( 22 décembre, 2012 )

C’est ainsi que la république est grande

« Le mariage pour tous » est le projet le plus déboussolé de nos temps déboussolés. La définition selon laquelle un fou est celui qui a tout perdu sauf la raison trouve ici une illustration magistrale. La machine idéologique tourne sur son propre axe sans moudre aucun grain de la réalité, pas même la plus tangible, la dualité sexuelle et son importance dans la génération. L’idéologie individualiste droit-de-l’hommiste se pare ainsi d’un nouveau costume d’Utopie. Comme d’ordinaire, à grand renfort d’invocations à la Tolérance contre l’obscurantisme, et à la Vertu contre les phobies. C’est dire si le débat est clos avant d’avoir commencé. À quoi bon d’ailleurs un débat qui se voudrait recherche et énonciation d’une vérité objective puisqu’au pays de la reine Opinion seules les subjectivités se comptent en guise de réflexion. C’est sans doute pourquoi certains opposants font le pari du nombre en réclamant un référendum. Après tout pourquoi pas, tous les moyens mêmes légaux pouvant être utiles au bon combat ? Mais il y a dans cet appel à la primauté arithmétique comme l’abdication de l’intelligence à l’air du temps. Et si le référendum avait un résultat contraire au bien escompté ? Combien en a-t-on vu de ces entreprises qui voulaient sauver la part du Ciel et ont été réduites en descente aux Enfers. Les illusions se paient toujours chères dans l’arène démocratique.

Le droit que se donne le législateur de tout légitimer est le pur produit du démocratisme institutionnalisé. Il procède du refus de toute norme transcendante et objective. L’ordre naturel, voilà l’ennemi ! L’homme est libre ! Dans un tel contexte mental se trouve ouverte la boite de Pandore à la validation législative de tous les comportements à la mode. La déification de la raison coupée du réel débouche sur la chosification de l’homme. On ne peut, à la fois, se réclamer des pratiques institutionnelles qui permettent cela et prétendre défendre l’institution du mariage tel qu’il a toujours été défini. S’il existe un argumentaire fondé en raison et en faits pointant le mariage hétérosexuel comme le seul qui réponde à la définition, il devrait constituer la référence à partir de laquelle dire le Droit. Or il existe (1), mais son autorité n’est point déterminante, entendu qu’au meilleure de l’anthropologie, de la sociologie ou de la psychologie se voit préférer le comptage des sondages d’opinion, des voix des référendums ou des votes des députés présents. C’est ainsi que la République est grande. Le tout dans une ambiance passionnelle où se déchaînent le terrorisme culpabilisateur (l’homophobie) et la manipulation affective. Parle à mon cœur, murmure l’air du temps, ma tête est malade, dirait Philippe Muray. Car il ne s’agit pas de gagner les intelligences, mais les cœurs, les cœurs affadis par les sophismes et le pilonnage en douceur de la novlangue dont on sait depuis Orwell qu’elle vise à rendre impossible tout autre mode de pensée. Homoparentalité a remplacé parents, conjugalité est confondu avec mariage, on parle de familles recomposées là où n’existe que des ménages recomposés, etc. Bref, le B.A BA de la prise de contrôle de l’opinion.

Il ne manque même pas au tableau des us et coutumes du système, la surenchère politicienne conçue comme plan de carrière. Voyez le patron de l’UMP appelant à manifester contre le projet gouvernemental quand Juppé ex-patron du parti est rallié au pseudo mariage gay. Copé-Juppé c’est Debré-Neuwirth de naguère : la machine à ratisser large au profit du même parti. Mais qu’auraient-ils fait au pouvoir ? Pour l’heure réjouissons nous tout de même de tout ce qui pourra faire échouer le projet fou de ce gouvernement.  L’enjeu anthropologique est d’une gravité inhabituelle. La messe noire n’est peut-être pas encore dite. Pourtant comment reprocher à un président d’appliquer le programme sur lequel il a été élu ? Ou de lui contester le droit de faire voter les lois par les élus du peuple ? S’il y a là quelque chose de pervers, c’est dans le système même. Heureusement pour nous, nous ne sommes pas des démocrates patentés. Nous persistons à crier qu’on ne défend pas l’ordre naturel en se réclamant d’institutions qui le nient. N’ayons pas peur de le dire: grâce à nous Antigone ne s’est pas encore tout à fait rendue à Créon. Mais quelle honte pour les autres!

 

Bernard Pascaud

 

(1) – Beaucoup d’excellents ouvrages composent cet argumentaire. Je recommande particulièrement celui de Xavier Lacroix : La confusion des genres. Réponses à certaines demandes homosexuelles sur le mariage et l’adoption – Editions Bayard 2005

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