( 28 avril, 2020 )

Pays réel / pays légal Postface après 50 ans [1]

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Ces remarquables analyses – et très utiles – seront publiées en 3 fois, ce jour et les deux suivants. Avec l’aimable accord de la Nouvelle Revue Universelle où elles sont parues précédemment – dernière livraison.  Pays réel / pays légal Postface après 50 ans [1] dans Articles de fond Logo-Je-Suis-Français-Copie-Copie-1

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Après un demi-siècle, je n’ai rien à retrancher de ce que j’ai écrit en 1971 sur Pays réel / pays légal.*

Mais j’ai quelques remarques à formuler…

1. Une distinction valable pour tous les régimes, mais devenue, depuis la Révolution, un divorce conflictuel

Pays réel / pays légal : la distinction recoupe l’informel et le formel. Du côté de l’informel, on a les coutumes et les mœurs de la société réelle étudiée par le sociologue ; du côté du formel, on a les lois et règlements étudiés par les juristes. Or les deux visions sont loin de se confondre. L’une est normative, l’autre pas : il n’y a de lois que parce qu’il y a transgression des lois. Les lois s’imposent (plus ou moins), alors que les mœurs se constatent (et s’imposent aussi mais par assimilation par les consciences).

En France — pays où la Sorbonne a, pendant des siècles, défini les critères de vérité pour toute la Chrétienté — le droit doit être fondé sur des principes théoriques abstraits. Bien plus que dans les pays anglo-saxons, par exemple. Bien entendu, la distinction entre pays réel et pays légal reste pertinente pour tous les régimes. Tant que ces principes relevaient d’une philosophie réaliste telle que le thomisme, cette double conception ne portait pas à conséquence (sinon par la présence d’une couche sociale de clercs, jurisconsultes, prud’hommes et parlementaires qui ont toujours instrumentalisé le droit pour défendre leur intérêts catégoriels).

Mais quand, à partir de la Révolution, le droit a dû se fonder sur les utopies des « grands principes républicains », le divorce s’est accentué, et ce, d’autant plus que les corps intermédiaires (provinces, corporations guildes, jurandes et paroisses) qui adaptaient les principes à la diversité du réel, ont été supprimés. Avec la Révolution, seul ce qui est en accord avec l’utopie de l’individu libre et égal a désormais droit de cité. Une institution sociale comme le bizutage, qui durait et se renouvelait depuis des siècles, et dont la fonction initiatique et intégratrice est évidente, devait nécessairement être interdite par le droit. Cette interdiction
contribua à transformer les communautés universitaires en mornes
usines à apprendre : le social ne peut sans dommages être réduit au fonctionnel.

Le génie de l’Action Française a été d’allier les tenants des vrais principes traditionnels avec les empiristes (« l’empirisme organisateur » contre ce qu’Auguste Comte appelait avec dédain la « métaphysique de l’âge révolutionnaire » et que Maurras appelait « les nuées ».

Mais là où la division s’aggrave, c’est que la République va se servir de la loi (au même titre que des médias) comme d’une arme pour changer le pays réel et le contraindre à entrer dans son moule idéologique. Pensons par exemple aux lois mémorielles qui répriment les plaisanteries interethniques, intersexuelles, interâges, etc. Pour le sociologue, ces plaisanteries ont pour fonction d’« apprivoiser » ces relations (comme « la parenté à plaisanterie » des ethnologues) : les modes de régulation sociale des sociétés traditionnelles s’avèrent plus efficaces que les règles issues d’une pseudo-rationalité fonctionnelle fondée sur une anthropologie rabougrie.

La meilleure société, disait Gustave Thibon, est celle qui a le maximum de mœurs et le minimum de lois. Or la société se judiciarise de façon exponentielle : lois, règlements, protocoles, « process » se multiplient aux dépens des mœurs (mis à mal par le « multiculturalisme »), de la conscience, du sens clinique ou du savoir-faire de l’artisan. [À suivre demain mercredi]

Michel MICHEL

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