( 10 janvier, 2014 )

À propos de l’affaire Dieudonné

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vendredi 10 janvier 2014
 
Tiré du blog du CRAF, vous trouverez ci-dessous l’avis d’ Olivier PERCEVAL, secrétaire général du CRAF,  qui nous semble bien résumer « l’affaire ».
 
 
Non que nous souhaitions ajouter à la confusion, organisée par le ministre de l’intérieur et servilement entretenue par la presse, laquelle en cette période de crise et de bruits de bottes semble décidément n’avoir rien d’autre à dire…
 

..Mais cette affaire Dieudonné, car c’est désormais : « l’affaire », (le XIXe siècle finissant aura eu l’affaire Dreyfus, le XXIe siècle commençant, l’affaire Dieudonné) est très significative de la période que nous vivons.

Cela fait des années, voire des décennies, que les comiques les plus appréciés du public et des médias sont en même temps les plus méchants et les plus haineux. Notre pays, premier consommateur d’antidépresseurs, a besoin tous les matins de son bol de fiel pour tenir la journée morose qui l’attend.

Dieudonné, avec son complice Elie Semoun, excellait dans ce genre en s’en prenant à toutes les communautés africaines, juives, asiatiques, petits Blancs ainsi qu’à des personnalités bien choisies, Le Pen ou le Pape, par exemple. Tout cela faisait rire.

Un jour, sur un plateau de télé en 2003, il fit un pas supplémentaire, le pas de trop, celui qu’on ne pardonne pas. Déguisé en rabin, il caricatura la politique israélienne en Palestine en concluant par le salut nazi devant un public hilare, un Fogiel ravi et un Djamel Debouze s’esclaffant. Il fut aussitôt ovationné et même embrassé par les starlettes du plateau avant que d’être voué aux gémonies par les mêmes, quand ils reçurent les consignes de leurs agents. La condamnation fut sans appel et ceux qui au départ comme Semoun, Fogiel ou Debouze tentèrent de minimiser, comprirent qu’il était temps de se démarquer du nouveau monstre avant de sombrer avec lui dans la géhenne médiatique. Le show biz aussi a ses codes. Ce milieu friqué, luxurieux, amoral, matérialiste et trop souvent hypocrite craint par-dessus tout la mise à mort médiatique. Tout ce petit monde se déteste mais feint de s’aimer et, comme Florent Pagny , ne pense pas mais revendique sa « liberté de penser », car ça fait vendre.

Ce milieu se produit aussi dans des shows de « charité » en susurrant ou beuglant des idées d’autant moins risquées qu’elles sont consensuelles, des idées courantes qu’il faut laisser courir comme disait Barbey d’Aurevilly.

Dieudonné, a pourtant le profil des « comiques » de ce type qui depuis Bedos, mettent en cause les fondements traditionnels de notre société multiséculaire, fondements trop souvent, il est vrai, déformés par l’esprit petit-bourgeois qui triompha ces deux derniers siècles, ce qui donne du grain à moudre.

Comme Bedos, son ancêtre dans la corporation, il fait rire méchamment et déclenche des cascades d’hilarité, comme des bastonnades collective administrées par la foule à des victimes stigmatisées par l’artiste.

Sauf qu’aujourd’hui Dieudonné est passé du côté obscur de la force, à l’image du rôle qu’il incarna auprès d’Alain Chabat , dans Astérix et Cléopâtre et qui fut prémonitoire. Ses victimes d’aujourd’hui, sont ses juges d’hier, c’est eux qu’il brocarde, les politiques, les médias, les lobbies.

S’est il radicalisé ? Peut-être, mais il ressert les recettes éculées aux maîtres qui les lui ont apprises.

Il est le pur produit de la société télévisuelle, radiophonique consensuelle d’aujourd’hui qui stimule l’humour méchant, l’humour vache, devenu le paradigme de notre triste société du comique sans joie.

Placé au banc de la société, il a dû organiser sa résistance et on ne peut être qu’admiratif devant la façon dont il a su se rendre indépendant du système et continuer d’exister malgré les pressions incroyables qu’il a pu subir.

Avec sa quenelle, qui n’est qu’un pied de nez, devenu un symbole nazi par décision du CRIF, il envoie une énorme tarte à la crème à la face des oligarchies qui croyaient avoir verrouillé toutes les formes d’expression dans ce pays.

Le ministre de l’intérieur a déclaré que Dieudonné ne le faisait plus rire, ce qui suppose qu’il l’a trouvé drôle en d’autres temps, mais surtout que la quenelle est devenue une affaire d’Etat, ce qui finalement est une aubaine.

En effet, l’importance qu’a prise cette affaire, au-delà du ridicule dans lequel se vautrent nos instances officielles, permet, après l’affaire Taubira, d’agiter le chiffon « rouge brun » de la bête immonde au ventre encore fécond et de détourner les regards de l’arrière-cuisine ou l’on s’occupe à dépecer la France au nom de la loi des marchés et à fouiller les poches des Français en traquant ceux qui pourraient avoir planqué quelque chose au fond d’un tiroir.

La « fatwa » hexagonale lancée par les ministères de l’intérieur, de la justice et des finances, la mobilisation des moyens pour mettre fin aux agissements de « l’ennemi public n°1 » montrent à l’évidence que notre gouvernement a aussi des gages à donner à de puissants commanditaires.

Mais, ce déploiement de force rencontre l’opposition de la « ligue des droits de l’homme » qui estime, qu’il ne faut pas qu’en matière de justice, une jurisprudence vienne restreindre le principe de la liberté d’expression, et d’autre part poser Dieudonné en victime d’un système qu’il dénonce.

C’est en effet le risque, compte tenu des millions de personnes qui aujourd’hui se solidarisent avec l’artiste.

La mèche allumée pourrait faire péter une sacrée bombe à la figure de nos apprentis dictateurs en ces temps de colère et de répression gouvernementale de plus en plus dure. Cela ne peut nous déplaire complètement, même si les thèmes du saltimbanque sont loin d’emporter toute notre adhésion.

Ce qui est intéressant, c’est de voir cette république aux abois être sur le point de s’abîmer sous les coups de boutoirs d’un clown grimaçant, dans la chute d’une comédie grinçante, alors qu’elle s’est installée il y a deux cents ans dans la douloureuse fureur d’une tragédie sanglante.

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