( 20 avril, 2015 )

Le calvaire interminable des habitants d’Alep

Pris sur « boulevard Voltaire », ce témoignage à diffuser
Le calvaire interminable des habitants d’Alep dans actualités
En guerre depuis trois ans, Alep a changé de visage. Les islamistes qui encerclent la ville rendent la vie des trois millions d’habitants impossible.
 dans actualités
Journaliste indépendante

« Les habitants sont désespérés », c’est le triste témoignage de sœur Marguerite Slim, de l’hôpital Saint-Louis d’Alep, recueilli par l’association française SOS Chrétiens d’Orient ce week-end…

Depuis trois semaines, les habitants de la deuxième ville syrienne sont privés d’eau, d’électricité et d’accès à Internet par les islamistes qui tiennent les alentours de la ville.

La vie se poursuit tant bien que mal grâce aux puits creusés et aux générateurs que les habitants parviennent à faire tourner : l’essence est devenue une denrée rare en raison des sanctions internationales d’une part et des difficultés qu’il y a désormais à rejoindre la ville par la seule route encore tenue par l’armée syrienne et régulièrement attaquée depuis la prise d’Idleb, ville voisine, par le front Al-Nosra. Cette branche syrienne d’Al-Qaïda qui faisait « du bon boulot en Syrie » selon Laurent Fabius il y a seulement quelques mois… Difficile de ne pas comprendre l’amertume des Syriens à l’égard de la France depuis le début de cette guerre.

La situation n’est pas nouvelle mais les groupes islamistes qui entourent la ville ont récemment redoublé d’ardeur dans leurs attaques. « Nous avions accepté et supporté que des obus de mortier tombent, mais maintenant, avec les missiles et donc une destruction massive de ces quartiers, c’est une vraie menace pour les populations. À travers votre radio, je lance un appel à Sa Sainteté : il faut bouger ! », suppliait, la semaine dernière, le frère Georges Sabé, de la communauté mariste d’Alep, au micro de Radio Vatican.

Les islamistes envoyaient régulièrement des obus sur la ville, ils ont profité des fêtes de Pâques pour viser deux quartiers chrétiens de la ville avec des missiles… « Il n’y a presque plus aucun habitant dans ces quartiers, ils ont tous fui vers des endroits plus calmes… À Lattaquié ou Tartous », poursuit sœur Marguerite. Autour de la ville, une grosse dizaine de factions différentes terrorisent les habitants, aucune trace de « rebelles modérés »…

Leurs moyens semblent illimités et les évêques de la ville (qui sont plusieurs en raison des différentes communautés chrétiennes de la ville) dénonçaient, la semaine dernière, l’approvisionnement de ces « rebelles » dans un appel lancé à la communauté internationale : « Assez de désolation et de destruction ! Assez d’être un laboratoire d’armes de guerre dévastatrices ! Nous sommes fatigués ! Verrouillez les portes des armements et des munitions, arrêtez la fourniture des instruments de mort ! Nous sommes fatigués ! »

La complicité turque ne fait plus aucun doute pour les habitants de la ville, qui accusent également l’Occident: « Vous avez armé n’importe qui en Syrie, il y a bien longtemps que les Syriens savent qu’il n’y a plus de rebelles “modérés” », confiait, en janvier dernier, une jeune Alépine chrétienne, les larmes aux yeux : « Nous ne comprenons plus ce qui se passe en Syrie, nous voulons simplement vivre ! »

Depuis des mois, des chrétiens quittaient la ville par peur de l’avenir. Aujourd’hui, plus que jamais, leur survie est menacée : « Si les rebelles gagnent la bataille d’Alep, nous sommes tous morts », confiait le père Janji, curé d’Alep, à Aleteia cette semaine.

En guerre depuis trois ans, Alep a changé de visage. Les islamistes qui encerclent la ville rendent la vie des trois millions d’habitants impossible : plusieurs entrepôts, situés en banlieue, ont été pillés et les commerçants ne peuvent plus travailler, les coupures d’eau et d’électricité, les obus et maintenant les missiles empêchent les habitants d’espérer.

« Il ne nous reste plus que Dieu », conclut Sœur Marguerite Slim, « et il est parfois si difficile d’avoir confiance… »

( 17 avril, 2015 )

Questions et interrogations au sujet de mon éviction des écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan

Communiqué de Bernard LUGAN

I) Les faits

1) Le mardi 14 avril 2015 vers 17 heures, je suis contacté par téléphone par la direction de l’enseignement des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC) qui me signifie verbalement l’annulation de toutes mes interventions programmées, sans en préciser les raisons ;

2) Officiellement, à ce jour, je n’ai reçu aucune information écrite concernant ces annulations;

3) Je ne sais pas plus officiellement ce qui a motivé cette décision-sanction;

4) J’ignore la nature de l’autorité qui l’a ordonnée.

Or, l’ancien journaliste à Libération Jean-Dominique MERCHET, proche des milieux de gauche et qui se targue d’être informé directement par le cabinet du MINDEF (Ministère de la Défense) rapporte dans un article publié sur son blog le 15 avril 2015 que :

1) « les Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC)… confirment que « suite à ses (mes) récentes déclarations sur le déplacement du secrétaire d’Etat aux anciens combattants à Sétif mettant formellement en cause le chef des armées (François Hollande), le   commandement des écoles a annulé sa (ma) prestation du 29 avril, sans remettre en cause son (mon) expertise d’historien ni présumer de l’avenir de la collaboration entre les ESCC et Mr Bernard Lugan ».

2) L’entourage du ministre a rappelé la « consigne » donnée il y a un an et que doivent respecter les universitaires intervenant aux Ecoles, en particulier de Saint Cyr Coëtquidan, de ne déclencher aucune polémique et de ne pas nuire à l’image des dites écoles.

II) Analyse des fait

Dans un article très documenté au sujet du futur déplacement du secrétaire d’état français aux anciens combattants à Sétif, publié exclusivement sur mon blog le 9 avril 2015 et sans qu’il y soit fait état de mes enseignements aux ESCC, j’étais légitimement fondé à exprimer mon avis tant es qualité d’historien chercheur qu’en vertu de ma liberté d’expression en dehors de mes interventions aux ESCC. Même si cela s’est fait en des termes qui effectivement incriminent le chef de l’Etat : « la décision de François Hollande d’envoyer un membre de son gouvernement à Sétif est une provocation. Ce faisant, le président de la République montre  à la fois son aveuglement historique et son sectarisme politique puisqu’il cautionne la re-écriture de l’histoire faite par les autorités algériennes. Au prix d’une nouvelle humiliation de la France.

Si l’on en croit Jean-Dominique MERCHET, la décision du Général Commandant les ESCC de suspendre mes interventions:

1) Ne se fonde pas sur une remise en cause de mon expertise d’historien chercheur sur l’Afrique et donc notamment sur les évènements du 8 mai 1945 qui se sont déroulés à Sétif;

2) Serait une interprétation autoritaire à caractère politique émanant au mieux du rappel à la consigne du cabinet du ministre (voir plus haut).

Or, en l’état, il n’y a aucune trace d’une quelconque polémique déclenchée par mon article intitulé « Sétif (mai 1945): encore une provocation socialiste » depuis sa publication sur mon blog le 9 avril.

De plus, en quoi cet article aurait-il pu porter atteinte à l’image de l’enseignement des écoles de Saint Cyr Coëtquidan alors qu’il n’y est aucunement fait mention de ces dernières?

En l’espèce, c’est l’interprétation de la nature politique de cette sanction par Jean-Dominique MERCHET qui crée une polémique nuisant à la réputation du commandement des écoles et qui remet en cause la qualité de son enseignement sur l’Afrique.

Quant à mon avis parfaitement argumenté sur la décision de François Hollande d’envoyer le secrétaire d’état aux anciens combattants à Sétif, il est tout à fait légitime, même s’il conteste effectivement le bien fondé tant historique que politique de la décision du chef de l’Etat. Ce dernier n’en demeure en effet pas moins un homme public et la Cour européenne des droits de l’homme précise à ce sujet qu’il est soumis à la critique, même désagréable, de ses compatriotes.

Nous serions donc face à une sanction prise contre la liberté d’expression pourtant garantie à tout citoyen par la Constitution. Sauf naturellement à devoir considérer que le seul fait d’intervenir aux écoles de Saint Cyr Coëtquidan priverait par voie de conséquence tout universitaire de sa liberté d’expression, y compris en dehors des dites écoles…

Dès lors, je suis en droit de m’interroger publiquement sur les véritables motivations d’une telle décision qui bafouerait ma liberté d’expression. En l’absence d’information officielle écrite, je demande donc une audience au commandant des ESCC pour connaître tant l’auteur de cette décision insolite et attentatoire aux libertés, que ses motivations. Cela afin d’en comprendre la nature exacte et être en mesure d’y porter réponse, éventuellement devant les juridictions nationales et européennes compétentes.

Bernard Lugan

( 14 avril, 2015 )

18 Avril à METZ

Trompettes de Jéricho

( 13 avril, 2015 )

« Génocide arménien » : l’honneur de François !

Communiqué de l’AGRIF

Hier, en la Basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François a solennellement accompli le devoir de mémoire de l’immense barbarie exterminatrice appelée « génocide arménien »planifié par le régime Jeune-Turc et déclenché pour sa phase essentielle, il y aura un siècle, le 24 avril 1915.
Avec raison, François a rapproché cette mémoire de l’immense abomination de ce que « l’État islamique », dans les mêmes délires de cruauté sadique que les exterminateurs de 1915, fait subir « à nos frères et sœurs sans défense, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, publiquement et atrocement tués, décapités, crucifiés, brûlés vifs… ».
Hélas, on ne peut que constater la persistance du gouvernement turc dans son total déni de vérité de ce qui fut. On ne s’étonne donc pas de ce que le plus haut responsable du génocide, Talaat Pacha, soit toujours honoré sous son Mausolée à Ankara, tout comme est encore honoré à Moscou, Lénine, l’initiateur des grandes exterminations et génocides perpétrés par les régimes communistes.
Le pape François a évoqué cette continuité dans les exterminations de masse du XX° siècle, citant « le stalinisme et le nazisme ». L’exactitude exige de préciser que les génocides communistes ne se ramènent pas au seul stalinisme : Lénine et Trotski en furent les premiers concepteurs, mais, ainsi que Staline, Mao, Pol Pot, et bien d’autres en furent les exécuteurs.
Dans notre livre à paraître pour le 24 avril « 1915, le génocide arménien »,  sous-titré « 2015, État islamique, « Daesch », la continuité !» (pré-commande ci-dessous), nous développons ce qui suit :
1)     Le génocide dit arménien a été plus exactement le génocide, en plusieurs phases, des chrétiens d’Orient, Arméniens, Grecs et Assyro-Chaldéens, sous gouvernement turc.
2)     C’est en étudiant longuement les faits de cette extermination planifiée que le grand magistrat polonais (et juif) Raphaël Lemkin a forgé le mot de « génocide » et parfaitement défini le concept.
3)     Le génocide de 1915 avait déjà été précédé d’abord par les massacres exterminateurs de 300 000 arméniens de 1896 à 1898 sur la volonté du monstre sadique le sultan Abdul-Hamid II ; ensuite, en 1909, sous gouvernement Jeune-Turc par ceux de Cilicie constituant une sorte d’exercice préparatoire à l’éradication générale de 1915.
4)     Si le mot « génocide » a été forgé et défini en 1928 par Raphaël Lemkin, le modèle initial a été le processus conçu et mis en œuvre pour anéantir « la Vendée » par Robespierre et les montagnards de la Convention. On doit à Maître Gilles-William Goldnadel, dans sa préface au livre de Reynald Secher « Du Génocide au Mémoricide », une remarquable synthèse de la continuité génocidaire des totalitarismes : jacobinisme, panturquisme, nazisme et communisme.
5)    Les dirigeants Jeunes-Turcs, souvent formés dans nos universités, furent tous de grands admirateurs de la Révolution française. On ne l’occulte nullement dans l’article consacré à « l’empire ottoman » dans la très maçonniquement correcte « Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie », où l’on rappelle que l’État Jeune-Turc fut en effet un « État maçonnique ».
6)     Tout en s’affirmant « laïques », les dirigeants jeunes-turcs voulaient d’une Turquie débarrassée de toute autre religion et de toute autre identité nationale et culturelle que celles de l’islam. Ils furent constamment soutenus par le Grand Mufti ottoman, portant le titre de « cheikh oul islam ».
Le génocide principalement perpétré en 1915-1916 fut achevé de 1918 à 1922 par les exterminations des Assyro-Chaldéens de Mésopotamie, dont les rescapés furent anéantis en 1933 par le nouvel État irakien ; par celui des Grecs de Smyrne et du Pont ; par celui des derniers Arméniens de Cilicie sous mandat français.
La connivence maçonnique entre Mustapha Kemal et Aristide Briand entraîna l’odieux abandon de ces derniers à la constante sauvagerie sadique des bourreaux turcs, dans le mépris du sang versé par des milliers de nos soldats et de volontaires arméniens de notre Légion d’Orient.

Bernard Antony

* Pour commander le livre « 1915, le génocide arménien - 2015, État islamique, « Daesch », la continuité !» (sortie prévue le 24 avril, 20 euros franco de port) : par courriel ou au Centre Charlier, 70 boulevard saint-Germain, 75005 Paris.
( 13 avril, 2015 )

La lapidation: une tradition chrétienne, selon Marion Ruggieri

Lu sur « BOULEVARD VOLTAIRE » cet excellent commentaire
La lapidation: une tradition chrétienne, selon Marion Ruggieri dans actualités femen-idiote
Quand il est possible de devenir ministre de la Culture sans disposer du moindre échantillon de cette culture, que peut-on attendre d’une speakerine d’Europe 1 ?
 dans actualités
Ingénieur

Quand je ne sais pas, j’ouvre un dictionnaire, une encyclopédie, ou je recherche sur Internet.

J’ignorais l’existence de Marion Ruggieri, n’étant pas adepte des logorrhées radiophoniques ressassant quotidiennement la doctrine de la bien-pensance, dignes héritières de Radio Paris.

Marion Ruggieri officie sur Europe 1.

Pour beaucoup de mes coreligionnaires, l’enquêtrice Ruggieri est sortie de l’anonymat le 9 avril dernier en questionnant Saphia Azzeddine au sujet de la lapidation : « Et vous racontez d’ailleurs que [la lapidation] a été inventé par les chrétiens, hein, que c’était une vielle tradition chrétienne. »

L’employée Ruggieri ne connaît pas le Nouveau Testament. Quand il est possible de devenir ministre de la Culture sans disposer du moindre échantillon de cette culture, que peut-on attendre d’une speakerine d’Europe 1 ? Ruggieri n’allait pas nous citer Jean, chapitre 8, versets 3-11, mais elle aurait pu avoir entendu parler de Jésus empêchant la lapidation de la femme adultère, elle aurait pu avoir ouï l’expression « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ».

En quelques clics, la préposée au 15 h d’Europe 1 aurait pu apprendre que la lapidation était déjà pratiquée en Grèce au VIIIe siècle av. J.-C., et que les chrétiens se faisaient plutôt rares, voire très discrets, durant les siècles précédant la naissance de Jésus-Christ.

Plus tard, les chrétiens furent les victimes de la lapidation, tel saint Étienne qui, avant de désigner un club de football, fut le premier martyr chrétien. Aujourd’hui, le Nigeria, l’Arabie saoudite, le Soudan, l’Afghanistan, le Pakistan, les Émirats arabes unis, le Yémen et quelques autres pays pratiquent encore la lapidation. J’informe l’apprentie d’Europe 1 que ce n’est pas par tradition chrétienne.

Europe 1 a donc diffusé « l’imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération des personnes auxquelles le fait est imputé » et, facteur aggravant, il s’agit de diffamation publique « envers un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion déterminée ». Il est évident que cela ne restera pas impuni, j’ai confiance dans la justice de mon pays.

Si, d’aventure, demain, des chrétiens déterminés lapident ladite Ruggieri Marion, il est certain que politiques et médias exigeront le « pas d’amalgame » car « les chrétiens sont les premières victimes du fanatisme chrétien », puis lanceront une campagne de lutte contre la christianophobie et, enfin, proposeront la construction d’églises. Quant à moi, je condamnerai avec la plus grande fermeté et je me joindrai à une marche sous la bannière « Je suis Marion » (Ruggieri, s’entend).

J’ai confessé mon ignorance quant à la biographie de l’auxiliaire Marion Ruggieri. Fidèle à ma remarque liminaire, j’ai comblé cette lacune en consultant Wikipédia : « Marion Ruggieri est une journaliste française, fille d’Ève Ruggieri. Elle présente, depuis 2011, l’émission « Il n’y en a pas deux comme elle » sur Europe 1. »

À l’instar de Marion Ruggieri, ce résumé est suffisant. Mais il était nécessaire.

( 10 avril, 2015 )

Provocation gouvernementale en Algérie

Communiqué de Bernard LUGAN (L’Afrique Réelle)

 

Du 19 au 21 avril 2015, M. Jean-Marc Todeschini, Secrétaire d’Etat français chargé des Anciens combattants effectuera un « voyage mémoriel » en Algérie. Une mémoire sélective puisqu’il est prévu un déplacement à Sétif, repentance oblige…, mais pas à Oran où des centaines de Français furent massacrés et enlevés le 5 juillet 1962 (de Ternant, 2001; Jordi, 2011; herodote.net/5 juillet 1962; Mathias, 2014 et Pervillé, 2014). Le secrétaire d’Etat français n’ira pas davantage à la mine d’El Halia où, le 20 août 1955, 132 Européens furent assassinés; ni d’ailleurs sur l’un des nombreux lieux de supplice des Harkis.

Le déplacement du secrétaire d’Etat français à Sétif s’effectuera à la veille des cérémonies du 70° anniversaire des évènements sanglants qui marquèrent la ville et sa région. Plus qu’un symbole, c’est un gage que François Hollande donne là au noyau dur de son électorat. Les porteurs de valises et leurs héritiers demandent en effet depuis des années que la France « reconnaisse sa responsabilité dans la répression » de Sétif. Une telle reconnaissance serait d’ailleurs la suite logique de la politique  définie le 17 octobre 2012 par François Hollande quand il rendit un hommage plus que déplacé aux prétendues « victimes » de la manifestation interdite du 17 janvier 1961 à Paris [1].

 

La visite à Sétif d’un membre du gouvernement français est à la fois une insulte à l’histoire et une faute politique car, pour les autorités algériennes, la « répression de Sétif  » est l’emblématique exemple de la « barbarie coloniale française ». Retour sur les faits.

 

Le 8 mai 1945, à Sétif, dans le Constantinois, des militants du PPA (Parti du peuple algérien), interdit depuis 1939 et maintenu dans la clandestinité, décidèrent de profiter des commémorations de la capitulation allemande pour tenter un coup  de force (Benmebarek, 2010). Pour maintenir l’ordre, les autorités disposaient de 40 policiers dont environ un tiers d’indigènes, de 20 gendarmes et de 4 compagnies militaires d’instruction composées de recrues locales (Jauffret, 1987, Benmebarek (2010). Quand la police décida de faire retirer une bannière réclamant l’indépendance de l’Algérie, un coup de feu fut tiré et la manifestation dégénéra. Les civils français furent pourchassés et massacrés, non par une foule hystérique comme cela est trop souvent dit, mais par des commandos de tueurs très mobiles et très organisés qui commirent des meurtres à travers la ville. Le bilan fut de 21 Européens tués et de 36 blessés. Au même moment, et donc sans lien avec la manifestation de Sétif, d’autres massacres se déroulèrent dans la région, à Périgotville, Amouchas, Kerrata, Chevreul, Sillègue, Canrobert, Lafayette, Ampère, Davoust, ainsi que dans les maisons forestières isolées de Tamsout, Aïn Settah et Tamentout où 81 victimes européennes furent à déplorer. Parmi elles, les administrateurs Rousseau et Bancel enlevés et assassinés sur la route  Sétif-Bougie et l’abbé Navarro abattu dans le village d’El Ourica, à 12 kilomètres de Sétif. Au total, 102 Européens furent assassinés (Vétillard, 2008; Benmebarek 2010).

Des renforts arrivèrent de Constantine et de Philippeville. Si 10 000 hommes furent déployés dans tout le Constantinois, seulement 3700 -dont des tirailleurs algériens- le furent dans la subdivision de Sétif, la plus vaste, la plus difficile d’accès et la plus touchée de la Division territoriale de Constantine.

 

Aussitôt la nouvelle des tueries connue, le communiste Maurice Thorez, vice-président du Conseil de gouvernement présidé par le général De Gaulle, lança de véritables appels au meurtre et à la répression. Le 12 mai, le Parti communiste distribua un tract dans les villes d’Algérie dans lequel il demandait de «  passer par les armes les instigateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute. Il ne s’agit pas de vengeance ni de représailles. Il s’agit de mesures de justice. Il s’agit de mesures de sécurité pour le pays ».

 

Heureusement, l’armée garda raison et la répression, réelle, n’eut  pas l’ampleur que lui donnèrent par la suite les nationalistes algériens. Ces derniers avancèrent un bilan de 40 000 victimes, chiffre lancé sans vérification par une source diplomatique américaine favorable aux indépendantistes (Vétillard, 2008). Le FLN alla ensuite jusqu’à parler de 70 000 morts… Certains historiens avancent quant à eux le chiffre de 6000 à 6500  morts tout en soulignant qu’il s’agit là d’une estimation  « haute » (SHD, 1990 ; Vétillard, 2008). Quant au préfet Benmebarek (2010), il estime que le nombre des morts serait d’environ 2500.

Comme il n’y eut pas de ratissages en raison des faibles moyens dont disposait l’armée, l’on voit mal comment 3700 hommes dispersés sur de vastes territoires auraient pu tuer des dizaines de milliers de personnes. Et où les corps auraient-ils été enterrés? Nul doute que si des charniers avaient existé, les actuelles autorités algérienne se seraient empressées de les montrer…

 

Ce qui s’est passé à Sétif est donc à la fois bien connu des historiens et très éloigné de cette histoire officielle algérienne si complaisamment relayée par la gauche française. Le préfet Benmebarek qui a vécu dans la région et qui a donné une excellente analyse des évènements (2010) explique que nous sommes en réalité en présence d’un soulèvement raté qui devait être suivi d’une insurrection dans toute l’Algérie, mais, comme la coordination fut mal assurée, seule la région de Sétif fut touchée. Ce fut en quelque sorte une répétition des évènements de la Toussaint 1954 que la IV° république fut incapable d’anticiper.

 

Dès 1962, les autorités algériennes s’engagèrent dans une entreprise d’écriture de l’histoire officielle de la lutte pour l’indépendance présentée comme le soulèvement d’un peuple unanimement dressé contre le colonisateur français[2]. Puis, durant la terrible décennie 1990, quand l’Algérie, alors en pleine guerre civile, fut au bord de l’implosion, ses dirigeants recherchèrent des thèmes d’union nationale qu’ils trouvèrent dans la dénonciation des « crimes » commis par la France. Dénonciation d’autant plus facile qu’en France même, des relais culpabilisateurs existaient. La manœuvre eut son point d’orgue en 1995 avec la célébration du cinquantenaire des évènements de Sétif. Une campagne fut alors orchestrée autour de la projection sur la chaîne Arte d’un film de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois intitulé Le massacre de Sétif.

Depuis, et je viens de le dire, Roger Benmebarek (2010) a publié une étude fondamentale qui met un point final à la question. Pour les historiens, et dans l’état actuel des connaissances, le sujet est donc clos.

 

Voilà pourquoi la décision de François Hollande d’envoyer un membre de son gouvernement à Sétif est une provocation. Ce faisant, le président de la République montre  à la fois son aveuglement historique et son sectarisme politique puisqu’il cautionne la re-écriture de l’histoire faite par les autorités algériennes. Au prix d’une nouvelle humiliation de la France.

 

Bernard Lugan

09/04/2015

 

Bibliographie

 

- Benmebarek, R., (2010) « Mémorandum : les « évènements » de Sétif, en mai 1945″. Etudes coloniales ,en ligne.

- De Ternant, G., (2001) L’agonie d’Oran (3 volumes). Paris.

- Jauffret, J-Ch., (1987) La guerre d’Algérie par les documents. 2 tomes, Service Historique de l’Armée de Terre, Vincennes, 1987.

- Jordi, J-J., (2011) Un silence d’Etat. Les disparus civils européens de la guerre d’Algérie. Paris. Compte rendu détaillé dans Etudes coloniales, 5 novembre 2011, en ligne.

- Mathias, G., (2014) « Les vampires à la fin de la guerre d’Algérie. Mythe ou réalité? ». Paris.

- SHD (Service Historique de la Défense)., (1990)  La guerre d’Algérie par les documents. Tome I, L’avertissement 1943-1946. Vincennes.

- Vétillard, R., (2008) Sétif, mai 1945. Massacres en Algérie. Paris

- Pervillé, Guy., (2014) Oran, 5 juillet 1962. Leçon d’histoire sur un massacre. Paris


[1] Voir à ce sujet le chapitre XIV de mon livre Mythes et manipulations de l’histoire africaine intitulé : »Y eut-il un massacre d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris ? ». A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L’Afrique Réelle, BP 45  42360 Panissières.

[2] Voir à ce sujet le chapitre XII de mon livre Mythes et manipulations de l’histoire africaine intitulé : »Les Algériens se sont-ils  unanimement dressés contre la France entre 1954 et 1962 ? ». A commander via Paypal sur www.bernard-lugan.com ou par courrier contre un chèque de 28 euros port compris à L’Afrique Réelle, BP 45  42360 Panissières.

( 4 avril, 2015 )

ROSAIRES POUR LA FRANCE

 Communiqué

Bonjour,

 

Avant la grande fête de Pâques, nous vous proposons un Rosaire pour la France samedi 4 avril 2015, en l’église Sainte Ségolène, à Metz, 17h.

Nous serons très heureux de vous y accueillir.

ROSAIRES POUR LA FRANCE dans communiqués 04%2Brosaire%2Bfrance%2Bavril%2B2015

Vous pouvez également noter dans vos agendas la date du samedi 18 avril, 17h, à laquelle auront lieu les prochaines Trompettes de Jéricho :

( 2 avril, 2015 )

Les Harkis restés en Algérie après 1962

« La majorité des harkis n’a pas quitté l’Algérie après le 19 mars 1962 ! » Si c’est pour nous apprendre cela que Pierre Daum a parcouru 20.000 km et recueilli durant deux ans et demi d’enquête des centaines de témoignages inédits, il aurait pu tout aussi bien rester en France. (Source El Watan).

Cela dit, c’est absolument vrai, à ceci près que la majorité des harkis a été torturée, exécutée, massacrée, ébouillantée et c’est pour ces raisons qu’elle n’a pas quitté l’Algérie.

Mais à lire et à entendre Pierre Daum, tout cela est totalement faux… Son enquête révèle qu’en réalité la très grande majorité des harkis restés au pays a retrouvé cette vie de pauvres paysans qu’ils avaient avant la guerre, et cela en toute quiétude. Seuls les coupables (de tortures, viols, exactions en tout genre) ont été exécutés !

Selon Pierre Daum, spécialiste de la désinformation, jamais l’ALN et le FLN n’auraient pu être les auteurs de ces exactions. Bien au contraire, ils ont toujours tenu vis-à-vis des harkis un discours paternaliste : « Vous vous êtes trompés, vous avez été manipulés par l’oppresseur colonial, si vous nous rejoignez on pardonnera vos erreurs. »

Dans son nouveau livre, à paraître aujourd’hui aux Éditions Actes Sud, il veut nous prouver que jamais les harkis n’ont été exécutés en Algérie. Qu’il s’agit là d’une fable racontée par certains groupes mémoriaux en France et de l’extrême droite. Que depuis plus de cinquante années, les nostalgiques de l’Algérie française instrumentalisent de façon éhontée les souffrances réelles que de nombreux harkis ont vécues au moment de l’indépendance, et cela en exagérant le nombre de morts (150.000), chiffre qui ne repose sur aucun fondement historique, en prétendant des massacres, voire un génocide des harkis… Au passage, bien évidemment, ces nostalgiques justifient sous couvert d’un pseudo-humanisme le combat des ultras de l’Algérie française et notamment de l’OAS. Ce serait donc à cause de ces discours que la plupart des Français pensent qu’en 1962, les harkis ont soit réussi à s’enfuir en France, soit ont été massacrés.

Rappelons que Pierre Daum est ce spécialiste qui avait écrit en 2012 (Ni valise, ni cercueil) que 200.000 pieds-noirs étaient restés en Algérie après l’indépendance sans subir la moindre violence.

Il s’agit, bien entendu, d’une pure affabulation puisque moins de 50.000 étaient répertoriés obligatoirement au consulat de France à Alger et qu’il s’agissait, pour plus de la moitié, de personnes âgées qui n’avaient jamais vu la France et qui, n’ayant pas de famille, avaient choisi de mourir sur « leur » terre. Une autre partie était des fonctionnaires « obligés » de rester sur place. Enfin, ceux que l’on appelle les « pieds-rouges » restés par idéologie et espoir, vite déçu, d’obtenir une reconnaissance pour avoir aidé les ennemis de leur patrie.

Dans son livre, tout est à l’avenant. Je donne néanmoins absolument raison à Pierre Daum sur un point : les harkis n’ont eu besoin ni de valises ni de cercueils pour quitter l’Algérie ! Les nouveaux maîtres leur ont creusé de vastes trous pour jeter dans ces charniers ce qui restait de leurs corps…

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