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( 3 septembre, 2019 )

Valérie Pécresse tombe dans le panneau du tout numérique à l’école

 

Lu sur « Boulevard Voltaire », ces réflexions pleines de bon sens

 

Invitée de Jean-Jacques Bourdin, ce lundi matin, sur BFM TV et RMC, Valérie Pécresse a annoncé que « tous les manuels scolaires ser[aient] gratuits » pour les lycéens d’Île-de-France, confirmant également que la région offrira aux lycées voulant passer au tout numérique le matériel nécessaire pour équiper les élèves et les professeurs. On peut regretter que la présidente du conseil régional fonce ainsi tête baissée dans des innovations pédagogiques contestables.

En juin dernier, dans un entretien au Parisien, elle avait déjà exprimé son souhait de réduire la fracture numérique, d’équiper tous les lycéens d’ordinateurs et de tablettes et, pour les établissements volontaires, de remplacer les manuels papier par des manuels numériques – ce que près de 50 % auraient accepté, dès la rentrée 2019. Si cette initiative paraît a priori aller dans le sens de la modernité, en faisant entrer les Franciliens dans les « standards mondiaux en matière d’éducation », une réflexion plus approfondie montre que ce « progrès » est plus que discutable.

La meilleure preuve – Valérie Pécresse le reconnaît elle-même –, c’est que « les lycées les plus prestigieux, des quartiers favorisés, ont souvent fait le choix du tout papier […]. Les parents et les enseignants veulent sortir [les élèves] des écrans. » On peut donc légitimement se demander si le passage au tout numérique, avec l’aide de la région, permettra de lutter contre les « inégalités scolaires et sociales » ou si, au contraire, elle n’accentuera pas les fractures. Faut-il rappeler que même les ingénieurs des entreprises de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans des écoles où les écrans sont bannis ?

Si les élèves sont le plus souvent fascinés par l’écran, rien ne prouve qu’ils soient ainsi plus motivés et qu’ils apprennent mieux. Des chercheurs ont déjà expliqué la supériorité du manuscrit dans l’apprentissage de l’écriture. D’une façon générale, on retient mieux ce que l’on s’approprie, ce que l’on manipule, ce que l’on répète avec le professeur, en se confrontant parfois à la difficulté. Sans compter que, derrière son écran, l’élève peut faire tout autre chose que le travail demandé.

Paradoxalement, alors que des études déplorent que les élèves passent trop de temps devant leurs mobiles, que des enquêtes confirment que ceux qui fréquentent assidûment le numérique au sein de l’école réussissent moins bien que les autres, des autorités publiques ou politiques viennent en rajouter, en contribuant à son expansion incontrôlée. Non pas qu’il faille l’exclure de l’enseignement, mais il convient de l’utiliser avec discernement, d’en faire un instrument parmi d’autres et non la panacée.

Si l’on peut trouver excessive la position d’Alain Finkielkraut, qui voulait bouter les nouvelles technologies hors de l’école, la défiance du philosophe n’est pas dénuée de fondement. Il est dangereux de faire table rase des méthodes traditionnelles d’enseignement sans s’interroger sur ce qu’elles apportent à la formation de l’esprit. Qui ne voit que l’introduction de plus en plus grande du numérique à l’école est, avant tout, un moyen de donner la priorité aux compétences sur les connaissances, pour faire des élèves des exécutants dociles et de bons consommateurs ?

Comme par hasard, la Commission européenne, qui fourre son nez partout, a adopté un plan d’action en matière d’éducation numérique. Dans cette affaire, c’est toute une conception de l’homme et de la société qui est en jeu. Dommage que Valérie Pécresse tombe si facilement dans le panneau en cédant au fétichisme du numérique !

Philippe Kerlouan

 Écrivain

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