royaume saoudien où des dizaines d’hommes d’affaires, de princes et de ministres ont été assignés à résidence avec interdiction d’exercer toute activité. Tout ceci sous le prétexte de lutter contre la corruption. Celle-ci est réelle mais elle est consubstantielle à l’Arabie Saoudite et c’est en réalité un moyen commode de se débarrasser d’opposant potentiels.

La démission forcée d’Hariri s’inscrit dans la même logique.

L’Arabie saoudite a perdu, par procuration, la guerre en Syrie que l’Iran, elle, est en passe de gagner. Ceci a considérablement renforcé le Hezbollah libanais, également très actif dans le conflit syrien contre les islamistes dont beaucoup étaient financés par Ryad.

MBS considère dès lors qu’Hariri, son pion sunnite à Beyrouth, ne peut plus exercer le pouvoir de façon crédible face à un Hezbollah qui est clairement un Etat dans l’Etat. Le Président chrétien Michel Aoun étant lui-même proche des chiites et de Damas, il est devenu nécessaire de mettre fin à la caution saoudienne.

C’est un signal clair envoyé à Téhéran et le pauvre Liban se retrouve une fois de plus le jouet de conflits qui le dépassent.

Personne ne sait comment cette nouvelle crise institutionnelle va se terminer mais une chose est certaine, c’est bien la rivalité Ryad-Téhéran qui est au cœur de l’actualité du Proche-Orient.

Le conflit entre les sunnites et les chiites ne connait décidément aucun répit.

Antoine de Lacoste

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