( 28 novembre, 2019 )

Entretien avec Sylvain Durain

 

 

Entretien exclusif avec Sylvain Durain auteur du livre « Ce sang qui nous lie ». En vente dans les bonnes librairies et aux Editions Verbe haut (https://editionsduverbehaut.fr) 20 €

 

 

1) Qui êtes-vous Sylvain ?

 

J’ai 35 ans, je suis réalisateur, écrivain et entrepreneur, je suis né à Nancy et vis dans un petit village à l’orée des Vosges.

 

2) Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre, Ce sang qui nous lie ?

 

Ce livre est la concrétisation de 10 années de recherches sur la place, le rôle, et les enjeux de la figure du père dans la société. Au cours de ces travaux j’ai pu ressortir une grille de lecture particulière qui elle-même m’a amené à proposer un nouveau concept : celui de matriarcat sacrificiel. S’en suit assez logiquement une redéfinition complète des concepts de patriarcat et de matriarcat, leurs principes étant, je le crois, enfin révélés. Après, soit on garde tout ceci pour son tiroir de bureau, soit on décide de le proposer au monde. J’ai donc choisi la seconde option et lancé une campagne de financement Ulule qui a été un succès et j’ai pu prendre le temps de la rédaction. 9 mois en tout, dont une grande partie isolé au vert. Sans cette campagne qui a abouti en partie grâce à vous et les Vosges Royales, je n’aurais pas pu écrire ce livre. Pour cela, j’en serai éternellement reconnaissant. Ecrire un livre, pour moi en tout cas, nécessite de se couper totalement du monde qui nous entoure, y compris de ses activités professionnelles. L’argent récolté par les précommandes des futurs lecteurs m’a donné cette chance.

 

Aujourd’hui, je passe régulièrement à radio Courtoisie, je participe à des salons importants et des dédicaces, sans ces rencontres rien de tout cela n’existerait. Alain Pascal me disait récemment de « faire confiance à la Providence », l’idée commence à faire son chemin.

 

3) Vous opposez Matriarcat et Patriarcat ? Pouvez-vous rapidement définir rapidement ces deux notions que l’on traduit généralement un peu rapidement comme la supériorité des femmes sur les hommes ou inversement ?

 

La grande erreur de notre temps réside dans la simplification médiatique « BFMinisée ». Si un homme dirige l’on a tendance à expliquer assez vite qu’il s’agit d’un patriarcat, surtout d’ailleurs si cet homme dirige de manière violente et tyrannique. Si c’est une femme, et encore plus si c’est elle paraît douce et « à l’écoute » comme le dit la novelangue, alors nous serions en matriarcat. Mes travaux tendent à montrer que tout ceci est totalement faux, et provient d’un processus intellectuel au service d’une idéologie bien plus importante. L’objectif final est de détruire le père, sa figure, son rôle symbolique et concret, sa place dans la famille, son objet politique, sa transcendance spirituelle.

 

Par la méthode que j’appelle des « trois niveaux primordiaux » je tente de montrer que pour définir une société de patriarcale ou de matriarcale il faut articuler le niveau familial, politique, et religieux. La découverte est alors contraire à l’idée moderne, le patriarcat étant plutôt un monde basé sur la bonne entente, le respect d’un monde fait de complémentarités (père et mère par exemple), soutenue par la figure d’un Roi n’étant sur le trône qu’en représentation du Christ, lui-même étant Dieu le Père incarné.

 

Pour le matriarcat, j’ai eu besoin de la notion de sacrifice. Les communautés primitives d’essence matriarcal fondaient leur existence sur le principe de l’indifférenciation généralisée et, comme l’explique René Girard, elles ont besoin de recourir au sacrifice sanglant pour éviter l’implosion du tous contre tous. Le matriarcat sacrificiel permet donc une compréhension totale du système avec un niveau familial tribal dans lequel le père n’a pas de rôle prépondérant, souvent remplacé par l’oncle maternel, le niveau politique indifférenciant des principes trop puissants pour ne pas être tyrannique (la politique, la guerre, l’économie et la magie), et une niveau spirituel soutenant le tout par une vision cyclique du monde. Par exemple, les Trobriandais pensaient que les nouveau-nés étaient les réincarnations des ancêtres féminins, provenant uniquement du clan maternel.

 

Pour faire simple : Le matriarcat c’est l’indifférenciation généralisé menant au sacrifice sanglant, le patriarcat c’est la complémentarité incarnée empêchant le sacrifice et permettant la paix. Même si cette dernière n’est souvent qu’une objectif, les conditions sont réunies pour la pratiquer.

 

4) Y a t-il eu des périodes patriarcales dans l’histoire du monde ? Rappelons que pour les féministes modernes, le féminisme est un notion moderne qui vient d’apparaître.

 

L’Âge Féodal semble correspondre à ce monde patriarcal. Maintenant, était-il total ? N’étant pas historien je ne saurais répondre. Il convient aux chercheurs de répondre à cette question en réutilisant cette grille de lecture. Le féminisme n’est, en soi, pas intéressant. Il n’est qu’un souffle supplémentaire du cycle mimétique dans lequel nous sommes. Le système créera alors sa propre contradiction par le masculinisme. Nous sommes dans une période différente d’il y a 1 ou 2 ans. Aujourd’hui le combat « masculin » va poursuivre le cycle de la destruction de la seule figure qui est attaquée, car elle mène directement au Christ, à savoir le père. De plus, ce combat mimétique féminisme/masculinisme a réduit les individus des deux sexes dans un naturalisme total. Ainsi, la nature ayant horreur du vide, une nouvelle religion est en approche. Elle est même déjà là, c’est ce que je nomme la « révolution gaïatique », avec l’omniprésence de l’écologisme (à différencier de l’écologie) allié à la collapsologie. Je rappelle que la Terre-Mère, Gaïa, c’est celle qui engendre le monde sans l’aide d’un pendant mâle. Là où le cycle s’est accéléré c’est dans la désignation du bouc émissaire, il s’agit en gros de l’humanité. Si l’on creuse, l’humanité européenne, blanche. Nous en avons pour quelques années, puis nous passerons à autre chose. Les modes cycliques sont désormais assez courtes.

 

5) Peut-on considérer, selon vous, que le « matriarcat » qui vient peut-être assimilé à un nouveau barbarisme ?

 

Totalement, c’est un retour à l’archaïsme le plus pur. La famille proposée aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à une famille tribale primitive, avec la notion d’argent en plus quand la GPA sera légalisée. Et elle le sera c’est une certitude. La politique semble se caler sur un mélange de Orwell et Huxley. Le spirituel est, comme je l’ai dit, un retour à un paganisme nécessaire pour soutenir les deux niveaux précédents. Comme le disait l’anthropologue Malinowski, rien dans une civilisation n’est dû au hasard, tout prend place dans un tout cohérent. Il s’agit ensuite de les analyser.

 

6) Comment peut-on s’en sortir ?

 

Je n’ai pas la prétention de proposer des solutions toutes faites à vos lecteurs. Cependant, si nous reprenons les trois niveaux il me semble que nous pouvons agir. Pour le niveau familial, nous avons encore la possibilité de fonder des familles nucléaires différenciées, basées sur la complémentarité entre un père et une mère, une hiérarchie sur les enfants, des rôles précis à chacun. Je propose dans le livre de placer les familles sur la symbolique de la croix, mais je laisse les futurs lecteurs en prendre connaissance. Le niveau politique semble plus compliqué à modifier tant le système est verrouillé, l’épisode des gilets jaunes l’a bien montré, Macron en sort en réalité grand vainqueur. Le niveau spirituel paraît aussi tout à fait accessible, retourner à l’Eglise n’est pas encore interdit non plus. Si nous pouvions par ses deux niveaux, telle une mâchoire aiguisée, faire pression sur le niveau deux du politique, alors les choses changeraient-elles un peu ?

 

Cela demande approfondissement mais je pense qu’une clé se situe ici dans l’alliance des familles et de l’Eglise.

 

Entretien réalisé par Philippe Schneider

 

 

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