( 21 janvier, 2020 )

Contre la PMA pour toutes et la GPA : politique d’abor

 

 

Soyons lucides : la manifestation de dimanche dernier à Paris contre la PMA «  pour toutes  » et la GPA — la seconde conséquence de la première — n’a pas fait le plein. Non que le nombre des manifestants, parmi lesquels j’avais l’honneur de me trouver, fût ridicule. Ridicule, en revanche a été l’estimation donnée par le cabinet Occurrence, prétendument indépendant — 26 000 —, quand la préfecture annonce elle-même 41 000, contre 42 000 le 6 octobre. Même sous-estimés, nous sommes toutefois loin des chiffres de la Manif pour tous, fin 2012 et au printemps 2013. Nous sommes loin du million !

L’explication est évidemment politique. On peut toujours arguer des grèves ou de la crainte de la violence pratiquée par le pouvoir en 2013 et de nouveau depuis 2017, mais contre les Gilets jaunes et les grévistes. On s’approcherait davantage de la vérité en plaidant la déception : avoir réuni plus d’1 million de Français il y a six ans pour rien peut en avoir découragé plus d’un, d’autant qu’on a affaire à un public qui n’a pas culturellement l’habitude de battre le pavé, celle, éphémère, prise en 2012-2013, s’étant précisément soldée par un échec retentissant. Mais le public était sociologiquement le même en 1984 lorsqu’il s’était agi de se battre pour la liberté scolaire, menacée par un Mitterrand otage d’une gauche au sectarisme ringard. Et la «  rue  », comme disent les imbéciles — alors qu’il s’agit simplement du pays réel — avait obtenu gain de cause. La liberté scolaire avait été sauvée — le fait que ceux qui la revendiquent ne la pratiquent guère étant une autre affaire.

Ce qui m’a plongé dans des abîmes de réflexion, ce fut lorsque je me suis aperçu que la préfecture de police avait autorisé, dimanche dernier, le cortège à longer l’Assemblée nationale…. habituellement bunkérisée en cas de manifestation. Et alors que même la Manif pour tous avait été accusée de vouloir s’en prendre, le 24 mars 2013, aux institutions — en l’occurrence à la Présidence en cherchant à envahir les Champs-Élysées ! Cynisme du pouvoir macronien qui, par l’intermédiaire du préfet de police, ne pouvait pas mieux afficher son mépris de manifestants venus uniquement, à ses yeux, témoigner de leur attachement nostalgique, voire folklorique à une forme dépassée de la société, déjà morte et enterrée  : celle où l’enfant est le fruit, merveilleux en soi, de l’union d’une femme et d’un homme, et où les mots de père et de mère ne sont pas brouillés et vidés de leur sens.

C’est que contrairement à 1984 et, surtout, à 2012-2013, la majorité en place sait où elle va. Il est loin le temps d’un RPR arc-bouté sur la défense de l’école. La majorité connaît aujourd’hui l’état pitoyable de l’opposition légale — pitoyable au point de vue non pas numérique mais des convictions. Elle sait que, depuis la trahison, au printemps 2013, sur la question du mariage pour tous, de la droite parlementaire, non pas tant, du reste, à l’Assemblée qu’au Sénat, la majorité « progressiste  » n’a rien à craindre de Républicains qui laissent la liberté de vote à leurs parlementaires sur ce genre de projets pour mieux rallier le camp de la gauche sociétale à la législature suivante. Parler de trahison a-t-il dès lors encore un sens ? Le pire est même à craindre de la part d’un Sénat de «  droite  », dont la commission ad hoc a non seulement accepté le texte mais aggravé son caractère eugéniste, ce à quoi l’Assemblée à majorité macronienne s’était refusée ! Ceux qui veulent conserver le Sénat au nom … du conservatisme de nos grands-élus, représentants des territoires, repasseront ! Un fait s’impose : «  Sens commun  » a réussi au-delà de toutes ses espérances à neutraliser d’éventuelles conséquences de la Manif pour tous, en matière de recomposition politique. Le passage à Macron d’une grande partie des électeurs UMP-LR en est la preuve. La préfecture de police pouvait bien laisser passer les opposants à la PMA devant l’Assemblée nationale. Nombre d’entre eux ne voteront-ils pas La République en Marche aux prochaines élections ? Les tabasser aurait été contre-productif.

Quant à la droite dite nationale, après avoir loupé le coche en 2013, sur la question du mariage pour tous, elle recommence la même erreur en 2020 sur la PMA. Le dévouement admirable de certains élus n’est pas en cause  ; nous pensons notamment à celui d’Emmanuelle Ménard, qui n’appartient d’ailleurs pas au RN, et dont le courage et la force de conviction, alliés à un travail approfondi des dossiers, forcent le respect, même de l’opposition de gauche ! Mais il est un fait : homme ou femme, il n’y a pas en France l’équivalent d’un Jaroslaw Kaczynski, d’un Viktor Orban ou d’un Matteo Salvini ; il n’y a pas, en France, l’équivalent d’un PiS, d’un Fidesz ou d’une Lega  ; il n’y a pas en France l’équivalent d’un leader et d’un mouvement politique alliant force de conviction, détermination politique, intransigeance sur l’essentiel et souci de la justice sociale. Or ce sont les Kaczynski, les Orban et les Salvini qui sont portés au pouvoir, réélus ou sur le point de l’être. Les imagine-t-on déclarer que le mariage pour tous est un «  acquis  » ou que défendre le droit pour un enfant d’avoir un père et refuser la marchandisation à venir du corps de la femme, c’est s’ «  enfermer dans une caricature  » [1]  ? Les imagine-t-on avoir honte de défendre le bon sens ou la lâcheté de renoncer à leurs convictions, par peur de déplaire à un électorat qui, de toute façon, ne se tournera jamais vers eux ?

Politique d’abord : les opposants, courageux, admirables, même, qui battent le pavé manif après manif pour défendre les fondements de la société, n’obtiendront jamais gain de cause tant qu’ils ne se poseront pas la question de la traduction politique de leur engagement. Ils resteront seuls, avec leurs convictions, condamnés à voir la société française se déliter progressivement. Le courage et l’abnégation ne suffisent pas.

François Marcilhac

[1] En Hongrie, la PMA est permise aux femmes célibataires mais non aux couples de femmes. Le mariage comme union d’un homme et d’une femme est inscrite dans la constitution. Une forme d’union civile homosexuelle, mais non le mariage, est permise en Italie depuis 2016 : la Ligue du Nord y était opposée.

 

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