( 12 septembre, 2012 )

Petites réflexions sur la question ouvrière

L’un des faits politiques majeurs de ces dernières années est rarement abordé –par nos opposants bien sûr mais également par nous. Il nous a été donné de le revoir lors des dernières élections. Les journalistes et les politiciens de l’anti-France n’en reviennent toujours pas : les ouvriers votent le plus souvent pour le Front National. C’est étonnant, si l’on se réfère à des marqueurs truqués. Ainsi en est-il des pseudos représentants des ouvriers, les syndicats politisés très marqués à gauche, et dont les drapeaux ont fréquemment flotté durant la campagne électorale de Jean-Luc Mélenchon, dont le score chez les ouvriers est révélateur de la coupure entre le milieu ouvrier et ceux qui prétendent le représenter. En réalité, cela fait longtemps que la population ouvrière a délaissé le parti communiste ou ce qui en reste, pour apporter ses voix au camp patriote. Des explications pour ce phénomène existent : les milieux populaires français seraient manipulés par la propagande du FN (qui est omniprésente dans les média comme chacun sait) et qui ferait des étrangers des boucs-émissaires.  Cette explication (qui vaut ce qu’elle vaut) cadre très bien avec la vision mythifiée et simplifiée de l’Histoire.  Le peuple pendant l’Ancien Régime était maintenu dans l’ignorance par le Roi, les prêtres et les nobles pour qu’ils puissent s’enrichir et garder le pouvoir. La Révolution les a délivrés, et la gauche les a éduqués et libérés. Ainsi les journalistes et hommes politiques de l’UMPS tentent-ils d’éclairer les ouvriers pour les éloigner du danger « fasciste », c’est « leur devoir moral ».

 

Il y a ceux qui de bonne foi tentent de ramener la classe ouvrière dans le droit chemin (Emmanuel Todd estime même que François Hollande a su réconcilier le monde ouvrier avec le PS… il faut y croire), d’autres sont inspirés par « Terra Nova ». A défaut de trouver des voix chez les Français, ils préfèrent courtiser l’électorat immigré et « bobo » : l’électeur français « beauf » et « raciste » étant jeté aux oubliettes.

 

Il n’est pas difficile de mettre en pièce le mythe historique et ainsi de mieux appréhender le présent et l’avenir. La Révolution a détruit les corps intermédiaires protecteurs (les corporations notamment) avec la Loi Le Chapellier qui interdit les organisations ouvrières, les corporations, le compagnonnage ainsi que les rassemblements ouvriers et paysans. L’individu est laissé seul face à une République une et indivisible, ce qui le rend incapable de se défendre. C’est la constatation que faisait Ernest Renan quand il écrivait : « En ne laissant debout qu’un géant et 25 millions de nains, la République a créé un monde de pygmées et de révoltés. » Plus tard les royalistes mèneront le combat social (Falloux, Montalembert, Albert de Mun, René de La Tour du Pin…) comme l’illustre si bien la Lettre sur les ouvriers du comte de Chambord(1). Du côté républicain, les libéraux privilégiant l’individu excuseront la dure condition des ouvriers en invoquant la liberté et rejetteront les corporations au nom de ce même principe individualiste, et les chefs socialistes favorisant l’Etat  préfèreront prôner la lutte des classes plutôt que la réconciliation, et ne voudront pas voir l’influence de l’Etat diminuée par des corps intermédiaires.

 

Au début du XXème siècle, l’Action française inspirée par divers courants intellectuels dont celui des catholiques et royalistes sociaux tentera un rapprochement avec le syndicalisme naissant (sa ré autorisation était récente) par l’intermédiaire notamment du Cercle Proudhon (qui à lui seul mériterait une longue étude), dont l’élan sera grandement fauché par la Première Guerre mondiale.

 

La paix revenue, non seulement la jeunesse française fut considérablement réduite, mais de plus l’extrême gauche allait de plus en plus s’aligner sur Moscou via le PCF, au lieu de chercher des solutions françaises, et comme cela s’était produit dans certains cas avant la Guerre de se rapprocher de l’Af. Cela n’empêchera pas le combat social des royalistes de continuer, cependant que de nombreux patriotes sociaux de l’entre deux guerres seront eux aussi tentés par un modèle étranger, plutôt que par la Restauration (ou l’instauration) du modèle naturel Français. Après la Seconde Guerre Mondiale, le PCF triomphe chez les ouvriers et le nationalisme est injustement condamné. Le communisme libérateur et les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ne résolurent pas la question ouvrière. Passées les Trente Glorieuses, le nouveau système a montré sa nocivité et son incapacité à se renouveler. C’est aussi à partir de ce moment que les ouvriers viennent ou reviennent lentement d’abord au camp des patriotes, et quittent les chimères de la libération internationale du prolétariat.

 

Le retour (partiel) des ouvriers vers la Nation est bien évidemment une bonne nouvelle. Les sirènes de l’internationalisme à l’heure de la construction européenne et de la perte de souveraineté de notre pays ne font plus guère d’effet sur tous ceux qui ne portent pas le bandeau mondialiste sur leurs yeux.

 

Si nous approuvons les idées protectionnistes du FN, ainsi que son combat contre l’Union européenne, le programme économique devenu étatiste par facilité et populisme ne saurait nous convaincre. En effet, si nous combattons également la bureaucratie européenne coupée des réalités et qui s’ingère dans le cœur de la vie économique réelle, nous ne souhaitons pas transférer cette administration à Paris. Si le régime reste républicain, cela est évident que les erreurs du parlementarisme européen se reproduiront à  l’échelle nationale, mais même dans le cadre d’une Restauration, l’administration n’a pas à être omniprésente et pesante sur l’économie réelle.

 

L’ultralibéralisme international ne peut être combattu que par un double changement : tout d’abord des mesures protectionnistes pour juguler les délocalisations et les importations massives de produits étrangers qui peuvent être ou sont produits chez nous. Mais ces mesures n’auront aucune efficacité si la philosophie même de l’économie n’est pas remise en cause. Il est ainsi essentiel (et il s’agit du deuxième volet du changement nécessaire) de mettre l’accent sur la qualité des produits en vue de favoriser les producteurs français et de lutter contre la société de consommation.

 

L’instrument d’une telle politique ne peut être que le corporatisme, qui permet aux libertés professionnelles de s’exprimer tout en contrôlant la qualité, ce qui a pour conséquence également de limiter l’importation de produits étrangers de faible qualité, et qui forment une concurrence déloyale face aux produits français. Le corporatisme est encore visible, ainsi que ses bienfaits, il suffit de jeter un regard sur l’ordre des médecins ou des avocats, dans lesquels des règles sont appliquées, mais où les libertés ne sont pas censurées par une administration étatique, incapable de gérer des cas si spéciaux.

 

Cette courte réflexion bien modeste mériterait évidemment d’être approfondie pour apporter des réponses sérieuses à la crise économique, sociale et politique que traverse notre pays.

 

VR

4 Commentaires à “ Petites réflexions sur la question ouvrière ” »

  1. le prolétaire dit :

    Monsieur,

    Votre analyse me paraît bien bancale. Tout d’abord, votre constat initial selon lequel les ouvriers adhéreraient à la doctrine du FN est tronqué. Tout d’abord, il est faux d’affirmer qu’une majorité d’ouvrier vote pour le FN : plus de la moitié des ouvriers s’abstiennent, et environ 35% des ouvriers votants se tournent vers le FN, ce qui fait moins de 20% d’ouvriers votant pour le FN.
    Ensuite, ceux qui votent pour le FN ne le font en aucun cas parce qu’ils soutiennent l’idéologie fasciste de ce parti, mais pour exprimer un ras le bol envers l’UMPS, qui mènent une politique ultralibérale au profit de la bourgeoisie. Les partis traditionnels d’extrème gauche se couchant devant le système, le FN se retrouve le seul parti à prétendre s’opposer au système, et c’est pourquoi certains ouvriers se laissent abuser.

    Vous affirmez ensuite que le corporatisme est la meilleure solution pour protéger l’ouvrier. Ceci est absolument faux, et vous le savez bien. Le seul but du corporatisme a toujours été de servir la bourgeoisie, en faisant croire à l’ouvrier que ses intérêts sont les mêmes que ceux du patron, et en voulant ainsi museler la lutte des classes.

    Vous avez le droit de défendre les intérêts de votre classe, mais ne prétendez pas vous préoccuper de ceux des classes opprimés, qui se sont révoltés pour vous chasser, et n’hésiteront pas à le refaire tant que vous vous mettrez en travers de la révolution prolétarienne.

    Le prolétaire.

    • La Lorraine Royaliste dit :

      Monsieur,
      Premièrement, il est écrit dans l’article que le FN est le premier parti chez les ouvriers, pas qu’il dispose de la majorité absolue.
      Deuxièmement, si les ouvriers n’adhèrent pas au protectionnisme et au patriotisme du FN, pourquoi votent-ils pour lui? « Les partis traditionnels d’extrème gauche se couchant devant le système » dites vous pour expliquer le faible pourcentage (pour ne pas dire inexistant) que font les partis d’extrème gauche chez les ouvriers. Ne pensez-vous pas plutôt que l’internationalisme est passé de mode, et qu’à l’heure du mondialisme, les ouvriers préfèrent la défense de leur pays pour se défendre eux-mêmes, à une lutte internationale du prolétariat (allez donc expliquer à un ouvrier français qu’il doit s’allier à l’ouvrier chinois ou roumain!). Le combat des partis d’extrème gauche en faveur de l’immigration, des immigrés illégaux est révélateur de la coupure qui existe entre ces partis et les ouvriers français.
      Enfin vous parlez de lutte des classes et vous vous nommez « le prolétaire », je suis curieux de savoir dans quelle usine vous travaillez et quel est le nom de l’infâme patron qui vous exploite. A moins que vous aussi vous parliez de lutte des classes et de combat contre la bourgeoisie, mais ne faites même pas partie du prolétariat.
      Bien à vous.

      • le prolétaire dit :

        Monsieur,
        Vous dites dans votre article que « les ouvriers votent le plus souvent pour le FN ». Comme je vous l’ai démontré, non, le plus souvent, ils ne votent pas. Mais arrêtons là ce débat des chiffres qui n’est pas le plus intéressant.
        Vous semblez confondre internationalisme et mondialisme. Le mondialisme que nous connaissons actuellement est une mise en concurrence des ouvriers de chaque pays, qui a pour but de servir la bourgeoisie mondiale. On fait croire à l’ouvrier français que s’il perd son travail, c’est à cause de l’ouvrier chinois. Mais cela est faux : si l’ouvrier se retrouve au chômage, c’est uniquement à cause du patron, qui dans un souci de maximiser son profit, délocalise son entreprise. Et c’est là que l’internationalisme doit jouer un rôle primordial. En prônant l’association et l’entraide entre les travailleurs de tout pays, l’internationalisme permet au prolétariat de lutter de manière plus efficace. Cela se traduit ensuite par une amélioration du niveau de vie des ouvriers dans chaque pays : l’ouvrier chinois obtient des augmentations des salaires qui rendent l’attrait de la délocalisation moindre, et permet à l’ouvrier français de conserver son travail. C’est la même chose pour les travailleurs immigrés illégaux : en leur donnant la nationalité française, on empêche leur exploitation, et on empêche le patron d’exercer une pression sur les travailleurs français pour baisser leur salaire.
        Vous devez comprendre une chose : les intérêts des prolétaires de tous les pays sont exactement les mêmes, et c’est pourquoi la question de la Nation est absurde. Un travailleur français est bien plus proche d’un ouvrier chinois que d’un patron français. Le nationalisme a pour seul but de servir les intérêts des capitalistes, en cherchant à diviser le prolétariat.
        Enfin, pour répondre à votre attaque personnelle, je ne ferai que vous citer Karl Marx, que je vous conseille fortement de lire avant de disserter sur la question ouvrière : on entend « par prolétariat, la classe des travailleurs salariés modernes qui, ne possédant pas en propre leurs moyens de production, sont réduits à vendre leur force de travail pour vivre. » Je ne possède ni capital, ni moyens de production, je serai donc obliger de vendre ma force de travail pour vivre, je suis donc un prolétaire.

        Le prolétaire.

        • La Lorraine Royaliste dit :

          Bonsoir,
          Vous m’expliquerez comment vous voyez l’union des prolétaires de tous les pays. Ce qui rend la délocalisation moins attrayante, ce sont les protections douanières, et l’obligation de qualité des produits. Et votre politque migratoire est totalement irresponsable et court-termiste. Comme le disait l’autre : « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Non seulement nous ne pouvons pas donner à tous ceux qui viennent un travail (commençons par en donner à ceux qui sont déjà là), mais donner la nationalité française aux immigrés illégaux serait la cause d’un appel d’air énorme : notre système social serait mort en quelques mois, et cela reviendrait à condamner les pays d’origine des immigrés au statut de foyer du « Lumpenproletariat », et à les empêcher de se relever. Un sain protectionisme est seul capable de protéger les classes moyenne et inférieure.
          Enfin votre définition du prolétariat est risible : un patron d’une TPE ou d’une PME serait aussi proche d’un patron du CAC 40 que ne le serait un ouvrier spécialisé d’un grand banquier ou d’un cadre d’une multinationale. La classe moyenne française et le « prolétariat » français ont évidemment des intérêts communs, qui sont défendus par leur pays, auxquels ils sont attachés : la France. Vous montrez encore une fois votre coupure de la réalité. Mais nous y sommes habitués. Il y a peu de vrais prolétaires chez les communistes, les rares qui existent ne se sentent pas représentés par les pseudo-défenseurs de la classe ouvrière (cf : http://www.youtube.com/watch?v=3lt1ERnCdRE ).
          Cordialement.

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