( 5 mars, 2020 )

Les archives de Pie XII

 

 

L’ouverture des archives du pontificat de Pie XII constitue, sans aucune doute, un événement historiographique de premier ordre. Pour les historiens de métier, c’est un immense champ de découvertes en tout genre qui s’offre à eux.

Cela ne signifie pas que la connaissance du rôle du pape de la Seconde Guerre mondiale va s’en trouver bouleversée. Philippe Chenaux, qui travaille le sujet depuis de longues années, a pu déclarer ainsi à Nicolas Sénèze de La Croix : « Chacun devrait rester sur ses positions en fonction de ses convictions. Mais on pourrait quand même arriver à un certain consensus à partir duquel on ne pourra pas dire n’importe quoi. »

Espérons-le !

Si on revient en arrière, on s’aperçoit que la mise en accusation de Pie XII face à la persécution et à l’extermination du peuple juif n’a pas été d’abord l’œuvre d’un historien, mais à proprement parler d’un provocateur, le dramaturge allemand Rolf Hochhuth. La biographie de l’intéressé montre d’ailleurs qu’en fait de provocation, il n’en est pas resté à sa pièce Le vicaire (1963), puisqu’en 2005 il alla jusqu’à défendre des thèses négationnistes au sens propre du terme. C’est-à-dire niant l’existence des chambres à gaz. Il s’en excusera par la suite. On est en droit de se poser des questions sur pareil personnage qui laissera comme principal souvenir d’avoir été l’accusateur de Pie XII, lançant ainsi une controverse qui ne s’est jamais éteinte.

Je ne suis pas historien, je n’ai cessé pourtant de m’informer sur la question, lisant jusqu’à un pamphlet aussi insensé que Le pape d’Hitler de l’anglais John Cornwell. Mon sentiment d’une cinglante injustice à l’égard du pape Pacelli n’a cessé de se renforcer, d’autant que je suis persuadé que Pie XII est le seul des grands dirigeants mondiaux à avoir éprouvé de la compassion pour les victimes de la persécution, et surtout à agir en leur faveur. On parle de son silence, mais ce silence fut absolument général de la part des hommes d’État. Et il avait, en ce qui le concerne, une raison des plus graves. N’est-ce pas l’épiscopat polonais, qui, dès le début de la guerre (avant la Shoah), l’avait supplié de se taire sur la persécution de la population catholique, par crainte qu’elle ne subisse les représailles des nazis. Il reste à espérer que l’ouverture des archives du pontificat de Pie XII débouchera sur une authentique recherche des spécialistes et non sur des polémiques idéologiques.

Gérard LECLERC

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 mars 2020.

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