( 14 janvier, 2019 )

L’arroseur arrosé

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

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La faute de M. Macron dans cette affaire est d’avoir pensé qu’il pouvait critiquer voire insulter des hommes politiques étrangers en raison de leurs idées alors même qu’ils exerçaient le pouvoir.

Ce faisant, il s’en prenait de fait à des pays, à des peuples, à des États. On se rappelle ainsi qu’en juin dernier, dans une vie politique antérieure à l’avenir plutôt serein et prometteur, il avait choisi l’Italie comme tête de Turc, notamment à propos de l’Aquarius, ce navire qui satisfaisait conjointement négriers et bobos humanistes. Déjà, la réaction de Rome l’avait obligé à mettre un bémol. Il y eut par la suite les attaques misérables de M. Moscovici, commissaire européen certes mais Français tout de même et surtout très proche de M. Macron. Attaques traitées à Rome par le mépris qu’elles méritaient.

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Toutefois, les Italiens ont la dent dure et sont intelligents. A l’image de M. Macron, c’est-à-dire dans un subtil mélange de politique intérieure (on sait la rivalité des deux partis de la coalition au pouvoir) et de politique européenne (faire de l’Italie l’avant-garde du mouvement populaire qui agite toute l’Europe), MM. Di Maio et Salvini, les deux vice-présidents du Conseil des ministres italien, proclament lundi 7 janvier leur soutien au mouvement des Gilets jaunes.

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Du coup, Mme Schiappa, en réponse à sa propre question à propos de la cagnotte des Gilets jaunes (« Qui finance les violences, qui finance les casseurs ? Il faut savoir si des puissances étrangères financent ces casseurs. » – France Inter, jeudi 10) Mme Schiappa donc nomme explicitement et prioritairement l’Italie. C’est peut-être vrai, cela relève peut-être de ce délire complotiste qui semble s’être emparé du gouvernement (on se rappelle les premiers propos de MM. Castaner et Darmanin, début décembre, sur les « factieux » et la « peste brune » en parallèle aux images de ces Gilets jaunes défilant au cri de « Salvini ! Salvini ! »). C’est à coup sûr une nouvelle version de la faute commise par M. Macron.

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Quoi qu’il en soit, l’ambition européenne de celui-ci se retrouve ainsi fortement compromise. Pour « refonder l’Europe » (Sorbonne, septembre 2017), il lui faut, selon sa propre feuille de route, obtenir une victoire éclatante aux élections de mai 2019, de façon à favoriser l’émergence au Parlement européen du groupe central à vocation majoritaire qu’appellent de leurs voeux les Bayrou, Juppé, Raffarin et autres vieux crabes de l’européisme militant. D’où le retour à des listes nationales, mode de scrutin  jugé plus favorables aux « marcheurs » ; d’où l’exacerbation du clivage progressisme-populisme qui avait plutôt bien fonctionné lors de la présidentielle. Mais cela, c’était avant. Avant la succession de problèmes et déconvenues du second semestre de l’année 2018. Désormais, le scrutin de mai, en raison même du mode choisi, risque fort de virer au référendum pour ou contre M. Macron, bien loin donc d’être gagné 1482558-madrid-nombreux-drapeaux-espagnols-ornent.jpg

pour le président. Quant aux attaques visant les pelés, les galeux (M. Macron lui-même parlait de « lèpre » – Quimper, juin 2018), elles sont contre-productives : non seulement le populisme continue de monter un peu partout en Europe (dernier exemple : la percée en Andalousie du parti Vox, ouvertement de « droite réactionnaire », percée qui le place dans une position incontournable) mais, désormais, à l’initiative de M. Salvini, les populistes tentent de s’organiser au plan européen dans la perspective du prochain scrutin, faisant ainsi du Macron contre M. Macron, lequel risque de se retrouver dans la fâcheuse situation de l’arroseur arrosé.

Louis-Joseph Delanglade

( 12 janvier, 2019 )

Ouest-France : des bons sentiments, un journalisme pépère et des ventes en chute libre

 

Très intéressante analyse de la presse locale par le grand et très intéressant quotidien  breton sur internet « BREIZH-INFO ». Elle peut être appliquée aux quotidiens Lorrains (Est Républicain, Républicain Lorrain, Vosges matin) !

 

Ces temps-ci, les attaques des Gilets jaunes contre les « journalistes  collabos » incitent les responsables d’Ouest-France et de Presse Océan à expliquer les règles rédactionnelles en vigueur dans les deux titres. On est très loin du vivant, du vécu, de l’humain qu’attendent les lecteurs.

On connaît le « règlement intérieur » d’Ouest-France. Mais Arnaud Wajdzik, directeur départemental de la Loire-Atlantique, a jugé utile de nous le rappeler : « Le journaliste (…) s’inscrit (…) dans une filiation, dans une histoire. Où l’on ne transige pas avec la déontologie. Nos chartes s’imposent à nous-mêmes. Et font office de bible pour chacun d’entre nous. C’est comme ça. C’est gravé dans le marbre. Dire sans nuire. Montrer sans choquer. Dénoncer sans condamner. Témoigner sans agresser » (Ouest-France, Loire-Atlantique, vendredi 4 janvier 2019).

Pas question de s’attaquer aux puissants

Propos lénifiants que le lecteur perspicace traduit en termes réalistes. Pas question de s’attaquer aux puissants – surtout s’ils appartiennent à la mouvance démocrate-chrétienne et sont, de ce fait, des copains de la direction. Pas question d’embêter les gros annonceurs avec des enquêtes dérangeantes. Pas question de faire des vagues en sortant du politiquement correct et de l’idéologie des droits de l’homme.

Il est vrai que les jeunes collaborateurs qui entrent dans la maison ne doivent trouver aucun inconvénient à se plier à cette discipline – idéologique et politique. Tout simplement parce que les écoles de journalisme formatent leurs élèves dans une ligne qui convient aux grands médias : libérale, européiste, mondialiste, immigrationniste… Ils sont donc mûrs lorsqu’ils présentent leur candidature à Ouest-France ou à l’un des trente hebdos (filiale Publihebdos) que possède le groupe. Ils savent à quoi s’en tenir quant à leur marge de manœuvre.

Dans un autre quotidien du groupe, Presse Océan, Jérôme Glaize poursuit le travail d’explication concernant le métier de journaliste. Commençant par le commencement, il dénonce les « manifestants mécontents de tel ou tel article » qui ont bloqué l’imprimerie de la Chevrolière (groupe Ouest-France).

Des « situations pénibles » qu’on devrait « épargner à une démocratie digne de ce nom ». « Lever le voile sur les réalités d’une profession » s’impose car « cela permettrait aussi de rappeler que, non, les journalistes n’écrivent pas sous la dictée et qu’ils ne reçoivent pas d’ordres du pouvoir en place, quel qu’il soit. » (Presse Océan, samedi 5 janvier 2019).

Cela n’est pas nécessaire puisqu’ils pratiquent l’autocensure. Dans une édition, le rédacteur de base connaît les sujets qu’il convient d’aborder avec précaution, voire éviter ; son « chef » le lui a expliqué. Quant aux gens importants, s’ils ont un « service » à demander, rassurons Jérôme Glaize, ils ne téléphoneront pas au journaliste de base dont ils ignorent même l’existence mais plutôt au rédacteur en chef  ou au directeur qu’ils fréquentent à la loge ou bien au Rotary. Lequel passera commande ensuite à un journaliste diligent de l’article attendu ou bien lui recommandera la « prudence » à propos d’un sujet gênant pour le « pouvoir en place » (préfet, président du département, président de région, maire de grande ville, grand patron…)

Spécialiste des médias Ingrid Riocreux met les pieds dans le plat

Dans un livre récent (Les marchands de nouvelles. Essai sur les pulsions totalitaires des médias –  L’Artilleur), Ingrid Riocreux ne va pas jusqu’à traiter les journalistes de « collabos » comme le font souvent les Gilets jaunes, mais elle met les pieds dans le plat. Les reproches sont multiples : ils « manifestent une forme d’allergie à la pensée divergente » ; ils servent facilement « un discours prémâché, avec les mots des collègues, un lexique réduit et idéologiquement orienté » ; ils cherchent à imposer « le mythe de l’objectivité journalistique, cette vaste hypocrisie »…

Ingrid Riocreux donne également quelques leçons au clergé médiatique : « Il faut arrêter d’entretenir la distinction factice et trompeuse entre média d’information et média d’opinions ». Mais surtout, « à partir du moment où il y a sélection, hiérarchisation et formulation de l’information, c’est-à-dire un discours sur le réel, il y a nécessairement une prise de parti » (Le Figaro magazine, 4 janvier 2019).

À Ouest-France, on a les moyens !

Justement on trouve un exemple récent de « prise de parti » dans un billet signé Agnès Clermont, « journaliste à la rédaction de Nantes » (Dimanche Ouest-France, 23 décembre 2018). En 110 lignes, deux intertitres, un titre sur quatre colonnes, un dessin de Chouët, Madame Clermont s’enthousiasme pour le « Pacte des migrations » qui se situe « au confins de deux mondes. Celui de la fraternité onusienne versus celui de la haine populiste ». Certes, la journaliste peut se flatter de parler de ce qu’elle a vécu puisqu’elle se trouvait à Marrakech, le jour de l’adoption du pacte. À Ouest-France, on a les moyens !

Se poser les bonnes questions

Conclusion :  Arnaud Wajdzick et Jérôme Glaize gagneraient à se poser les bonnes questions : pourquoi la vente de nos quotidiens chute-t-elle d’année en année ? Proposons-nous un produit intéressant pour le grand public ? pourquoi traitons-nous les faits divers par-dessus la jambe, par exemple en évitant de donner le nom du délinquant – surtout s’il s’agit d’un immigré ? La littérature d’Agnès Clermont doit-elle être montrée en exemple aux nouvelles recrues ?

Vaste programme pour des gens soucieux de fabriquer une petite soupe tiède. Donc de ne pas se préoccuper des attentes de la clientèle. Or le client est roi.

Bernard Morvan

( 11 janvier, 2019 )

Yves Cochet l’a écrit et personne (ou presque) n’a tiqué : il faut limiter notre nombre d’enfants pour mieux accueillir les migrants

 

Lu sur Boulevard Voltaire ce remarquable article de Gabrielle Cluzel qu’il convient de diffuser au maximum car il montre à quel niveau de stupidité sont tombés certains de nos politiciens !

 

La tribune est passé presque inaperçue. À peine quelques vagues sur les réseaux sociaux. Faut-il que notre société se soit accommodée à cette idée ? Il est vrai que, depuis quelques mois, le message est distillé, chuchoté, susurré sur tous les tons à l’oreille des Français : les enfants polluent, les enfaaaaannts pollueeeennnt, LES ENFANTS POLLUENT ! Écolo militant veut dire zéro enfant. La première fois, on a trouvé ça loufoque ; la deuxième fois, scandaleux ; la troisième fois, agaçant… puis, allez, on s’est habitué. C’est toujours ainsi.

Il faut dire que cette dernière offensive est parue dans un journal sérieux s’il en est – L’Obs – et que l’auteur, Yves Cochet, est un ancien ministre, ancien député, président d’un laboratoire d’idées au nom ronflant : Momentum. Bref, quelqu’un d’important. Mais, surtout, de prodigieusement effrayant.

La théorie, tout d’abord : « Renversons notre politique d’incitation à la natalité. » Il faut « [inverser] la logique des allocations familiales. Plus vous avez d’enfants, plus vos allocations diminuent jusqu’à disparaître à partir de la troisième naissance ! » Et devenir négative ensuite, comme en Chine ? Il ne le dit pas. Pas plus qu’il n’évoque la future cotisation retraite de ces petits « surnuméraires » personæ non gratæ dans leur pays, une fois qu’ils seront devenus grands, si d’aventure le système par répartition existe encore : la logique commanderait qu’elle soit réservée à leurs parents, qui les auront élevés par la seule force de leur poignet et le contenu de leur porte-monnaie.

La « fake news », ensuite : « Il fut un temps où des médailles d’honneur de la famille française étaient distribuées aux familles nombreuses. » Il est vrai qu’il y a là un chapelet de mots bien désuets : médaille, honneur, famille, française…

Pourtant, n’en déplaise à Yves Cochet, elle existe encore ! Le site service-public.fr – mis à jour en mai dernier – l’écrit en toutes lettres : « La médaille de la famille récompense les personnes qui ont élevé dignement de nombreux enfants. »

La conclusion enfin : « Je ne vise pas les pays les plus pauvres, qui font plus d’enfants que les autres. Au contraire. Les pays riches sont les premiers à devoir décroître démographiquement. Ce sont eux qui ont le mode de vie le plus polluant. Par ailleurs, limiter nos naissances nous permettrait de mieux accueillir les migrants qui frappent à notre porte. »

Un cran est franchi. Tous les enfants sont gênants, mais les nôtre sont les pires. Leur vie est moins légitime que celle des migrants (dont il faudra qu’on nous explique pourquoi, une fois installés dans leur nouveau mode de vie, ils ne généreraient pas autant de nuisances écologiques que ceux qui auront été recalés avant même d’être nés)…

« Mes petits sont mignons, beaux, bien faits et jolis sur tous leurs compagnons… » disait le hibou de La Fontaine. Le Français façon Yves Cochet trouve les siens dénués d’intérêt, comparés à ceux d’à côté. Mais pour rester dans le domaine ornithologique, inutile de s’acharner sur Yves Cochet en l’affublant de tous les noms d’oiseaux… il n’est pas le seul de son espèce, cette philosophie tend à contaminer, comme d’habitude sous les jolis atours de l’altruisme, toute une part de l’Occident.

Le film Lion (Oscar® du meilleur film 2017) raconte l’histoire touchante d’un petit Indien de 5 ans qui se perd dans les rues de Calcutta et finit par être adopté après moult péripéties par un couple de sympathiques Australiens jusque-là sans enfant. Parce que stériles ? Non. Parce qu’ayant décidé, sciemment, de ne pas procréer, attendu qu’il y a assez de bambins dont il faut s’occuper à travers le monde.

L’idéologie de la repentance est une poupée russe, une mise en abyme vertigineuse : tous les enfants sont polluants, l’espèce humaine est vraiment vilaine (c’est peu ou prou ce que pensent les vegans), mais parmi eux, ceux issus de l’Occident sont spécialement méchants. On n’en voit pas le fond mais on galope dans cette spirale suicidaire : fouette, Cochet !

Gabrielle Cluzel

Ecrivain, journaliste
( 31 décembre, 2018 )

LA VÉRITÉ DES GILETS JAUNES • UN PEUPLE EXSANGUE

 

lu sur « lafautearousseau »

 

Il n’est pas besoin de supputer des calculs politiques ni de chercher des complots ni de faire des rapprochements avec les années 30 pour expliquer le mouvement des Gilets jaunes.

Les Gilets jaunes sont ce qui reste des Français après qu’ils ont perdu toute foi en leur pays, la société, leurs institutions, leurs gouvernants, leurs syndicats, en les autres, en eux-mêmes, en l’avenir. C’est ce qui reste des Français quand ils ne parviennent même pas à vivre à peu près décemment, et qu’ils n’ont plus que la colère et la révolte pures. En présence de ce mouvement, toutes les logiques idéologiques, politiques et morales se cassent le nez.

Une réalité disparate, insaisissable, déconcertante.

Le seul point commun des Gilets jaunes, qui cimente leur union, est leurs difficultés matérielles, la baisse continue de leur pouvoir d’achat, et leur situation de laissés-pour-compte du « nouveau monde » macronien, d’une politique qui les relègue au rang de rebuts, et d’une société qui sourit exclusivement aux nantis, aux forts, aux malins et aux chanceux. Aussi trouve-t-on de tout, parmi eux ; et, suivant leur personnalité, leurs préoccupations particulières, leurs intérêts catégoriels et leur sensibilité, ils sont susceptibles des réactions les plus contradictoires. Dans l’adversité, ils peuvent se révéler xénophobes, sexistes, racistes, sans que l’on puisse distinguer ce qui relève du « propos qui dépasse la pensée » de ce qui exprime au contraire une mentalité profonde, ordinairement bridée par les exigences de la bienséance ou du politiquement correct.

Certains vivent véritablement « la galère » : retraités à pension mensuelle inférieure à mille euros nets, travailleurs enchaînant les petits emplois ingrats et alternant les périodes de travail et de chômage, les uns et les autres habitant des HLM insalubres, décrépites ou minées par les nuisances, les incivilités et l’insécurité.

D’autres connaissent un sort un peu plus enviable : ouvriers qualifiés et employés, commerciaux, VRP, infirmiers et infirmières libéraux, les uns et les autres à peu près sûrs de conserver leur emploi, certains ayant pu accéder (non sans peine) à la propriété, mais contraints de se contenter du strict nécessaire pour vivre, et toujours au bord du découvert bancaire. Seule l’exaspération les a fait agir. Tous étaient dénués de passé militant et de sympathies politiques précises, et aucun (ou presque) ne se signalait par quelque conviction idéologique ou éthique affirmée. Leur vote tenait à leurs intérêts et à leur état d’esprit vis-à-vis de la politique menée par les divers gouvernements.

Naturellement portés sur la gauche, mais déçus par celle-ci, ils ont pu être tentés, pour nombre d’entre eux, par les promesses d’un Sarkozy, avant d’être définitivement dégoûtés de tous les partis et de s’inclure dans les 57% d’électeurs inscrits qui se sont abstenus lors de la dernière présidentielle. Mais certains ont pu compter parmi les électeurs de Marine Le Pen, cependant que d’autres ont pu succomber aux sirènes macroniennes, dans l’espoir de voir enfin la réalisation d’un avenir meilleur. Aujourd’hui, ils éprouvent le sentiment de ne devoir compter que sur eux-mêmes, et se méfient de tous les partis, y compris les partis protestataires comme La France insoumise ou le Rassemblement national. Et les centrales syndicales ne sont pas logées à meilleure enseigne. Ce sont des Français seuls et tout nus qui se rassemblent et se révoltent.

De faux ascendants

Ce phénomène, l’a-t-on assez dit, est sans précédent. Or, ce qui est sans précédent, ce qui bouscule les codes et les classements reconnus, irrite. On ne le supporte pas, et on essaie de le ranger dans les catégories et les rubriques habituelles. Ainsi, expliquent certains, les Gilets jaunes relèvent d’une manière de néo-poujadisme ; et d’aucuns, comme le récurrent Bernard-Henri Lévy, voient en eux une résurgence des ligues qui, le 6 février 1934, marchèrent sur le Palais-Bourbon.

La comparaison ne vaut pas. Les poujadistes des années 1950 appartenaient à seulement deux catégories professionnelles, celles des commerçants et des artisans, le plus souvent assez aisées, nonobstant leurs problèmes fiscaux et les risques que laissaient planer sur elles la modernisation de l’économie et l’évolution de la société. Pas de pauvres, de chômeurs ou de travailleurs précaires parmi elles. Quant aux manifestants du 6 Février, ils relevaient le plus souvent des classes moyennes, et dénonçaient la corruption de la caste politique et l’incurie des institutions plus que leur situation sociale. Les Gilets jaunes, eux, recrutent dans les classes moyennes comme dans les plus modestes, voire les pauvres, et dans toutes les professions ; ils se battent pour la défense de leur niveau de vie ; et s’ils dénoncent une politique qui les sacrifie et « clive » la société en winners et loosers, et se défient de la classe politique, ils ne taxent pas cette dernière de corruption et ne vouent pas les institutions aux gémonies. Et, contrairement aux précurseurs qu’on veut leur donner, ils ne subissent nullement l’influence de quelque idéologie fascisante ou socialisante, n’aspirent ni à un sauveur de type bonapartiste, ni à la conquête du pouvoir par le peuple insurgé. Un phénomène inédit, donc, et qui ne ressortit pas aux explications habituelles.

Le rôle ambigu et l’influence incertaine des médias

On a beaucoup insisté sur le rôle des moyens informatiques de communication, qui ont permis aux Gilets jaunes de se concerter et de décider de leur action en court-circuitant les syndicats et en se passant de chefs et de structures de coordination. On a également mis en relief le rôle de la presse télévisuelle (BFMTV, les JT des grandes chaînes) dans la promotion de l’événement, et leur influence sur la destinée encore incertaine du mouvement : celui-ci, selon divers observateurs, commencera à piquer du nez le jour où, pour des raisons d’audimat, les journalistes cesseront d’en parler ou de lui accorder la primauté, et pointeront les dérives inhérentes à des démonstrations protestataires non étayées sur des revendications précises et une assise politique ou morale tant soit peu cohérente. Et il s’affaissera d’autant plus vite qu’il est inorganisé. Il s’évanouira comme un ectoplasme et sombrera dans la déconsidération puis l’oubli. D’aucuns vont jusqu’à affirmer que la médiatisation de sa récusation des organisations syndicales aura, en définitive, servi la politique de Macron, fort désireux de mettre sur la touche ces organisations et tous les corps intermédiaires susceptibles de contrer son action. Peut-être, mais ce n’est pas certain. Et nul ne peut anticiper sur des résurgences que les conditions sociales du moment rendent non seulement possibles mais plus que probables.

Un peuple réduit à sa plus simple expression

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En définitive, les Gilets jaunes ne sont ni un mode de lutte nouveau, ni une résurgence du poujadisme, du boulangisme, des ligues des années 1930, ni une manifestation quelque peu spectaculaire du populisme. Ils sont l’image d’un peuple qui souffre, se sent sacrifié et méprisé, et ne parle que pour exprimer son désarroi, sans même formuler de revendications claires et sans souscrire en rien à quelque projet de société. Un peuple au pied du mur, au bout du rouleau, réduit à sa plus simple expression.

Notre sémillant président pouvait-il le comprendre ? Son discours du 27 novembre montrait qu’il l’a fort mal discerné. Il s’est, en effet, efforcé de raccrocher à son écologisme militant la résolution des problèmes de nos compatriotes en montrant la solidarité des questions environnementales et des difficultés sociales, et les méfaits d’une société productiviste insoucieuse de la préservation de la nature et du cadre de vie des hommes. De là, il a conclu à la nécessité de lier étroitement le social et l’écologique et de s’engager sur la voie de l’édification d’un nouveau modèle économique respectueux de l’environnement et des conditions de vie, justifiant sa politique de taxation des carburants et de renoncement graduel aux énergies fossiles, et annonçant la création d’un Haut-conseil pour le climat. Sa seule concession est la subordination de l’augmentation des taxes sur les carburants aux fluctuations du cours de ces derniers.

Les réactions des Gilets jaunes à ce long discours, toutes négatives, montrent qu’il ne les a pas convaincus. D’aucuns affirment que les Français auront toutes les peines du monde à se convertir au nécessaire modèle socio-économique à dominante écologique, défendu par Macron, et voient là l’origine de la révolte des Gilets jaunes. Et, sans doute, convient-il de beaucoup critiquer la société productiviste, rentabiliste, massificatrice et consommatrice de la seconde moitié du XXe siècle, source de détresse matérielle et morale. Mais ce que voient nos compatriotes, c’est qu’après les avoir sacrifiés à la société du profit, on les sacrifie à la reconversion écologique de cette dernière, et, qui plus est, au moment où ils n’ont plus rien pour vivre, pas même l’espérance. Et le tout pour un discours convenu de politiques qui refusent de les comprendre.

Que Macron prenne garde : de cette nouvelle exigence risque de sortir quelque chose de terrible. Le peuple de France ne peut disparaître dans un trou noir.

Docteur ès-lettres, écrivain, spécialiste de l’histoire de l’enseignement en France, collaborateur de la Nouvelle Revue universelle 
( 31 décembre, 2018 )

VŒUX 2019

 

 

Toute l’équipe de

LA LORRAINE ROYALISTE

vous souhaite 

Une bonne et heureuse année 2019

( 31 décembre, 2018 )

Face à la menace turque, les Kurdes demandent l’aide de l’armée syrienne

 

Lu sur « boulevard Voltaire »

 

Depuis l’annonce par Donald Trump du retrait américain de Syrie, l’effervescence règne parmi les principaux acteurs du conflit. Les Turcs annoncent qu’ils vont s’occuper des « terroristes » kurdes et ces derniers, très inquiets, viennent d’appeler à l’aide l’armée syrienne. Beau renversement d’alliance !

Il est certain que le lâchage par les États-Unis de son allié kurde s’est fait dans une optique de réconciliation avec la Turquie, toujours membre de l’OTAN. Les Kurdes, ne pouvant rester seuls face à l’armée turque, beaucoup plus puissante qu’eux, avaient besoin d’un autre parapluie. Ils savent aussi qu’ils ne peuvent compter sur la France, malgré de pressants appels.

L’armée syrienne s’est, bien sûr, empressée d’accourir et elle a pu pénétrer, le 29 décembre, dans les environs de Manbij sans avoir à craindre, cette fois, une agression américaine. Elle n’est toutefois pas entrée dans Manbij même, toujours occupée par les forces spéciales américaines. C’est une nouvelle portion de territoire syrien qui revient ainsi sous la souveraineté de Damas. C’est un succès important pour Bachar el-Assad et une capitulation en rase campagne pour les Kurdes qui espéraient naïvement se tailler là un territoire indépendant sous protection américaine.

Lorsque les Turcs avaient annoncé l’attaque de l’enclave kurde d’Afrin en janvier dernier, les Syriens avaient alors proposé aux Kurdes d’en reprendre le contrôle afin de leur éviter une défaite certaine et de rendre inutile l’initiative turque. Les Kurdes, comme souvent, s’étaient obstinés dans un refus hautain alors qu’ils savaient que les Américains ne bougeraient pas. Quelques jours et quelques centaines de morts plus tard, les Kurdes évacuèrent Afrin…

L’expérience a, semble-t-il, porté et les Kurdes savent maintenant que seuls les Russes et les Syriens peuvent empêcher leur écrasement par une attaque turque.

On ne sait d’ailleurs pas très bien quelles sont les intentions précises d’Erdoğan, qui ne peut évidemment agir sans consulter la Russie. Trump lui a pourtant mis le pied à l’étrier. Dans un entretien téléphonique relaté par l’agence Reuters, le président américain a demandé à Erdoğan s’il pouvait en finir avec l’État islamique. Devant sa réponse affirmative, Trump a conclu : « Alors, faites-le. »

Ce n’est pas si simple. Les derniers réduits de Daech se situent à 250 km de là, dans des déserts entre Palmyre et l’Euphrate d’une part et, plus au sud-est, le long de la frontière irakienne. On voit mal des colonnes de blindés turcs traverser de vastes zones kurdes puis arabes à la recherche d’un ennemi camouflé et qui refuserait le combat. De surcroît, l’armée syrienne ne le tolérerait pas : si elle se réjouit grandement du retrait américain (qui, d’ailleurs, n’a toujours pas commencé), ce n’est pas pour laisser l’armée turque s’installer à sa place.

Alors, comme toujours dans la région, le dernier mot reviendra à la Russie, qui a annoncé une réunion tripartite pour début janvier. Poutine, Erdoğan et l’Iranien Rohani devront trouver un modus vivendi.

Antoine de Lacoste

( 26 décembre, 2018 )

Résurgence du Pays Réel, effondrement du Pays Légal …

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

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On l’a dit – en reprenant la vieille dialectique maurrassienne : les événements que nous venons de vivre et sans-doute encore ceux qui vont suivre, peuvent s’analyser comme une résurgence du Pays Réel que l’on croyait anéanti à tort, et, sous ses coups de boutoirs, comme un effondrement parallèle du Pays Légal, élargi à toutes les composantes du Système, aujourd’hui décréditées dans leur globalité à un point, semble-il, irréversible. 

Certes, la cible principale de la révolte c’est Emmanuel Macron et, bizarrement, comme si nous étions encore en monarchie, c’est aussi son épouse Brigitte, objet de railleries et d’insultes de tous types. Il faut, pour s’en rendre compte, avoir entendu sur le vif les cris de la rue. D’aucuns se sont rappelé que, comme les Anglais et les Russes, les Français sont au propre ou au figuré un peuple régicide… Mais les sondages montrent aussi la déconfiture généralisée des partis – hormis, il est vrai, celui de Marine Le Pen. Les grands partis traditionnels sont tous autour de 10%, voire très au-dessous. Et les syndicats, donc ! Chaque fois qu’ils ont voulu entrer dans le jeu, ils ont été récusés, toute représentativité leur étant à juste titre déniée. Ils ne font plus illusion. Il n’y a plus vraiment d’organisations ouvrières. Il en est de même des parlementaires. Les nostalgiques doivent s’y faire : le  parlementarisme classique, façon XIXe ou XXe siècle, n’est plus du tout au goût du jour. C’est un archaïsme. Les journalistes, universellement décriés, n’ont pas meilleure presse… Méfiance générale à leur endroit. Finalement, ce n’est qu’avec les forces de l’ordre que, paradoxalement, les manifestants de ces derniers samedis ont eu des moments de fraternisation …

Que peut donner une révolte populaire de type spontanéiste, sans commune substance, sauf ce qu’il lui reste d’enracinement, sans organisation, sans hiérarchie, sans conscience claire des conditions et des limites du raisonnable et du possible ? C’est une autre question. Elle est principale.

Qu’il existe toujours un peuple français enraciné, capable de « faire société »,  au moins sous forme embryonnaire, et doué d’une faculté de réaction non-négligeable, au point de faire reculer, tanguer, capituler un État puissant mais sans légitimité vraie, est une bonne nouvelle.

2432677-la-gauche-francaise-pionniere-de-la-deregulation-financiere.jpgSera-ce au point d’avoir réellement contraint – persuasion ou simple rapport de force – le président de la République à un renversement durable et complet de politique – assimilé à celui opéré par Mitterrand en 1983 -  comme le croit Éric Zemmour ? A ce dernier l’on ne peut dénier expérience, culture et flair politiques. On doute toutefois un peu lorsqu’il écrit : « Macron ne jurait que par l’Europe et le libéralisme. Depuis lundi, il s’est rabattu toute honte bue sur le national et le social.  C’est la grande victoire des gilets jaunes et de cette France périphérique qui avait été jusque-là sacrifiée à la mondialisation. C’est la grande défaite des élites qui avaient hissé Emmanuel Macron sur le pavois » Et encore : « il a été obligé de baiser la babouche de ces Gaulois réfractaires qu’il méprisait et de jeter ses armes au pied de son vainqueur. Son quinquennat est fini. En tout cas celui qu’il avait débuté triomphalement en mai 2017. » Les semaines qui viennent confirmeront-elles ou non cette analyse ? En tout cas, il est clair que ces derniers jours, le pouvoir s’en est constamment tenu aux reculades, à la repentance, aux excuses, aux concessions, aux regrets assortis d’une distribution d’espèces sonnantes et trébuchantes. En réponse aux contestataires et aux émeutiers, « Vous avez raison » a été le maître-mot du Chef de l’État et de ses ministres. En ont-ils eu réellement peur ? C’est bien possible.

Le mouvement contestataire vient de très loin et de très profond même s’il est fait d’un peu n’importe quoi et s’il ne repose sur aucune intelligence politique structurée. Est-il fait pour durer, s’amplifier, se métamorphoser ? Nous le verrons. Dans une chronique alarmiste sur Europe 1, Jean-Michel Apathie, pour une fois lucide, a montré en tremblant comment l’État ne tient plus qu’à un fil. « Et ce fil, c’est la police« . Elle-même en colère et susceptible de retournement. Dans un entretien de haute volée avec Mathieu Bock-Côté, Alain Finkielkraut signale de son côté que le gouvernement français craint un embrasement des banlieues !

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Emmanuel Todd, enfin, avance une analyse fine, subtile et profonde, à l’encontre d’Emmanuel Macron : son image hier charismatique et forte, s’est transmuée en celle d’un enfant. C’est désormais sous les traits d’un enfant que les Français l’envisagent. L’autorité ayant toujours plus ou moins la figure du père, Emmanuel Macron en a perdu l’apparence et sans doute la réalité. Irrémédiable déchéance ! Décidément, la coupe est pleine. De quoi demain sera-t-il fait ? Mais, en tout temps, les « remises en cause » sont suivies d’une remise en ordre.

Vers quel type de remise en ordre, au bout du compte, cela peut-il conduire ? C’est, pour l’instant, la grande inconnue. Les nécessités françaises oscillent entre ces deux impératifs. Un peuple et un Etat.

Il n’y aurait plus de nation française sans un Pays Réel minimum. Mais pas de France non plus sans ordre politique et social, sans autorité reconnue, sans un État rétabli, sans une action politique volontariste et nationale,  en bref, sans une incarnation agissante du Bien Commun.

Sans-doute, dans cet esprit, comme de nombreux Français le pensent, une période « autoritaire » transitoire de reconstruction du pays serait-elle nécessaire pour affronter la situation présente. A terme, le recours au Prince, le retour au principe dynastique,  demeure la  solution optimale

( 23 décembre, 2018 )

Trump annonce le retrait américain de Syrie… et, cette fois, ça semble sérieux !

 

Lu sur Boulevard Voltaire

 

Cette fois, ça a l’air sérieux. Donald Trump avait annoncé, pendant sa campagne électorale, que les États-Unis se retireraient de Syrie. Il l’avait ensuite confirmé mais rien ne s’était passé.

Et puis, après l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, en avril 2017, imputée sans aucune preuve à l’armée syrienne, un revirement semblait s’être produit. Trump avait ordonné un bombardement de représailles en insultant allègrement Bachar el-Assad. Les faucons de la Maison-Blanche reprenaient du poil de la bête et semblaient convaincus d’avoir fait changer d’avis leur président. Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, annonçait encore récemment que les États-Unis ne partiraient pas tant que l’Iran serait présent en Syrie.

Autant dire que le tweet de Trump en a surpris plus d’un. Le secrétaire à la Défense, James Mattis, un faucon, n’a pas supporté d’être ainsi désavoué et a annoncé sa démission. La Maison-Blanche est donc en pleine tempête, mais elle a l’habitude.

Bien sûr, un revirement est toujours possible avec ce président sanguin et versatile. Mais la démission de Mattis est tout de même un symbole fort, même si les désaccords étaient nombreux entre les deux hommes.

Au-delà de la promesse électorale tenue concernant une guerre qui n’intéresse pas les Américains, quelle peut être la motivation de Trump ?

Car le retrait de ses troupes est une trahison de son allié kurde qui constituait son infanterie contre Daech. De plus, il mécontente Israël et réjouit ses ennemis du moment : la Russie, et surtout l’Iran.

Afin de comprendre, il faut se tourner vers la Turquie. Pour Erdoğan (mais ce serait la même chose pour tout dirigeant turc), l’ennemi, c’est le Kurde. L’alliance américano-kurde l’exaspérait donc. La Russie lui faisait les yeux doux malgré leur fort antagonisme du début de la guerre, et l’achat de missiles russes se profilait à l’horizon. Pour un membre de l’OTAN, cela faisait désordre.

Trump était donc confronté à cette alternative : continuer d’occuper un tiers de la Syrie avec 2.000 hommes et ses auxiliaires kurdes en creusant l’antagonisme avec Ankara ou lâcher son allié et tenter une réconciliation avec la Turquie. Ce n’est, d’ailleurs, pas gagné car Erdoğan reste persuadé que les Américains sont derrière la tentative de coup d’État qui a failli le renverser en juillet 2016.

Trump a donc choisi (s’il va jusqu’au bout) et les conséquences vont être importantes en Syrie. Les Turcs vont probablement attaquer les Kurdes dans le nord et, en échange, l’armée syrienne aura le droit de reconquérir une partie de la province d’Idleb, tout cela sous contrôle et accord de la Russie qui n’en demandait pas tant.

Pour justifier sa décision, Trump a indiqué que le travail était accompli et que Daech était vaincu. Le problème, c’est que ce n’est pas tout à fait vrai. Bien sûr, il n’en reste plus grand-chose, et sans doute moins de 5.000 hommes sont en état de se battre actuellement en Syrie. Ce n’est pas avec ça que l’on peut reconquérir grand-chose. Mais ces hommes sont toujours là et le fait que leur chef soit toujours vivant montre une capacité de résistance incontestable. Pour les Américains, qui avaient tenu à distance Russes et Syriens sur ce front, c’est, en fait, un échec.

Daech est très affaibli mais l’islamisme sunnite n’est pas près de s’éteindre.

Malgré cela, les Américains ont mis un tel chaos au Proche-Orient qu’un retrait de leur part est tout de même une excellente nouvelle, au moins pour la Syrie.

Antoine de Lacoste

( 20 décembre, 2018 )

Ce Système dont nous ne voulons plus…

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

En juin 1980, le journal Royaliste titrait, sur fond de Marianne vacillante : « Qui croit encore au système ? » : nous étions en pleine Giscardie, et les contestations restaient vives, dans le même temps que les Gauches s’apprêtaient à accéder au pouvoir, pour la première fois sous la Cinquième République, et soufflaient constamment sur les braises, s’enivrant de grands mots et de slogans qui se voulaient encore « révolutionnaires ». Les royalistes n’étaient pas les derniers à contester la présidence de « Foutriquet », selon le mot du philosophe Pierre Boutang, et à prôner un changement de tête, en attendant et en préparant un changement dans les institutions, certains en approfondissant celles de la Cinquième, « de la monarchie élective à la monarchie héréditaire et arbitrale » et d’autres, plus rudement, en renversant l’ordre centraliste, « de la République jacobine à la Royauté fédérale des peuples de France ». Mais tous pouvaient se reconnaître dans le titre de Royaliste, et, près de quarante ans après (ces fameux « quarante ans » que les Gilets jaunes évoquent comme un véritable mantra), après ces quatre décennies sans doute perdues pour la France (sauf peut-être sur la question de la décentralisation, avec les lois de 1982 et de 2004), ce titre paraît tout à fait adapté à la situation !

 

Ce Système dont nous ne voulons plus... dans actualités drapeau-breton-colre

 

Bien sûr, il paraît nécessaire de définir ce que l’on peut nommer « système » pour éviter tout malentendu et toute illusion, et ne pas se tromper ni de cible ni d’enjeu. Le « système », c’est d’abord un état d’esprit libéral (au sens le plus extrême du terme) mis en pratique par le jeu d’institutions de moins en moins politiques et de plus asservies par les féodalités financières et économiques, de la République à l’Union européenne, et c’est surtout l’imposition d’une « gouvernance mondialisée » symbolisée et représentée par le pouvoir de grandes villes-monde ou d’immenses zones métropolisées qui n’ont plus guère de rapports avec les pays et les populations historiques sur lesquelles elles vivent, souvent à leur dépens, comme du temps de la romanisation antique. Le système, c’est ce carcan de la démocratie dite représentative de plus en plus lointaine pour ceux qu’elle prétend représenter sans leur laisser le droit à la libre parole, et qui est aux mains de partis et de notables de moins en moins représentatifs des réalités sociales de notre pays ; c’est ce que l’on pourrait nommer « le pays légal », celui des élus, des parlementaires (qualifiés souvent de « parlementeurs », comme en février 1934 ou dans les années 1950, avant le retour du général de Gaulle) et des ministres, mais aussi des syndicats, des médias ou des artistes de la société du spectacle, vitrine de la société de consommation.

Au regard des derniers événements, l’on peut aisément constater que ce système, qui porte aujourd’hui le nom « synthétique » de « République » et qui a peu à voir avec le sens premier de ce mot, la « Res publica » (la chose publique, ou la communauté publique, de la Cité), se défend bien à défaut de bien gouverner : la célèbre formule d’Anatole France, l’auteur du conte si peu républicain « L’île des pingouins », reste actuelle, et les méthodes du Sinistre de l’Intérieur, M. Castaner, démontrent à l’envi ces procédés de « basse police » qui vont si bien à ce système qui, à défaut d’être bien aimé, entend forcer les citoyens à l’accepter sans contester. Les diverses limitations de la liberté d’expression, les censures insidieuses ou les manipulations nombreuses, sans oublier les nouveaux moyens de la répression courante, des charges en moto (que j’avais, un des premiers, évoqué dans mon témoignage sur les événements parisiens du samedi 1er décembre) aux blocages de bus de manifestants bien en amont de Paris, de l’usage (inédit en ville depuis 2005) des blindés frappés de l’écusson de l’Union européenne (tout un symbole !) aux jets inconsidérés de gaz lacrymogène sur des manifestants un peu trop joyeux (comme place de l’Opéra samedi 15 décembre), sans oublier les projets ministériels et gouvernementaux de limitation légale du droit de manifester, tout cela marque une radicalisation d’un Système aux abois, furieux de s’être laissé bousculer par des « manants en gilets jaunes », sortis des profondeurs d’un « pays réel » négligé, voire oublié des « élites » (sic) tout d’un coup empêchées de « mondialiser en rond », selon l’heureuse expression d’un commentateur radiophonique…

En d’autres temps, Jean de La Varende, écrivain enraciné de Normandie, avait réhabilité le sens du mot « manant », en rappelant sa véritable et historique signification : « des manants, le beau mot qui réunissait gentilshommes et terriens… de maneo : je reste, je persévère et j’attends. Les autres pouvaient fuir ; pouvaient courir où l’on se divertit : à eux, les manants, de continuer, d’assurer. »

 

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Alors, oui, en nous souvenant d’où nous venons et qui nous sommes, il nous est possible et fort légitime de revendiquer, face à un système féodal-libéral inquiet de ne plus être « la seule alternative » chère à Margaret Thatcher, d’être « les manants du roi », non pour détruire ce qui s’effondre, mais pour fonder un nouveau pacte social et politiquement royal, à l’écoute et au service de tous, cette alliance de l’Autorité nécessaire au sommet et des libertés garanties à la base, cette nouvelle arche française prête à affronter les tempêtes de ce « monde global » et de son « globalitarisme » néfaste pour les hommes comme pour la planète toute entière : pour ramener les Fouquet contemporains à la raison, il nous faut un « Louis XIV institutionnel », non un tyran mais un roi « protecteur des hommes et défenseur de la paix ».

La Monarchie n’a pas de sceptre magique, mais elle est la meilleure arme contre les spectres d’une mondialisation devenue folle d’avoir toujours eu tort…

Jean-Philippe CHAUVIN

( 17 décembre, 2018 )

Le vent tourne

 

Lu sur « lafautearousseau »

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Les choses commencent à bouger. Au moins dans les paroles, ce qui est déjà un signe. Mme Lagarde : « il faut que les bienfaits de la mondialisation soient partagés par tous et non pas par quelques-uns » (F.M.I., mardi 4) : c’est reconnaître que la mondialisation a produit des méfaits. M. Macron : « Aucun pays n’avance s’il n’entend pas aussi cette part de colère légitime de nos peuples » (Sommet européen, jeudi 13) : c’est reconnaître la légitimité de la poussée populiste en Europe.

C’est l’heure du désenchantement pour M. Macron. Surnommé « l’Européen », un peu trop vite, après son élection, en raison de l’engagement explicite de vingt-six de ses propositions de campagne ; porté aux nues pour ses discours dans des lieux hautement symboliques (la colline de la Pnyx face à l’Acropole, le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, le parlement de Strasbourg, le Bundestag) ; récompensé enfin par le prix Charlemagne dans la salle du couronnement de l’Hôtel de ville d’Aix-la- Chapelle… M. Macron a(vait) foi en l’Europe de Bruxelles et l’Europe de Bruxelles a(vait) foi en M. Macron. Mais, confronté à la réalité des choses en France même, en l’occurrence la révolte de Gilets jaunes qui dénoncent une situation, dont on sait qu’elle est en grande partie la conséquence de l’européisme militant auquel il s’était rallié, M. Macron doit en rabattre un peu.

Un peu ? C’est selon… Quand l’Italie « populiste » – celle de de MM. Conte, Di Maio et Salvini – présente un budget à 2,4% de déficit, elle s’attire les foudres excommunicatrices de la commission de Bruxelles et le mépris d’un M. Moscovici qui, ministre des Finances de François Hollande (jusqu’en mai 14) avait proposé des budgets en déficit d’environ 4% (et, rappelons-le, une augmentation des impôts de 52 milliards d’euros, dont les 2/3 tiers pour – mieux vaudrait dire « contre » – les ménages des classes moyennes). En revanche, quand la France « progressiste » de M. Macron s’apprête, sauf ultime tour de passe-passe technocratique, à franchir sans vergogne la barre des 3% (on parle de 3,4), cela devient pour le même M. Moscovici « envisageable ». Mansuétude suspecte quelles que soient les contorsions justificatrices.

Et preuve évidente que l’idéologie est le fondement même de cette Union aux dogmes pourtant chiffrés. C’est pour ne l’avoir pas compris que M. Macron est en situation d’échec. Le Président français était déjà incapable de convaincre ses partenaires dans sa vision régénératrice d’une Union européenne essoufflée. Il comptait, mais ce fut en vain, sur un soutien allemand. Echec « majeur » donc d’une relation franco-allemande qui devait pallier le départ de la Grande-Bretagne et « redonner du sens à la construction européenne ». En effet, l’Allemagne reste essentiellement soucieuse de préserver ses intérêts commerciaux et financiers. Un seul exemple, précis et d’actualité : son refus de taxer au niveau européen les fameux « GAFA » par crainte de mesures de rétorsion états-uniennes qui pénaliseraient ses propres exportations de véhicules automobiles ; Mme Merkel préfère un très hypothétique « impôt minimum mondial » dont on imagine mal qu’il puisse voir le jour. Du coup, sachant que la Grande-Bretagne envisage une taxe dès 2020, des voix s’élèvent en France qui suggèrent des mesures concertées avec Londres qui, à cette date, ne fera plus partie de l’Union : cherchez l’erreur.

A six mois des élections européennes, les autres pays s’interrogent avec inquiétude sur la France. Si Berlin reste sur une prudente réserve, la presse d’outre-Rhin, et c’est significatif, critique violemment « le chaos » français et dénonce une « nouvelle Italie » (Die Welt). Voilà donc notre président fortement décrédité. On ne s’en plaindra pas car cela pourrait lui permettre de se recentrer sur la France, de comprendre que l’Europe mérite mieux que sa caricature européiste de Bruxelles et de renoncer à sa vision manichéenne et moralisatrice de deux camps (progressiste et populiste). Sinon, il risque fort de recevoir un nouveau camouflet lors des élections européennes de mai 2019, comme le laisse entendre un tout récent sondage.

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