( 12 mars, 2020 )

Editorial du n° 360 de LA LORRAINE ROYALISTE

 

 

Le 31 janvier 2020 est une date qui restera dans l’histoire. C’est ce jour qu’un pays reprend la liberté qu’il avait perdu en s’enfermant dans un ensemble supra national lui enlevant la maîtrise de ses intérêts, de son économie, de son avenir : l’Union Européenne. Cette « libération » fut fêtée joyeusement comme il se doit par les Anglais. Pourtant, le Royaume va devoir  encore durant plusieurs mois respecter les règles de l’Union, au moins jusqu’à la fin de l’année, jusqu’à qu’un accord – ou pas – soit conclu. Il avait choisi,  après le référendum du 23 juin 2016 ayant décidé du retrait du Royaume Uni de l’U.E., d’appliquer l’article 50 qui prévoit la possibilité pour un pays de se retirer. C’était s’engager dans un engrenage dangereux. Cela entraina plus de 4 ans d’incertitudes, de négociations difficiles dans lesquelles la commission européenne fait tout pour « faire payer » (selon le mot de Sarkosy) aux Anglais leur volonté de reprendre leur indépendance. Il s’agit de tout faire pour montrer qu’il est très dur, voire impossible de quitter la structure européenne pour éviter que d’autres pays aient la même idée…  Le premier ministre Boris Johnson, contrairement à Théresa May, entend cependant bien aller au plus vite, quitte à ce qu’il n’y ait pas d’accord, ce qui pourrait être aussi bien pour son pays ! Il faudra s’en souvenir au moment béni où la France quittera ce magma européiste, ce que je souhaite le plus proche possible. Le mieux serait sans doute de dénoncer unilatéralement tous les traités nous liant dans l’Union Européenne avec un délais très court, quitte ensuite, une fois libre, à entreprendre des négociations d’accords sur des points précis, plus de pays à pays qu’avec la bureaucratie de « bruxelloise ». Il y a d’ailleurs fort à parier que d’autres nous suivraient et que ce serait le début de la fin de cette utopie européiste, s’il n’a pas déjà un peu commencé avec le Brexit !

La crise du « Coronavirus » nous démontre encore plus que nous avons raison et que l’Union Européenne et son mondialisme nous conduisent au désastre. Il ne s’agit pas de l’épidémie en elle-même. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Et elles se propageront, comme toujours (souvenons-nous entre autres de la « peste noire » au XIV° siècle !) par des personnes qui voyagent mais ce n’est pas une raison pour interdire les voyages, les contacts entre les nations, les échanges. Tout cela est utile et doit être favorisé. Après, il faut savoir protéger nos nationaux contre la maladie et, comme cela a toujours été, c’est du domaine des médecins et du système de santé. Par contre, là nous voyons les méfaits du mondialisme et spécialement dans le domaine médical : nous apprenons que la plus grande partie de nos médicaments sont produits à partir de produits importées. Serions-nous incapables de les fabriquer ? Non, simplement, nos industries pharmaceutiques font des économies en achetant ces produis de  base en Chine, en Inde  ou ailleurs dans le monde. C’est purement une question financière à court terme. Voilà ce qu’un Etat digne de ce nom devrait interdire. C’est vrai dans ce domaine mais aussi dans beaucoup d’autres : toute notre industrie, toute notre agriculture aussi, pourrait ainsi être paralysée du jour au lendemain si les Chinois (mais pas qu’eux) ne voulaient plus, ou ne pouvaient plus, nous approvisionner ou si les transports (par ailleurs très pollueurs) étaient paralysés. Et nous ne pouvons pas  réagir, l’Union Européenne nous l’interdit !

Et ce ne sont pas nos dirigeants politiques qui vont défendre les intérêts de la France ! Ils sont entièrement soumis à l’idéologie internationaliste comme le veulent les grands groupes financiers qui sont leurs amis. Ils ne veulent pas défendre les intérêts de la France et des Français, cela ne les intéresse pas. Voyez, autre exemple, comment nos centrales nucléaires, pourtant gage de succès, non polluantes, garantes en grande partie de notre indépendance énergétique sont sacrifiées par idéologie et peut-être aussi par intérêt de certains groupes financiers (ils ne les tiennent pas en main !). Dans un autre domaine, comment ne pas être confondu devant le discours pour ne rien dire de Macron sur la fracture du pays, lui qui, de fait, favorise les frères musulmans en France.

Il ne faut pas compter sur eux pour que renaisse l’indépendance française.

Penser à long terme n’est pas possible dans un régime où les dirigeants ne pensent qu’à la prochaine élection et à faire plaisir à leurs commanditaires. Il faut à la France retrouver un pouvoir suprême indépendant des élections et qui sache poursuivre à long terme les intérêts de la France et des Français.  Ce pouvoir, c’est celui du Roi de France qu’il nous faut rétablir à la tête du pays.

Le Roi fixe l’avenir, permet l’unité du Pays et donne l’espoir à la population. A tous les Français, quelque soit leurs origines, il donne la fierté d’être Français. C’est autour du Roi que nous reformerons l’unité nationale de toutes les parties du peuple français alors que la république, par définition, divise.

Philippe SCHNEIDER

( 12 mars, 2020 )

Le propre de l’Action Française ce n’est pas le nationalisme, c’est le nationalisme intégral

 

Lu sur le site « Je Suis Français »

 

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Le nationalisme est revenu à l’ordre du jour, qu’il soit explicitement affirmé comme tel ou simplement pratiqué, ce qui compte bien davantage. Il en est ainsi à peu près partout dans le monde

DIALOGUE

Pourquoi ce titre ? Pourquoi marquer cette différence ?

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D’abord parce qu’il est normal de marquer sa différence. Nous sommes d’Action Française, c’est sa doctrine que nous diffusons, celle de l’école maurrassienne et c’est son expansion que nous visons.

Est-ce que cette réaffirmation du nationalisme intégral constitue en bref une sorte de rupture avec le nationalisme en soi, les nationalistes en général ?

Évidemment non. Le nationalisme en tant que tel est une prise de conscience naturelle de l’enracinement de chacun de nous dans la nation où nous sommes nés. Ce sentiment naturel ne se limite pas aux divers courants qui s’affichent comme nationalistes. Il traverse à des degrés variables toutes les familles politiques. D’autant qu’il est aujourd’hui avivé, légitimé, par les menaces qui pèsent sur notre nation et sur l’Europe dans son ensemble, comme cela s’est parfois produit dans l’Histoire. D’où la volonté induite de les défendre.

Est-ce que c’est là une définition du nationalisme ?

Oui. En termes très simples. Autrefois, on enseignait à l’Action Française la distinction à opérer entre nationalisme et patriotisme. Ce dernier, premier stade du nationalisme, s’appliquerait au territoire en tant que tel, la terre des pères, et selon la formule barrésienne la terre et les morts, délimitée par les frontières. Le nationalisme défendrait plutôt l’héritage forgé sur ce sol, sur cette terre, les œuvres matérielles et immatérielles, l’âme et l’esprit, les mœurs, les goûts, les arts, les croyances, en bref la civilisation d’un peuple. Qui doivent être défendus même si le territoire national n’est pas envahi.

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Ce sont sans doute là des concepts assez artificiellement séparés.Dans la réalité, patrie et nation, quels que soient les avatars de l’Histoire, ne vont pas l’une sans l’autre. Barrès et Maurras sont en ce sens inséparables.

Reste la définition simpliste de la doxa dominante qui pose que le nationalisme n’est qu’un patriotisme exagéré.  Quand elle ne condamne pas l’un et l’autre au nom de l’universalisme… Quant au nationalisme intégral, il a souvent été présenté comme un nationalisme paroxystique. L’expression peut sans-doute prêter le flanc à cette interprétation. Mais ce n’est pas du tout le sens que l’Action Française lui a jamais donné. Nous aurons à y revenir.

Justement que peut-on en penser de la dialectique nationalisme-mondialisme ?

S’agissant du nationalisme, d’abord, c’est une évidence que tout ce qui est exagéré. irrationnel et sans limite est virtuellement dangereux. Y compris un certain nationalisme – un nationalisme qui répondrait à ces caractéristiques négatives. En revanche, un nationalisme réfléchi, mesuré, régulé par la conscience des limites qu’il doit s’imposer à lui-même, ne serait-ce que pour ne pas exposer la nation à des risques excessifs, ou même mortels, un tel nationalisme à rebours des pathologies politiques que nous avons dites, n’est ni dangereux ni critiquable. Il est utile, souhaitable, voire indispensable. Le souci de mesure, de limite et de raison nous rapproche déjà de ce que l’Action française a appelé nationalisme intégral. Lequel se distingue nettement du nationalisme jacobin qui nie et détruit la structure organique de la nation, et / ou la met au service de l’idéologie, de l’expansionnisme agressif ou d’un étroit esprit revanchard.

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Mais d’un autre côté, si le sentiment national s’affaiblit, s’il est nié, caricaturé ou combattu, la nation tend à se dissoudre et devient alors une proie facile pour ses voisins ou s’adonnera aux luttes civiles. L’affaiblissement du nationalisme naturel d’un peuple, l’érosion de la cohésion nationale, n’apporte donc pas la paix mais la guerre ou la servitude. Et au pire la guerre civile.

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L’Histoire nous enseigne cela, en effet. Un certain pacifisme angélique et / ou idéologique, produit la guerre bien plus sûrement encore que le nationalisme d’agression lui-même. Tenter ses voisins de vous envahir ou de vous asservir parce qu’on a négligé d’équilibrer ses forces face aux leurs, est générateur de conflit et de guerre tout autant ou davantage que le nationalisme sous sa forme révolutionnaire et totalitaire.

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C’est toute la trame du second conflit mondial, qui, probablement aurait pu être évité si au début des années 30 la France ne s’était pas relâchée face à l’Allemagne. Et ce quel qu’ait été l’esprit obsessionnellement revanchard et belliciste d’Hitler. Donner un coup d’arrêt à ses projets de guerre pouvait être tenté avec succès lors de la remilitarisation de la Rhénane par les troupes allemandes en mars 1936. À Munich, il était déjà trop tard, comme notre rapide défaite le montrera en 1940.

Quant à l’universalisme,  nous savons aujourd’hui qu’il ne produit pas la paix. Quoi que l’on ait prétendu, la mondialisation a apporté bien plutôt la guerre économique. Qui précède et prépare l’autre. Sans compter les fractures et les violences causées au sein des sociétés essentiellement occidentales par les mouvements migratoires massifs.

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En niant l’ordre du monde comme concert des nations, le mondialisme ne conduit pas à la paix, comme nous le constatons aujourd’hui si l’on sait analyser et comprendre un tant soit peu la situation réelle du monde actuel et ses évolutions les plus récentes qui montent des nations comme une vague de fond. Ces évolutions vers le nationalisme décomplexé sont en cours dans de nombreux États. Et parmi les plus puissants du monde. Ils sont connus de tous.

Cela implique-t-il une solidarité des nationalismes ?

Oui, mais dans la limite des intérêts nationaux concrets lesquels finissent toujours par s’opposer un jour ou l’autre en divers domaines. Cela dit, en nous excusant d’utiliser des expressions anglaises à la mode, il est clair que nous avons plus d’affinités et de respect pour les somewhere et beaucoup moins pour les anywhere ou les nowhere. Il nous paraît normal qu’existe, dans les limites que nous avons dites, une solidarité, une amitié naturelles, entre les personnes, les institutions et les peuples qui se savent, se sentent et se veulent enracinés dans une terre, une histoire, une identité héritées de leur histoire. Ce qui entraîne d’ailleurs un esprit d’ouverture aux autres et non de fermeture, à rebours de ce qu’affirme la pensée dominante.

Vous avez qualifié de virtuellement dangereux un nationalisme qui serait exagéré, irrationnel et sans limite. 

C’est une évidence. N’importe quoi de pleinement normal peut muter dans toutes sortes d’anomalies selon la formule archi-connue du Dr. Knock de Jules Romain. Même « la santé est un état précaire qui ne présage rien de bon. » Le nationalisme naturel, légitime et mesuré, qui est de l’ordre de la santé, peut lui aussi entrer dans un cycle de démesure et de pure agressivité qui ne produira que des catastrophes pour la nation qui s’y livre et pour les autres, bien évidemment.

Pensez-vous à des références historiques en particulier ?

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Les guerres révolutionnaires et les guerres de l’Empire sont dans ce cas. Porter la Grande Armée jusqu’à Moscou fut une entreprise grandiose, épique même, mais surtout une folie. Qu’Hitler renouvellera au siècle suivant, pour son malheur à lui aussi. Celui de l’Europe et de l’Allemagne elle-même. Dans l’un et l’autre cas, le nationalisme s’y mêle d’idéologie. Dans les deux cas, vouloir conquérir l’Europe entière, y imposer la domination d’un seul État, tient de l’Hubris, c’est à dire de la déraison ou démesure. Ça n’a marché dans aucune circonstance  depuis la chute de l’empire romain. N’est pas Rome qui veut.

Que dire des guerres franco-allemandes du siècle dernier ?

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Elles germent vers le milieu du XIXe siècle. La volonté de puissance de la Prusse commence alors à s’affirmer avec force. Son ambition hégémonique s’exerce d’abord dans l’ère germanique elle-même notamment avec la mise en place du Zollverein. Elle est manifeste encore dans sa rivalité avec l’Autriche, l’autre grande puissance germanique qui vit un long déclin, semble-t-il sans retour comme en témoignent l’Histoire ainsi qu’une admirable littérature.

Au congrès de Vienne, en 1815, dans une situation d’épuisement généralisé, après les deux décennies de guerre – révolutionnaires et napoléoniennes,  l’esprit européen avait prévalu. Et ce, même si chacune des puissances participantes y avait âprement défendu ses intérêts propres. La conscience d’un impératif commun supérieur commandait de restaurer l’ordre et la paix. Mais à partir de 1848, avec la résurgence des idéaux révolutionnaires à travers l’Europe, notamment en France et en Prusse, il semble que cette prévalence de l’esprit européen ait progressivement disparu. S’en suivent trois guerres franco-allemandes dont les deux dernières furent mondiales et dont la dernière prit une dimension à forte dominante idéologique.

Il nous semble que quelque chose de l’esprit européen supérieur subsistait encore en 1870-1871 et 1914-1918, malgré l’horreur de ce dernier conflit qui fut comme un suicide presque inconscient des nations européennes. Elles le payent aujourd’hui de leur déclassement dans le monde. De ces guerres, l’hubris et le bellicisme allemands portent une grande part de responsabilité. On ne peut non plus en exonérer les aspects erratiques et lâches de la politique extérieure et militaire du Second Empire et de la AKG114681-300x222

IIIème République. Le tout s’achève dans notre effondrement de 1940 puis par la défaite apocalyptique de l’Allemagne en 1945. À titre de comparaison, avec le recul d’un siècle, il ne nous semble pas faux de considérer que l’empereur Guillaume II conservait encore une part non-négligeable d’esprit européen supérieur, esprit dont Hitler, presque exclusivement habité par le ressentiment, le désir de revanche, de vengeance et de conquête, sera singulièrement dépourvu.

Ce déchaînement des guerres européennes suicidaires nous donne une idée assez évidente des méfaits d’un nationalisme déréglé, en définitive mortifère, sans abolir pour autant la légitimité  du nationalisme sain que nous avons appelé naturel, mesuré et conscient des limites.

Est-ce que c’est par là, dans cette différence que l’AF considère substantielle, que se définit le nationalisme intégral ?

Sans-doute. En fait, le nationalisme d’opinion, si nécessaire et si respectable soit-il, est aussi porteur des risques et défauts inhérents à sa nature ; il peut verser dans l’exaltation, la démesure, l’aventurisme, manquer de la capacité d’évaluation exacte des situations, des risques, être frappé d’une certaine part d’ignorance, accepter d’être manipulé, etc.

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Soyons simples. L’on ne peut qu’être conscients que le national-socialisme et le fascisme n’ont pas bien fini du tout en Allemagne et en Italie. Ces dictatures totalitaires ont fait, au bout du compte, le malheur de leur pays. L’Italie s’en est assez rapidement plus ou moins remise mais l’on ne doit pas ignorer ce qu’a souffert la nation allemande coupée en deux jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989.

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En revanche, malgré ses protestations ou ses professions de foi humanistes et universalistes, c’est bien un puissant élan nationaliste qui a permis à l’Allemagne de réussir au prix d’un immense effort et de sacrifices considérables, sa réunification. Ce ne fut pas fait tout à fait spontanément. Ce fut réalisé sous la ferme autorité du chancelier Kohl, comme avait été réalisée jadis l’unité allemande sous la poigne de fer du chancelier Bismarck.

En fait – et c’est là la définition vraie du nationalisme intégral – la garantie optimale du plein exercice d’un nationalisme conscient, volontaire, permanent, aussi raisonnable que le permettent les facultés humaines, réside pour nous dans la forme dynastique de l’État, ou si l’on préfère dans la personne d’un roi, pris comme maillon d’une chaîne historique, un roi comme successeur et comme prédécesseur. En lui et en sa dynastie, le nationalisme se trouve institué, institutionnalisé, ou, si l’on préfère un autre concept, incarné. Le nationalisme intégral, c’est la monarchie.

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Notons encore, pour conclure que le nationalisme d’opinion – et les mouvements qui s’en revendiquent, le cas échéant –  sont en général plus réactifs que créatifs. Ce sont de grandes dynasties qui ont construit – sinon toujours les nations – au moins les États qui aujourd’hui encore constituent la structuration politique du continent européen. Ainsi les souverains étaient-ils couramment appelés pères des peuples, pères de la patrie, ou affectueusement, comme en Russie, petit père des peuples, car ce qu’ils faisaient n’eût pas été possible sans l’assentiment et le concours populaires. Nationalisme et monarchie sont donc pour nous parfaitement consubstantiels et c’est pourquoi il nous paraît erroné de fixer entre ces deux éléments – constitutifs du nationalisme intégral – un ordre, une priorité de l’un sur l’autre. Ils vont ensemble.

JSF

( 11 mars, 2020 )

Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda

 

Communiqué de Bernard Lugan

 

26 années après le drame, l’histoire du génocide du Rwanda n’est connue que par sa version officielle. Ecrite par les vainqueurs, elle est répétée en boucle par des médias alignés sur la doxa imposée par le régime du général Kagamé.
Cette histoire officielle tient en trois points :
1) Le 6 avril 1994, les « extrémistes » hutu abattirent l’avion du président hutu Habyarimana.
2) Dans la nuit du 6 au 7 avril, ces mêmes « extrémistes » hutu firent un coup d’Etat afin de mettre en place le GIR (Gouvernement intérimaire rwandais), qui entreprit de déclencher le génocide des Tutsi, un génocide programmé de longue date.
3) Les forces tutsi du FPR furent alors contraintes de violer le cessez-le-feu en vigueur afin de sauver les populations du massacre.
Or, cette histoire est  fausse car :
1) Les « extrémistes » hutu n’ont pas assassiné leur propre président.
2) Il n’y a pas eu de coup d’Etat dans la nuit du 6 au 7 avril, mais tout au contraire, tentative de respecter la légalité constitutionnelle par la formation d’un pouvoir civil.
3) Le FPR a déclenché son offensive dès l’annonce de la mort du président Habyarimana, donc plusieurs heures avant les premiers massacres. Sachant qu’il allait ethno-mathématiquement  (90% de Hutu et 10% de Tutsi) perdre les élections au terme de la période de transition, sa seule possibilité de parvenir au pouvoir était en effet une victoire militaire.
Face au montage historique visant à légitimer la prise de pouvoir du FPR par la force, la véritable histoire du génocide du Rwanda a été écrite, jour après jour, et cela durant près de 15 années devant les quatre Chambres du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda), créé le 8 novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
Ce tribunal siégeant à Arusha, en Tanzanie, et qui a clôturé ses travaux  le 31 décembre 2015, a jugé 69 personnalités hutu. Lors de ces procès, des milliers de témoignages, des dizaines de milliers de documents écrits, sonores, photographiques ou filmés ont été produits et des dizaines de rapports d’expertise ont été présentés et défendus. Or, ceux qui prétendent parler du Rwanda n’ont jamais consulté ces archives, et quand ils les évoquent, ce n’est le plus souvent que par ouï-dire…
Et pourtant, au fil des audiences, une nouvelle version de l’histoire du génocide du Rwanda fut écrite qui est venue bouleverser sur trois points fondamentaux, à la fois l’état des connaissances que l’on avait en 1994, et l’entreprise de désinformation des officines alimentées par Kigali:
1) Aucune des quatre Chambres composant le TPIR n’a retenu la validité du cœur de l’histoire officielle, à savoir la préméditation du génocide. Selon les juges, l’Accusation ne fut en effet pas en mesure de démontrer que le génocide avait été programmé, le Procureur n’ayant pas apporté la preuve de l’existence d’une entente antérieure au 6 avril 1994 en vue de le planifier et de l’exécuter.
2) Le postulat de la planification envolé, quel fut donc le déclencheur de ce génocide ? Là encore, la réponse est très claire : devant les quatre Chambres du TPIR, il a été acté que ce fut la mort du président hutu Habyarimana, tué dans l’explosion de son avion abattu par deux missiles dont nous connaissons l’origine, les numéros d’identification ainsi que l’identité de ceux qui les tirèrent… Qui a donc ordonné cet attentat ? Sous la pression des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, le TPIR n’eut pas l’autorisation d’enquêter sur ce crime. La seule certitude est que cet attentat ne fut pas commis par des « extrémistes » hutu…
3) Le 6 avril 1994, dès la nouvelle de la mort du président Habyarimana connue, les forces du général Kagamé ont lancé une offensive préparée depuis plusieurs semaines contre l’armée nationale rwandaise désemparée par la mort de son chef d’état-major tué lors de l’attentat, et dont l’armement avait été consigné par l’ONU dans le cadre du cessez-le-feu et des accords de paix.
Expert assermenté devant le TPIR dans huit des principaux procès qui s’y sont tenus, j’ai préparé et rédigé huit rapports d’expertise que j’ai ensuite présentés et défendus devant les différentes Chambres entre 2002 et 2012.
Conservés dans les archives du TPIR, ces rapports n’étaient jusque-là accessibles qu’à un public plus que restreint. Aucun journaliste ou « expert » prétendant parler du Rwanda ne les a consultés. Et pourtant, ces huit rapports constituent des éléments essentiels à la compréhension en profondeur des tragiques évènements qui embrasèrent le Rwanda entre 1990 et 1994. Ils marquent également  autant d’étapes dans l’évolution de l’historiographie du génocide et ils permettent de comprendre le fonctionnement interne de cette énorme machine que fut le TPIR.
Regroupés dans un volume de 585 pages, ces huit rapports constituent un socle de connaissances en dehors duquel il est illusoire de prétendre parler du génocide du Rwanda d’une manière scientifique.
Pour obtenir le document au format PDF (585 pages/30 euros) :
Dix ans d’expertises devant le Tribunal Pénal International pour le Rwanda  dans histoire

( 10 mars, 2020 )

Aux origines de la question sociale en France. Partie 2 : l’idéologie libérale des Lumières.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Après un rapide tableau de la situation économique de la France royale avant la fin du XVIIIe siècle et l’évocation des corporations et de l’ordre socio-professionnel de cette époque, il n’est pas inutile d’évoquer succinctement l’état d’esprit dominant sous les Lumières, véritable révolution dans la pensée du service et du temps (entre autres), à rebours de la conception royale de la justice : le règne de l’Argent et de la classe qui en vit et qui en fera système s’annonce…

L’organisation corporative de la société et de la production françaises a longtemps convenablement fonctionné et la puissance avérée et significative de l’économie nationale sous la royauté fondatrice et fédérative est indéniable. Mais cela signifie-t-il, pour autant, que la Monarchie d’Ancien Régime ne connaissait pas de problèmes sociaux ou qu’elle était un système parfait et intangible, insensible aux temps et à leurs contraintes, leurs évolutions ? Bien sûr que non !

Nous connaissons tous les révoltes paysannes mais aussi urbaines qui émaillent les temps les plus difficiles du Moyen âge, en particulier après le XIIIe siècle. Elles traversent aussi l’époque dite moderne, et peuvent nous laisser une image plus que contrastée des temps anciens. Nous savons également que ce qui nous semble simple et naturel aujourd’hui (comme la disponibilité – payante, généralement – des produits de consommation alimentaire ou technique), ne l’était pas forcément hier : mais ne confondons pas les progrès techniques, souvent utiles et même salvateurs quand ils sont maîtrisés (1), avec les questions sociales, sans pour autant négliger les rapports et les tensions que les uns et les autres, dans toute société humaine, peuvent entretenir.

Or, ce qui est marquant dans l’exercice et la justification de la Monarchie, c’est son souci politique de la justice, symbolisé par la main de justice remise au roi lors du sacre de Reims et par l’histoire exemplaire (et présentée comme telle par les historiens de la dynastie) du roi Louis IX, devenu saint peu de décennies après sa mort devant Tunis. (2) C’est aussi le souci de garantir « le plus grand bien » aux peuples du royaume, ceux-ci étant indissociables de l’essence même de la Monarchie, ce que symbolisait l’alliance remise au roi, toujours lors de la cérémonie du sacre. Sans oublier sa fonction thaumaturgique qui voit le roi toucher les écrouelles (3) et laver, à l’imitation du Christ, les pieds de quelques miséreux à Pâques…

Or, l’idéologie des Lumières va remettre tout cela en cause, et c’est ainsi que la justice sociale va en être, au niveau des principes en attendant que cela soit au niveau des pratiques, la grande victime expiatoire, tout comme l’équilibre des sociétés et les classes populaires que les Lumières se chargeront, bientôt, d’invisibiliser.

 

Dans un récent article passionnant de La Nouvelle Revue Universelle (4), Antoine de Crémiers décrit le processus idéologique qui se met en place au XVIIIe siècle, sous un titre de paragraphe particulièrement évocateur, « La liberté du travail, « valeur » suprême de l’oligarchie » : « Comme l’a si bien démontré Karl Polianyi, qu’il s’agisse du mercantilisme ou des formes antérieures de régulation du travail, la valeur du travail – comme l’économie en général, d’ailleurs – est toujours subordonnée à d’autres exigences – religieuses, morales, politiques – qui en forment le cadre et viennent « l’encastrer » dans le social. C’est le libéralisme qui, peu à peu, va dégager l’économie de ces encastrements pour la rendre autonome et indépendante de tout lien avec la religion, la morale et la politique. Et c’est au nom de la liberté du travail que ce processus de dégagement va s’accomplir. C’est une fantastique et redoutable révolution.

Hannah Arendt résume très clairement les étapes de cette conception nouvelle : « L’ascension soudaine, spectaculaire du travail passant du dernier rang à la place d’honneur et devenant la mieux considérée des activités humaines, commença lorsque Locke découvrit dans le travail la source de toute propriété. Elle se poursuivit avec Adam Smith qui affirma que le travail est la source de toute richesse ; elle trouva un point culminant dans le système du travail de Marx où il devint la source de toute productivité et l’expression même de l’homme. » Adam Smith élabore une idée promise à un grand avenir et qui triomphe aujourd’hui, celle d’un marché « libre » permettant la libre circulation des marchandises et l’accumulation sans aucune limite des richesses. Pour que ce marché puisse se constituer, il faut que les produits du travail puissent s’y échanger en fonction de leur coût et cela ne peut se faire que si le marché du travail est également « libre » et indépendant de toute considération d’ordre moral, religieux et social susceptible d’en perturber le fonctionnement. Le travail est désormais une marchandise vendue comme tous les autres produits au prix strictement déterminé par la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande.

Ainsi, la véritable découverte que promeut le XVIIIe siècle n’est pas celle de la nécessité du travail – on la connaissait depuis toujours -, mais celle de la nécessité de la liberté du travail et, pour y parvenir, la destruction, la disparition des modes d’organisation du travail qui venaient la limiter et la contraindre. » C’est aussi ce que promeut Turgot à travers ses écrits et ses actes lorsqu’il sera lui-même aux commandes de l’économie française, avant que le roi ne mette fin à cette « expérience libérale » (sur le plan économique) qui avait entraîné la première dissolution des corporations, en 1776, ensuite rétablies avant que la Révolution, éminemment libérale, ne les interdisent purement et simplement par les lois de 1791 : « Dans un article de L’Encyclopédie, Turgot résume fort bien la philosophie politique du libéralisme : « Ce que l’Etat doit à chacun de ses membres, c’est la destruction des obstacles qui les gêneraient dans leur industrie ou qui les troubleraient dans la jouissance des produits qui en sont la récompense. » Pour Turgot comme pour Adam Smith, l’intérêt est le véritable régulateur économique et c’est l’économie qui fait société. » Ainsi, les libéraux légitiment ce que l’on pourrait nommer l’égoïsme économique contre les solidarités professionnelles incarnées par les corporations.

Autre révolution issue des Lumières, celle du temps, ou plutôt de sa conception et de sa compréhension, synthétisée et symbolisée par le raisonnement d’un Benjamin Franklin qui va « financiariser », « marchandiser » le temps, le ramener à une simple dimension utilitaire et matérielle : « Le temps, c’est de l’argent », traduction un peu maladroite mais explicite de son « Time is money » (5). Une formule terrible qui va légitimer la destruction de tout ce qui n’apparaît pas « utile » ou rentable aux yeux des possédants ou des actionnaires, et va permettre, en toute « bonne conscience » et dans le cadre de la Loi, l’imposition de rythmes inhumains, mécaniques et réglementés aux travailleurs d’usines comme de la terre…

Jean-Philippe CHAUVIN

 

(à suivre : les grandes dates de la naissance de la question sociale en France)

 

Benjamin franklin

 

 

Notes : (1) : la Technique est-elle toujours un « progrès » ? S’il s’agit de la meilleure connaissance (et de sa pratique) des savoirs et des moyens de les maîtriser sans en devenir totalement dépendant, la réponse sera positive ; mais s’il s’agit d’une Technique qui s’imposerait aux hommes et serait aux mains de ceux qui la possèdent sans les garde-fous du « Bien commun » et de la nécessité du « partage du meilleur », il est évident que notre réponse sera négative ! C’est ce que le républicain Michelet évoque en partie dans son ouvrage peu connu intitulé « Le peuple », dans lequel il dénonce le machinisme, idéologie « patronale » de la Machine… C’est aussi ce que dénonce le royaliste Bernanos dans la série d’articles de « La France contre les robots », véritable charge contre le règne des Machines étendu aux sociétés modernes toutes entières.

(2) : Louis IX est ainsi représenté comme celui qui rend la justice sous le chêne de Vincennes, et qui conseillait à son fils d’être d’abord du côté des plus pauvres quand un procès les opposait à de plus riches, et cela pour permettre, non d’influer sur le verdict, mais d’assurer l’équité du procès lui-même et éviter que la puissance des uns ne favorise ceux-ci au détriment de la justice elle-même. Aujourd’hui, saint Louis passerait, près de certains, comme un odieux gauchiste…

(3) : les écrouelles se marquent par des fistules purulentes, localisées principalement dans le cou, et que les rois de France, sans doute depuis les carolingiens, étaient censées guérir en les touchant : le seul roi Louis XIV en touchera plus de 200.000 durant son règne… Mais, en fait, ce n’était pas le roi lui-même qui était guérisseur, mais son intercession entre Dieu et les malades qui devait permettre à Dieu de décider qui devait guérir…

(4) : Nouvelle Revue Universelle, 1er trimestre 2019, numéro 55.

(5) : quand Benjamin Franklin écrit cette phrase, il ne pense alors qu’au temps du travail et à sa productivité. La société de consommation, qui est la deuxième grande phase de développement et d’imposition de cette conception utilitariste du temps, va étendre la formule au temps libre, faisant de celui-ci une des plus importantes sources de revenus contemporaines, des parcs d’attraction aux films d’Hollywood, des jeux électroniques au tourisme international…

 

( 10 mars, 2020 )

MUNICIPALES : LE PAYS RÉEL DOIT SE FAIRE ENTENDRE !

 

Lu sur le site de l’Action Française

 

Rarement élections municipales auront été aussi imprévisibles et, craignons-le, aussi illisibles, ce qui fera évidemment la joie de la République en marche, que de mauvais esprits rebaptisent déjà La Raclée en marche. Ce n’est pas faute, pourtant, pour Castaner, le ministre de Macron chargé des basses œuvres politiciennes, d’avoir tout fait pour rendre la lecture des résultats aussi difficile que possible, afin d’atténuer la défaite du parti présidentiel, dans des élections que le pays réel affectionnent particulièrement, tout simplement parce que ce sont, du moins dans l’immense majorité des communes françaises, les moins politiciennes. Castaner avait ainsi tenté de faire passer une circulaire n’autorisant l’attribution de nuances politiques qu’aux listes des seules communes de plus de 9 000 habitants. Cela excluait d’emblée de la présentation des résultats près de la moitié des électeurs, de plus, dans les communes où le vote, voire la simple présence LRM sont le moins probables. Et ce pour deux raisons : création de l’oligarchie internationale, le parti de Macron n’a aucune ancrage territorial, surtout (seconde raison) dans cette France dite périphérique, ou profonde, que la politique macronienne a délibérément agressée, d’où la révolte des Gilets jaunes. Devant une bronca généralisée, et surtout la censure du juge des référés du Conseil d’État, le ministre avait dû revoir sa copie et abaissé ce seuil à 3 500 habitants.

Un autre facteur contribuera à rendre difficile la lecture de ces municipales : le parasitage tous azimuts auquel, tel un bernard-l’hermite, s’est livré — encore lui  ! — le parti présidentiel. Certes, de nombreux maires, notamment issus des Républicains, qui n’ont plus rien à perdre faute d’avoir encore quelque chose à conserver, s’étaient eux-mêmes donnés à Macron, dans une tribune au lendemain des européennes. En effet, non seulement LR y avait subi le revers le plus cinglant de l’histoire de la droite parlementaire, mais le RN avait été impuissant à humilier En marche, qui, en dépit de Loiseau, ne s’en était pas si mal sorti que cela ! Aussi, rien ne sera plus simple, pour LRM, que de s’attribuer la victoire, dans les villes dont les maires de droite auront décidé de s’acoquiner avec le parti présidentiel. D’autant que, parfois, LR prête la main au holdup des suffrages. Ainsi, alors qu’Édouard Philippe et Gérald Darmanin se présentent aux municipales, le premier au Havre, le second à Tourcoing, LR ne présente aucun candidat face à eux, ce qui peut être surprenant puisque, officiellement du moins, LR se situe dans l’opposition — une opposition pour le moins Canada Dry — et que, de plus, ils ont trahi en 2017 leur mouvement d’origine, avec Le Maire, pour rejoindre Macron. Mais le mot de trahison a-t-il encore un sens à LR  ? Quand on n’a plus rien à conserver, qu’a-t-on encore à trahir ? Est-il besoin de préciser que les défaites aux municipales de Philippe et de Darmanin, ainsi que de quelques autres, sont d’intérêt national ? Nous pensons qu’il en est de même, même si c’est pour d’autres raisons — la survie de Paris, tout simplement —, de celle d’Hidalgo.

Une phénomène conjoncturel pourrait également influer sur l’abstention. On sait que les électeurs se déplacent habituellement pour les municipales, en raison même de la proximité de l’enjeu. Or, si la peur de l’épidémie pourrait évidemment jouer un rôle dans une augmentation de l’abstention, elle pèsera certainement moins que les différentes lois de décentralisation, dont la calamiteuse loi NOTRE, qui n’ont pour seul objectif que d’éloigner le pays réel des pouvoirs de décision en aggravant les effets des regroupements de communes et en favorisant la métropolisation. Le pays légal républicain, et bien que Chirac ait inscrit la décentralisation en 2003 dans la Constitution, n’aime rien tant que conserver ou (re)concentrer le pouvoir entre ses mains ou entre celles de ses féaux. Maurras avait raison : la République est incapable de décentraliser, en l’occurrence de laisser le pays réel s’administrer à cet échelon essentiel que constituent les communes. La quasi-mise à mort du panachage (qui n’est plus possible, depuis 2013, que dans les communes de moins de 1000 habitants, quand il l’était auparavant dans celles de moins de 3 500) en est un des nombreux signes. Le pouvoir communal a été une conquête de la fin du XIXe siècle contre une République farouchement centralisatrice. Ce n’est que de 1884 que date l’élection directe du conseil municipal, après que la Révolution eut mit fin aux libertés locales en 1789.

MUNICIPALES : LE PAYS RÉEL DOIT SE FAIRE ENTENDRE ! dans actualités

Tout est fait par l’oligarchie pour favoriser l’abstention à toutes les élections : une démocratie sans peuple, n’est-ce pas l’idéal ? Ne pouvant recréer en droit un suffrage censitaire auquel il s’identifiait au XIXe siècle, le pays légal cherche par tous les moyens à lasser les Français de leur participation aux élections, semble-pouvoir, il est vrai, qui est laissé au pays réel, mais celui-ci, pour l’heure, n’en dispose pas d’autre qui, du moins, réponde aux critères officiels. Que faire alors, sinon voter  ! Voter, là où l’enjeu politique est secondaire, pour l’équipe sortante, quelle que soit sa couleur politique, si elle n’a pas démérité, voter pour le changement, s’il le faut. Mais partout où l’enjeu est d’importance, c’est-à-dire peut avoir une répercussion nationale (il faut penser également que les municipales fournissent le contingent principal des grands électeurs pour le Sénat), voter pour les candidats des listes patriotes.

François Marcilhac

( 9 mars, 2020 )

Avantage Poutine

 

Lu sur le site « Je Suis Français »

 

M. Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a accusé le 3 mars M. Erdogan d’avoir « instrumentalisé » les réfugiés présents sur son territoire, oubliant ainsi que cette instrumentalisation remonte en fait à mars 2016 quand Ankara avait monnayé le maintien sur son sol de centaines de milliers de migrants.

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Aujourd’hui, M. Erdogan cherche simplement à forcer la main à l’Union européenne pour qu’elle le soutienne dans son agression militaire en Syrie. Plus direct, le Premier ministre grec M. Mitsotakis a déclaré « mort » l’accord de 2016 et ajouté avoir le droit « de protéger [des] frontières souveraines ». Voilà qui est clair et légitime. M. Macron avait bien assuré la Grèce de son soutien et de sa solidarité. Cependant, quel soutien et quelle solidarité peut attendre la Grèce si ce n’est de très importantes forces de sécurité pour rendre étanche la frontière sud-est de l’Europe ? On fera peut-être un geste mais qui restera certainement très insuffisant face à la menace turco-immigrationniste : nous souhaitons nous tromper.

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Les hasards du calendrier font que l’ennemi turc peut aussi compter sur l’organisation atlantiste dite Otan. En effet, dans le contexte actuel, il est difficile de ne pas interpréter l’exercice militaire, certes prévu de longue date et baptisé « Defender Europe 20 » (trente-sept mille soldats de dix-huit pays), programmé par l’Otan ce printemps et essentiellement dans l’ex-Europe de l’Est, comme un nouvel acte d’hostilité envers la Russie mais aussi de solidarité avec une Turquie alliée. On sait le traumatisme qu’a pu constituer l’Union soviétique pour les anciens pays de l’Est mais l’affichage d’une hostilité de principe contre la Russie de M. Poutine est fortement discutable.

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Bien plus dangereuse pour nous que la feue Union soviétique reste la menace démographique brandie par la Turquie. Une Turquie dont les troupes se mêlent aux milices islamistes d’Idlib, véritables brigades internationales de l’islamo-terrorisme (quelques dizaines de prétendus « Français » y côtoient ainsi des milliers de Ouighours, venus donc de Chine), dont une bonne partie pourrait se fondre dans le flot migratoire ininterrompu qui nous menace.

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Reste fort heureusement que, dans son rapport de force avec la Turquie, la Russie continue de maîtriser la situation, comme le montrent les conditions de la trêve d’Idlib. M. Erdogan a pu sauver les apparences en quittant Moscou avec un accord de cessez-le-feu.

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Il aura pourtant dû se plier aux exigences russes sur l’extension de la zone de sécurité, sur la sécurisation des voies (auto)routières stratégiques MA et M5 et sur la neutralisation des postes militaires turcs. De plus, deux de ses demandes préalables avaient été rejetées : les discussions se sont tenues à Moscou (et non à Ankara, ce qui aurait conforté le « sultan ») et le principe d’une réunion quadripartite (avec Mme Merkel et M. Macron, maillons faibles sous pression turque) n’a pas été retenu.

Une U.E. frappée de débilité native, bien incapable de peser de quelque façon que ce soit (autrement que par ses euros) sur le conflit en Syrie et inféodée de fait à une Otan qui a objectivement choisi la Turquie contre la Russie. Une Turquie désireuse de créer une longue zone tampon en territoire syrien qui aurait pour elle le double avantage de relocaliser, aux frais de l’U.E., une bonne part des migrants syriens et de repousser la

présence kurde. Une Russie qui domine la Turquie mais qui doit aussi aussi éviter tout dépassement d’une ligne rouge appelée Otan. Telles sont les données actuelles d’un jeu dangereux qui pourrait donc durer assez longtemps et dans lequel les Européens, contrairement aux autres, ont peu à gagner et beaucoup à perdre.

Louis-Joseph Delanglade

( 8 mars, 2020 )

L’accord gagnant de Poutine avec Erdoğan sur la Syrie

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

La rencontre du 5 mars entre Poutine et Erdoğan a, comme prévu, débouché sur un accord. Aucun des deux hommes n’avait intérêt à un échec : Poutine ne veut pas d’une confrontation militaire avec la Turquie et Erdoğan a besoin de la Russie pour se sortir honorablement du piège syrien. Notons, au passage, que, finalement, Macron et Merkel n’ont pas été invités.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’accord est franchement en faveur des intérêts russes. En effet, il ne dit rien des reconquêtes territoriales de l’armée syrienne depuis l’été dernier, ce qui revient à les avaliser ; les postes turcs qui s’y trouvent encerclés le demeureront donc. L’autoroute stratégique M5, qui relie Damas à Alep, n’est pas mentionnée non plus. Rouverte après la prise de la ville de Saraqeb, elle fut de nouveau coupée lorsque les islamistes reprirent la ville lors de la « vengeance turque » après ses 33 morts causés par une frappe dont l’origine (russe ou syrienne) reste officiellement inconnue.

Depuis, l’armée syrienne, de nouveau aidée par l’aviation russe et 1.500 combattants du Hezbollah (chiffre fourni par le Hezbollah lui-même), a repris Saraqeb. Cette fois, les Russes ont été limpides : ce sont ses soldats qui patrouillent maintenant dans la ville et les Turcs n’iront plus aider les islamistes pour tenter de la reprendre.

À défaut de l’autoroute M5, c’est la M4 qui est mentionnée dans l’accord. Toujours en zone turco-islamiste, elle devra être rouverte à la circulation et bénéficiera d’un couloir de sécurité de douze kilomètres, six de part et d’autre, avec des patrouilles communes russo-turques. C’est une énorme concession pour Erdoğan : cela revient à offrir à Damas une portion de territoire islamiste que l’armée syrienne n’est pas encore parvenue à reconquérir. Cet axe routier relie Alep à Lattaquié, ville côtière qui est le fief des alaouites, et donc de la famille Assad.

Au-delà du symbole alaouite, ces deux autoroutes permettront à la Syrie de retrouver ses principaux axes routiers. Ceci explique pourquoi Saraqeb fut l’enjeu de combats acharnés, car elle se situe à l’intersection de ces deux autoroutes.

Pour appliquer cet accord, les ministres de la Défense russe et turc se rencontreront dans quelques jours. Ce ne sera pas facile, car la zone tampon définie autour de la M4 est occupée par des islamistes peu maniables.

Bachar el-Assad s’est déclaré satisfait (il faudrait être difficile…), mais les Américains ne sont naturellement pas de cet avis. Washington a annoncé que les États-Unis s’opposeraient à une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU qui soutiendrait cet accord jugé « prématuré ». La diplomatie américaine est toujours aussi consternante en Syrie !

Tout cela est, bien sûr, très fragile et, en tout cas, temporaire. Ce sont les petits pas chers à Poutine qui, en l’espèce, lui permettent d’entériner les reconquêtes récentes tout en maintenant le fil avec le bouillant et inconséquent Erdoğan, accumulateur de fautes stratégiques.

Pendant ce temps, plusieurs navires de guerre russes ont été observés franchissant le Bosphore afin de renforcer en hommes et en matériel (l’histoire ne dit pas lesquels et combien) un théâtre d’opération que Poutine maîtrise plus que jamais au grand dam de Washington.

Antoine de Lacoste

( 7 mars, 2020 )

Les Municipales à METZ

 

 

 Communiqué de presse:
Aux élections municipales de Metz des 15 et 22 mars 2020, j’apporte mon soutien plein et entier, ainsi que celui de ma formation, le  CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans ) à Emmanuel Lebeau et à sa liste « Intensément Metz ».
En effet, lors de ses mandats de conseiller municipal, il a su démontrer son sens de l’intérêt collectif, dénonçant avec talent les dérives préjudiciables aux messins tout en étant,  toujours, source de propositions. Ses propositions sont  toujours chiffrées et  de bon sens.
Dans cette élection, et personne ne le conteste, c’est l’homme qui incarne la probité, l’honnêteté et l’éthique. A ces trois qualités, s’ajoutent ses compétence en matière de gestion.
 Comme l’ancien maire CNIP de Metz, Raymond Mondon, il incarne « l’esprit de résistance » associé à « l’esprit visionnaire ».  Le slogan de Raymond Mondon était « voir grand pour demain ».
Emmanuel voit grand pour Metz.
Dans cette élection, Emmanuel Lebeau est l’homme le plus utile pour Metz et les messins.
Thierry GOURLOT
Président du Groupe CNIP et divers droite au Conseil Régional du Grand Est
Conseiller municipal et métropolitain de Metz
Secrétaire Général Adjoint du CNIP
( 5 mars, 2020 )

Aux origines de la question sociale en France. Partie 1 : Le royaume de France et la Monarchie avant 1789.

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe CHAUVIN

 

Le Cercle Lutétia a pour vocation de faire connaître les fondements et les raisons du royalisme et de la Monarchie en France, et d’étudier ceux-ci, avec l’aide des travaux et des réflexions menés sur la société française, ses évolutions et ses institutions, selon une perspective historique mais aussi et surtout politique. Le texte ci-dessous est la première partie d’un cercle d’études sur les origines de la question sociale en France, et il doit être l’occasion de discussions, de précisions ultérieures et de critiques constructives : il n’est donc qu’une ébauche, celle qui appelle à la formulation et à la rédaction d’une étude plus vaste et mieux construite sur cette question qui préoccupe tant nos contemporains et à laquelle les royalistes sociaux du Groupe d’Action Royaliste consacrent aussi tant de temps et d’énergie, dans leurs réunions et publications comme sur le terrain, dans la rue ou sur leur lieu de travail…

Lorsqu’on évoque la question sociale en France, on oublie souvent ses racines, ses origines, son histoire tout simplement, et l’on se contente trop souvent de quelques idées reçues, confortant l’idée, largement fausse, que seule « la gauche » (1) s’y serait intéressée et s’y intéresserait encore, comme une sorte d’avant-garde revendiquée des travailleurs ou de la « classe ouvrière ». Mais il est tout à fait possible, et encore plus convaincant, de rétorquer que la première mention de la « justice sociale » est attribuée au… roi Louis XVI, celui-là même qui va affronter la tempête révolutionnaire et, malheureusement, être emportée par elle, tout comme l’édifice social et corporatif qui, jusque là, constituait un modèle original et une alternative véritable et tout à fait crédible au modèle anglosaxon pas encore totalement dominant quand il avait, pourtant, conquis déjà les esprits des nobles et des bourgeois éclairés, anglophiles et libéraux.

Ce qui va nous intéresser aujourd’hui, c’est la recherche et l’évocation des origines de ce que l’on nomme la question sociale, trop souvent limitée, d’ailleurs, à la seule question ouvrière mais qu’il semble pourtant important, voire nécessaire, d’élargir à la question paysanne (2) qui concerne aussi, même si cela paraît moins vrai et sensible depuis les années 1960-80 (3), des communautés importantes (numériquement et socialement) et, sans doute, nécessaires dans une société équilibrée ou soucieuse de l’être.

Mais, tout d’abord, il importe aussi de dresser un tableau de la France d’avant la Révolution française, cette révolution qui apparaît bien (à la suite « pratique » des Lumières), à travers quelques dates symboliques et très rapprochées dans le temps, comme la véritable matrice, le véritable et terrible creuset de cette question sociale devenue dès lors symbole de souffrances ouvrières, y compris jusqu’à aujourd’hui et au-delà de nos frontières, la mondialisation étant l’extension et l’imposition du modèle anglosaxon quand elle aurait pu être l’occasion d’un « autre modèle », plus social et respectueux des hommes comme des environnements…

La France est un royaume qui compte, depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, plus de 25 millions d’habitants et, même, près de 28 millions d’habitants en 1789 : c’est la première puissance démographique d’Europe, devant la Russie pourtant territorialement beaucoup plus étendue, et elle est surnommée alors « la Chine de l’Europe ». Il est vrai que la France est la première à être entrée dans le processus de la transition démographique, pour des raisons qui tiennent largement à la politique même de la monarchie dite absolue : des routes sécurisées qui permettent une meilleure circulation des grains et subsistances, y compris en période de difficultés climatiques et alimentaires ; un territoire préservé des invasions étrangères depuis près d’un siècle et demi par la puissance militaire du roi de France…, autant d’éléments qui « complètent et valorisent » le radoucissement climatique général et le recul des mortalités infantile, enfantine et maternelle. (4)

C’est une puissance économique importante mais Pierre Gaxotte résumera la situation paradoxale de la France des années 1780 par une formule simple et très évocatrice : « un pays riche, un Etat pauvre », et endetté, peut-on rajouter, sans que cela, d’ailleurs, atteigne forcément les proportions d’aujourd’hui… Et, à l’époque, la France apparaît comme la première puissance économique comme politique en Europe, ce qui n’est plus le cas depuis… la Révolution française !

La richesse de la France n’est pas seulement liée à ses productions agricoles qui occupent (pour leur propre consommation d’abord) une grande partie de la population française vivant dans les campagnes (5), mais aussi à l’industrialisation naissante, beaucoup plus avancée et marquée avant 1789 que ce que l’Histoire officielle en retiendra, la Révolution ayant brisé ce premier élan « industrialisateur » par le désordre économique et politique de la période 1789-1799 en France.

Dans le royaume des Louis et depuis le Moyen âge, l’organisation du travail est corporative et familiale, et ce sont les Métiers, les corps de métiers (ce que l’on nommera, tardivement, les corporations), nés tout au long de l’histoire des villes et des circonstances, qui ordonnent le monde du Travail et permettent d’assurer et d’assumer la qualité du travail comme la protection des travailleurs, quels que soient leur rang et place dans la hiérarchie professionnelle. Leur extraordinaire diversité et multiplicité empêche longtemps de leur donner une définition exacte, et c’est la « remise en ordre » royale, sous l’administration colbertiste et dans le cadre de sa stratégie, qui va permettre de mieux préciser le sens et la portée de ces corporations…

Depuis Colbert, en effet, les corporations sont devenues l’un des éléments importants de la politique économique et sociale de l’Etat royal, non sans quelques grincements de dents parfois : l’objectif était de les rendre plus efficaces dans le cadre d’une stratégie plus globale de l’Etat central, en cours d’affirmation de plus en plus visible. C’est cet ordre corporatif, ce « modèle » même, qui va être attaqué sous les Lumières puis détruit définitivement (au moins juridiquement) lors de la Révolution française et par ceux-là mêmes qui se revendiquent des idées libérales des Lumières.

 Jean-Philippe CHAUVIN

(à suivre : révoltes sociales, revendications libérales et Monarchie d’Ancien Régime)

Notes : (1) : « la gauche », une notion difficile à définir exactement, et que revendiquent de nombreux groupes et personnes en excluant dans le même temps tous les autres qui s’en réclament aussi…

(2) : la question paysanne semble bien être la mal-aimée de la gauche, beaucoup plus marquée et inspirée par le « modèle » urbain que par l’écosystème rural, ses composantes et ses équilibres, et la Révolution française nous donne quelques éléments probants de cette exclusion, qui tournera parfois à l’éviction de cette question par la persécution, voire l’extermination des paysans rétifs à la domination urbaine et bourgeoise, comme on pourra le constater dans les provinces de l’Ouest dans les premières années de la République jacobine.

(3) : les travaux d’Henri Mendras n’hésitent pas à titrer sur « la fin des paysans »…

(4) : l’étude de la démographie, quand elle est menée de façon rigoureuse et qu’elle n’oublie pas la pluralité des facteurs qui la font telle qu’elle est, éclaire fortement l’histoire des peuples et de leurs Etats respectifs, et il serait dommage de la négliger dans l’étude des pouvoirs et des institutions politiques, ceux-ci ayant, à l’origine, un devoir nourricier à l’égard de leurs sujets.

(5) : certains historiens contemporains évoquent une « agriculture jardinière », qui reste très majoritaire sans être « unique » dans le royaume, et qui permet une auto-suffisance paysanne dans nombre d’endroits et le dégagement de quelques surplus écoulés sur les marchés urbains.

 

( 5 mars, 2020 )

Les archives de Pie XII

 

 

L’ouverture des archives du pontificat de Pie XII constitue, sans aucune doute, un événement historiographique de premier ordre. Pour les historiens de métier, c’est un immense champ de découvertes en tout genre qui s’offre à eux.

Cela ne signifie pas que la connaissance du rôle du pape de la Seconde Guerre mondiale va s’en trouver bouleversée. Philippe Chenaux, qui travaille le sujet depuis de longues années, a pu déclarer ainsi à Nicolas Sénèze de La Croix : « Chacun devrait rester sur ses positions en fonction de ses convictions. Mais on pourrait quand même arriver à un certain consensus à partir duquel on ne pourra pas dire n’importe quoi. »

Espérons-le !

Si on revient en arrière, on s’aperçoit que la mise en accusation de Pie XII face à la persécution et à l’extermination du peuple juif n’a pas été d’abord l’œuvre d’un historien, mais à proprement parler d’un provocateur, le dramaturge allemand Rolf Hochhuth. La biographie de l’intéressé montre d’ailleurs qu’en fait de provocation, il n’en est pas resté à sa pièce Le vicaire (1963), puisqu’en 2005 il alla jusqu’à défendre des thèses négationnistes au sens propre du terme. C’est-à-dire niant l’existence des chambres à gaz. Il s’en excusera par la suite. On est en droit de se poser des questions sur pareil personnage qui laissera comme principal souvenir d’avoir été l’accusateur de Pie XII, lançant ainsi une controverse qui ne s’est jamais éteinte.

Je ne suis pas historien, je n’ai cessé pourtant de m’informer sur la question, lisant jusqu’à un pamphlet aussi insensé que Le pape d’Hitler de l’anglais John Cornwell. Mon sentiment d’une cinglante injustice à l’égard du pape Pacelli n’a cessé de se renforcer, d’autant que je suis persuadé que Pie XII est le seul des grands dirigeants mondiaux à avoir éprouvé de la compassion pour les victimes de la persécution, et surtout à agir en leur faveur. On parle de son silence, mais ce silence fut absolument général de la part des hommes d’État. Et il avait, en ce qui le concerne, une raison des plus graves. N’est-ce pas l’épiscopat polonais, qui, dès le début de la guerre (avant la Shoah), l’avait supplié de se taire sur la persécution de la population catholique, par crainte qu’elle ne subisse les représailles des nazis. Il reste à espérer que l’ouverture des archives du pontificat de Pie XII débouchera sur une authentique recherche des spécialistes et non sur des polémiques idéologiques.

Gérard LECLERC

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 mars 2020.

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