( 20 mai, 2022 )

Le système libanais ébranlé par les élections législatives

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Les élections législatives du 15 mai ont été riches d’enseignement dans un Liban ravagé par la et les blocages institutionnels et communautaristes.

Les observateurs craignaient tout d’abord une abstention massive. Avec près de 50 % de participation, la participation est finalement conforme à ses scores habituels. Mais c’est surtout la poursuite de l’immobilisme qui suscitait les plus grandes inquiétudes.

Or, d’importantes évolutions se sont produites au cours de ce scrutin. Tout d’abord, et c’est le plus spectaculaire, 13 sièges (sur 128) sont allés à de nouveaux venus issus de la contestation populaire d’octobre 2019. On se rappelle que pour protester contre l’incurie des pouvoirs publics et sa corruption généralisée, un grand mouvement populaire avait secoué tout le pays. Sa manifestation la plus spectaculaire avait été la constitution d’une chaîne humaine ininterrompue du nord au sud du pays. Toutes communautés confondues, les Libanais s’étaient donné la main pour qu’enfin les choses changent.

Mais le système, s’il est incapable de remplir ses missions de service public les plus élémentaires, sait se défendre et rien n’avait bougé.

Puis il y eut la terrible explosion du 4 août 2020 et, enfin, la crise financière suivie d’une crise économique qui semble tout emporter sur son passage.

On pouvait craindre que le découragement empêche le succès de ces listes hors partis et en rupture avec le communautarisme. Ces 13 sièges constituent une surprise et sont peut-être (mais peut-être seulement) l’amorce d’une évolution plus profonde.

L’autre enseignement important est le recul du Hezbollah (13 sièges) et de ses alliés, ce qui va l’empêcher d’avoir la majorité au Parlement. L’autre mouvement chiite, Amal, obtient 15 sièges et la question est de savoir si son chef, Nabih Berri, va conserver son poste de président de la Chambre des députés qu’il occupe depuis 1992. Il est à lui seul le symbole de l’immobilisme sclérosant qui détruit le Liban.

Dans le camp chrétien, on assiste également à une recomposition. Le CPL (Courant patriotique libre), dirigé par Gebran Bassil, recule légèrement et n’a plus que 17 sièges. Il laisse la première place aux Forces libanaises (FL) de Samir Geagea, qui obtiennent 19 sièges.

Il s’agit là d’un changement important. Tout d’abord, cela remet en cause l’ambition présidentielle de Bassil, qui rêve de succéder à son beau-père, le général Aoun, dont le mandat, très décevant, s’achève cette année.

Surtout, cela met les FL en première ligne face au Hezbollah. On sait que la milice chiite est la seule à avoir conservé ses armes à l’issue de la guerre qui a ravagé le Liban de 1975 à 1990. Or, Samir Geagea a fait de ce sujet son cheval de bataille et exige le désarmement de la milice chiite. Il veut également contrer l’influence iranienne, ce qui promet de belles empoignades.

En octobre dernier, un épisode sanglant s’était produit à Beyrouth, dans le quartier de Tayouné. Une manifestation organisée par le Hezbollah et Amal, avec de nombreux militants armés, se dirigeait vers le palais de justice pour protester contre l’enquête du juge Bitar sur l’explosion du 4 août. Des hommes armés les en ont empêchés et ont ouvert le feu, tuant six miliciens chiites. Les FL ont été accusées par le Hezbollah et ont démenti, mais toute la communauté chrétienne est convaincue que ce sont bien les FL qui ont défendu le palais de justice et les quartiers chrétiens que la manifestation devait traverser.

Le mouvement des Forces libanaises est aujourd’hui perçu comme le protecteur de la communauté chrétienne et de l’indépendance du Liban. Le clan Aoun est en perte de vitesse et une recomposition est en cours.

Antoine de Lacoste

 Conférencier spécialiste du Moyen-Orient
( 18 mai, 2022 )

Jeudi dernier : 200 lycéens attachés à l’histoire et au patrimoine français, rassemblés à Carcassonne autour du Comte de Paris

 

 

 

Message publié hier par le Prince, sur les réseaux sociaux.

 

 

 

Dans le cadre du programme « La Nation en Partage » de l’association Gens de France, 200 lycéens bordelais étaient rassemblés jeudi à Carcassonne autour du Comte de Paris.

Monseigneur a transmis avec passion à cette jeunesse attachée à l’histoire et au patrimoine français tous les détails de la présence capétienne en Occitanie.

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( 17 mai, 2022 )

De Taha Bouhafs au burkini : comment la gauche française piétine méticuleusement le féminisme

 

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

« Ne m’appelez plus jamais gauche, la gauche, elle m’a laissé tomber. » L’épave du paquebot féministe, navire amiral du progressisme occidental, vient une fois de plus de se fracasser sur ses insondables contradictions.

Le premier trou dans la coque, béant, c’est bien sûr celui des agressions sexuelles – gérées en interne – dont a fait l’objet l’ex-futur-candidat aux législatives Taha Bouhafs. « Si Clémentine Autain a eu une forme de discrétion (sic) sur la nature des accusations qui étaient portées contre Taha Bouhafs, c’est parce que d’abord et avant tout, ce qui doit primer dans ce genre de cas, c’est la parole et la volonté de ces femmes », a justifié Adrien Quatennens, sur Europe 1, dimanche. Les arguments sont éculés. Il est frappant de constater que ce sont exactement ceux que la gauche, à raison, n’a eu de cesse de dénoncer quand il s’agissait de pédophilie dans l’Église : faire du bruit fait plus de mal que de bien aux victimes qui sont traumatisées et préfèrent la discrétion, si les victimes n’ont pas souhaité ester en justice, et si leur entourage leur a déconseillé de le faire, c’est pour éviter de donner du grain à moudre à l’adversaire, en l’occurrence cette extrême droite raciste qui s’est acharnée sur Taha Bouhafs. Bref, toutes les femmes agressée sexuellement sont des victimes, mais certaines le sont plus que d’autres. Elles n’ont qu’à bien choisir leur bourreau. Comme Deborah Samuel. Car notons au passage que l’horrible supplice de la jeune étudiante nigériane insultée, frappée, flagellée, brûlée sous des pneus comme un cadavre de chien par des hommes, cochait toutes les cases pour susciter l’indignation des féministes… sauf une : ses agresseurs étaient des Africains musulmans. Cela a suffi pour l’invisibiliser dans médiatique et politique.

De même, arguer d’une commission en interne permettant de gérer « ça » en est d’un rare et scandaleux culot : La France insoumise, dans les affaires de « violences policières », n’a-t-elle pas toujours accusé l’IGPN, parce que de « la maison », d’être juge et partie ?

La deuxième avarie dans le rafiot féministe est, bien sûr, le burkini grenoblois, avec cette fois dans le rôle principal Éric Piolle, qui prétend, en unissant dans la même phrase et en apposition, les seins nus et le burkini, réussir à faire cohabiter dans ses piscines ce que NUPES compte mélanger dans les urnes : la France libertaire des grandes métropoles et la France islamiste des banlieues. Reste à savoir qui va, in fine, faire boire la tasse à l’autre dès le pédiluve, même si l’on a quand même vaguement une idée.

Pour Éric Piolle, le port du burkini « devrait être vu comme un progrès social » (resic). L’étape prochaine sera sans doute la polygamie, sorte de progrès social aussi, puisque d’une certaine façon elle force au partage (toujours du même côté). Un bout du chemin dans les esprits est déjà fait, AssaTraoré, avec laquelle la ci-devant candidate aux primaires Sandrine Rousseau posait fière et dithyrambe, à la Fête de l’Huma l’automne dernier, a déjà, dans les colonnes de Paris Match, décrit la polygamie, citant le modèle de ses parents, comme « une expérience formidable ». C’est confirmé, les écolos sont bien verts, pas comme les petites feuilles tendres des arbres au printemps, mais comme la couleur préférée de l’islam.

Notons que parmi les 113 personnalités qui ont dit oui au burkini, dans une récente tribune intitulée « En mai, mets ce qu’il te plaît » figurent Caroline De Haas et Alice Coffin (qui, en 2004, se disait opposée au voile islamique).

Où sont donc passées les féministes de jadis, Benoîte Groult en tête, à laquelle Caroline De Haas, lors de sa disparition en 2016, avait rendu hommage dans les colonnes du Point, dans une tribune intitulée « Pourquoi Benoîte Groult a compté pour moi ? ». Caroline De Haas sait-elle seulement qu’en 1975, dans son célèbre livre Ainsi soit-elle (Livre de poche), Benoîte Groult avait repris à son compte, pour dénoncer la condition de la femme en pays musulman, la citation violente d’Ernest Renan : « L’ est la chaîne la plus lourde que l’humanité ait jamais portée » ?

C’est confirmé, le féminisme n’est qu’un vulgaire escabeau pour la gauche : un outil sur lequel on s’appuie pour se hisser dans la carrière mais que l’on piétine en même temps.

Gabrielle Cluzel

 Directrice de la rédaction de Boulevard Voltaire
De Taha Bouhafs au burkini : comment la gauche française piétine méticuleusement le féminisme dans actualités B07YTDYF98
( 16 mai, 2022 )

Étrange et inquiétant discours d’investiture

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Lors de son discours d’investiture, le président de la République a développé son habituelle rhétorique sur les « Lumières », la raison et le progrès qui fleure bon la Troisième République ou, pire encore, la Première. Le personnage se veut « progressiste », mais ce que produit le progressisme se traduit en pratique par une régression humaine et morale, une régression dans l’ordre de la civilisation. La pensée progressiste est, en fait, régressive.

Que constate-t-on, en Occident ? Un recul du sens même de l’humain dans sa réalité charnelle. Au nom de la théorie du genre, la différence et la complémentarité sexuée biologique sont quasiment niées alors que toute société humaine est fondée et organisée sur ces données de nature. Dans le même sens, le caractère sacré de la vie humaine devient relatif. L’ passe du statut d’exception motivée par des circonstances graves à « un droit » que M. Macron veut faire inscrire dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Rappelons-nous que, durant la législature qui s’achève, il avait été proposé d’autoriser l’avortement jusqu’au neuvième mois. Prolongement logique, à l’autre bout de l’existence humaine, le Président souhaite légaliser l’euthanasie, certes moins coûteuse que les soins palliatifs. Tout cela ressemble terriblement aux sociétés antiques païennes dans lesquelles l’infanticide était admis (« exposition » des enfants en Grèce, infanticide légal à Rome) et le suicide donné en exemple de stoïcisme.

Mais le discours « macronien » comporte aussi l’étrange notion de « peuple nouveau ». Outre le fait qu’on ne change pas de peuple comme de chemise, cette formulation évoque de bien sinistres périodes de l’Histoire de France et d’Europe. La régénération du peuple, au besoin dans le sang, était une obsession des jacobins. Marat, dans L’ami du peuple, réclamait l’extermination des adversaires de la Révolution (27 avril 1792). La Vendée en a expérimenté l’horreur. Dans le même esprit, Lénine qui voulait créer un homme nouveau, affirmait qu’« une révolution sans peloton d’exécution n’a aucun sens ». Quant à l’homme nouveau conçu par Hitler, nous savons malheureusement de quoi il fut capable. « J’ai vu l’homme nouveau. Il est intrépide et cruel », aurait confié Hitler à Hermann Rauschning (Hitler m’a dit). Bien évidemment, Macron n’a aucune intention de suivre ces exemples, mais il demeure que la notion de « nouveau peuple », plus qu’étrange, est inquiétante. D’autant que le Président réélu a, dans son discours, opposé un peuple éclairé et tourné vers l’avenir à un peuple replié sur lui-même et attiré par le « nationalisme ».

Y aurait-il un bon peuple et un mauvais ? Rappelons les mesures prises lors de la pandémie qui allèrent jusqu’à priver d’emploi ceux qui refusaient de se faire injecter un à l’efficacité limitée. Ou encore un Président qui avait « envie d’emmerder les non-vaccinés ». Le totalitarisme moderne est plus habile et moins brutal que celui que connurent nos pères. Il use de la loi et des tribunaux pour priver de liberté. Notamment d’expression. Marat, encore lui, avait dénoncé « la fausse maxime de liberté illimitée des opinions et de la presse » (Le Publiciste de la République française, 23 juin 1793). Force est de constater que nous y sommes. La liberté d’expression et d’opinion ne cesse de régresser en France : lois mémorielles, interdictions médicales, délit « d’entrave numérique » à l’avortement… la liste est devenue longue des restrictions à la liberté d’opinion et d’expression en France. Et nombre de journalistes, d’hommes et de femmes politiques ne cessent d’être traînés devant les tribunaux par des associations militantes dans le but de faire taire les voix indépendantes.

Dérangeante, aussi, la vision idéologique de l’école à laquelle est assignée la tâche de forger « des esprits républicains » et non plus de transmettre des savoirs. C’était déjà le projet de Jules Ferry. Retour en arrière à nouveau. Mais qu’est-ce qu’un esprit républicain ? Un esprit soumis à l’idéologie politiquement correcte, au wokisme, au mondialisme, à la théorie du genre ?

Enfin, Emmanuel Macron nous a parlé d’« un projet républicain et européen », pas d’un projet pour la France, citée de façon anecdotique au fil du discours. Le mot « république » lui fut souvent préféré. Une idée politique, donc, plus qu’une réalité historique. Ce qui est très éclairant. La France n’est pas la préoccupation du Président réélu. Ce qu’il aime, c’est le pouvoir. Sans doute assez peu les gens, comme son attitude et ses propos l’ont trop souvent démontré. Quant à la France, il semble bien pressé d’apposer le mot « fin » sur la dernière page de son histoire. Sa vocation serait de se dissoudre dans une Union qui ne se dit même plus européenne, muée en machine idéologique du commerce mondial et du relativisme sociétal. Pauvre France et triste sire.

Stéphane Buffetaut

 Vice-président du CNIP, ancien président du Comité de liaison UE/Russie
( 16 mai, 2022 )

C’est la faute des autres

 

Lu sur « Politique Magazine »

Le RN semble bien parti pour jouer cavalier seul aux législatives. Cette tactique peut-elle lui assurer le statut d’opposant principal à Macron, un nombre élevé de sièges à l’Assemblée ou vise-t-elle d’autres buts ?

Invité à commenter les résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 24 avril dernier, Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement National, déclarait que le clivage gauche-droite n’existe plus, que Jean-Luc Mélenchon s’est discrédité en appelant implicitement à voter Macron et, en conséquence, qu’il n’y aura qu’un seul parti pour porter la voix de l’opposition aux législatives : le sien.

Ce curieux syllogisme nous en dit beaucoup sur les illusions dont se bercent les cadres du RN. Ceux qui se sont tant attachés à le nier admettent malgré eux la survivance du clivage gauche-droite : Marine Le Pen n’a-t-elle pas affirmé, dans l’entre-deux-tours, que la « gauche souverainiste » avait toute sa place dans son gouvernement d’union nationale ? Jean-Marie Le Pen, tout en se satisfaisant que « le nom Le Pen se soit inscrit dans l’histoire de France », voit dans Macron le candidat de la gauche et dans la candidature de sa fille celle de la droite. Non seulement ce clivage demeure mais, s’il n’est pas exclusif de tout autre, il est bien plus pertinent qu’en 2017, lorsque les Français ont bien voulu essayer le « ni de droite ni de gauche », qui procédait « en même temps » de l’un et de l’autre. Que veut dire le « ni droite ni gauche » lorsque le Parti socialiste et Les Républicains, auxquels ces qualificatifs s’identifiaient, font moins de 6 % de voix ? Le rejet de ces deux partis achevé, le clivage revient en force pour classer les forces nouvelles. Ainsi, les électeurs de Mélenchon se sentent éminemment de gauche. Ceux d’Éric Zemmour, résolument de droite. Les observateurs eux-mêmes, devant ces trois blocs émergents, parlent d’un bloc de gauche (qui se définit lui-même comme bloc populaire), d’un bloc central (expression que faisait sienne hier soir le ministre Julien Denormandie) et un bloc de droite (que ses thuriféraires nomment camp national, à partir d’un terme pouvant suggérer l’enfermement, ce qui semble effectivement être le cas d’une partie de celui-ci).

D’autre part, le refus de Mélenchon de soutenir Le Pen ne le discrédite qu’auprès des électeurs de cette dernière : de la même manière que près d’un électeur de Mélenchon sur deux a voté pour Macron au second tour et que seuls 13 à 17 % (enquêtes Ifop et Ipsos) d’entre eux ont voté Le Pen, les électeurs de gauche ne vont pas se mettre à voter pour des candidats RN en raison de la consigne de vote en faveur de Macron de leurs représentants. Au contraire, ils voient dans les élections législatives le moyen de prendre leur revanche sur ce second tour dont ils ont été exclus. Cette prémisse ne repose donc que sur la croyance d’une classe populaire homogène qui prendrait enfin conscience électoralement d’elle-même et de son intérêt dans le vote RN – croyance qui semble conjuguer la doxa marxiste et l’illumination religieuse.

Un objectif, le monopole

Si les deux prémisses sont fausses, la conclusion l’est tout autant. Mais prenons-la individuellement. Contrairement à ce que semble croire Jacobelli, un parti ne peut gagner des élections législatives seul, sauf s’il est du même bord que le président fraîchement élu. On peut réclamer un scrutin à la proportionnelle, mais quand on ne l’obtient pas, il faut respecter le principe de réalité. Le mode de scrutin majoritaire à deux tours nécessite, pour l’emporter, non pas un bon score, ou une majorité relative (sauf cas de triangulaires et quadrangulaires), mais une majorité absolue : 50,01 %, qui s’obtient en faisant des alliances.

Il est peu probable que les cadres du RN croient véritablement à leur raisonnement fallacieux. Un mauvais esprit y verrait plutôt une manière de berner leurs électeurs qui n’entendent rien à la logique des institutions de la Ve République et aux modes de scrutin, pensant qu’un score de 41 % au second tour (ou même de 23 % au premier tour) de l’élection présidentielle augure de performances identiques aux élections législatives. Démystifions : en 2017, Marine Le Pen a obtenu 21,3 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle et son parti 13,2 % aux élections législatives, pour 8 députés sur 577 ; avec 20 % à l’élection présidentielle, Les Républicains obtenaient 21,5 % aux législatives et 136 sièges de député. En réalité, cette assurance des cadres du RN vise à masquer la stratégie qu’ils semblent adopter : des candidatures RN partout, pour écraser la concurrence à droite et retrouver le monopole perdu il y a quelques mois, vassaliser ceux qui entendent malgré tout avoir des chances d’être élus, et surtout récolter le plus possible d’argent public (1,42€/an par bulletin) alors que leur parti est surendetté (à hauteur de 23 millions d’euros). Il semble peu probable qu’un accord électoral soit trouvé entre les principales formations du camp national, ce qui fera, en définitive, le jeu des macronistes et de la gauche unie. Surtout, l’explication à l’échec inévitable du RN est déjà tout trouvé : ce sera la faute des zemmouriens qui auront eu tort de présenter des candidats et ainsi divisé le camp national. Depuis l’annonce des résultats, on entend les marinistes les plus obtus répéter qu’ils ont gagné (une « éclatante victoire », selon leur championne) et que leur défaite est imputable aux zemmouriens qui ont divisé la droite (qui, disaient-ils encore la veille, n’avait plus aucune existence). Alors même que Zemmour a appelé à voter pour leur candidate sans condition. Que ses lieutenants n’ont cessé de répéter la consigne durant tout l’entre-deux-tours. Que 70 % de ses électeurs du premier tour ont glissé un bulletin Le Pen dans l’urne, le 24 avril, quand ceux de Mélenchon, qui étaient la cible de toutes les attentions du RN, n’ont été que 13 à 17 % à voter pour elle. Dans la défaite, Zemmour avait au moins l’élégance de reconnaître ses torts. Sans remise en question, la rhétorique paranoïaque du « seul contre tous » et de « c’est la faute des autres » conduira malheureusement à une exacerbation des fractures françaises.

Luc Compain

( 13 mai, 2022 )

Le système Macron

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

Où est-il le système transparent avec les commissions citoyennes, le changement de paradigme avec une nouvelle majorité censée incarner depuis 2017 une approche plus partagée et plus sincère de la politique ? A l’embouchure du nouveau quinquennat, le système craque de partout, les masques commencent à tomber et si ce n’est pas une surprise pour nous qui avions depuis longtemps éventé la prostrationservile du parti de godillots LREM, les médias subventionnés sont obligés aujourd’hui de faire écho aux frustrations accumulées depuis cinq ans.

Le président banquier technocrate, ne croit à la représentation nationale que dans la mesure ou celle-ci valide sans discuter les décisions et projets venus d’en haut. Et on a vu le rôle des cabinets conseils et des lobbies comme véritables décideurs en amont du parlement transformé en chambre d’enregistrement.

Dans une interview vérité qui remet en lumière le rôle (ou l’absence) de l’Assemblée nationale dans la Ve République, la députée Annie Chapelier, membre de la majorité présidentielle, a dénoncé le mardi 3 mai sur France-Inter l’impossibilité pour les parlementaires de jouer un rôle dans l’écriture et la portée des textes votés par l’institution.« Je choisis de quitter La République en Marche, parti dans lequel ne se retrouve plus aucune des valeurs qui ont été à l’origine de mon engagement », a indiqué l’élue dans un communiqué, et elle ajoute dans l’interview de Jérôme Cadet :

« On sent bien que ce qui émane de ces groupes de lobbies, ainsi que des think tanks, qui sont extrêmement écoutés, amène à choisir la teneur des textes. Nous, les parlementaires, ne pouvons pas travailler sur les textes, ne pouvons pas modifier les textes, ne pouvons pas apporter quelque chose dans les textes. La machine ne fonctionne plus. Nous ne sommes là plus que pour un décorum, pour un jeu de rôle. » Jérôme Cadet : « Et vous avez le sentiment que ces textes ne sont pas écrits par des parlementaires ou par leurs équipes ? Les textes qui sont votés à l’Assemblée nationale ? » Annie Chapelier : « Mais ils ne sont jamais écrits par des parlementaires. » Jérôme Cadet : « Par qui alors ? » Annie Chapelier : « Ils sont écrits par les ministères, qui eux-mêmes les délèguent à leurs cabinets ministériels, qui eux-mêmes les font travailler par des cabinets de conseil, parfois, pas toujours. Et dans une succession ainsi de personnes, on se retrouve avec des textes qui ont pour objectif, un mot d’ordre qui est :  Surtout, ne changeons rien ou très peu pour donner l’illusion que nous changeons ».

Anne-Marie Le Pourhiet* résume parfaitement le fonctionnement de la macronie : «

Méfions-nous de tous les « machins » citoyens que nous proposent de prétendus experts beaucoup plus soucieux de défendre leur caste, leurs privilèges et leur business que l’intérêt général. Les « conventions citoyennes » tirées au sort n’ont rien à voir avec la démocratie mais tout à voir avec l’oligarchie déguisée en lotocratie. Comment être assez naïf pour croire qu’un panel d’inconnus volontaires sortis d’un chapeau, qui n’ont été élus ni mandatés par personne, en revanche soigneusement cornaqués par des militants autoproclamés experts, vont pouvoir prétendre « représenterle peuple » et imposer l’adoption « sans filtres » de leurs lubies catégorielles ? Appeler cela démocratie est une imposture. […] Les conventions et consultations dites citoyennes sont des instruments de confiscation du pouvoir démocratique par des groupes militants et des cabinets de conseil totalement dépourvus de légitimité. Elles ne peuvent conduire qu’à créer des illusions en aggravant encore la fragmentation sociale et l’exaspération populaire »

LREM est devenu « Renaissance », mais il est à craindre que le mot « Obsolescence » soit plus significatif de la chute vertigineuse que nous prépare le vainqueur par défaut des présidentielles. Ainsi, le président nouvellement réélu avait besoin d’un deuxième mandat pour réaliser ce qu’il n’avait pas osé engager trop radicalement durant son premier quinquennat. Il lui reste cinq ans pour achever son projetfuneste de « réforme de l’État », qui commence naturellement par le détricotage des institutions de la Ve République au profit d’une délégation au secteur privé des pouvoirs publics, notamment en supprimant les grands corps d’Etat, comme le corps diplomatique et le corps préfectoral et en recourant le plus souvent aux cabinets de conseils privés.

Avec la ferme volonté de transférer à l’Union Européenne l’essentiel des pouvoirs régaliens, allant même jusqu’à envisager de sacrifier notre siège au conseil de sécurité à l’ONU, au profit de l’UE, Macron s’apprête à faire disparaître la nation française dans une organisation néo-libérale, apatride et soumise à Washington, qui n’hésitera pas,par une grossière manipulation médiatique à nous conduire dans une guerre antirusse que le bon sens européen le plus élémentaire nous hurle d’éviter.

Peuvent éclater ici ou là, des scandales à répétition, dont les acteurs sont de riches affairistes de Benalla à Coralie Dubosc, ces gens-là aiment l’argent, qualité recherchée par le pouvoir macronien qui fonde sa doctrine de « start up nation », sur l’ambition et le goût de la réussite enseignés dans les écoles de commerce ou de communication, et les groupes financiers. Ces « savoir-faire » sont, aux yeux du président et de ceux qui l’ont propulsé au pouvoir, des moteurs de succès beaucoup plus performants que ce que pourraient proposer les acteurs du service public, usés et honteux. C’est pourquoi il ne faudra pas attendre le relèvement de l’hôpital public, pas plus que celui de la justice, la police, l’éducation, tous les grands services de l’État en déshérence. Mais il y aura des places à prendre et des tas de petits « génies » font la queue au guichet de l’Elysée, munis de leurs diplômes et de leurs recettes de management privé applicables au public sans aucun doute, pour remplacer les vieilles structures flageolantes. Et pour plaire à la gauche ainsi qu’à la droite « d’extrême centre » les réformes dites sociétales, autour de la procréation assistée et artificielle et de l’homme augmenté vont déferler à l’envi…

Une forte opposition nationale sortira-t-elle des législatives ? Rien n’est moins sûr même si la consigne reste : « pas une voix pour macron ». Mais pourtant il faudra se battre par tous les moyens même légaux. Peut-être existe-t-il d’autres voies que le sempiternel scrutin à deux tours ?

*Anne-Marie Le Pourhiet, née le 7 août 1954 à Brest, est une juriste française spécialiste de droit constitutionnel, professeur des universités en droit public à l’université Rennes-I. Elle est vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel.

Olivier Perceval

( 12 mai, 2022 )

Cette guerre qui enchante les Américains

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Six mois après leur piteuse retraite d’Afghanistan où ils furent la risée du monde, les Américains semblent tenir leur revanche. L’invasion russe de l’Ukraine, qu’ils ont annoncé si fort qu’ils semblaient bien la désirer, n’a, pour l’instant, que des avantages.

Tout d’abord, les sanctions prises dans la précipitation par les Européens vont leur permettre de leur vendre du gaz naturel liquéfié (GNL) au prix fort. Jusqu’à présent, l’écart de prix était tel avec le gaz russe que les achats européens étaient marginaux. Les présidents américains n’avaient pourtant pas ménagé leurs efforts pour inciter les Européens à être plus compréhensifs mais sans grand succès, grâce notamment aux Allemands qui préféraient traiter avec les Russes. Le fameux gazoduc Nord-Stream II avait pu s’achever dans la douleur malgré les menaces et les sanctions des Etats-Unis.

Cet échec américain n’aura pas duré longtemps et, dès l’invasion, la pression fut mise sur l’Allemagne qui cette fois céda. Nord Stream II est fermé avant même d’avoir commencé à fonctionner, provisoirement il est vrai mais c’est la première reculade allemande sur le sujet. Elle est facilitée par la présence des Verts au gouvernement, pour qui l’idéologie russophobe passe avant l’intérêt national. Les Allemands réfléchissent maintenant à de gigantesques investissements permettant d’être approvisionnés en GNL. Ils dépenseront donc beaucoup pour acheter plus cher : à Washington on doit sourire quelquefois.

Les autres pays européens sont également sommés de s’orienter vers d’autres sources d’énergie. Ce ne sera pas simple : l’Algérie et la Norvège ont fait savoir qu’ils ne pouvaient produire plus et, pas de chance, l’Iran et le Venezuela sont sous sanctions. L’Amérique en a décidé ainsi et l’Europe a obéi, bien sûr. Seule la courageuse Hongrie résiste. En attendant l’Ukraine continue d’être approvisionnée en gaz russe. Au bal des hypocrites…

Autre satisfaction américaine, le gigantesque pont aérien destiné à approvisionner l’Ukraine en armes . Cela réjouit bien sûr le complexe militaro-industriel pour qui les bonnes affaires vont reprendre. Ces armes sont données et non vendues dit-on parfois. En réalité beaucoup seront payées par l’Ukraine qui sera pour cela soutenue financièrement par les Etats-Unis mais aussi par l’Europe. Belle opération.

De plus le réarmement annoncé de nombreux pays occidentaux permettra à l’Oncle Sam de rentrer largement dans ses frais. Gageons ainsi que beaucoup, comme l’Allemagne, sauront par exemple choisir des F35 et non des Rafale. Mais nous continuerons à faire comme si de rien n’était.

Troisième satisfaction américaine : la presque unanimité européenne contre la Russie. Ce ne fut pas toujours le cas : ainsi en 2003, lorsque l’Amérique attaqua l’Irak sous les motifs les plus mensongers, Paris, Berlin et Moscou s’étaient rapprochés pour condamner cette guerre. Washington en avait été profondément irrité et inquiet. Presque vingt après, la revanche semble totale.

Mais nous ne sommes qu’au début de cette histoire et les Américains feraient bien de ne pas crier victoire si vite. Ils en font déjà trop comme souvent. Biden a appelé à un changement de régime à Moscou, et plusieurs journaux américains affirment que ce serait grâce aux renseignements américains que le croiseur russe Moskva a été coulé et que plusieurs généraux russes ont été abattus. Le Pentagone a démenti mais ces affirmations sont crédibles. La frontière entre soutien et cobelligérance devient ténue.

Plusieurs responsables américains comme Lloyd Austen ne cachent pas leur volonté d’affaiblir durablement la Russie. C’est la ligne des faucons qui l’a emportée et c’est une pente bien incertaine car il est peu probable que ces menaces fassent reculer Poutine dont la popularité est au plus haut en Russie.

Antoine de Lacoste

( 11 mai, 2022 )

Affaire McKinsey ? Un scandale d’État sous l’étouffoir .

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

C’est fait, nous avons vécu le grand frisson final de la présidentielle, avec la déception devenue rituelle, d’une défaite, avec un écart de voix en faveur de Macron, suffisamment confortable pour ne laisser aucun doute. Une bonne partie du peuple s’est, soit trop abstenue, soit précipitée dans l’isoloir pour faire barrage à « l’extrême droite », suivant en cela les consignes du pouvoir en place, lequel sans bilan, n’avait de recours qu’à la technique éculée du front républicain, ressorti de l’antique malle du grenier de l’ère Mitterrand, dépoussiéré à chaque présidentielle, et bien qu’un peu émoussé, toujours efficace. On est donc reparti pour cinq ans de réduction et même de dissolution de la France dans un magma européen, prémisse d’un mondialisme tourné béatement vers le sempiternel souverain de Washington, qui contemple son bébé avec attendrissement.

Mais on est en droit de s’interroger sur l’impact de l’affaire McKinsey révélée par une commission d’enquête du Sénat. Au regard de l’affaire de contrat de travail douteux et de costume gratuit qui provoquèrent la chute vertigineuse de François Fillon en tête des sondages à la présidentielle précédente, l’affaire McKinsey aurait dû valoir au président sortant une claque électorale. Bizarrement, il n’en n’est rien.

On nous dit que ce type de recours aux cabinets de conseil est chose courante, peut-être, mais le quinquennat de Macron s’est illustré par une augmentation pour le moins exponentielle du nombre de missions confiées aux conseilleurs qui ne sont pas payeurs, mais plutôt encaisseurs…

La société McKinsey & Company est une entreprise fondée en 1926 aux Etats-Unis , selon le site « Internaute », et dont les missions consistent à fournir des conseils en stratégie à des sociétés privées tout comme à des entités publiques. Présente dans 65 pays à travers le monde, elle est notamment installée en France. Deux bureaux sont ouverts : l’un à Paris, l’autre à Lyon. Dans l’Hexagone, la firme compte environ 600 salariés.

Selon le rapport du Sénat, si l’on prend uniquement les dépenses des ministres en conseil, le montant est passé de 379,1 millions d’euros en 2018 à 893,9 millions d’euros en 2021. Au total, l’État a dépensé plus d’un milliard d’euros en conseil cette même année. Alors certes, on nous objecte que l’Allemagne et le Royaume Uni dépassent ce montant de dépenses, mais ces deux pays disposent d’un budget pour la fonction publique, bien inférieur à la France. Les cabinets privés conseillent les ministères qui font appel à eux sur une multitude de thématiques : gestion du service et de l’action publique, créations de lois, réformes, stratégies de communication, organisation de concertations et de débats publics. Le rapport du Sénat pointe du doigt les rapports incestueux entre les ministères et les cabinets de conseil, notamment via les contrats « pro bono ». Ce sont des missions réalisées « bénévolement » par des consultants issus de cabinets privés auprès des ministères. Une sorte de mécénat de compétence, ou du lobbying.

Les médias ont surtout réagi à deux choses, résumée sous “l’affaire McKinsey », qui sont à distinguer : d’abord, la colossale augmentation en 2021, par l’État, des dépenses pour faire appel à des cabinets de conseil, puis, la conclusion du rapport sénatorial affirmant que McKinsey ne paie pas d’impôts en France depuis dix ans.

McKinsey c’est un peu la famille

La société était déjà très proche d’Emmanuel Macron lorsque celui-ci s’est présenté à l’élection présidentielle de 2017. « Officiellement », la firme n’a joué aucun rôle dans la victoire de l’ancien ministre de l’Economie. Pour autant, le chef de l’État a pu compter sur l’aide de plusieurs membres du cabinet, tels que Karim Tadjeddine (voir ci-après), Eric Hazan ou encore Guillaume de Ranieri, comme l’indiquait Le Monde. Par ailleurs, deux autres salariés de McKinsey s’étaient même engagés à La République en Marche, dont Paul Midy, désormais directeur général de LREM,  et Ariane Komorn, chargée du pôle engagement jusqu’en 2021. Emmanuel Macron y fait la rencontre de Eric Labaye, ancien dirigeant de McKinsey France, qui le trouve brillant. Également présent dans la commission Attali, Karim Tadjeddine :ce dernier et Emmanuel Macron deviennent amis. Tous deux partagent « la même passion pour la réforme de l’État et la même sensibilité libérale de gauche » selon Le Monde. Ils entrent tous deux dans le Think Tank « En Temps réel » en 2010, recrutés par Thomas Cazenave. En 2016, Emmanuel Macron signe la préface du livre de ce même Thomas Cazenave au nom évocateur : « L’État en mode start-up ». Karim Tadjeddine signe un chapitre entier. L’auteur se retrouvera d’ailleurs à la tête de la DITP (Direction Interministérielle à la Transformation Publique), organe créé par Macron en 2017 pour réformer l’Etat.

Pour l’Insoumis Adrien Quatennens, interrogé par Léa Salamé et Laurent Ruquier, les cabinets privés « vous empruntent votre montre pour vous donner l’heure […]. » En d’autres termes, on dépense de l’argent public pour des missions que le service public est capable de réaliser.

Il apparait clairement que le vent mondialiste souffle toujours dans le même sens, et les médias, ainsi que le parquet national financier sont dans le vent. Du reste nous savons, grâce aux déclarations de revenus et de patrimoine, que notre président est quasiment insolvable, compte tenu de sa misérable carrière. Cela lui vaudra d’être épargné par la presse et la justice contrairement à Fillion. On peut s’interroger aussi sur cette « gauche » française qui, élection après élection, favorise toujours le candidat des puissances d’argent face aux classes populaires qui s’obstinent à vouloir survivre. Décidément le bon peuple de France lui, est totalement passé de mode…

Olivier Perceval

( 10 mai, 2022 )

Un ballet insensé et désynchronisé pour représenter l’Europe : quelle idée de génie !

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Le « nouveau Président », comme il s’est désigné lui-même lors de son discours d’investiture, fourmille visiblement de nouvelles idées pour son « nouveau peuple », comme il a qualifié (aussi) les Français.

Ainsi cette curieuse chorégraphie, dans l’hémicycle du Parlement européen, intitulée « Danse l’Europe » pour fêter la fondation de l’Europe. Une contorsion lente de danseurs désynchronisés, ponctuée d’injonctions lénifiantes et insensées – « Relève-toi et fais quelques pas, tu es face à un rideau de lierre, avec une main écarte le rideau, traverse un long couloir, tu retrouves la cascade… » (sic) – quelque part entre la séance d’hypnose et le cours de yoga pour consultant McKinsey stressé par sa journée de boulot. Pour la députée européenne (MoDem) Laurence Farreng, cette danse place la Conférence sur l’avenir de l’Europe sous « le signe de la culture ». Cette niaiserie passablement ridicule est donc tout ce que la France peut offrir à l’Europe en matière culturelle ?

 

Allez, quand même un point positif pour ce petit spectacle : ce n’est sans doute pas volontaire, mais l’allégorie n’est pas mal trouvée… une partition absurde sortant de nulle part, exécutée – dans tous les sens du termes – par des artistes incapables de jouer à l’unisson. Bref, l’Europe.

Puisque l’Europe ne fonctionne pas, que les Français la trouvent trop pesante – comme le montre la majorité écrasante que représente, tous bords confondus, l’addition des votes « protestataires » à la dernière présidentielle -, on pourrait espérer en toute logique aller vers moins d’Europe ? Penses-tu ! Soignons le mal par le mal et la fuite en avant. L’ancien peuple a fait une indigestion d’Europe dans le précédent quinquennat de l’ancien Président ? Le nouveau peuple reprendra bien un peu (beaucoup) d’Europe avec le nouveau Président ! Celle-ci va croître en volume – la France soutenue par l’Allemagne entrebâille la porte pour l’Ukraine par le biais d’une « communauté européenne » – et en pouvoir, puisque Emmanuel Macron, marchant dans les pas d’Ursula von der Leyen, s’est déclaré favorable à la généralisation, pour les prises de décision, du vote à la majorité qualifiée. Le traité de Lisbonne – rentré en France par effraction et par la ruse de Nicolas Sarkozy alors qu’une majorité de Français avait rejeté le traité de Constitution européenne – prévoyait qu’un certain nombre de domaines resteraient soumis à la règle de l’unanimité. Ce champ s’est réduit au fil des années mais il reste encore en vigueur pour la étrangère, l’immigration, la justice, la fiscalité… sa totale disparition se rapproche dangereusement. En arrière-fond, il y a bien sûr le débat autour de l’embargo sur le pétrole russe qui rencontre l’opposition farouche de trois États, dont la Hongrie.

Si est fluctuant pour à peu près tout, une sorte de Président Pénélope qui défait, la nuit, ce qu’il a fait, le jour – nucléaire, voile islamique, retraite, baccalauréat -, il est point, un seul, sur lequel, droit dans ses bottes, il a une vision : c’est l’Europe. Il n’a d’ailleurs pris personne en traître, il a prévenu : l’élection serait, avait-il affirmé, « un référendum sur l’Europe ». Et son Europe à lui, impossible d’en douter, est fédérale.

Mais pour arriver à ses fins, pourra-t-il réellement faire l’économie d’un référendum ? C’est le dernier (maigre) espoir pour ceux qui sont attachés à la souveraineté des États.

En attendant, aujourd’hui, pour la troisième fois, le drapeau européen flotte seul sous l’Arc de Triomphe, dans une relative indifférence. Les Français s’y sont habitués. Ce serait donc ça, le nouveau peuple au sens où l’entend Emmanuel Macron ? Docile et résigné ?

Gabrielle Cluzel

 Directrice de la rédaction de Boulevard Voltaire
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( 10 mai, 2022 )

Socialistes. 1920 : congrès de Tours – 2022 : match retour à Ivry

 

Lu sur « actionfrancaise.net »

 

On peut se désintéresser de la crise qui traverse le PS au motif qu’il s’agit là d’une péripétie de la vie du pays légal ; on peut même s’en réjouir à cet autre motif qu’elle préfigure la fin d’un pays légal dont il fut un pilier emblématique ; on peut enfin dauber sur les palinodies ayant accouché d’un accord avec LFI, accord mêlant idéologie, convictions vraies et cuisine électorale.

On peut voir aussi dans cette crise interne au PS la continuation d’un débat qui parcourt toute l’histoire d’un courant de pensée qui, au-delà de ses traductions politiciennes appartient certes à  l’histoire de la république mais aussi à l’Histoire de France. Le socialisme presque depuis Saint Simon et Cabet, sûrement après les révolutions de 1830 et surtout 1848, se scinde en deux. L’opposition Proudhon/Marx est emblématique. D’un côté les « réformistes » de l’autre les « révolutionnaires ». Aux débats théoriques s’ajoute la question pratique de la participation au gouvernement avec l’entrée en son sein de Millerand (1899) jusqu’en 1905 qui voit la création de la SFIO. Cinq partis ou courants de réunissent autour de deux pôles majeurs : Guesde/Vaillant d’un côté, Jaurès/Brousse de l’autre. Et ça tiendra jusqu’au congrès de Tours (1920) avec notons-le une adhésion tacite ou active à l’Union Sacrée. On pourrait croire que dès cette époque la SFIO endosse la casaque du réformisme pour abandonner le créneau révolutionnaire au Parti communiste tout neuf. C’est en partie vrai mais la SFIO va continuer d’entretenir une « aile gauche » qui connaitra d’ailleurs des dérives collaborationnistes avec le RNP ou le pacifisme agressif de Gaston Bergery. L’après-guerre de 40 verra le triomphe du réformisme dans une SFIO vent debout contre le communisme ; Guy Mollet disant « les communistes ne sont pas de gauche, ils sont de l’Est ».

Il faudra attendre François Mitterrand pour voir, autour de Chevènement, se constituer une « aile gauche » donnant au tout nouveau Parti socialiste le visage pluraliste qu’il avait en 1905 mais il faudra les « frondeurs » bourreaux de François Hollande pour redécouvrir une véritable aile gauche du PS.

On a assisté à Ivry-sur-Seine, lors du tout récent Conseil National du PS au match retour du congrès de 1920 perdu par les « réformistes » , A Tours ce sont les « révolutionnaires  ,  ceux qui acceptèrent les 21 conditions de Moscou, qui l’emportent pour fonder le futur PCF , mais de l’avis général et une analyse doctrinale le confirme ce sont les minoritaires (Longuet, Blum) qui emportèrent la légitimité socialiste à la semelle de leurs souliers pour « garder la vieille maison » (Blum). A Tours le socialisme a laissé des plumes mais a sauvé son être.

Socialistes. 1920 : congrès de Tours – 2022 : match retour à Ivry dans actualités

A l’inverse en 2022 c’est bien Olivier Faure, majoritaire dans le parti, représentant « la gauche du parti » qui invoque explicitement, dans un discours presque émouvant, la garde de la « vieille maison » et la « légitimité ».  En 2022 comme 1920 les partisans de la rupture sont majoritaires. Poussons le parallélisme : en 2022, ils se soumettent à Mélenchon, comme en 1920 ils se soumirent à Zinoviev mais la grande différence est qu’en 1920 les majoritaires partisans de Moscou n’ont pu emporter avec eux la légitimité jaurésienne alors qu’en 2022 ils peuvent y prétendre. Pour la première fois depuis le congrès de Tours les socialistes sont passés sous les fourches caudines d’une extrême gauche qui comble d’ironie inclut les communistes. Quelle belle revanche pour Fabien Roussel qui réussit partiellement, par procuration il est vrai, ce que Cachin, Souvarine et Frossard n’avaient pu réussir : digérer les socialistes ! A moins bien entendu que les minoritaires du Conseil National du PS ne s’organisent pour disputer à Olivier Faure une fragile légitimité.

Nous assistons avec cette crise du PS à la destruction d’un mur porteur de la vie politique républicaine. Et quand un mur porteur s’écroule, c’est tout l’édifice qui menace ruine ; c’est toute une reconfiguration idéologique du système qui se dessine ; ce sont donc des opportunités nouvelles qui se présentent. Nous pourrons y revenir.

Michel Servion

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