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( 27 décembre, 2017 )

Stupéfiant !

 

Editorial de L’Action Française 2000 du 21 décembre 2017

 

On savait Emmanuel Macron disciple du philosophe Paul Ricœur. On ignorait qu’il était, en même temps, adepte de l’école péripatéticienne.

Aristote déambulait en dissertant avec ses disciples dans les allées du Lycée  ; notre président déambule dans les couloirs de l’Élysée, entouré de caméras, pour répondre aux questions complaisantes d’un journaliste de la télévision d’État, le tout enregistré le mardi pour être diffusé le dimanche suivant. On n’est jamais trop prudent  ! En marche… vers feu l’ORTF  ? Il ne s’agit que d’une anecdote, mais elle en dit long sur cet art de la communication qui, inauguré sous Giscard, a remplacé la parole régalienne. Certes, il n’y a rien à retenir de ce vrai-faux entretien déambulatoire. Sinon qu’il faudra encore attendre deux ans pour espérer voir la courbe du chômage s’inverser – Hollande, sors de ce corps  ! Qu’il est temps de rattraper notre retard en matière d’énergies renouvelables et qu’on peut compter sur lui pour voir partout surgir de terre des éoliennes défigurant le paysage. Qu’ayant fait le don de sa personne à la France, il fait «  le maximum pour [nous] protéger, pour éviter que les conflits n’adviennent, pour préparer [notre] avenir commun, pour préparer le meilleur futur  ». Ou encore, «  que d’ici mi, fin-février, on aura gagné la guerre en Syrie  » – Bachar el-Assad et Vladimir Poutine ont été soulagés de l’apprendre.

Le culte du Moi

Pourquoi cet entretien maintenant  ? Alors que jamais la France n’a été aussi inégalitaire, comme l’a montré une passionnante enquête récemment publiée dans Le Monde, l’exécutif est en hausse dans les sondages, dans une période calme, c’est vrai, de discussion budgétaire, dont les décisions, bientôt définitivement votées, n’ont évidemment pas encore pu faire sentir leurs effets, surtout sur les classes moyennes. Macron joue sur le front international, plus consensuel car plus éloigné des Français, tandis que le Gouvernement fait dans la com’  : envers la «  France périphérique  », en se déplaçant à Cahors, économique et identitaire, en annonçant durcir la lutte contre les faux réfugiés. Peut-être Macron a-t-il jugé nécessaire, à la veille de nouvelles réformes, de focaliser les caméras sur sa personne, dans un exercice sidérant de culte du Moi. Apprentissage, formation professionnelle et assurance chômage, asile et immigration, réforme des institutions, sans oublier les dossiers néo-calédonien et corse, la décision sur Notre-Dame-des-Landes ou la rupture démagogique avec un consensus vieux de quarante-cinq ans sur le 90 km/h sur route  : Macron veut continuer d’aller vite en 2018 et a besoin pour cela de saturer l’espace pour apparaître comme le deus ex machina des maux de la France. Ce que confirme encore cet anniversaire fêté à Chambord, le château construit par François Ier, le «  prince architecte  », après la victoire de Marignan. Ne cessant de singer la fonction royale, dans l’espoir que les Français soient dupes, et déjà maître des horloges, Macron se pense aussi en nouvel architecte de la France. Voire en sauveur de la planète au moment où nous sommes, paraît-il, en train de perdre la lutte contre le réchauffement climatique, comme Superman l’a seriné lors du raout écologique et financier international («  One Planet Summit  » dans le texte) qu’il avait réuni à Paris la semaine dernière.

Car la France ou les affaires internationales ne sont jamais, pour lui, que l’occasion de parler de lui-même. Le propos le plus révélateur de son entretien sur France 2, d’un point de vue clinique s’entend, a été  : «  [Les Français] ont décidé en mai dernier d’élire un président de trente-neuf ans qui sortait de nulle part. La France a stupéfait [sic] l’Europe et le monde par son choix.  » Macron serait donc, de son propre aveu, une personnalité stupéfiante. Quant à «  sortir de nulle part  », à moins que l’Inspection des finances, la banque Rotschild, le secrétariat général de la Présidence de la République ou le ministère de l’Économie ne soient «  nulle part  », Macron, peut, en effet apparaître comme un homme neuf  ! Au sens non pas romain de l’homo novus, bien qu’il le soit en un certain sens, mais plus prosaïque de celui qui n’aurait aucune responsabilité dans les politiques conduites avant son arrivée. Ce qui est évidemment un mensonge. Deux exemples parmi tant d’autres  : outre le bradage de notre industrie – secrétaire général puis ministre de l’Économie, il a livré la branche énergie d’Alstom aux Américains, avant de livrer, devenu président de la République, sa branche transports aux Allemands –, il était au secrétariat général de la Présidence, chargé, qui plus est, des questions fiscales, quand a été concocté ce «  scandale d’État  » (dixit son successeur Bruno Le Maire à Bercy) qu’est la taxe sur les dividendes des grandes entreprises, mise en oeuvre sous Hollande et déclarée inconstitutionnelle  ; facture pour l’État  : 10 milliards d’euros. Une enquête interne l’a évidemment blanchi.

La recette autrichienne

Alors, stupéfiant, Macron  ? En tout cas moins modeste qu’un jeune chancelier autrichien, le plus jeune dirigeant du monde, pour le coup – il a trente et un ans – qui, sans penser avoir stupéfié le monde, lui, réussit en quelques semaines ce que Merkel, avec toute son expérience, ne réussit plus en Allemagne  : former une coalition. Il est vrai que c’est avec les populistes du FPÖ, qui ont obtenu pour la première fois trois ministères régaliens – Intérieur, Défense et Affaires étrangères –, alors que l’Autriche présidera le Conseil de l’Union européenne au second semestre 2018. Paris, avec sa morgue habituelle – Macron avait déjà donné des leçons à la Pologne –, compte sur le respect des sacro-saintes «  valeurs européennes  » par l’Autriche. Loiseau, la ministre de l’Europe, y sera même «  très attentive  ».

Occasion de nous interroger sur les grandes manœuvres qui agitent la “droite” française au lendemain de la victoire de Wauquiez, que Macron a particulièrement ciblé, lors de son soliloque déambulatoire, car il sait que la vraie menace pourrait venir du retour d’une droite de conviction, dont Wauquiez semble, à tort ou à raison, l’incarnation. Seul un avenir, qu’on peut supposer proche, car Wauquiez aura bientôt à prendre des décisions tranchantes en matière de positionnement idéologique, nous dira si le costume n’est pas trop grand pour cet ancien bébé Barrot, que sa large victoire à la tête de son parti avec un taux de participation honorable devrait inciter à jouer la carte d’une droite qui n’a plus peur de son ombre et ne cherche plus, inlassablement, son droit moral à l’existence dans le jugement léonin d’une gauche dont l’empire idéologique commence, seulement, à s’effriter après avoir failli sur les plans où elle était la plus attendue, économique et social. Mais renverser plusieurs décennies de honte de soi ne sera pas aisé. Si nous assistons, comme le montre le succès d’un récent dictionnaire, à un retour du conservatisme, le caractère ambigu d’un tel phénomène n’est pas sans interroger. La victoire de Macron au printemps dernier en est le signe  : s’il s’est fait élire au nom d’un progressisme assurément ringard, c’est qu’il a su instrumentaliser le besoin de dégagisme en assimilant le personnel politique sortant, dont il fait pourtant partie, à un passé politicien lui-même identifié au conservatisme, au profit d’une société civile qui n’est qu’un slogan. Lorsque la bulle Macron éclatera, seule une droite inflexible sur la question migratoire, tournée vers la question sociale, intransigeante sur le respect de l’identité nationale et de notre souveraineté et ouvertement décomplexée en termes d’alliances pourra susciter quelque espoir. Ce fut en tout cas la recette autrichienne.   

François Marcilhac

( 26 décembre, 2017 )

Ukraine : encore une fois, l’Élysée se trompe

 

Lu sur « boulevard Voltaire »

La France empêche par son manque d’intelligence que soit mis fin à la guerre en Europe.

Emmanuel Macron et Angela Merkel ont estimé, samedi 23 décembre 2017, qu’il n’y a « pas d’autre solution qu’un règlement exclusivement pacifique du conflit » en Ukraine. Sans proposer les principes essentiels qui devraient être respectés par les parties pour parvenir à un tel règlement. Autrement dit, du verbiage ? Pas complètement, cependant. Les non-dits étant, ici, plus importants que les mots, surtout creux.

En effet, la situation est toujours très grave en Ukraine, où une guerre classique avec un front et des canonnades non seulement continue, martyrisant les civils ukrainiens russophones (plus de 10.000 morts), mais encore s’accroît : bombardements des villes par les forces ukrainiennes et rodomontades guerrières du pouvoir kievien, amenant des démentis de Washington quant à des livraisons d’armes américaines.

L’Union européenne s’est contentée de prolonger cette semaine, pour six mois, les lourdes sanctions économiques décrétées contre la Russie qui avaient été décidées à l’été 2014, au plus fort de la crise ukrainienne, quelques mois après l’annexion de la Crimée par la Russie et le début de la guerre civile dans l’Est (sanctions qui affectent les agriculteurs français). Bruxelles restant dans son coma diplomatique, ce sont les gouvernements français et allemand qui reprennent leurs prérogatives.

Toutefois, à nouveau et comme d’habitude, l’Élysée se trompe d’analyse sur le fond de la question et de la stratégie, en suivant l’Allemagne et en contrariant la Russie, en exprimant « son soutien au plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine ».

Sanctions, déni des réalités militaires et humaines, couverture d’un régime kievien extrémiste, totalitaire et corrompu : la France empêche, par son manque d’intelligence, que soit mis fin à la guerre en Europe. Et elle est aussi sortie du jeu en Syrie.

La Russie ne rendra jamais la Crimée, historiquement, affectivement, culturellement et stratégiquement russe, et un référendum a confirmé ce rattachement. Nous avons x fois indiqué quels devraient être les axes d’un plan de paix juste et durable : unité de l’Ukraine (y compris l’est), fédéralisation dans le respect des minorités et des langues nationales (surtout à l’est et à l’ouest), neutralité militaire, désarmement de toute la zone (et dénucléarisation de l’Europe centrale), coopération économique et culturelle égale de l’Ukraine avec la Russie et des Européens. Tant que l’Élysée s’entêtera à ne pas comprendre cela et tentera d’humilier le président russe (et, donc, le peuple russe qui le suit), la paix ne se fera pas. C’est déplorable.

Avocat, universitaire, essayiste
( 23 décembre, 2017 )

La politique culturelle de l’Union européenne au service des migrants

 

Lu sur « boulevard Voltaire »

 

Lors de la dernière réunion de la commission culture du Parlement européen nous ont été présentées trois analyses sur la politique culturelle de l’Union européenne à l’égard des réfugiés. Débordant de compassion humanitaire, elles font toutes le même constat : les projets doivent être au service du bien-être des réfugiés et non de leur intégration. Car les politiques d’intégration, avec leur « approche autoritaire, descendante et stigmatisante », auraient tout du retour aux pratiques coloniales, imposant aux réfugiés ce qu’ils doivent être. Il ne faudrait donc plus intégrer mais inclure, c’est-à-dire faire une place. La société ne serait plus un tout cohérent qu’il faudrait chercher à préserver mais le lieu d’un dialogue interculturel. On ne devrait plus les aider à rejoindre la société mais viser leur autonomie.

D’après ces trois analyses, la crise des réfugiés n’est pas une crise sociale et sécuritaire à laquelle doit faire face l’Europe. Il s’agirait seulement d’une crise dont sont victimes les migrants. Ces derniers sont forcément des traumatisés. Toute politique à leur égard devrait donc viser à rétablir leur bien-être et leur confiance en eux-mêmes. Les projets culturels financés par l’Union européenne à l’égard des migrants doivent alors « être le lieu de commémoration et de lamentation ».

Selon ces études, la société comme communauté n’existe donc tout simplement pas. Il n’y aurait que des individus avec des droits. Le migrant aurait donc autant de droits que les nationaux, d’où l’obligation de prendre soin de lui, de son bien-être, de favoriser son autonomie. C’est le mythe du libéralisme : il n’y a que des libertés et le rêve d’émancipation individuelle. Logiquement est affirmé qu’« [il] n’y aura pas de futur sans diversité ».

La crise migratoire actuelle ne serait pas sécuritaire mais seulement humanitaire : « le véritable état d’urgence est par conséquent le manque d’accès pour les réfugiés à leurs droits humains fondamentaux ». Il faudrait donc lutter contre toutes ces politiques qui pensent qu’un risque pèse sur la cohésion sociale et la sécurité : « Des dispositifs devraient être développés pour établir que les réfugiés ne sont pas un danger pour le bien-être, la culture et l’identité des populations d’accueil. »

Et ce combat commence – c’est à la mode – par le langage. Conscient que le terme multiculturalisme ne fait plus aussi bien recette, on parlera désormais d’interculturalisme ou de transculturalisme. Mais, surtout, il ne faudra plus distinguer entre migrant légal et migrant illégal car « le terme “illégal ” ne devrait plus être utilisé pour décrire une personne ». Il ne faudra d’ailleurs pas dire « migrant », trop stigmatisant, mais tout rassembler sous le terme de « réfugié », quel que soit le statut, le mode d’arrivée ou l’origine, tant que l’on vient d’un pays « en crise ». Et même ce terme devra être supprimé : il faut « faire référence aux réfugiés comme “nouveaux Européens” ».

Orwell qui, dans 1984, a imaginé le novlangue, cette réduction du langage pour qu’il ne soit plus possible de dire le réel, n’aurait pas fait mieux !

Député Française (et Lorraine) au parlement européen

( 23 décembre, 2017 )

Catalogne : La démocratie si rien de supérieur ne la transcende, cela se paye

 

Lu sur « lafautearousseau ». Nous approuvons totalement

 

En deux mots.jpg

Nous doutions jeudi dernier que les élections catalanes puissent dénouer la crise en cours*. Nous avions raison. 

Si cette consultation avait été un référendum, les indépendantistes l’auraient perdu car les unionistes ont recueilli 52% des voix. Les séparatistes (48%) sont minoritaires en Catalogne.

Il ne s’agissait pas d’un référendum mais d’élire un parlement. L’avantage en sièges donné aux campagnes, fait entrer au dit parlement une majorité de députés indépendantistes. Majorité absolue avec seulement deux sièges de plus que leurs adversaires.

La constitution de 1978 fait de l’Espagne une démocratie. Elle a été approuvée massivement et en Catalogne plus qu’ailleurs. Cette considération – suprême retranchement de Madrid – ne trouble pas les indépendantistes. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du rio Llobregat depuis 1978 et Madrid n’a rien fait pour contrer le matraquage antiespagnol qui a sévi partout en Catalogne ces dernières décennies. Elle a réagi in extremis quand le mal était installé. Elle a pris les mesures qui s’imposaient quand elle eut le couteau sous la gorge. C’est toujours la solution la plus coûteuse…

Il était si l’on peut dire naturel que la gauche républicaine et les communistes de toutes obédiences fussent indépendantistes et républicains : ils l’ont toujours été. C’est le centre-droit des Pujol, Mas et Puigdemont qui, en se décidant pour l’indépendantisme, lui a donné les moyens de grandir et de s’imposer. Sans eux, rien ne serait arrivé.

L’apathie souvent intéressée de Madrid et le passage à l’indépendantisme d’une certaine bourgeoisie catalane assez semblable à nos bobos centristes, sont les vrais responsables de la situation.

Cette dernière, c’est le roi Felipe qui l’a le mieux perçue et nommée avec une noble franchise : la société catalane est fracturée, coupée en deux parts irréductibles à peu près égales.

Ceux qui croient en la primauté de l’économique se sont une fois de plus trompés : ni les difficultés financières annoncées, ni le lâchage européen, ni le départ de Catalogne de plus de 3000 entreprises n’ont fait reculer les catalanistes. Ce sont des sentiments et des idées qui les motivent pour la plupart : leur traditionalisme, leur nationalisme. Fussent-ils fort mal placés.

Une dernière question devrait se poser aux Espagnols, à leurs gouvernants et à leur roi : y a-t-il quelque chose au-dessus de la démocratie ? Nous dirions qu’il y a les réalités et qu’il y a l’Histoire de qui ces dernières découlent. A aucun de ces deux titres la Catalogne n’est fondée à exiger son indépendance. Et même si elle l’obtenait, il faudrait bien des années, beaucoup de temps pour qu’elle cesse, en réalité, d’être de facto espagnole.

Pour l’instant, la Catalogne va entrer dans l’ère des combinaisons. Tenter de sortir de l’imbroglio où elle s’est fourrée. La démocratie si rien de supérieur ne la transcende, cela se paye.

( 22 décembre, 2017 )

Spes contra spem

 

Editorial du numéro 165 de POLITIQUE MAGAZINE

 

Nous voici à la fin de l’année 2017 qui a vu beaucoup de changements en France, et au début de l’année 2018 qui est  grosse d’incertitudes. Amis lecteurs, vous aimez votre journal Politique magazine : il traite des questions d’actualités comme aucun autre journal. Dans ce numéro, comme dans les précédents, une vaste étendue d’informations mais aussi d’explications est abordée : l’Europe, la Défense, la décentralisation et l’organisation territoriale, les risques monétaires, les dangers économiques, l’actualité culturelle. Tous ceux qui sont habitués à lire nos chroniques et nos articles, savent qu’il y a là une ligne éditoriale pour ainsi dire unique dans la presse française : les actualités y sont analysées en profondeur dans le cadre d’une réflexion historique et, à sa manière, philosophique qui n’hésite pas à rappeler quelques vérités fondamentales dont les constructeurs d’abstractions et les politiciens en mal de domination prétendent se soustraire.

*

Politique magazine n’a pas cédé aux charmes macroniens. L’homme a été assez habile pour se présenter à un de ces moments décisifs qui reviennent de manière récurrente dans l’histoire de notre pays et où les Français, lassés des luttes partisanes stériles, s’en remettent à un pouvoir venu « d’ailleurs » qui leur offre d’autres horizons que les perpétuelles et insanes querelles idéologiques et politiciennes. Macron a profité de la situation.

Cependant, il n’est pas venu réellement « d’ailleurs ». Loin d’être au-dessus du système, il en sort fort concrètement et il essaye d’en combiner les forces. Laissant, par exemple, un Blanquer mener sa juste réaction dans l’Éducation nationale dont il sait par son propre milieu familial à quel point les familles françaises y sont attachées, gardant un Hulot fébrile à ses côtés pour rassurer les écologistes, donnant à un Philippe adroit  ses coudées franches pour gérer le quotidien de la France, menant par des ministres qui sont tout sauf socialistes, des réformes partielles autant que les circonstances le permettent, il se réserve le rôle de « patron ». Lui voit où il faut aller. Il se met en position et en scène, comme son dernier entretien à l’Élysée l’a suffisamment montré.

*

Mais ce qu’il voit, ce n’est pas la France, ce n’est plus la France en tant que telle ; c’est un rêve, son rêve, tel qu’il l’a forgé à l’écoute de ses professeurs, de ses inspirateurs et de ses instigateurs : la construction d’une Europe fédérale totalement intégrée qui aurait, de plus, dans son esprit, l’avantage de résoudre le problème français, car la France est pour lui un problème. Il n’en a pris la direction que pour la conduire vers l’Europe du seul salut. Il croit en sa mission : cette certitude ressort de tous ses discours. Son action n’est dictée que par cette conception qui est une sorte de foi laïque. Il n’envisage de règlement des difficultés que dans cette configuration. Il le dit à toutes occasions, en toutes circonstances, comme ce numéro de Politique magazine le montre encore. En cela il est le parfait  élève de toute la génération précédente dont il prend la suite. Sauf que lui, il croit : il y croit et il se croit. Il se sert de sa foi comme d’un tremplin.

Il ne refaçonne le système que pour réussir dans son entreprise. Comprenons bien : il ne renie nullement le système ; il le transforme pour en améliorer l’efficacité à son service et pour son plan ; il joue des partis, bien sûr, en installant le sien qui doit absorber les autres ou les annihiler. Son intention est de renouveler au niveau européen ce qu’il considère comme son succès français. Demain Macron, chef charismatique d’abord, puis président d’une nouvelle Europe : oui,  tel est le rêve !

*

 Les Français sont floués. Une fois encore. Par une sorte de faux sauveur. Alors, que faire ? dira-t-on. Eh bien, expliquer et expliquer encore le pourquoi et le comment de cet invraisemblable et, cependant, perpétuel marché de dupes.  Politique magazine s’attelle à cette tâche : aller au fond du problème politique.

Concluons : s’il faut désespérer, désespérons donc du système.. Oui, parfaitement : ce désespoir-là est salutaire. Car si la France est susceptible d’espérance – et elle l’est –, elle doit l’attendre « d’ailleurs ». D’un véritable « ailleurs ». Comment ne pas y penser en ces jours de Noël et de Nouvel  An ?

Hilaire de Crémiers

( 21 décembre, 2017 )

Interrogations de Noël

 

Belle réflexion de Gérard Leclerc sur la laicité

 

Aux approches de Noël, les interrogations sur la foi, l’existence de Dieu, la personnalité de Jésus redeviennent d’actualité. Certains journaux s’en emparent. Et puis les questions récurrentes sur l’islam et la laïcité ne cessent de s’imposer dans les débats publics. La laïcité, dit-on, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Définition assez exacte, à condition de bien préciser que, philosophiquement, cette laïcité n’a rien à nous dire sur ce que c’est que croire ou ne pas croire. Elle est simplement la condition politique qui permet l’exercice de la liberté de conscience. Cette précision n’est pas toujours acceptée. Souvent, on dit d’untel qu’il est « laïque » parce qu’il est a-religieux, ce qui est à l’origine de bien des confusions. La laïcité n’est pas une philosophie au sens d’une conception du monde. Dès lors qu’elle se réclamerait d’un contenu philosophique, elle deviendrait une philosophie parmi les autres et ne pourrait plus prétendre constituer l’espace pluraliste qu’elle revendique.

De ce point de vue, on n’a pas tort d’affirmer que cette conception de la laïcité ne pouvait éclore que dans une civilisation imprégnée de christianisme, où la distinction entre le temporel et le spirituel va de soi et où la foi suppose une démarche absolument libre de l’intelligence et du cœur. Dans d’autres civilisations, cette distinction et cette démarche n’ont pas lieu d’être. D’où la tentation violente de se libérer d’une sujétion quasi totalitaire du religieux par l’athéisme. Avant tout contenu doctrinal, cet athéisme marque une rupture, une volonté d’émancipation. Il est l’affirmation d’un refus. Refus parfois héroïque, lorsqu’il se paye par la persécution et la menace de mort.

J’ai toujours été frappé par une formule de Pascal : « Athéisme marque de force d’esprit mais jusqu’à un certain degré seulement. » Nous sommes bien dans le cas de la force d’esprit qui permet de rompre avec un certain conformisme ou avec un contenu religieux auquel on n’adhère pas. Mais le simple refus n’est pas une attitude satisfaisante. La force de l’esprit consiste à tenter l’aventure de l’exploration de l’énigme que constitue ma seule existence. Refuser cette exploration, c’est s’exposer à tuer en soi toute requête de sens et s’enfermer dans son malheur. C’était aussi la conviction de Blaise Pascal, qui observait sans hostilité les athées qui cherchent mais supportait mal ceux qui tiraient vanité de leur seul refus.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 21 décembre 2017.

( 21 décembre, 2017 )

La Catalogne, depuis les Rois Catholiques, soit depuis le XVe siècle, n’a jamais cessé d’être espagnole

 

Lu sur « lafautearousseau » cette mise au point très bien venue.

 

 

En deux mots.jpgQue se passera-t-il aujourd’hui en Catalogne ? Que va-t-il sortir des élections décidées par Madrid pour mettre un terme au psychodrame indépendantiste ?

On dit le scrutin incertain ; on prédit, entre candidats unionistes et indépendantistes un résultat « serré » qui peut-être ne décidera de rien, ne résoudra rien. Les sièges une fois attribués, quelles alliances vont-elles devoir se nouer, quelle coalition nécessairement hétéroclite ou même contre-nature va-r-elle se constituer pour former un gouvernement, élire un président ? Alchimie démocratique assez obscure, indigne et délétère ! Peut-on jouer aux dés l’avenir d’un peuple ? Quel que soit, ce soir, le résultat, il y a gros à parier que la partie perdante le contestera aussitôt. La démocratie ne transcende pas l’Histoire et les réalités. Il lui arrive de les mettre en péril …

Il faut respecter le peuple catalan, attaché jusqu’à la déraison à ses traditions, sa langue, son identité. On se prend même à regretter que les Français n’aient pas fait preuve d’un semblable attachement, d’une même fidélité à eux-mêmes, à leurs pays et à la France.

L’une des spécialités des indépendantistes catalans est le travestissement de l’Histoire. Quoiqu’ils en disent, la Catalogne n’a jamais été indépendante. Avant le mariage d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon qui scella, il y a près de six siècles, l’unité de l’Espagne, la Catalogne appartenait, comme Valence et les Baléares, à la couronne d’Aragon. Jamais ensuite elle ne fut un Etat, jamais elle ne fut une nation indépendante. Elle aurait pu l’être et ne le fut pas. L’Histoire a tranché : l’Espagne a été un acteur majeur de l’histoire de l’Europe et au-delà ; la Catalogne, depuis les Rois Catholiques, soit depuis le XVe siècle, n’a jamais cessé d’être espagnole.

Comme le parlement britannique peut tout sauf changer un homme en femme, la démocratie quelle que soit son arithmétique, quels que soient ses résultats et ses combinaisons post électorales, ne pourra empêcher que de toute façon la Catalogne, suivant une modalité qui lui est propre, soit et reste espagnole.

( 20 décembre, 2017 )

L’économisme

 

 

Dans la pensée antique, la distinction entre l’ordre de la politique (de polis, la cité) et l’ordre de l’économie (de oikos, la maison) est très nette, ainsi que la subordination de celui-ci à celui-là. C’est que, selon la formule d’Aristote, la politique est non seulement architectonique par rapport à l’éthique (sans la cité pour protéger les personnes, pas de vie morale) mais également par rapport à l’économie (pas de production et d’échanges sans ordre, sans paix et sans loi).

À l’époque moderne, les valeurs semblent s’être inversées : les premiers économistes libéraux comme leurs premiers contradicteurs socialistes (Marx notamment) ont accordé la première place à l’économie ; la politique n’étant à leurs yeux qu’une superstructure exprimant sous une forme différente des rapports foncièrement économiques. Les crises régulières du capitalisme (crises financières, crises de surproduction, guerres, accroissement inédit des inégalités, même dans l’abondance) et l’échec patent du communisme du côté du socialisme, n’ont hélas pas mis un terme à cette croyance dans notre post-modernité. La « gouvernance » des taux (de croissance, de chômage etc) dont le modèle est la gestion d’entreprise a en effet pris le pas sur le gouvernement des hommes.

On reproche parfois aux royalistes de ne pas avoir de programme économique. C’est un mauvais procès. Ils n’ont tout simplement pas de dogmes en la matière ! À l’égard des thèses libérales ou socialistes ils sont agnostiques et font leur miel de tout. S’il leur fallait choisir un maître en la matière, ce ne serait pas un théoricien de l’économie mais un praticien. Plutôt que d’adhérer au credo de Smith, de Ricardo ou de Marx, ils regardent du côté de Colbert, dont l’action a consisté à soutenir, protéger, faciliter, le travail des acteurs économiques sans se substituer à eux systématiquement et dans un but très simple et pas du tout idéologique : enrichir l’État par la prospérité économique et lui permettre de mener à bien ses fins propres, qui sont extra ou meta économiques.

Stéphane BLANCHONNET

Article paru sur a-rebours.fr et dans L’AF2000

( 20 décembre, 2017 )

L’Union européenne, premier ennemi des peuples ?

 

Lu sur « Boulevard Voltaire » cet article très instructif concernant la politique « européenne » d’immigration.

 

Pour la première fois, un dirigeant ose reconnaître que le but de l’UE est le « grand remplacement ».

 

Depuis des années, les sondages sur l’immigration vont tous dans le sens du rejet :
en février 2017, c’est le think tank britannique Chatham House, repris par Le Figaro, qui indiquait que 55 % des Européens souhaitaient suspendre l’entrée des immigrés venant des pays musulmans. Cette proportion s’élevait à 61 % chez les Français.

Déjà en juin 2017, l’Institut royal des affaires internationales, célèbre think tank d’étude des problématiques internationales basé à Londres, avait publié des recherches démontrant la fracture entre les élites et les citoyens ordinaires européens face à l’immigration de masse et l’islam. Les deux groupes avaient été interrogés dans dix pays européens (un échantillon représentatif de 10.000 citoyens ordinaires et un autre de 1.800 élites européennes de la politique, des médias et des entreprises). Le résultat était sans appel : 57 % des élites européennes pensaient que l’immigration était un bienfait alors qu’ils n’étaient que 25 % de « citoyens lambda » à penser de même.

Bernanos avait écrit en 1931 La Grande Peur des bien-pensants. Nous entrevoyons avec ce sondage « la grande joie des bien-pensants ».

Ce n’est pas l’article « Les migrants européens sont là pour rester » de Dimítris Avramópoulos, commissaire européen chargé de l’immigration, que vient de publier Politico qui contredira cette donnée. Ce papier est une ignominie, une offense faite à la démocratie. Il démontre le vrai visage de Bruxelles, son totalitarisme et le côté inquisitorial des commissaires européen autoproclamés.

En voici les meilleurs passages :

« Il est temps d’affronter la vérité. Nous ne pouvons pas et ne pourrons jamais arrêter l’immigration… elle est profondément liée à nos politiques en matière d’économie, de commerce, d’éducation et d’emploi. »

Parlant des migrants, il précise : « Ils ont trouvé la sécurité en Europe, mais nous devons aussi veiller à ce qu’ils trouvent un foyer », puis il insiste sur le fait que « programmer les Européens à l’accueil de l’immigration de masse est non seulement un impératif moral mais aussi un impératif économique et social pour notre continent vieillissant, et l’un des plus grands défis dans l’avenir proche ».

Faisant référence aux migrants des pays les plus pauvres du monde, Avramópoulos souligne que Bruxelles considère l’asile « non pas comme un moyen d’offrir un répit temporaire à la guerre, mais plutôt comme une autre méthode de transplantation permanente des populations du tiers-monde dans les pays de l’Union européenne ».

Pour la première fois, un dirigeant ose reconnaître que le but de l’Union européenne est le « Grand Remplacement ». Et dire que les médias traitent Renaud Camus d’illuminé !

Comme si cela était insuffisant, ce dictateur aux petits pieds conclut en nous révélant :
« La seule façon de rendre nos politiques d’asile et d’immigration pérennes, c’est de commencer par changer collectivement notre façon de penser », terminant par : « Aucun coin de l’Union européenne ne pourra échapper à l’immigration de masse. »

Soyons clair : cet article est une déclaration de guerre contre les peuples. C’est « Big Brother » à l’échelle de Bruxelles. Il annonce l’ouverture pour « changer notre façon de penser » de camps de rééducation d’un nouveau genre.

Aujourd’hui, avec de tels propos, nous savons que notre premier ennemi n’est plus Daech mais l’Union européenne qui veut la fin de nos identités, de nos racines et de nos cultures européennes pour promouvoir le mondialisme.

J’espère que, face à un tel dogmatisme, nous pourrons tabler sur une réaction salutaire et virulente de Marine Le Pen, Philippot, Nicolas Dupont-Aignan, Wauquiez, Chevènement et consorts.

Ancien officier de Gendarmerie
Diplômé de criminologie et de criminalistique
( 19 décembre, 2017 )

La France a-t-elle définitivement perdu le contrôle de son industrie ?

 

Lu sur « lafautearousseau »

 

ANALYSE – Le gouvernement a annoncé vouloir céder pour dix milliards d’euros de participations de l’Etat, y compris dans des entreprises stratégiques. Ludovic Greiling analyse les facteurs de la désindustrialisation de la France [Figarovox, 14.12]. Les lecteurs de Lafautearousseau connaissent bien Ludovic Greiling dont nous avons publié différents articles en tant que collaborateur de Politique Magazine ainsi qu’un entretien donné sur TV Libertés.  [Voir liens ci-dessous].  LFAR

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« Mauvaise gestion », « charges trop élevées », « concurrence internationale »… Il est commun d’invoquer ces facteurs pour expliquer la désindustrialisation brutale que le pays a connue ces quarante dernières années. En revanche, la guerre industrielle féroce à laquelle se livrent les puissances pour contrôler le capital des entreprises concurrentes n’est jamais évoquée. Cette guerre explique pourtant les difficultés de nos compagnies de pointe et la perte progressive de savoirs-faire pratiqués sur le territoire français.

Le gouvernement l’a annoncé : il veut céder pour dix milliards d’euros de participations de l’Etat, y compris dans des entreprises stratégiques. Par exemple, des discussions sont en cours pour fusionner certaines activités entre l’italien Fincantieri – en voie de privatisation – et le bijou qu’est la Direction des constructions navales (renommé Naval group) – qui vient de remporter un contrat géant en Australie pour la construction de sous-marins. La conséquence à long terme de ce genre d’opérations ? Rien de moins qu’une perte de contrôle de l’entité, suivi du transfert de brevets, de bureaux d’étude et de chaînes de montage.

Alstom est un cas exemplaire de la guerre industrielle. Le site historique de fabrication des trains et des équipements énergétiques du groupe, à Belfort, pourrait fermer dans les prochaines années. Ces chaines de production employaient 8500 salariés au pic des années 70, contre 500 personnes aujourd’hui. « On perd tout ici, petit à petit, la recherche d’Alstom s’est envolée depuis longtemps, la technique s’en va par petits bouts…» expliquait un habitant dans la presse nationale lors de manifestations tenues l’an dernier.

Un événement anodin dans un « monde globalisé » ? Non. Car Alstom n’est pas n’importe qui. Ses turbines thermiques équipent la moitié des centrales nucléaires de la planète et un quart des barrages hydroélectriques. La compagnie est également capable de fournir l’ensemble des équipements électriques d’une usine à charbon, ou de fabriquer les trains les plus rapides au monde. Un avantage stratégique majeur qui a aiguisé des appétits.

Attaques au capital, changement des conseils d’administration

Fusions, scissions, ventes d’actifs : à partir de la privatisation progressive entreprise il y a vingt-cinq ans, Alstom a souffert des mouvements incessants des fonds étrangers à son capital. Par la suite, le groupe a été visé par la Commission européenne : en contrepartie d’une aide de l’Etat français en 2003, Bruxelles imposait la cession de deux de ses fleurons au bénéfice de la concurrence, les activités de turbines industrielles (à l’allemand Siemens) et la filiale spécialisée dans la conversion d’électricité (à la banque britannique Barclays, qui la vendra ensuite à l’américain General Electric). Entre 2002 et 2005, le chiffre d’affaires d’Alstom a été divisé par deux.

Dix ans plus tard, c’est un conseil d’administration remanié par le PDG Patrick Kron et désormais dominé par des intérêts anglo-saxons qui achevait l’ancien joyau de la période gaulliste. En 2014, il annonçait contre toute attente la vente des actifs et des brevets de la très stratégique division énergie d’Alstom. Le bénéficiaire ? Le concurrent américain General Electric, encore une fois. Deux mois après la reprise des activités françaises, le nouveau propriétaire annonçait la suppression de 800 emplois sur le territoire national et des rumeurs faisaient état du possible rapatriement des bureaux d’étude aux Etats-Unis.

En ce mois d’octobre 2017, c’est la vente de la branche transports à Siemens qui est annoncée. Le démantèlement par les concurrents est presque achevé. Il aura pris vingt ans.

Des technologies maitrisées par peu d’acteurs dans le monde

On l’oublie trop souvent : les technologies qui permettent aujourd’hui de produire de l’électricité, d’utiliser des transports modernes ou encore de fabriquer des avions, sont maitrisées par un nombre très faible d’acteurs. La Chine et la Russie ont dû attendre la fin d’année 2016 pour annoncer le lancement prochain d’un avion civil longue ligne performant. D’ici à sa mise en exploitation, ces deux puissances seront dépendantes du bon vouloir d’Airbus et de Boeing pour réaliser l’espace eurasiatique de leurs rêves…

La France a jadis su développer d’extraordinaires capacités techniques. Elles ont en partie donné au pays son indépendance diplomatique, économique et militaire. Elles lui ont ouvert la possibilité de discuter et d’échanger avec les pays de son choix, malgré le poids des empires soviétique et américain.

Mais ces capacités ont aussi aiguisé les appétits des concurrents. Ces derniers ont profité d’un long passage à vide politique, et du dogme assez récent de la liberté totale de circulation des capitaux.

Les fonds étrangers contrôlent aujourd’hui 50% du capital du CAC 40, selon la Banque de France, contre 25% il y a vingt ans. Ces derniers, le plus souvent américains (et non chinois), placent leurs hommes dans les conseils d’administration et les directions. Dans un contexte de vide politique, comment résister face à un fonds comme Blackrock, dont les encours sous gestion sont deux fois supérieurs à la capitalisation totale des quarante plus grandes valeurs françaises ?

Alstom n’est pas un cas isolé. C’est par une attaque soudaine au capital, alliée à une intense opération de propagande et au soutien du premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker (futur président de la Commission européenne), que le sidérurgiste haut de gamme Arcelor a été avalé par un acteur indien inconnu en 2006. Le nouveau groupe, lourdement endetté auprès des banques américaines suite à l’OPA, a, depuis, fermé ou cédé une partie des ses meilleures usines européennes.

C’est grâce à leur participation dans Airbus (ex EADS) que les Allemands ont rapatrié sur leur territoire la filiale militaire de la compagnie européenne. Pourtant, ces activités sont issues en majorité de l’entreprise française Matra-Aérospatiale et du savoir-faire de la Direction générale pour l’armement.

Transfert des brevets et des usines

C’est en entrant au capital de Safran que les fonds germano-américains y ont placé à sa tête leur propre représentant, tandis que la direction générale est désormais pénétrée par des représentants de l’Otan. Là encore, les principales mouvances au pouvoir en France ont favorisé la braderie du spécialiste de la défense et des moteurs d’avion : Safran est issu d’une fusion forcée par Nicolas Sarkozy entre la compagnie publique Snecma et la Sagem, et l’Etat a ensuite cédé, sous François Hollande, une grande partie du capital qu’il détenait encore. L’entreprise devrait faire partie des ventes de participations voulues par Emmanuel Macron.

La liste est longue. Péchiney, Peugeot, Schneider Electric, Véolia ou Alcatel ont subi à des degrés divers la guerre industrielle par des prises d’intérêts dans leur capital. Et le phénomène touche aujourd’hui le secteur énergétique.

A quelques millions d’euros près, l’ex ministre Michel Sapin avait discrètement fait passer l’Etat français sous le seuil qui lui assurait une minorité de blocage dans GDF Suez, le plus gros distributeur de gaz en Europe de l’Ouest. Et le gouvernement Philippe vient d’annoncer la cession supplémentaire de 4% du capital dans une procédure accélérée. EDF risque quant à lui une « faillite », selon les syndicats du groupe, qui dénoncent « les mauvais choix industriels et économiques mis en œuvre de façon zélée par le gouvernement sous le regard de l’Europe ». Spécialiste mondial incontesté de l’électricité nucléaire, un secteur maitrisé par de très rares acteurs dans le monde, EDF devrait prochainement ouvrir son capital aux fonds étrangers. Sous la pression de l’ancien banquier d’affaires Emmanuel Macron, l’ancien gouvernement avait en effet obligé la compagnie publique à accomplir un projet d’investissement de plus de 20 milliards de livres en Angleterre, un montant supérieur aux fonds propres du groupe… Pour préparer le terrain, il avait brutalement changé les statuts légaux d’EDF il y a deux ans et remanié le conseil d’administration. Cherche-t-il à lever des fonds facilement en vendant le capital d’EDF ? Pas sûr, car la compagnie publique rapporte à l’Etat deux milliards d’euros par an en dividendes. Dès lors, pourquoi céder EDF  ?

Difficile, quand l’on parle de guerre industrielle, de ne pas évoquer le cas révélateur de Gemalto. Véritable « protecteur numérique des identités » (passeports biométriques, transactions bancaires, télécommunications 4G et 5G), l’entreprise cotée au CAC 40 capterait entre 60% et 80% du marché mondial de la carte à puces.

Problème : le groupe issu du français Gemplus n’a plus grand-chose de tricolore. En 1999, le fonds américain Texas Pacific Group (TPG) – d’apparence anodine – tentait une première approche. Refoulé deux fois par le directeur général de Gemplus, il décidait alors de mener des négociations discrètes avec l’actionnaire minoritaire Marc Lassus, lequel accepta qu’il prenne 26% du capital. En contrepartie de l’investissement, TPG obtenait de déplacer le siège social au Luxembourg et de nommer la moitié du conseil d’administration. Dès 2001, les fondateurs de Gemplus comprenaient que la volonté des Américains était de transférer aux Etats-Unis les précieux brevets déposés dans la sécurité numérique. Une guerre d’actionnaires s’ensuivit, qui se termina par l’éviction des dirigeants historiques de Gemplus du conseil d’administration! En 2002, TPG plaçait à la tête du groupe français Alex Mandl, un haut responsable du géant américain des télécommunications AT&T. L’homme était également administrateur de In-Q-Tel, le fond de capital-risque crée par la CIA dix ans plus tôt pour capter les technologies les plus avancées… Il est encore aujourd’hui à la tête de l’entreprise.

La guerre industrielle est-elle perdue ? Non. Toutes les chaînes de production contenant du savoir-faire à haute valeur ajoutée n’ont pas été fermées, et le pays possède des écoles industrielles de pointe. « Les ingénieurs américains ne nous impressionnent pas du tout. Car nous avons en France les meilleurs ingénieurs du monde. Cela fait partie de notre culture », confiait récemment un cadre d’un important industriel de l’armement. Tout peut être construit en temps et en heure pour qui souhaite ne pas se placer dans la dépendance de l’ailleurs.   

Ludovic Greiling est journaliste. Ancien collaborateur du Revenu français, spécialisé dans l’économie et les grandes entreprises, il travaille aujourd’hui pour différents journaux français et internationaux. Il est l’auteur de Monnaie et pouvoir (éd. Apopsix, 2015).

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