( 30 novembre, 2021 )

La violence des antifas, meilleure alliée de la Macronie ?

 

Lu  sur « Boulevard Voltaire »

 

La France du débat, de la conversation courtoise, de la controverse et de la confrontation des opinions, tous traits si emblématiques de notre culture nationale, semble bien aujourd’hui appartenir à l’ancien monde : celui d’avant, où l’opposition vigoureuse – on pourrait presque dire virile – argumentée et étayée entre différentes visions du monde, incarnées par des personnalités politiques, des philosophes, des scientifiques, était une composante essentielle de notre civilité et contribuait à la grandeur de la France.

Aujourd’hui et, à vrai dire, depuis quelques années, la violence, physique, verbale, psychologique écrase tout sur son passage, au mépris des Français en cette période électorale. Singulièrement, depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, la violence des antifas – ces militants d’extrême gauche organisés en milices – a pourri toutes les manifestations d’opposition au pouvoir : le meilleur exemple fut, bien sûr, celui de la révolte des gilets jaunes, qui fut au début celle des classes moyennes et populaires, très rapidement récupérée par l’extrême gauche, quand son bras armé s’en donnait à cœur joie de violences, d’exactions, de pillages et de dégradations, quand ce n’étaient pas des agressions physiques. Imputer cette violence aux manifestants, par un machiavélique retournement de discours médiatique, et ensuite réprimer ces derniers à coups de LBD a fait, immanquablement, passer la Macronie pour le parti de l’ordre, propre à rassurer et fidéliser son électorat bourgeois. Pendant ce temps, curieusement, ces dont on ne nous fera pas croire qu’ils ne sont pas repérés et fichés s’en tirent à bon compte.

Mission accomplie, sciemment ou par instrumentalisation

Avec l’entrée en scène d’Éric Zemmour dans la campagne électorale, l’extrême gauche a dû ajuster et forcer sa stratégie. Celui-ci, redoutable bretteur et dont la surface médiatique est importante, doit être stoppé à tout prix. Pour cela, tous les moyens sont bons : « des manifestations en opposition à sa venue » (Le Figaro) se sont, en réalité, transformées, comme à Genève, Londres ou Nantes, en opérations de harcèlement de rue, violentes, agressives – une journaliste de Livre noir qui couvrait le déplacement a reçu des coups de casque, sans aucune réaction de la part de la vingtaine de journalistes présents, raconte-t-elle sur Sud Radio au micro d’André Bercoff -, le restaurant où Zemmour a déjeuné vendredi a subi des représailles : des méthodes purement mafieuses. Il n’y a plus de règles, plus de lois, plus d’interdits, plus de sanction non plus, ni judiciaires, ni médiatiques. Ainsi, à Genève, rapporte Le Figaro, le collectif antifasciste s’est adressé au Hilton en le menaçant si la réunion prévue avec Zemmour avait lieu dans ses murs : « Faute de quoi nous considérerons que la chaîne Hilton se place du côté de la banalisation des idées fascistes. » Et menaçant de se venger « du rôle que l’hôtel aura joué dans le financement de la campagne de cet immonde personnage ».

On appelle cela du chantage

Notre reporter Jean Bexon était à pour suivre le déplacement d’Éric Zemmour, il a pu constater ces méthodes de voyous : à un photographe qui le mitraillait de son objectif, il demande quelle était la raison de cet intérêt soudain. La réponse d’une antifa est sans équivoque : il se retrouvera « affiché » (fiché ?) sur un site antifa.

Le ministre de l’Intérieur, si plein du mot « république » qui est comme une ponctuation de chacun de ses discours, est aux abonnés absents. Les méthodes d’intimidation dignes de Cosa Nostra, les troubles manifestes à l’ordre public envers un futur candidat à l’élection présidentielle lui paraissent-ils normaux ? Il faut dire qu’il ne s’agit pas de dangereux terroristes patriotes coupables d’avoir déployé une banderole sur un col de montagne. Comme dit Gilbert Collard, sur Twitter : « Qui ne dit mot consent, si Darmanin continue à se taire, c’est qu’il profite des antifas ! »

Les journalistes, dans leur grande majorité, viennent en renfort des milices antifas : comment expliquer autrement que par une fuite que le programme du déplacement d’Éric Zemmour à Marseille, sous embargo jusqu’à son arrivée, ait été connu des antifas, contraignant le futur candidat à descendre de train à Aix plutôt qu’à Marseille. À chaque étape de son déplacement, les l’attendaient.

Il n’est pas jusqu’à l’ineffable Alice Coffin qui, dimanche, lors d’un débat avec Geoffroy Lejeune, dénonce « le niveau de violence qu’Éric Zemmour passe son temps à colporter » et n’hésite pas, dans la foulée, et sans aucun souci de cohérence, à « légitimer absolument cette façon de s’opposer à la venue d’un candidat ». Elle insiste : « Ça ne me dérange pas qu’il y ait des gens qui protestent contre la venue d’Éric Zemmour, ça [les violences des antifas, NDLR] fait partie des stratégies militantes ».

On laisse le mot de la fin à Élisabeth Lévy qui, lundi matin, lors de son billet d’humeur sur Sud Radio, s’est exclamée : « Le scandale, c’est qu’Éric Zemmour ne puisse pas se déplacer sans que les antifas – et je mets ce mot entre guillemets car je ne vois pas de fascistes à l’horizon – pourrissent ses déplacements par des pressions physiques, des invectives etc. […] Si ses opposants veulent le combattre, qu’ils répondent aux questions qu’il pose ; ça s’appelle faire de la politique. »

Marie d’Armagnac

 Journaliste
( 30 novembre, 2021 )

La France délaisse peu à peu les pays francophones (Partie 2*)

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

L’Afrique francophone subsaharienne, un espace de plus en plus propice à l’investissement 

La priorisation du monde francophone est d’autant plus justifiée que la majorité des pays francophones du Sud ont réalisé de grandes avancées en matière de bonne gouvernance, et qui ont contribué à faire de l’Afrique subsaharienne francophone la partie la plus dynamique économiquement et la moins endettée du continent africain, dont elle continue à être le moteur de la croissance. Ainsi, et malgré la pandémie, cet ensemble de 22 pays a globalement réalisé en 2020 les meilleures performances économiques du continent pour la septième année consécutive et la huitième fois en neuf ans. Sur la période 2012 – 2020, soit neuf années, la croissance annuelle de cet ensemble s’est ainsi établie à 3,5 % en moyenne (4,0 % hors cas très particulier de la Guinée équatoriale, dont la production pétrolière a baissé presque aussi vite qu’elle n’avait augmenté au début des années 2000), contre 2,1 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne. Pour rappel, et juste avant la pandémie, la croissance globale annuelle s’était établie à 4,2 % pour l’Afrique subsaharienne francophone sur la période 2012 – 2019 (4,7 % hors Guinée équatoriale), et à 2,8 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne.

De son côté, l’espace UEMOA constitue depuis plusieurs années la plus vaste zone de forte croissance du continent, avec une hausse annuelle globale du PIB de 5,6 % en moyenne sur la période de neuf années 2012 – 2020 (et 6,3 % sur la période 2012 – 2019). Une grande performance compte tenu du fait que cette région ne constitue pas la région la plus pauvre du continent, place occupée par l’Afrique de l’Est. Ainsi, la Côte d’Ivoire, qui a affiché une croissance de 7,4 % en moyenne sur la période 2012 – 2020, soit la deuxième plus forte progression au monde (et la plus importante pour la catégorie des pays ayant un PIB par habitant supérieur à 1 000 dollars début 2012), est récemment devenue le pays le plus riche d’Afrique de l’Ouest continentale, en réussissant notamment l’exploit de dépasser le Nigeria, dont la production pétrolière est environ 50 fois supérieure (avec un PIB par habitant de 2 326 dollars pour la Côte d’Ivoire début 2021, contre 2 097 dollars, selon la Banque mondiale). Le Nigeria devrait d’ailleurs être bientôt dépassé par le Sénégal, et à moyen terme par le Cameroun, qui réalisent souvent des taux de croissance deux ou trois fois plus élevés (et qui affichent un PIB par habitant de 1 488 et de 1 499 dollars, respectivement, et loin de pays comme l’Éthiopie ou le Rwanda, où il s’établit à 936 et 798 dollars, respectivement). Parallèlement, la Côte d’Ivoire, qui continue à creuser l’écart avec le Kenya (1 838 dollars, et pays le plus prospère d’Afrique de l’Est continentale, après Djibouti, pays francophone), est récemment devenue le premier pays africain de l’histoire disposant d’une production globalement assez modeste en matières premières non renouvelables, à dépasser en richesse un pays d’Amérique hispanique, à savoir le Nicaragua dont le PIB par habitant atteignait 1 905 dollars début 2021 (hors très petits pays africains de moins de 1,5 million d’habitants, majoritairement insulaires). La Côte d’Ivoire est d’ailleurs sur le point de devancer également le Honduras, dont le PIB par habitant s’établissait à 2 406 dollars début 2021.

Pour sa part, et grâce notamment à de nombreuses réformes, le Niger n’est désormais plus le pays le plus pauvre d’Afrique de l’Ouest, ayant récemment dépassé la Sierra Leone (565 dollars par habitant début 2021, contre 484 dollars). De plus, le pays pourrait dès cette année dépasser le Liberia, autre pays anglophone côtier (583 dollars). Le Niger est d’ailleurs sur le point de quitter la liste des dix pays les plus pauvres du continent, et dépasserait désormais non moins de 15 pays africains en matière de développement humain, selon le classement de la fondation Mo Ibrahim (plus fiable sur ce point que l’ONU qui place systématiquement – et étrangement – le Niger, au taux de fécondité le plus élevé au monde, à la dernière position du classement, derrière un pays comme le Soudan du Sud qui est pourtant réputé être le moins développé du continent – avec la Somalie, non classée…).

Désormais, seul un des quatre pays les plus pauvres du continent est francophone, à savoir le Burundi, qui se trouve aux côtés du Soudan du Sud, de la Somalie et du Mozambique, trois autres pays d’Afrique de l’Est, qui constitue également la partie la plus instable du continent, puisque l’on y trouve notamment deux des trois pays ayant connu les conflits les plus meurtriers de la dernière décennie, proportionnellement à leur population (le Soudan du Sud et la Somalie). À ces conflits, s’ajoutent un certain nombre de problèmes sécuritaires (terrorisme islamique dans le nord du Mozambique…), et de tensions interethniques, comme en Éthiopie où elles avaient déjà provoqué la mort de nombreuses personnes avant même le début de la guerre civile, fin 2020 (ce qui en fait l’un des pays africains souffrant des plus fortes tensions sociales, avec, en particulier, l’Afrique du Sud et ses plus de 15 000 homicides par an).

Quant à l’endettement, l’Afrique subsaharienne francophone demeure la partie la moins endettée du continent, avec un taux global de dette publique qui devrait s’établir à 49,4 % du PIB fin 2021, selon le FMI (58,4 % pour l’ensemble de l’Afrique francophone, Maghreb inclus). Un niveau largement inférieur à celui de la majorité des pays développés, ainsi qu’à celui du reste de l’Afrique subsaharienne qui devrait se situer à 62,3 % (68,3 % pour l’ensemble de l’Afrique non francophone). Il est également à noter que seuls deux ou trois pays francophones font chaque année partie des dix pays les plus endettés du continent, et qu’aucun d’entre eux ne fait partie des cinq les plus endettés.

Enfin, les pays francophones sont globalement moins inégalitaires. La République centrafricaine serait même le seul pays francophone parmi les dix pays africains les plus inégalitaires (selon les données de la Banque mondiale relatives à l’indice GINI, qui est toutefois insuffisamment fiable faute de données assez récentes).

La progression de l’Afrique subsaharienne francophone résulte notamment des nombreuses réformes accomplies par la majorité des pays en matière de diversification et d’amélioration du climat des affaires. Sur ce dernier point, certains pays ont ainsi réalisé un bon considérable entre les classements 2012 et 2020 de la Banque mondiale, et notamment le Togo (passé de la 162e à la 97e place), la Côte d’Ivoire (de la 167e place à la 110e place), le Sénégal (de la 154e à la 123e) ou encore le Niger (passé de la 173e à la 132e place) et qui talonne ainsi désormais le Nigeria (131e), et fait largement mieux que l’Angola (177e) ou encore que l’Éthiopie (classée 159e, avant le début de la guerre civile).

Au nom de ses propres intérêts, la France doit donc porter une attention plus importante au monde francophone, à travers une répartition plus favorable à celui-ci de ses aides publiques au développement. Une nouvelle répartition qui pourrait au minimum prendre la forme d’un rééquilibrage entre l’Union européenne et le monde francophone, et qui permettrait au moins à la France de renforcer ses positions dans les pays francophones du Sud, et en particulier dans ceux où elle est assez faiblement présente. Et ce, comme en RDC, grand pays stratégique qui n’est autre que le premier francophone du monde avec ses 93 millions d’habitants, et où la quasi-absence de la France constitue probablement la meilleure illustration du manque d’intérêt de celle-ci pour l’espace francophone. En effet, la part de la France dans le commerce extérieur de la RDC, vaste comme plus de la moitié de l’UE, s’est établie à seulement 0,5 % en 2020 (comme en 2018), très largement derrière la Chine dont la part se situe chaque année autour de 30 % (36 % en 2020). Et comme les années précédentes, la RDC est arrivée bien au-delà de la 100e position dans le classement mondial des partenaires commerciaux de l’Hexagone, dont elle n’a représenté que 0,02 % du commerce extérieur (soit seulement 1 cinq-millième du total). Ce désintérêt de la France se traduit également au niveau de la part des étudiants originaires du pays dans l’ensemble des étudiants présents en France (0,6 % du total pour l’année universitaire 2018 – 2019, et seulement 1,3 % des étudiants africains), de la part du pays dans les aides françaises au développement (0,5 % en 2019, et très majoritairement par la voie multilatérale, ce qui témoigne de l’extrême faiblesse des relations directes entre les deux pays), ou encore au niveau de la part infime des projets y étant réalisés par les collectivités et structures intercommunales françaises au titre de la coopération décentralisée en Afrique (< 2 %). La France pourrait pourtant, et sans grande difficulté, accroître sa présence en RDC, dont la forte dépendance vis-à-vis de la Chine risque de nuire, à terme, à la souveraineté et aux intérêts du pays (la Chine a absorbé 41 % des exportations de la RDC, dont elle est également devenue le principal créancier bilatéral).

Des perspectives peu encourageantes 

Les dernières évolutions de la politique française d’aide au développement ne permettent guère de déceler un réel changement d’attitude, et encore moins de paradigme, de la part des autorités françaises. En effet, les récentes augmentations du volume d’aide annoncées pour les années 2020 et 2021 ne changent pratiquement rien à la donne, car accompagnées d’une forte hausse parallèle de la contribution nette de la France au budget de l’UE, qui a augmenté de non moins de 23 % en 2020 (pour un total de 9,5 Mds d’euros), et ce afin de compenser la sortie du Royaume-Uni ainsi que la réduction exigée par certains pays d’Europe de l’Ouest de leur contribution au budget de l’UE (les « Rabais »).

De toute façon, tant que le monde francophone continuera à ne recevoir qu’un cinquième ou un sixième du total des aides versées par l’Hexagone à des pays tiers, et tant que l’espace composé par les pays francophones du Sud recevra proportionnellement à sa population six, sept ou huit fois moins d’aides que l’ensemble composé par les pays de la partie orientale de l’UE, toutes les déclarations officielles en faveur de la « francophonie » ou de la « francophonie économique » ne seront guère à prendre au sérieux.

Mais toute redéfinition en faveur du monde francophone de la politique française d’aide au développement, au nom des intérêts économiques et géopolitiques de la France, grande puissance engluée, anesthésiée, par les obligations liées à son appartenance à l’UE, ne pourra se faire qu’à travers une redéfinition en profondeur du fonctionnement de celle-ci. Voire, si nécessaire, une sortie pure et simple de la France de cet ensemble qui ne fait que l’épuiser financièrement et l’affaiblir, en l’éloignant du monde francophone, et donc en l’alignant sur les intérêts économiques de l’Allemagne et économico-géopolitiques des États-Unis (notamment à travers une politique hostile à la Russie et une anglicisation forcenée, à laquelle échappent, à leur plus grand bénéfice, la Chine, la Russie et bien d’autres puissances).

Cet éloignement vis-à-vis du monde francophone et ce repli de la France sur l’UE, ont notamment pour conséquence, in fine, une grande méconnaissance de ce vaste espace de la part de la population française, qui en ignore pratiquement tout. À titre d’exemple, la quasi-intégralité de la population française ne sait rien des Jeux de la Francophonie qui se sont tenus en 2017 à Abidjan (contraste frappant avec la couverture médiatique dont jouissent les Jeux du Commonwealth au Royaume-Uni), de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire (qui n’est autre que le plus grand édifice chrétien au monde, quasi-réplique de la basilique Saint-Pierre de Rome), du concours musical « The Voice Afrique francophone » (qui fût dans sa saison 2016 – 2017, relayée par certains médias nationaux africains, le plus grand concours musical au monde en termes d’audience cumulée, avec son équivalent arabophone), ou encore du peuple acadien, que bon nombre de Français situent en Louisiane…

Or, cette large méconnaissance du monde francophone et de sa dimension mondiale, et outre le fait de faire perdre à nombre d’investisseurs et de représentants de la société civile de multiples opportunités d’échange et de partenariat mutuellement bénéfiques, a pour conséquence préjudiciable de réduire considérablement l’attachement des Français à leur langue. Eux, qui n’ont jamais été si peu intéressés par la promotion et la diffusion de celle-ci à travers le monde, alors même qu’elle n’a jamais été autant parlée et apprise. Et ce, au grand étonnement des francophones extra-européens, auxquels est aujourd’hui entièrement attribuable la progression constante de l’apprentissage du français hors espace francophone, face à une France qui est désormais clairement un frein, et même un obstacle, en la matière (et dont l’inconscience des graves conséquences économiques et géopolitiques de pareille attitude irresponsable dénote une certaine immaturité). Une ignorance française au sujet de l’espace francophone qui s’oppose d’ailleurs à la plus grande culture qu’ont les Britanniques de leur espace linguistique, et qui explique en bonne partie leur attachement viscéral à leur langue, à sa défense et à sa diffusion.

Au nom de leurs propres intérêts, les francophones situés en dehors du continent européen ne doivent donc pas suivre le mauvais exemple de la France en matière de promotion de la langue française, pour s’inspirer plutôt du modèle québécois (et britannique) et faire respecter leur langue commune au sein des différentes organisations régionales et internationales, politiques, économiques, culturelles et sportives, dont ils font partie ou avec lesquelles ils sont en étroite collaboration (et notamment au niveau de l’Union africaine et dans le cadre de leurs relations avec l’Union européenne, d’autant plus que l’Afrique francophone est la partie la plus dynamique économiquement, la moins endettée, la plus stable et la moins violente du continent). À bien des niveaux, la France devrait donc s’inspirer du Royaume-Uni qui a toujours su faire preuve de pragmatisme, d’intelligence stratégique et de vision à long terme en privilégiant constamment son espace géolinguistique, dès les années 1 600 (quatre fois moins peuplée que la France d’alors, l’Angleterre, qui était pourtant très souvent engagée en Europe à travers de nombreuses guerres, investissait proportionnellement, et hors dépenses militaires, environ 30 fois plus que la France dans ses modestes territoires d’Amérique du Nord, très majoritairement française à l’époque…). Et ce, face à une France irrégulière, et qui a toujours fini par payer lourdement ses périodes d’irrationnelle obsession européiste.

Ilyes Zouari (Président du CERMF)

*Le CERMF est le seul organisme au monde qui calcule :

- l’aide française au développement d’un point de vue francophone (en d’autres termes, la part du monde francophone),

- le taux de croissance économique global de l’Afrique francophone (le seul également pour chacune de ses zones géographiques),

- la part de marché de la France dans l’ensemble de l’Afrique francophone (le seul également pour chacune de ses zones géographiques),

- la part de marché de la France dans l’ensemble des pays d’Europe orientale membres de l’UE (le seul aussi pour les pays membres d’Europe de l’Est),

- le taux d’endettement global de l’Afrique francophone,

- l’évolution démographique du monde francophone dans sa définition géographique la plus sérieuse (les véritables pays et territoires francophones),

Le CERMF tient à remercier encore une fois ses fidèles lecteurs à travers le monde, grâce auxquels ses articles continuent à être les articles en langue française les plus lus dans le monde (comme il est possible de le constater à travers Google images, entre autres).

( 29 novembre, 2021 )

Si pousser tout un continent au déracinement n’était (finalement) pas de la générosité ?

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Après la mort tragique de 27 migrants dans la Manche, la fin de semaine dernière, les gouvernements français et anglais se sont livrés à une pantomime à trois temps désormais bien connue : la patate chaude, la passe à l’aile et le mistigri. La vérité, nue et crue, est que de chaque côté de la Manche, on sait bien qu’il est impossible de laisser un continent se déverser dans un autre.

Disons-le, Boris Johnson comptait sur Emmanuel Macron pour être son Erdoğan en ciré jaune, celui qui sert de rempart aux migrants côté Manche : le s’était engagé à payer à la France, fin juillet, 62,7 millions d’euros pour financer le renforcement des forces françaises sur les côtes. Mais selon les médias britanniques, le ministre de l’Intérieur britannique Priti Patel avait menacé, début septembre, de ne pas verser cette somme face à un échec patent.

Le postulat de base est le suivant : la gentillesse commande d’accueillir tous les migrants. Mais la raison interdit de le faire. Et comme le veut, bien sûr, être gentil et raisonnable, c’est inextricable.

D’aucuns plus à gauche ont trouvé la solution dans la fuite en avant, prônant l’accueil inconditionnel et sans limite. Arguant, pour cela, s’il le faut, de « nos racines judéo-chrétiennes », comme l’a fait Julien Bayou, EELV, sur Europe 1, le 26 novembre, ce qui ne manque pas de sel pour le secrétaire national d’un parti engagé contre le sapin de Noël.

Mais si ce postulat était faux ? Si l’immigrationnisme n’était pas « gentil » ? C’est, en résumé, ce qu’a affirmé le cardinal Sarah qui, par sa fonction, en connaît un rayon sur la charité – plus que Julien Bayou, on en conviendra – et, par ses origines, ne peut être accusé de se désintéresser du sort des Africains. Dans l’entretien qu’il a bien voulu accorder à Boulevard Voltaire, comme dans celui, quelques heures plus tôt, diffusé sur Europe 1, celui-ci a été très clair : « Le meilleur accueil que vous pouvez offrir à ces migrants, c’est de développer leur pays, qu’ils restent chez eux. »

On sait, du reste, que l’impulsion immigrationniste en Europe a été donnée, avant que la gauche ne s’emploie à la repeindre aux couleurs de l’altruisme, par les grandes entreprises soucieuses de revoir à la baisse leurs coûts salariaux. Aucune Mère Teresa dans tout cela.

Les pousser au déracinement, à risquer leur vie, leur faire miroiter un eldorado qui n’existe pas mais aussi priver leur continent de ses propres forces vives n’est pas de l’altruisme. Le cardinal Sarah rejoint en cela l’analyse de Stephen Smith – ancien journaliste passé par Libération et Le Monde, aujourd’hui professeur d’études africaines à l’université Duke aux États-Unis – qui, dans son livre La ruée vers l’Europe (2018), avait déjà développé cette thèse.

Pour Stephen Smith, interrogé en mars 2018 par Jeune Afrique, « la migration est une perte nette pour l’Afrique parce que ses forces vives l’abandonnent. C’est profondément démoralisant pour ceux qui restent, et les Européens ont tort de penser qu’ils rendent service à l’Afrique en ouvrant leurs frontières. » Pour lui, « l’acte civique consisterait à retrousser les manches et à investir toute cette énergie qui est aujourd’hui mobilisée pour des départs individuels dans des efforts collectifs pour changer la face du continent ». D’autant que contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les plus pauvres qui peuvent émigrer – car il faut un pécule conséquent – mais les classes moyennes, celles dont l’Afrique aurait terriblement besoin. Bref, il ne suffit pas de se sentir gentil pour l’être réellement. Et l’ethnocentrisme peut atteindre jusqu’à ceux qui pensent se montrer le plus généreux pour l’étranger. Le cardinal Sarah, sur Boulevard Voltaire, lâche même le mot de « paternalisme ».

Ceux qui ont participé à l’aventure coloniale pensaient sincèrement faire œuvre salutaire de civilisation. Ils seraient bien surpris, et même scandalisés, s’ils revenaient sur Terre, de se voir reprocher leur action. De la même façon, sait-on par avance quel regard portera l’Histoire sur notre époque ?

Gabrielle Cluzel

 Directrice de la rédaction de Boulevard Voltaire
( 29 novembre, 2021 )

COVID-19 : « Cachez donc cette Suède qu’on ne saurait voir »

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Il y a 100 ans, 20 000 personnes défilaient sur la Fifth Avenue de New York pour protester contre une des plus importantes mesures d’ingénierie sociale jamais mises en place : la « prohibition ». Les manifestants arboraient des pancartes montrant une image de « la Cène » de Léonard de Vinci avec le commentaire : « On y servait du vin ! » – ou encore une citation d’Abraham Lincoln : « La tyrannie au nom du Bien est la pire de toutes les tyrannies. » La justification d’une telle mesure semblait imparable : l’alcool était un poison et encourageait le crime. L’État « oubliait » que c’était aussi un produit profondément ancré dans la culture des sociétés occidentales.
L’épidémie qui sévit depuis presque 2 ans a conduit à des initiatives d’ingénierie sociale qui dépassent l’expérience américaine de la « prohibition ». Dans une majorité de pays, la réponse a été de fermer des écoles, imposer le port du masque, arrêter des pans entiers de l’économie. Tout cela au nom de la « santé publique ». Dès le début de la crise sanitaire, un (gros) village viking a choisi une autre stratégie. En Suède, nous rappelle Johan Anderberg pour UnHerd (voir en lien ci-dessous), les gens ont pu continuer à circuler sans masque et travailler normalement.
Les grands médias ont hurlé en meute pour dénoncer ces réfractaires au nouvel ordre sanitaire global. « Un désastre » selon le Time Magazine. « Une folie mortifère » titrait le Guardian. La Repubblica concluait que ce pays nordique avait commis une « grave erreur ». Le choix suédois – faire des recommandations plutôt qu’imposer – ne pouvait conduire qu’à plus de morts. Les autres pays avaient fait le choix courageux de mettre entre parenthèses la liberté pour « sauver des vies ». De nombreux épidémiologistes et journalistes suédois se sont joints à ce concert de condamnations. Des chercheurs universitaires ont prédit alors, sur la base de projections mathématiques, que plus de 96 000 Suédois allaient périr avant l’été 2020… Cette crainte n’était pas déraisonnable car la Suède avait un taux de mortalité attribué au Covid supérieur à la moyenne mondiale au printemps 2020.
Mais l’épidémie ne s’est pas éteinte après la première vague… Peu à peu, les pays qui ont fait le choix de confiner leurs populations, d’interdire l’accès aux parcs y compris avec l’aide de drones, ont vu leur taux de décès dépasser celui de la Suède. Selon Eurostat, le taux de mortalité de la Suède en 2020 la mettait seulement à la 21ème place sur 31 pays européens. Si la Suède était un État américain, ce même indice l’aurait mis à la 43ème position sur 50. Étrangement, ce résultat objectif est absent des émissions et articles qui alertent tous les jours sur les dangers de nouvelles vagues épidémiques…
Le Wall Street Journal a récemment publié un reportage sur le Portugal comme un exemple pour vivre avec le virus. Ce pays impose un passeport vaccinal et le port du masque pour tous les événements publics. Rien sur la Suède, qui suit une stratégie opposée avec un taux de décès plus faible que le Portugal ! Quant à la Floride, qui a suivi le modèle suédois, de vives critiques ont assailli son gouverneur républicain De Santis : « Il mène son État à la morgue ! » selon le magazine The New Republic. Les grandes chaînes de télévision s’offusquaient, avec la candeur des ligues de vertu de 1920, de voir les gens se promener sur les plages… À l’inverse, le gouverneur démocrate de New York, Andrew Cuomo, s’est vu offrir un contrat juteux pour son livre « Leçons tirées de la gestion de l’épidémie du Covid ». Les chiffres sont les suivants : 0,29% des habitants de son État sont morts de la maladie à ce jour contre 0,27% en Floride (qui compte pourtant une forte proportion de retraités). Là encore, silence…
L’omerta médiatique peut se comprendre. Comment justifier des mesures radicales pour des résultats si discutables ? Sans compter les conséquences à plus long-terme sur la santé mentale et l’éducation…

L’échec de la « prohibition » donne quelques indices. Ce n’est pas que l’argument de la liberté ait prévalu, ni que l’alcool soit devenu moins nocif. La tentative a échoué parce que les gouvernants de l’époque ont sous-estimé la complexité d’une société humaine. Cent ans plus tard, les mêmes erreurs se répètent : fermer les écoles n’empêche pas les enfants de se voir ailleurs. Confiner une ville n’empêche pas ses habitants de partir ailleurs et propager le virus… Comme les politiciens de 1921 qui se faisaient prendre en train de boire de l’alcool lors de dîners clandestins, nombre de ceux de 2021 ont piétiné les règles qu’ils prétendaient imposer. Comment alors exiger de la discipline à leurs électeurs ?
Contrôler la vie des gens n’est pas chose aisée – heureusement. Les démocraties d’aujourd’hui apprennent ce que les dictateurs ont tous connu. Mais la pression actuelle est accentuée par la globalisation. On imite les méthodes d’un régime totalitaire devenu un poids lourd économique, la Chine. On cherche à inféoder la presse et les réseaux sociaux. L’appétit du Léviathan est décidément insatiable…

Ludovic Lavaucelle (repris sur LSDJ)

Pour aller plus loin :
How Sweden swerved Covid disaster Lire l’article sur : UnHerd

( 29 novembre, 2021 )

Quand BoJo nous fait la leçon

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

 

« Or, on n’en fera jamais assez aux yeux des jusqu’au-boutistes no border ou même du pape. »

La France vient encore de subir un camouflet puisqu’elle a été explicitement désignée comme responsable en grande partie de la noyade tragique de vingt-sept migrants. En effet, alors que la consternation était générale et que les autorités françaises, tout en battant mimétiquement leur coulpe, ne faisaient que reconnaître un peu plus leur impuissance, M. Johnson a immédiatement saisi l’occasion de leur demander de reprendre les migrants arrivés illégalement en Angleterre depuis les côtes françaises, affirmant que cela contribuerait à tarir les traversées et argüant d’accords du même ordre conclus par l’Union européenne avec la Biélorussie. Il y a certes de la mauvaise foi dans les propos de M. Johnson, sans doute poussé par une opinion publique qui pense volontiers que « la France veut punir [les Anglais] du Brexit » (Robert Tombs, L’Opinion, 12 octobre 2021). Mais, qu’il s’agisse d’une « bonne leçon » ou d’un simple « coup de com », nous voici en tout cas renvoyés à nos faiblesses et inconséquences, comme en témoignent suffisamment la réaction indignée voire exaspérée de MM. Macron et Attal.

La France commet d’abord l’erreur de traiter le problème des migrants, en général, et singulièrement ceux du Calaisis, de façon bureaucratique. On prétend gérer une situation de fait. Toutefois, voici quelques décennies qu’on ne s’en donne pas les moyens, bien au contraire, rendant paradoxalement la chose très difficile si ce n’est impossible. Rappelons ici deux dates : 1995, la France entre dans « l’espace Schengen », ce qui a pour conséquence de faire d’elle un pays de transit pour les migrants candidats à la traversée de la Manche ; 2003, la France signe le traité du Touquet qui lui confère la responsabilité du contrôle de la frontière britannique contre quelques millions d’euros. Résultat : la situation est ingérable. La responsabilité de M. Macron est engagée dans la mesure où il ne fait pas mine de vouloir en sortir. Pour BoJo, c’est plus facile : la Grande-Bretagne est une île, jamais concernée par Schengen et signataire à son avantage du traité du Touquet.

A cela s’ajoute que, conformément à l’idéologie dominante, chez nous et ailleurs, le principe même de la migration d’êtres humains, telle que nous la connaissons et la subissons aujourd’hui, paraît légitime. Au nom de grands idéaux « humanistes », on reconnaît à des populations entières un véritable droit à cette migration, droit qui  les exonère de tous les manquements au droit commun le plus élémentaire. Une propagande euro-humanitaire entretient en Afrique et au Proche-Orient le mirage d’un paradis sur terre pour la jouissance duquel il suffit de se donner la peine d’entrer. Il est avéré que tout migrant qui met le pied sur le sol de l’U.E., et singulièrement de la France, est ipso facto éligible à une quantité de droits et d’aides – dont le coût doit être suffisamment élevé pour qu’on se garde bien de le faire connaître. Or, on n’en fera jamais assez aux yeux des jusqu’au-boutistes no border ou même du pape : pour celui-ci nous en avons le devoir et sans doute les moyens, pour ceux-là nous en avons les moyens et bien entendu le devoir. Le devoir ? Les moyens ? Voire !

Quand BoJo nous fait la leçon dans actualités

Se met alors en place le processus qui relie solidairement idéologues, passeurs, migrants, humanitaires, jusqu’aux autorités elles-mêmes toujours enclines au laxisme le plus grand. Les rares ratés (ainsi dans l’affaire biélorusse) sont autant de divines surprises. De passage à Rome la semaine dernière, M. Macron a tenu des propos qui frisent l’incohérence : «  On doit accueillir, c’est l’asile constitutionnel […] En revanche, accueillir tout le monde n’est pas soutenable […] » (La Croix, jeudi 25). Il a bien mérité le camouflet de BoJo.

Louis-Joseph Delanglade

( 28 novembre, 2021 )

L’inquiétante prolifération des drones turcs

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Erdoğan savoure son triomphe sans mesure : ses drones se vendent comme des petits pains. Il en existe plusieurs modèles, mais le fleuron est le Bayraktar TB2 fabriqué par l’entreprise privée Baykar. Pour la petite histoire c’est Selçuk Bayraktar qui en est le dirigeant. Ce brillant ingénieur, qui a fait ses études aux États-Unis, est également le gendre d’Erdoğan ; les affaires, c’est mieux en famille.

Le Barayktar a déjà fait ses preuves. En Syrie, où il a infligé de lourdes destructions à l’armée syrienne, retardant ainsi la reconquête de la poche islamiste d’Idlib que les Turcs cogèrent avec plusieurs milices islamistes. En Libye également, où il fut massivement utilisé contre les forces du maréchal Haftar dont l’objectif était de prendre Tripoli. Elles furent stoppées net par la redoutable efficacité de ces drones et subirent des pertes importantes. Les mercenaires russes du groupe Wagner furent tout aussi démunis et durent également battre en retraite. Ce succès permit à la Turquie de renforcer son implantation en Libye.

Mais c’est sur le théâtre d’opérations du que leur efficacité fut la plus médiatisée. Lorsque l’armée azerbaïdjanaise lança son agression contre le territoire arménien du Haut-Karabagh, fin septembre 2020, les Arméniens n’avaient pas encore réalisé qu’ils avaient une guerre de retard. Forts de leur succès éclatant de la guerre de 1992-1993 qui les avaient vu écraser leurs adversaires (le conflit avait fait près de 30.000 morts), ils étaient persuadés de repousser facilement l’assaut azéri.

Mais très vite, ils subirent les ravages de ces drones vendus par la Turquie au cours des mois précédents. Bakou a beaucoup de pétrole et donc beaucoup d’argent. Les chars et les premières lignes de l’infanterie arménienne furent disloqués par ce déluge de feu. Le courage légendaire du combattant arménien n’y pouvait rien. D’ailleurs, lorsque les combats eurent lieu à armes égales, les assaillants furent souvent repoussés, en particulier les mercenaires islamistes syriens amenés par avion depuis la Turquie.

La mit fin à cette partie inégale mais l’inquiétude demeure : les drones turcs ont changé le cours de la guerre et font peser une menace nouvelle sur l’avenir même de l’Arménie.

Depuis, d’autres pays ont fait leur marché. L’Ukraine a annoncé en avoir acquis 12. On dit que le premier aurait été utilisé en octobre, détruisant une batterie des séparatistes du Donbass. Mais l’armée n’a pas confirmé.

Erdoğan, qui a récemment effectué une tournée en Afrique, en a profité pour essaimer au passage : le s’est porté acquéreur, au grand dam de l’ avec qui il est en conflit frontalier, le Niger également, et l’on parle maintenant de l’Éthiopie. Il n’y pas eu de confirmation la concernant, mais la presse turque l’a annoncé victorieusement. Cette perspective inquiète au plus haut point le Soudan et l’Égypte, qui ont des relations tendues avec l’Éthiopie.

Cette prolifération est inquiétante et, comme d’habitude, les alliés de l’OTAN ferment les yeux, laissant Erdoğan agir à sa guise et souffler sur les braises partout où il peut. La marche de l’islamo-nationalisme orchestrée par Erdoğan s’appuie donc maintenant sur une technologie militaire haut de gamme. Et personne ne veut prendre le risque de la freiner.

Antoine de Lacoste

( 27 novembre, 2021 )

Frontière polonaise : Biélorusses et Passeurs des ONG même combat ?

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

« Si tous ces gentils migrants rentrent au pays, ce sera une bonne leçon pour tout le monde. »

On les a vus bien équipés et faisant preuve d’une grande agressivité. Pourtant, sous prétexte qu’ils ont été manipulés et instrumentalisés par le pouvoir biélorusse, la presse bien-pensante souligne que ces milliers de migrants massés à la frontière polonaise ne constituent en rien le danger dénoncé par certains. On croit comprendre qu’ils constitueraient une sorte d’erreur migratoire, erreur que l’Union européenne bien soudée devrait résoudre par « des mesures pour que cesse cette opération honteuse ». Inutile de s’inquiéter donc : tout cela n’a rien à voir avec la grande vague de 2015 ou même la pression migratoire constante en provenance d’Afrique du Nord. On ne peut pourtant pas nier que l’offre de Loukachenko correspond à une demande réelle et que ces migrants, loin d’être des pantins, sont d’abord des gens décidés à venir en Europe – comme tous les autres migrants.

En fait, quels que soient leur nombre, leur provenance ou leur parcours, les migrants qui se présentent aux frontières de l’Europe, sont forcément tributaires d’un ensemble de complicités facilitatrices, de la part de tous ceux qui y trouvent leur intérêt. M. Loukachenko les aurait utilisés pour déstabiliser une Union européenne qui lui cherche des poux dans la tête ? Sans aucun doute. Mais, au fond, quelle différence avec les idéologues humanitaires de S.O.S. Méditerranée que leurs états d’âme poussent à aller embarquer les migrants africains au plus près des côtes libyennes pour les imposer ensuite à l’Europe ? Dans les deux cas on cherche à forcer la frontière d’un pays européen, tout le reste est affaire de sentiments (bons ou mauvais, qu’importe) : l’agence de voyages Loukachenko et l’entreprise maritime Aquarius visent pour des motifs différents un même objectif.

Fort heureusement, Varsovie a fait preuve jusqu’à maintenant d’une étonnante et salutaire fermeté, laquelle ne doit pas satisfaire M. Legrand qui a préféré éviter d’en parler. La Pologne a ainsi manifesté sa défiance à l’égard des instances européennes et affirmé dès le début qu’elle ferait respecter son droit exclusif et inaliénable sur ses propres frontières. En employant la force s’il le faut (il l’a fallu parfois) et en déployant une clôture de barbelés (en attendant l’érection d’un vrai mur à l’imitation de l’Espagne, de la Grèce ou encore de la Hongrie), clôture dont les événements ont prouvé l’efficacité. (Photo : Marche des partisans du Parti Conservateur, à Varsovie, le jour de la Fête Nationale, e 11 novembre,).

Les parasites de Bruxelles ont d’ailleurs vite compris qu’il leur serait plus facile de faire pression sur Minsk que sur Varsovie – s’inclinant ainsi devant la volonté politique d’un Etat membre de l’Union mais souverain. Les premiers résultats sont là. L’espoir de passer en Pologne semble avoir abandonné la plupart des migrants, ni soutenus ni encouragés suite à l’interdiction d’accès à la zone frontalière signifiée par les autorités polonaises aux journalistes et aux humanitaristes. Même si une minorité d’entre eux veut croire à un hypothétique « corridor humanitaire » pour passer en Allemagne (affaire à suivre car avec les Allemands il faut s’attendre à tout), un premier repli des indésirables a eu lieu vers des structures d’accueil biélorusses. Minsk a même initié un processus de rapatriement de cinq mille « volontaires ». Pourvu que ça dure : si tous ces gentils migrants rentrent au pays, ce sera une bonne leçon pour tout le monde. Et on pourra dire merci à la Pologne.

Louis-Joseph Delanglade
( 27 novembre, 2021 )

Emmanuel Macron, pêcheur de voix au Vatican

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

L’homme du progrès et du « en même temps » s’accorde un petit crochet par le Vatican. De retour de Croatie et après la signature du traité du Quirinal, Emmanuel Macron a prévu une audience privée avec le pape François, la deuxième depuis le début de son mandat. Dans l’avion qui le conduit à Rome, le Président déclare aux journalistes qui l’accompagnent : « Rendre visite au pape, c’est toujours envoyer un signal aux catholiques. » Ce mantra, il l’avait déjà prononcé à Lourdes, cet été, lorsque pour la date anniversaire des apparitions de la Sainte Vierge à Bernadette Soubirous, le chef de l’État était apparu lui aussi, mais seulement sur le parvis de l’Accueil Notre-Dame, sans jamais s’approcher de la grotte. Emmanuel Macron n’était peut-être pas chargé de nous le faire croire, mais de nous le dire : « C’était important d’envoyer un signal aux catholiques. C’est vrai qu’ils ne sont pas toujours bien traités… » Alors le Président, excellent communicant, touche la corde sensible, il rappelle aux bonnes âmes venues le saluer les mains en Namasté que, chaque année, il venait, enfant, prier avec sa grand-mère. Et en même temps, il ne participera à aucun office, aucune visite de la basilique, ni même « déambulation non mystique ».

Qu’importent les contradictions, Emmanuel Macron soigne sa communication. Aux Bernardins, il déclarait, d’une main : « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. » Quand, de l’autre, il allait porter gravement atteinte à la liberté de culte en interdisant les messes en public. Au nom de « la dignité et de la non-marchandisation du corps des femmes », il se dit opposé à la mais laisse sa majorité voter pour la PMA pour toutes et n’a que faire de la marchandisation de l’embryon en chimère. Il se dit « mal à l’aise », « à titre personnel », sur l’allongement du délai de l’avortement, mais « laisse leur libertés aux parlementaires ». Comme Ponce Pilate, il s’en lave les mains : « J’ai dit ce que j’en pensais, je ne peux pas faire plus. » Étonnamment, cet exercice solitaire du pouvoir dérange moins Emmanuel Macron, cantonnant le reste du temps le Parlement à un rôle de chambre d’enregistrement.

Avec 62 % de catholiques ayant voté pour lui au second tour de l’élection présidentielle, la visite d’Emmanuel Macron au Saint-Siège ne dupe personne, à cinq mois de l’élection présidentielle. Surtout pas Louis Daufresne, s’interrogeant malicieusement, dans Aleteia : « Rome sera-t-il à la ce que le Brésil est à la chirurgie esthétique ? Une destination pour se refaire les saints, épaissir les tissus d’une autorité symbolique en berne et faire gagner à son âme les centimètres dont elle aura besoin dans les urnes. » Mais seul un électorat catholique de gauche peut encore croire à cette visite symbolique, y voyant certainement un geste rassurant et peut-être un meilleur avenir pour les migrants. Sauf à perpétuer son théâtral numéro d’équilibriste, le Président progressiste et multiculturaliste, mettant toutes les religions sur le même plan dans le cadre de la lutte contre les séparatismes et imposant la comme ciment de la citoyenneté, ne peut pas en même temps promouvoir une culture chrétienne et défendre la dignité de la personne humaine.

Iris Bridier

 Journaliste
( 26 novembre, 2021 )

États-Unis : le Russiagate est un Watergate qui tombe à l’eau

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

L’affaire qui a empoisonné les trois premières années du mandat de Donald Trump pourrait se retourner contre ceux qui l’ont promue. Dès le mois de septembre 2016, l’équipe de campagne de Trump était accusée par son adversaire démocrate de collusion avec le Kremlin. Pire, on prétendait que les services secrets russes détenaient une « sextape » datant d’un séjour de Donald Trump à Moscou en 2013 impliquant des prostituées. L’accusation était grave : la Russie avait les moyens de faire chanter le Président élu en novembre 2017 et remettait en question sa légitimité, avant même son investiture fin janvier 2017. Des fuites dans les médias révélaient que le FBI investiguait et, dès juin 2017, le procureur spécial Robert Mueller lançait une enquête contre Trump pour entrave à la justice. Son rapport final fut rendu en mars 2019 et concluait à l’absence de preuve de collusion entre l’équipe de campagne républicaine et la Russie. Mais le mal était fait…
Le procureur spécial indépendant John Durham, chargé d’enquêter sur la genèse de l’affaire, vient d’ordonner la mise en examen d’Igor Danchenko. Cet analyste russe, résidant aux États-Unis et travaillant pour le Brookings Institution (un centre de recherches proche du Parti Démocrate), était le principal informateur qui aida à forger le « dossier Steele ». Pourquoi « Steele » ? C’est le nom d’un ex-espion du MI6 britannique qui, reconverti dans le renseignement privé, a construit le dossier – en lien avec un avocat travaillant pour l’équipe de campagne démocrate. Ce dernier, Michael Sussmann, a été mis en examen par le procureur Durham peu avant Danchenko.
Sussmann et Danchenko sont accusés d’avoir menti au FBI. Ils n’auraient pas révélé toutes les informations de nature à discréditer les allégations mêlant Donald Trump à une conspiration organisée par Moscou pour accéder au pouvoir. Entre les lignes de ces mises en examen, on comprend que John Durham soupçonne que l’équipe de campagne d’Hillary Clinton aurait été impliquée dans le montage du dossier et sa soumission au FBI, pour ensuite organiser les fuites dans les médias et provoquer une enquête officielle.
Danchenko est accusé d’avoir caché des informations lors des investigations du FBI en 2017 sur deux points majeurs. Il n’a pas révélé ses liens avec Charles Dolan Jr, un cadre du Parti Démocrate. Le curriculum de ce dernier indique qu’il a aussi représenté les intérêts de Gazprom, le géant de l’énergie russe… On sait que Dolan a communiqué à Danchenko des rumeurs concernant Trump et son équipe de campagne qui ont directement alimenté le « dossier Steele ». L’analyste a aussi inventé une histoire selon laquelle il aurait reçu des informations d’un directeur de la chambre de commerce russo-américaine. L’ex-espion Steele a été missionné par la société Fusion GPS, elle-même payée par le cabinet Perkins Coie (qui représentait l’équipe de campagne Clinton en 2016 et auquel appartenait Michael Sussman). Celui-ci a rencontré un haut-gradé du FBI pour dénoncer un lien secret entre l’équipe de Trump et une banque russe – en omettant de préciser sa mission auprès du Parti Démocrate mais en se présentant comme le porte-voix d’un lanceur d’alerte…
Le tort causé par le « dossier Steele » a été immense parce qu’il était rendu crédible par l’enquête menée par le FBI. À cause de fuites dans les médias, le FBI s’était même senti obligé d’en informer le Président Obama et le Président-élu Trump pendant la période de transition du pouvoir en janvier 2017. À partir du moment où le FBI prenait l’affaire au sérieux, les grands médias se sont emballés, avant même que Donald Trump soit intronisé. Comme le dit Eli Lake, journaliste chez Bloomberg, interrogé par Fox News (voir la vidéo en lien) : « Le nouveau Président est arrivé à la Maison Blanche dans un climat de Watergate. »
Ces mises en examen pourraient avoir de lourdes conséquences, en premier lieu pour les dirigeants du FBI de l’époque. Ils ont pris au sérieux le « dossier Steele » qui était un montage grossier et ils s’en sont servis pour surveiller Carter Page, un ancien conseiller de campagne de Trump. Enfin, quand ils ont compris en 2017 que le « dossier Steele » n’était pas crédible, ils n’en ont rien dit, laissant la surveillance en place.
L’affaire est grave : l’équipe de campagne de Clinton aurait financé des enquêtes alimentées principalement par des cadres ou des soutiens du parti démocrate. Le dossier a été présenté au FBI qui s’en est servi pour surveiller un conseiller du candidat de l’opposition d’alors, Donald Trump. L’impact a été tel qu’une part importante de l’opinion publique et des médias reste persuadée que l’élection de Donald Trump est le résultat d’une machination sous l’œil de Moscou… Danchenko plaide « non-coupable ». L’ex-espion Steele soutient toujours que son dossier était solide malgré ce qu’a révélé l’enquête du procureur Durham. Il n’y a eu aucun commentaire de la hiérarchie du Parti Démocrate à ce jour. Mais d’autres mises en examen devraient suivre…

Ludovic Lavaucelle *

*Source LSDJ

( 23 novembre, 2021 )

La France délaisse peu à peu les pays francophones (Partie 1)

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Le monde francophone n’a reçu que 20,5 % des aides françaises au développement en 2019  (Face à l’Union européenne qui se taille la part du lion, le monde francophone demeure le parent pauvre de l’aide française au développement).

Contrairement à une idée largement répandue, le monde francophone ne bénéficie que d’une partie très minoritaire des aides publiques françaises au développement, face à une Union européenne qui se taille constamment la part du lion. Une politique peu francophonophile, contraire aux intérêts de la France et traduisant un manque de pragmatisme, d’intelligence stratégique et de vision à long terme. Et les récentes augmentations annoncées ne changent pratiquement rien à la donne, car accompagnées d’une forte hausse parallèle de la contribution nette de la France au budget de l’Union européenne, notamment du fait du Brexit.

Selon les dernières données disponibles auprès de la Commission européenne et de l’OCDE, après détermination de la contribution nette de la France au budget de l’Union européenne (UE) et après imputation des aides multilatérales pour les pays situés en dehors de l’UE, la part du monde francophone dans les aides publiques françaises au développement peut être estimée à environ 20,5 % en 2019, soit un montant d’environ 3,8 milliards d’euros. Un niveau se situant loin derrière celui de l’UE, dont la part s’est établie à 41,4 % (ou 7,7 Mds d’euros), et essentiellement au bénéfice des 13 pays de sa partie orientale et de leurs 114 millions d’habitants seulement, début 2019.

Une politique qui demeure peu francophonophile

Les 27 pays francophones du Sud, et leurs 425 millions d’habitants début 2019, presque entièrement situés sur le continent africain, ont donc continué à ne bénéficier que d’une faible partie des aides françaises au développement, leur part oscillant généralement entre 15 et 20 % de l’enveloppe globale, avec une moyenne d’environ 17,4 % sur la période de cinq années 2015 – 2019 (soit environ 2,9 milliards d’euros en moyenne annuelle, aides multilatérales et bilatérales confondues). Un chiffre qui constitue une estimation, à quelques décimales près, compte tenu de l’existence d’un certain nombre de dépenses ne faisant pas l’objet d’une répartition précise pour les pays bénéficiaires non membres de l’UE, et concernant notamment les étudiants étrangers, les demandeurs d”« asile » et les frais administratifs (qui sont alors répartis approximativement en fonction des données disponibles sur le poids de la présence francophone dans ces différentes catégories de dépenses). Par ailleurs, cette estimation ne tient pas compte des aides destinées à Wallis-et-Futuna, archipel du Pacifique Sud comptabilisé par le gouvernement français et l’OCDE, mais ne pouvant pourtant être pris en considération puisqu’il s’agit d’un territoire français.

À l’inverse de l’espace francophone, l’UE continue donc à s’accaparer la part du lion, avec une part se situant en général à plus de 40 % de l’effort financier de la France, et ayant même parfois dépassé la barre des 50 %. Sur la période 2015 – 2019, cette part s’est établie à 43,1 %, soit 7,2 Mds d’euros en moyenne annuelle. Ainsi, l’UE s’accapare chaque année l’écrasante majorité des dix premières places des principaux pays bénéficiaires des aides françaises au développement. En 2019, sept des dix premières places étaient donc occupées par des pays membres de l’UE, contre seulement deux pour le monde francophone (le Cameroun, premier pays francophone n’arrivant qu’en septième position). Trois ans plus tôt, en 2016, neuf des dix premières places étaient occupées par des pays de l’UE, contre aucune pour le monde francophone (le Maroc, alors premier bénéficiaire francophone, n’arrivant qu’en onzième position).

Par conséquent, force est de constater que les 13 pays situés dans la partie orientale de l’UE (des pays baltes au nord à Chypre au sud, et que l’on appellera UE-13) ont bénéficié en 2019 d’un effort financier environ 1,8 fois plus important que l’ensemble des 27 pays francophones du Sud (soit environ 6,7 Mds d’euros, frais administratifs inclus), en dépit d’une population près de 4 fois inférieure début 2019 (et répartie sur un espace 11 fois moins vaste), soit un volume d’aide par habitant environ 6,5 fois supérieur. Des aides publiques qui sont, de surcroît, octroyées à des conditions plus favorables aux pays de l’UE-13, car intégralement sous forme de dons (un sixième étant remboursable pour les pays francophones) et non assorties de la moindre condition, directe ou indirecte, ni même ponctuelle, en matière d’attribution de marchés.

Ainsi, et bien que peuplée de seulement 1,3 millions d’habitants, l’Estonie a reçu en 2019 une aide française au développement de 166,6 millions d’euros, soit largement davantage (+77 %) que l’aide reçue par le Congo-Kinshasa (93,9 millions), qui n’est autre que le premier pays francophone du monde avec ses 85,7 millions d’habitants début 2019, et dont la capitale Kinshasa est désormais la plus grande des villes francophones avec ses 15 millions d’habitants (et ne cessant de creuser l’écart avec Paris, 11 millions d’habitants). En d’autres termes, le montant de l’aide française par habitant reçue par ce petit pays balte a été non moins de 115 fois supérieure à celle reçue par le Congo-Kinshasa (ou République démocratique du Congo, RDC), soit 125,7 euros par habitant contre seulement 1,1 euro. Autre exemple frappant, le Maroc, un des plus grands et sincères amis de la France, et modèle de développement et de bonne gouvernance pour le monde arabe et le continent africain, a reçu une aide de 243 millions d’euros, soit bien moins que la Pologne à laquelle a été octroyée une somme de 2,103 Mds d’euros. Et ce, pour une population à peu près égale (38 millions contre 36 début 2019 pour le royaume chérifien, qui la dépassera bientôt), et en dépit d’une politique économique et étrangère souvent contraire aux intérêts français. Des écarts considérables que confirment d’ailleurs les moyennes des aides reçues sur la période de cinq années 2015 – 2019, la Pologne ayant bénéficié d’une enveloppe annuelle de 1,748 Md d’euros en moyenne, contre seulement 0,288 Md pour la Maroc. Quant à l’Estonie et la RDC, la première s’est vue allouer une aide annuelle moyenne de 96 millions d’euros, contre seulement 109 millions d’euros pour le Congo-Kinshasa. Des moyennes qui permettent d’ailleurs de constater une dégradation récente de la situation, et non l’inverse…

Certes, et outre le fait que les montants indiqués pour ces deux derniers pays francophones soient légèrement sous-évalués (car s’y ajoutent un certain nombre d’aides versées à des étudiants et demandeurs d’asile, et n’ayant pas fait l’objet d’une répartition précise par pays), il convient de rappeler que les aides françaises au développement ne constituent pas les seuls flux financiers en provenance de France, puisque doivent être également pris en compte les flux en provenance des diasporas francophones vivant dans l’Hexagone, ainsi que les investissements réalisés par les entreprises françaises dans les pays francophones. Toutefois, et à l’exception du Maroc et de la Tunisie (qui comptent une importante diaspora en France et accueillent de nombreuses entreprises tricolores qui y ont créé des dizaines de milliers d’emplois, directs et indirects, et paient de nombreux impôts, sous différentes formes), la prise en compte de ces flux supplémentaires ne change rien au fait que les transferts reçus par les pays francophones demeurent très en deçà de ceux reçus, par habitant, par chacun des 13 pays d’Europe orientale membres de l’UE, et qui comptent d’ailleurs également des ressortissants en France et reçoivent divers investissements français).

Ilyes Zouari (Président du CERMF*)

*Le CERMF est le seul organisme au monde qui calcule :

- l’aide française au développement d’un point de vue francophone (en d’autres termes, la part du monde francophone),

- le taux de croissance économique global de l’Afrique francophone (le seul également pour chacune de ses zones géographiques),

- la part de marché de la France dans l’ensemble de l’Afrique francophone (le seul également pour chacune de ses zones géographiques),

- la part de marché de la France dans l’ensemble des pays d’Europe orientale membres de l’UE (le seul aussi pour les pays membres d’Europe de l’Est),

- le taux d’endettement global de l’Afrique francophone,

- l’évolution démographique du monde francophone dans sa définition géographique la plus sérieuse (les véritables pays et territoires francophones),

Le CERMF tient à remercier encore une fois ses fidèles lecteurs à travers le monde, grâce auxquels ses articles continuent à être les articles en langue française les plus lus dans le monde (comme il est possible de le constater à travers Google images, entre autres).

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