( 28 juin, 2020 )

Pourquoi nous ne mettrons pas genou en terre

 

Relevé sur « Renaissance Catholique »

« Tous les prosternements du monde ne valent pas le bel agenouillement droit d’un homme libre ». (Charles Péguy in Mystère des saints innocents)

L’air du temps est aux prosternations. Les foules mahométanes, de plus en plus publiquement, sur toute la planète se prosternent, cinq fois par jour, pour la prière. Une nouvelle mode venue des États-Unis consiste pour des hommes blancs à s’agenouiller, devant des Noirs, pour leur demander pardon du « racisme systémique » dont ces derniers seraient victimes depuis des siècles. Au-delà de cette offensive racialiste c’est l’ensemble de la civilisation occidentale, d’imprégnation chrétienne, qui est mise en accusation par des « militants décoloniaux » qui dénoncent pêle-mêle un État « totalitaire, terroriste, esclavagiste et colonialiste ».

Quels sont les faits ?

La Tradition de l’Église catholique rappelle l’égale dignité de toutes les personnes humaines quelles que soient leur couleur de peau ou leur race. « Dieu ne fait pas acception des personnes, car tous les hommes ont la même dignité de créature à Son image et à Sa ressemblance » (CEC § 1934)

Les sociétés issues de colonisations menées par des nations catholiques ont toujours été des communautés dans lesquelles les populations d’origines ethniques diverses se mêlaient entre elles, sans que la loi n’institue de ségrégation raciale. L’Amérique latine, et en particulier le Brésil, constituent l’archétype de ces pays colorés dans lesquels le brassage des populations est la règle.

La colonisation protestante est d’une autre nature. Les Puritains du May Flower sont le nouveau peuple élu à qui le Seigneur a confié une nouvelle Terre promise. Les Indiens d’abord, les Noirs ensuite ne participent pas de ce destin. Les premiers sont massacrés, les seconds réduits en esclavage, déracinés puis soumis à la ségrégation raciale.

La traite négrière, dite transatlantique, s’étend du XV éme au XIX éme siécle et fournit en esclaves africains les plantations du Nouveau-Monde. Ce n’est certes pas l’épisode le plus glorieux de notre histoire. Cependant les travaux d’Olivier Pétré-Grenouilleau ont montré que la traite négrière se déploie selon trois axes. Une traite arabo-musulmane qui s’étend sur 13 siècles et concerne 17 millions de personnes. Une traite intra africaine qui remonte à la nuit des temps et concerne, au moins, 14 millions de personnes. Et enfin la traite transatlantique qui s’étend sur 4 siècles et concerne 11 millions de personnes. Pourquoi ne seraient cloués au pilori que les seuls descendants des acteurs de la traite transatlantique ? Le marché aux esclaves de Zanzibar n’était pas tenu par des commerçants berrichons !

Si l’esclavage en vint, peu à peu, à disparaître des usages de nombreux pays c’est à la suite des mouvements anti esclavagistes initiés à partir du XIX éme siècle en Europe. La France mène en Afrique, au XIX éme siècle, une lutte acharnée contre les empires négriers africains dont le plus célèbre est celui de Samory aux confins de la Guinée, du Mali et de la Côte d’Ivoire.

L’Afrique, en proie aux luttes inter tribales, à l’esclavage et aux maladies infectieuses est colonisée par les puissances européennes au XIX éme siècle. Cette colonisation instaure une période de paix qui permet une croissance démographique inconnue jusque-là. La population du continent passe de 100 millions d’habitants en 1900, à 275 millions en 1960. Cette croissance est facilitée par les progrès de la médecine dont on ne sache pas que la médecine traditionnelle africaine y ait joué un rôle majeur.

Ces œuvres ont été imparfaites, comme toutes les œuvres humaines. Cependant la France n’a pas à rougir de son action outre-mer. Un chiffre rappelé par Gabriel Cluzel dans son livre « Enracinés » devrait clôre le débat : sur 5 000 médecins déployés en Afrique, 400 y laissèrent leurs vies.

Quelques principes

Au-delà de ces faits peut-être n’est-il pas inutile de rappeler quelques principes.

Demander pardon pour les fautes que l’on a commises est une démarche fort louable mais elle concerne le fautif qui s’adresse aux personnes qu’il a lésées, blessées, etc. Dans notre civilisation la faute est personnelle, car le péché est personnel, c’est le pendant de la responsabilité.

La démarche racialiste en cours consiste à essentialiser chaque personne en fonction de sa race, qui plus est en l’opposant aux autres. Ce processus porte un nom : l’apartheid, qui assure le développement séparé des races, en refusant leur brassage. Depuis les temps de la domination blanche en République Sud-Africaine les « dominants » ont changé, le principe reste le même.

N’y a‑t-il pas une forme subtile de vanité, sous apparence de bien, pour l’homme moderne à battre sa coulpe sur la poitrine de ceux qui l’ont précédé, surtout quand ils ne sont plus là pour se défendre ou au moins expliquer, contextualiser comme on dit ? L’homme moderne ne se repent pas de ses fautes, il demande pardon pour les fautes des autres. C’est plus facile !

Se remettre debout

La France est sans doute un des pays les moins racistes du monde. Le Guyanais Gaston Monnervile fut président du Sénat, le bachaga Saïd Boualam vice-président de l’Assemblée nationale et le fils de mulâtre Alexandre Dumas fut, de son vivant, reconnu comme une des gloires de la littérature française. Des minorités actives, qui bénéficient de la complicité de la majorité de la caste politico-médiatique ont déclaré la guerre aux « Gaulois réfractaires ». Elles ont, avec elles ceux qui ont intériorisé le slogan pacifiste de Jean Giono : « Je préfère être un Allemand vivant qu’un Français mort », devenu : « Plutôt être un dhimmi vivant qu’un Français mort ». Cette guerre est d’abord profondément injuste – l’histoire de la France n’est pas celle des USA- et ensuite extrêmement dangereuse pour notre paix civile. Madame Michu et monsieur Bidochon vont finir par se lasser d’être méprisés par les petits marquis qui nous dirigent et culpabilisés par des agitateurs haineux dont ils se demandent bien en quoi ils pourraient bien être une chance pour la France.

Cependant, pour montrer notre bonne volonté, nous n’allons pas mettre un genou en terre, nous allons en mettre deux. Pour nous relever ! Par fidélité à nos Anciens et à l’appel de Dom Gérard Calvet, abbé du Barroux :

« Pour se relever, un peuple couché doit d’abord se mettre à genoux ».

Jean-Pierre Maugendre

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