( 8 avril, 2020 )

Coronavirus : rien ne sera plus jamais comme avant… Vraiment ?

 

Lu sur le blog de l’Action Française

 

Tout le monde va de sa prophétie concernant l’après-coronavirus. Si la crise rendra peut-être les Occidentaux un peu plus sobres, il faudrait néanmoins bien davantage pour les rendre plus modestes ou plus raisonnables. L’économie sociale pourrait avoir un rôle à jouer, mais il est fort à parier, selon notre chroniqueur Philippe Kaminski, que nous passions à côté.

 

Nous ne sommes qu’au début de l’épreuve du confinement et j’entends de partout affirmer que notre monde en sortira profondément transformé. Chacun y va de sa prophétie. En général, ces augures ne font qu’exprimer ce qu’au fond d’eux-mêmes ils aimeraient voir advenir. Les uns annoncent l’éclatement de l’Europe, coupable de s’est montrée incapable de gérer la crise et de faire montre de solidarité ; les autres y voient une occasion unique d’imposer la nécessité d’un pouvoir fédéral fort. Les uns affirment que l’urgence de la transition énergétique apparaîtra désormais à tous et ne rencontrera plus d’opposition ; les autres que cette baudruche éclatera cette fois pour de bon, se fracassera contre le mur des réalités et qu’on n’en parlera plus. Les uns proclament la mort de la mondialisation ou la fin du libéralisme ; les autres avancent au contraire que les États-Nations ne s’en relèveront pas et que l’on entend aujourd’hui leurs chants du cygne.

On pourrait prolonger à loisir cette liste de visions contradictoires, au sujet de nos mœurs, des migrations, de la consommation, des services publics, de ce qu’on voudra. Pris isolément, aucun des scénarios en présence n’est absurde ; mais aucun n’ouvre de perspective pour une composition avec les scénarios adverses, c’est-à-dire à la complexité, à la vraie vie. Tant est si bien que la prévision la plus vraisemblable reste encore le statu quo ; après une forte secousse, les choses reprendraient peu à peu leur cours antérieur.

*

Je me risque cependant à imaginer que certains des chocs que nous fait subir l’épreuve sanitaire que nous traversons auront des conséquences durables, dès lors qu’ils vont dans le même sens que les lentes et inexorables évolutions démographiques. Le vieillissement pousse nos sociétés à moins consommer, à moins investir, à gérer notre épargne avec toujours plus de pusillanimité. Je pense donc, entre autres, que l’archétype du jeune retraité friand de voyages au bout du monde s’érodera aussi vite que l’ont fait l’image et l’usage du tabac, et que l’industrie touristique, comme le transport aérien, vont désormais plafonner à leur niveau d’avant crise. C’en sera fini des prévisions délirantes que l’on mettait en avant pour justifier, entre autres, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et je ne m’en plaindrai pas. D’autres mouvements de réduction de nos dépenses inutiles et énergivores se confirmeront certainement.

Cependant, il me semble hasardeux d’évoquer un recul significatif des flux internationaux de marchandises ou une relocalisation massive des activités de production. Car il y a ce qui dépend de nous, Français ou Européens, et ce qui dépend aussi des autres nations, qui ont d’autres soucis que de suivre notre exemple ou de nous faire plaisir. Nous pouvons bien vitupérer l’huile de palme, mais les milliards d’êtres humains qui vivent au Sud ont besoin de leur ration lipidique et vont la trouver là où sa production est la plus rentable. Et je ne sache pas que les contempteurs de l’huile de palme appellent à se passer de café, de thé, de chocolat ou de latex. Même les gentils végans, dont la demande a provoqué une croissance délirante des plantations d’anacardiers, devraient être dénoncés comme promoteurs de la déforestation…

La crise rendra donc les Occidentaux un peu plus sobres, mais il faudrait bien davantage pour les rendre plus modestes ou plus raisonnables.

Et que devient l’Économie Sociale dans tout cela ? Peu de chose, hélas. Je me répète : en cette matière elle paye, encore et toujours, son alignement sur le culte de l’État.

Je ne prône aucunement d’adopter un discours anarcho-révolutionnaire, qui serait aussi archaïque qu’inefficace. Mais qu’au moins on valorise l’idée qu’on peut servir la solidarité et l’intérêt général en dehors de l’emprise de la sphère publique. Qu’au moins on sorte du dualisme castrateur entre un État devant lequel on se prosterne et un Marché, qui certes peut être parfois bénéfique mais qui serait toujours dangereux. Il faut faire toute sa place à un tiers acteur, qui n’est pas là pour prendre la place des deux autres, mais pour limiter leur prétention à la toute puissance et offrir aux sociétés des voies différentes et autonomes d’entreprendre, de consommer et d’épargner.

Il serait ridicule de penser à une « stratégie d’Économie Sociale » pour lutter contre le coronavirus. Il en existe en revanche pour en limiter les dégâts économiques et sociaux, pour organiser et orienter au mieux le redémarrage de l’activité. Et je crains que nous passions totalement à côté.

Philippe KAMINSKI

( 8 avril, 2020 )

Emmanuel Macron n’est pas la reine d’Angleterre…. et pour cause

 

Lu sur « Boulevard Voltaire » cette analyse très juste

 

La crise sanitaire nous permet de découvrir toujours un peu plus de ressorts à notre société. Malade, elle l’est et pas seulement attaquée par un sale petit virus. Les maux sont souvent plus profonds.

Mais l’énergie et le courage de nombre de nos contemporains pour résister sont exemplaires. Et, de même que, chaque jour, on nous parle de remèdes ou de solutions qui pourraient accélérer la guérison des corps malades, il y a aussi d’autres éléments prometteurs pour l’avenir et qui peuvent apporter réconfort et espérance.

Ainsi, dimanche soir, 5 avril, le discours tenu par la reine d’Angleterre. Je ne cherche pas, ici, à l’analyser sur le fond mais à montrer ce qu’il représente. C’était la grand-mère de l’Europe, voire du monde, qui parlait à tous ses peuples, comme auraient dit les anciens rois de France… Sa parole est universelle et chacun, sur les cinq continents, peut la recevoir à sa manière, personnellement. La reine n’est pas un chef de parti ni même de gouvernement, elle est la souveraine universelle. Celle qui parle au cœur des hommes avec compassion et leur apporte encouragements et foi en l’avenir. Un peuple qui a déjà connu et surmonté des épreuves par le passé saura surmonter celle-ci, a-t-elle dit.

Mais au-delà du discours lui-même, ce qui importe est qu’il ait été relayé dans le monde entier via le Commonwealth, bien sûr (sans rappeler, ici, avec cruauté que les liens qui unissent la Grande-Bretagne avec celui-ci sont d’une tout autre force que ceux de la France avec ses
anciennes colonies…), mais au-delà aussi. Ainsi, la télévision française l’a annoncé sur ses chaînes nationales avant qu’une autre ne le donne en temps réel, comme cela fut aussi le cas dans d’autres pays européens, voire extra-européens. Sans doute une nouvelle fois l’audience a dû se chiffrer en milliard. Je n’imagine pas que le Président Macron soit écouté par un milliard d’individus dans le monde. Et s’il ne l’est pas, c’est parce que ce milliard n’attend rien de lui. Il est, au mieux, une actualité, mais comme tant d’autres détails. Sa Majesté la reine
d’Angleterre est autre chose. Elle n’est pas de l’ordre du contingent mais de l’essentiel. Deux seules personnes peuvent avoir cette audience, à l’heure qu’elles fixent : le pape et la reine. Les deux, remarquons-le, l’ont fait durant cette semaine, comme pour souligner
combien elle peut être cruciale pour l’humanité… Et le pape va renouveler, dimanche prochain, pour le jour de Pâques.

En France, nous savons pourquoi le pape et la reine ont une telle influence. Le pouvoir qui est le leur n’est pas celui auquel sont réduits les gouvernants qui ne possèdent plus que la potestas et qui, souvent, est bien divisée du fait de la séparation des pouvoirs. Le pape et la reine ont, eux, l’auctoritas que confère un pouvoir qui n’est seulement des hommes mais qui ressort de plan de l’éternité, du plan de Dieu. Un pouvoir absolu et sans partage ! Un droit naturel, non octroyé par des hommes qui peuvent l’ôter dès qu’il ne leur plaît plus.

La France, longtemps, a connu un pouvoir de ce type. Depuis deux siècles elle l’a oublié ou feint de l’oublier… La crise permettra-t-elle de le redécouvrir. Espérons-le. Pour que la France vive, il faut que les lys fleurissent !

Philippe Montillet

 Historien et juriste
( 8 avril, 2020 )

La Syrie face à ses occupants et ses islamistes

 

Lu sur Boulevard Voltaire

 

Lorsque, à la suite des printemps arabes, la guerre a éclaté en , en 2011, elle avait toutes les apparences d’une guerre civile.

L’Occident s’est naturellement enthousiasmé pour ce qu’il a cru (ou fait semblant de croire) être une révolte populaire appelant à la démocratie. Le président syrien, , a vite endossé l’habit du méchant dictateur « qui tue son propre peuple » même si, peu de temps auparavant, il était invité par Nicolas Sarkozy, un 14 Juillet, sur les Champs-Élysées en compagnie de son épouse, la ravissante Asma.

Le conflit s’est presque instantanément internationalisé, comme s’il était attendu de longue date. L’Arabie saoudite et le Qatar dès le début, la Turquie peu après, alimentèrent massivement les islamistes en argent et en armes.

L’Iran et sa filiale, le Hezbollah libanais, accoururent aider l’allié syrien en grande difficulté. Dès 2012, le conflit était devenu international sur fond de guerre chiites-sunnites.

À la faveur des conquêtes islamistes, des Irakiens, qui s’étaient connus dans les camps de prisonniers américains avant d’être libérés, fondèrent l’État islamique en 2014. Le califat était de retour et suscita un engouement international. Du monde entier, des dizaines de milliers d’islamistes sunnites accoururent faire le djihad contre l’impie Bachar en passant par la Turquie, aux frontières généreusement ouvertes pour cette bonne cause. Ah, ce bon Erdoğan…

L’intervention russe de 2015 sauva la Syrie et permit la reconquête progressive du pays. Mais, bien évidemment, les Occidentaux s’en étaient mêlés. Par leurs services secrets, tout d’abord : armes et argent furent généreusement distribués à d’improbables « rebelles modérés » avant qu’Obama ne mette fin à cette absurdité orchestrée par la CIA et Hillary Clinton, secondés, hélas, par les services français, anglais et allemands.

Les attentats de Paris changèrent tout et une coalition internationale intervint en Syrie, sans d’ailleurs y être invitée. L’aviation américaine et l’infanterie kurde eurent raison du califat. Les Américains abandonnèrent, ensuite, partiellement leur allié kurde, permettant aux Turcs d’envahir une partie du nord de la Syrie, les Russes les empêchant d’aller trop loin.

La situation actuelle est le résultat logique de cet enchaînement de faits.

Aux côtés de la Syrie, et à sa demande, il y a des troupes russes, iraniennes et libanaises. L’armée turque est présente dans le nord et chapeaute une partie de la province d’Idleb, au nord-ouest. De nombreux islamistes d’al-Nosra y sont aussi présents et comptent, d’ailleurs, de très nombreux étrangers dont plusieurs Français. Un reportage récent de France 24 en a montré deux à l’œuvre derrière une mitrailleuse.

Les Américains n’ont pas quitté le pays, contrairement à ce que Trump avait annoncé : ils sont présents dans le nord-est et soutiennent les Kurdes qui occupent les puits de pétrole situés à l’est de l’Euphrate, le long de l’Irak. Il y a également un camp américain au sud, le long de la frontière jordanienne.

Autant dire que la route est encore longue avant que la Syrie ne retrouve sa souveraineté et puisse, enfin, se reconstruire.

Antoine de Lacoste

( 7 avril, 2020 )

L’EUROPE EST NUE

 

Lu sur le blog de l’Action Française

 

L’éditorial de François Marcilhac

 

Au niveau national, le gouvernement commence à réagir, mais cela reste chaotique. […] Nous avons été loin d’être efficaces pour des raisons économiques. […] Depuis trop longtemps, on a laissé les intérêts financiers et personnels prendre le pas sur l’intérêt général. Dans la gestion de cette crise, on s’aperçoit que finalement l’Europe est complètement invisible. La crise montre que les concepts et les idées sont loin de la réalité des gens qui sont confinés chez eux. L’économie en prend un coup et pour la santé, la réalité que le monde médical a toujours pointée du doigt apparaît au grand jour. […] J’espère que le gouvernement saura redresser la barre.  »

En peu de mots simples, accessibles à tous les Français, le comte de Paris a tout dit, ce 3 avril dernier, sur M Ta Ville, un magazine en ligne drouais. [1]  La gestion «  chaotique  » de la crise par le gouvernement, appelé à «  redresser la barre  », une politique à court terme, privilégiant «  les intérêts financiers et personnels  » aux dépens de l’intérêt général, notamment en matière de santé publique, et là, si Macron a encore aggravé les choses, depuis juin 2017, il s’est toutefois inscrit dans la lignée de ses deux ou trois prédécesseurs  ; la déconnexion de la communication gouvernementale avec le vécu des Français et, plus encore, celle de l’idéologie avec la réalité du terrain — Macron est passé maître en la matière  ! —  ; enfin, l’invisibilité totale de l’Europe, en matière d’efficacité, bien sûr, car elle s’agite, elle ne sait même ne faire que cela, mais exécuter des moulinets avec les bras n’a jamais fait reculer le covid-19  !

Qu’Ursula von der Leyen, la présidente allemande de la Commission européenne, ose déclarer, dans une récente tribune à la presse européenne [2] que la «  solidarité est au cœur même de l’Europe  » et que «  c’est ce qui va lui permettre de renaître  », s’apparente plus à la méthode Coué qu’à une analyse lucide de la situation. «  Aujourd’hui, ajoute-t-elle, l’Europe répond “présent” et travaille d’arrache-pied chaque jour pour sauver le plus de vies possibles, protéger le plus d’emplois possible et pour relancer notre économie le plus possible.  » Elle oublie de préciser que c’est à travers l’aide interétatique que s’est organisée la solidarité entre les différents pays européens, et qu’il ne pouvait en être autrement, car le niveau interétatique, reposant sur les réalités nationales, est celui de l’efficacité — une efficacité que l’idéologie européenne et la lourdeur de la machinerie bruxelloise ne pouvaient qu’enrayer, en déplorant un «  chacun pour soi  » qui n’était que l’application de mesures de précaution légitimes et pertinentes. Il est vrai que Macron s’est alors particulièrement illustré en ravi de la crèche européenne, avant d’être ramené à la réalité par ses partenaires européens. L’Europe, comme l’a fort justement souligné le comte de Paris, a été en la matière «  invisible  ».

Quant au redémarrage de l’économie qu’elle souhaite, son apologie de la politique européenne est aussi un aveu cinglant des rigidités contre-productives des traités européens, puisque c’est en y dérogeant qu’il sera possible de limiter les dégâts  : «  Pour y arriver, nous avons pris, ces dernières semaines, des mesures sans précédent dans notre histoire. Nous avons assoupli les règles en matière d’aides d’Etat afin que les Etats puissent soutenir les grandes et les petites entreprises. Nous avons assoupli nos règles budgétaires afin que les budgets nationaux et européens puissent aider au plus vite ceux qui en ont besoin. Cela a permis aux institutions européennes et à nos Etats membres de dégager une enveloppe de 2 800 milliards d’euros pour lutter contre la crise – soit plus que partout ailleurs dans le monde.  » L’Europe a ainsi dû manger son chapeau pour répondre aux défis qui l’attendent, en mettant provisoirement fin à son si précieux Pacte de stabilité et de croissance, qui prévoit notamment que le déficit public d’un pays ne peut dépasser 3  % du PIB et que son endettement ne peut excéder 60  % de ce même PIB.  On ne peut mieux désigner les handicaps structurels que constituent des traités dont la logique strictement financière est un obstacle à la réactivité nécessaire. Comment ne pas comprendre que ces obstacles, que les États membres de l’Union européenne sont les seuls à s’imposer dans un monde globalisé, constituent un frein permanent à nos économies respectives et pas seulement en situation de crise pandémique ?

Enfin, Von der Layen appelle de ses vœux un «  plan Marshall pour l’Europe  », …tout en taisant le refus de Merkel et de pays du nord de l’Europe — toujours les mêmes — de constituer un fonds reposant sur des coronabonds, à savoir un emprunt commun, impliquant une mutualisation de certaines dettes, qui viendrait en complément de ce plan. «  Un plan Marshall de cette nature contribuera à bâtir une Europe plus moderne, plus durable et plus résiliente. J’en suis convaincue : c’est cette Union qui peut et qui doit émerger de cette crise, tout comme elle l’a fait après chaque crise de notre histoire. Dans ce grand défi, l’Europe aura besoin d’une chose plus que tout : la volonté partagée d’un avenir commun, où chacun est solidaire des autres.  » Rien n’est moins sûr, tant les intérêts des Etats membres sont divergents, non en raison des égoïsmes nationaux — concept psychologique qui n’a rien à faire en la matière —, que parce que les réalités nationales demeurent pérennes en matière économique, financière, culturelle — car le refus de l’Allemagne et de certains Etats du nord est aussi, peut-être avant tout, un refus culturel, comme l’a bien montrée la crise grecque  : l’économie n’est pas qu’affaire de chiffres  !

En revanche, l’Europe ne cesse pas d’apparaître comme la marâtre de certains de ses Etats-membres, dont les choix souverains lui déplaisent  ! La Hongrie, par exemple, risque de faire encore les frais des rodomontades de la présidente allemande  : il n’est pas certain qu’elles impressionnent beaucoup Viktor Orban. De même, alors qu’elle est au beau milieu d’une pandémie, les ministres des affaires étrangères de l’UE ont donné leur feu vert pour lancer les discussions d’adhésion avec l’Albanie et la Macédoine du Nord  ! Ou comment la machinerie bruxelloise impose ses étranges priorités aux Etats membres  !

Le mérite de cette pandémie aura au moins été de montrer que l’Europe est nue  : seule la solidarité interétatique est efficace, seuls pourront surgir des compromis âprement négociés, dans lesquels ne pèseront que les Etats décidés à faire prévaloir la seule souveraineté qui existe, la souveraineté nationale. L’Europe n’est pas une réalité transcendante, dépassant les Etats-membres : en tant que telle, elle n’existe pas, la «  souveraineté européenne  », si chère au cœur de Macron, est une chimère, elle est «  invisible  », pour reprendre le mot du Prince. Certes, prédire que l’Union européenne ne survivra pas au covid-19 relèverait, aussi, de la méthode Coué. La machinerie bruxelloise, les intérêts de nombreux Etats-membres, l’idéologie européiste des élites françaises, l’inertie des peuples européens, qui ne voudront pas vivre une nouvelle aventure au lendemain de la pandémie, tout concourt pour que l’Europe n’éclate pas de si tôt. Du reste, ce n’est pas tant son éclatement que nous devons souhaiter qu’une sortie encadrée, coordonnée, pragmatique  ; conforme à l’intérêt national.

François Marcilhac

[1] https://www.mtaville.fr

[2] https://www.lalibre.be/debats/opinions/ursula-von-der-leyen-l-europe-s-en-sortira-grace-a-la-solidarite-5e878c4bd8ad581631acd7e0

( 7 avril, 2020 )

La souveraineté, vraiment ?

 

Lu sur le blog de Bertrand Renouvin.

 

Qui se souvient de Jupiter ? L’élu de mai 2017 qui donnait à admirer son universelle compétence et ses magnifiques talents a perdu le contrôle des événements dès l’automne 2018, face à la révolte des Gilets jaunes. Il a cru pouvoir reprendre le contrôle par la violence répressive, agrémentée d’un surcroît de communication lors du “Grand débat”, mais le mouvement de grèves et de manifestations contre la réforme des retraites a souligné l’opposition irrémédiable entre la classe dominante et la majorité des citoyens.

La crise sanitaire fait maintenant apparaître une “gouvernance” au bout du rouleau. Trop de mensonges, trop d’injonctions contradictoires viennent ponctuer la gestion anarchique des pénuries de masques, de respirateurs et de médicaments. La communication sur la “guerre” se retourne contre le “général en chef” sans cesse débordé par l’ennemi invisible et sur son état-major qui s’est récemment illustré par la déclaration du préfet de Paris déclarant coupables d’indiscipline les victimes hospitalisées de l’incurie gouvernementale.

En perte totale de contrôle, Emmanuel Macron fait ce qu’il croit savoir faire : il se montre, il dit des mots, il “communique” comme si son verbe et sa prestance pouvaient changer le cours de l’histoire. Car l’histoire est en train de se faire, dans la violence d’une crise économique qui va intensifier la lutte des classes et recomposer la hiérarchie des puissances en Europe et dans le monde.

C’est dans ce paysage en voie de bouleversement qu’Emmanuel Macron est allé visiter l’usine de masques médicaux Kolmi-Hopen à Saint-Barthélemy d’Anjou le 31 mars. Le premier objectif était de rassurer – maître-mot – sur nos capacités de production et d’importation de matériel médical. Nous saurons nous souvenir de ce qui a été affirmé ce jour-là, lorsque l’heure des comptes aura sonné… Le communiquant-en-chef voulait aussi nous signifier qu’il avait pris la mesure des faiblesses industrielles de notre pays. D’où un curieux discours. Emmanuel Macron affirma d’abord qu’il fallait “rebâtir notre souveraineté nationale et européenne” puis il exhorta à “retrouver la force morale et la volonté pour produire davantage en France et retrouver cette indépendance” qu’il voudrait “pleine et entière”… du moins dans la production de matériel médical.

Limitée à un seul secteur d’activité, l’ambition “souverainiste” se complique d’une référence à la “souveraineté européenne” qui souligne la persistance d’un aveuglement. Emmanuel Macron se raccroche à une fiction conceptuelle plaquée avant la crise sanitaire sur une “Europe” déjà paralysée et paralysante. Il ne veut pas voir que la pandémie accélère le processus de décomposition de l’Union européenne. Les peuples des Etats-membres ont entendu des milliers de discours sur “l’Europe-puissance” mais chacun aujourd’hui pense avec Blaise Pascal que “le propre de la puissance est de protéger”. Or les organes de l’Union ne nous protègent en rien de la pandémie. Au contraire, ce sont les mesures d’austérité imposées par les traités et les règlements “européens” qui sont responsables de l’affaiblissement des systèmes de santé. Dans ce désastre, l’Italie a été soutenue par la Chine, la Russie, le Venezuela et Cubains, et la France accueille elle aussi, aux Antilles, des médecins cubains !

Face à la crise économique, l’Allemagne tout occupée à se sauver elle-même a signifié son refus d’une mutualisation des dettes et pèse de tout son poids pour limiter la mise en œuvre d’une assistance financière après la mise en sommeil du Pacte de stabilité. Qu’il s’agisse de frontières ou de politique budgétaire, les Etats nationaux ont repris leurs droits. Loin de prendre chair, le fantôme de la “souveraineté européenne” s’est éclipsé.

Pour toujours ? C’est ce qu’il faut souhaiter mais déjà les apologistes du “modèle allemand” et de l’Europe fédérale affirment que, si l’Union européenne est en grand péril, elle peut y trouver l’occasion de se refonder. Comme les organes de l’Union sont anti-démocratiques, une refondation impliquerait la redéfinition des pouvoirs de la Commission européenne, du Parlement européen, de la Cour de justice de l’Union, de l’Eurogroupe, le contrôle de la Banque centrale européenne et la destruction de la technostructure informelle qui prend les décisions de politique monétaire. Il faudrait ensuite rédiger un nouveau traité qui devrait être soumis à référendum dans tous les Etats membres de l’Union. En deux mots : une tâche herculéenne, vouée à être rejetée par des peuples exposés tantôt à l’inertie, tantôt à la violence des prétendues élites de Bruxelles et Berlin. D’ailleurs, il n’est pas difficile de comprendre que les odes à la “souveraineté européenne” et à la “refondation” de l’Union sont faites en vue d’un replâtrage des structures en voie d’effondrement.

Tel que l’esquisse Emmanuel Macron, le discours sur la souveraineté nationale n’est pas plus sérieux. L’indépendance de la nation implique une économie dirigée et une pleine souveraineté monétaire. Nous aurons l’occasion de la redire : c’est la zone euro qu’il faut quitter.

Bertrand Renouvin

Editorial du numéro 1187 de « Royaliste » – avril 2020

( 7 avril, 2020 )

La leçon de majesté de la Reine Elizabeth

 

Lu sur « Je Suis Français »

 

Cette tribune publiée hier sur FigaroVox exprime fort bien l’impression générale de majesté, de maîtrise de soi et de parfaite incarnation de l’identité du peuple britannique – dans la longue durée, le temps de l’Histoire – que l’allocution de la reine Elizabeth II a suscitée en France et dans le monde.  Impression qui tient à la fois de la personnalité exceptionnelle de cette reine, du long temps de son règne, et du charme séculaire de la royauté. L’on nous dira, une fois de plus, que cette monarchie n’est pas la nôtre. Ce qui est d’une heureuse et banale évidence.  À nous, si nous en sommes capables, de faire la monarchie que nous-mêmes, les Français et les circonstances voudront. En attendant, ce qui n’est pas notre cas, la nation britannique conserve et cultive son identité et sa souveraineté, qu’incarne sa souveraine, même si le royaume connaît lui aussi les crises sociales que traversent les autres pays de l’ancien Occident.  La leçon de majesté de la Reine Elizabeth dans actualités Logo-Je-Suis-Français-Copie-Copie-1

« Inquiète est la tête qui porte une couronne », fait dire Shakespeare au roi d’Angleterre Henry IV dans la pièce qui porte le nom de ce souverain emporté au début du 15e siècle par une redoutable maladie infectieuse : la lèpre.

Que dirait aujourd’hui le plus grand dramaturge anglais s’il lui était donné d’écrire sur Elizabeth II, si sereine dans l’adversité, impassible mais humaine, sensible, maîtresse d’elle-même, en un mot: royale? Tout le contraire, sans nul doute.

Car sous cette couronne, comme nous l’avons vu avec éloquence dimanche soir, ce n’est pas une tempête qui souffle, mais un esprit de calme qu’on n’ose qualifier d’olympien quoiqu’il vaille bien celui des dieux ; c’est un sang-froid manifeste et majestueux (ce bon sang-froid qui ne saurait mentir), un flegme qui n’est pas seulement britannique, pas simplement monarchique, mais qui appartient en propre à cette reine dont le caractère et le destin ont été forgés à l’épreuve de la guerre, du Blitz, des bombes, de la lutte pour la liberté, et du combat parfois ardu lui aussi pour maintenir dans les orages tout l’éclat, la popularité et la dignité de la Couronne en dépit des turpitudes de son entourage, des scandales et des tragédies, depuis la disparition de Lady Diana jusqu’à l’implication de son fils Andy dans l’affaire Weinstein, sans oublier la rebuffade de son petit-fils chéri Harry prenant ses cliques et ses claques loin d’Albion avec sa dulcinée qui étouffait, dit-on, à la Cour de Sa Gracieuse Majesté.

Mesure pour mesure, Elizabeth aurait toutes les raisons d’être habitée par l’inquiétude. Le monde tremble, le voici comme dans Macbeth «full of sound and fury», semblable à une fable insensée dite par un fou, un idiot, un malfaisant.

La Grande-Bretagne est frappée de plein fouet par l’épidémie après l’avoir longtemps tenue à distance, snobée, niée avec une sorte de morgue insulaire. Le cœur du pouvoir politique est atteint. Le Premier ministre actuel, ce concentré remuant et déconcertant de Falstaff et du bouffon Feste de la «Nuit des rois», est actuellement à l’hôpital.

La Reine n’est pas même épargnée dans son cercle le plus intime puisque son fils et héritier du trône a été infecté comme n’importe lequel de ses Sujets par le Covid-19, qui ne fait pas de distinction de rang et d’étiquette et qui, dans son aveugle puissance égalisatrice, fond aussi bien sur les Grands que sur les humbles.

On n’avait pas attendu cette crise pour savoir quel modèle de résilience représente la reine depuis son accession au trône en 1953. Modèle de durée, de constance, d’endurance, d’adaptation, d’intelligence des situations et des gens, de sens politique habilement caché sous un masque de réserve constitutionnelle et de discrétion bienséante véritablement royale ; modèle, pour toutes ces raisons et d’autres encore, de leadership, sans aucune faute, sans nulle outrance ou dérapage depuis tant d’années (en dehors de quelques tenues vestimentaires aux couleurs audacieuses), sans nulle forfanterie encore moins, et avec une conscience aigüe de son devoir et de ce que Louis XIV appelait « le métier de roi. »

Mais l’épidémie perfide qui frappe Albion comme le reste du monde vient rehausser encore, s’il en était besoin, la légende et la stature de cette souveraine robuste comme la tour de Londres alors qu’elle compte 93 printemps et en célébrera un 94e dans le courant de ce mois d’avril où, hélas, la vie de tant de personnes ne tient qu’à un fil.

Nul doute que les quatre minutes de son intervention depuis Windsor resteront comme un des moments les plus émouvants et les plus marquants de son règne, et pas seulement en raison de la rareté de ses prises de parole publiques et du caractère dramatique des circonstances.

En quelques mots empreints d’une noble empathie pour son peuple et pour tous ceux qui souffrent, en quelques symboles, en quelques rappels historiques poignants (exhaussés par une photographie d’elle avec sa sœur Margaret prise en 1940, à un moment où l’existence même du Royaume-Uni était en péril et où la famille royale prit des risques pour entretenir le courage des Britanniques), elle a ajouté une nouvelle page au livre si long, si plein, si riche de sa vie, et à l’histoire tumultueuse de la royauté anglaise. Au point de faire mentir le proverbe selon lequel le silence est d’or.

Un dimanche des Rameaux pas comme les autres, donc, où la chef de l’Église anglicane qu’est Elizabeth II a parlé de «prière» dans son allocution, profane mais où perçait le souvenir de l’onction sacrée des rois et des reines d’outre-Manche.

Parfois il est bon de pouvoir compter sur celui ou celle qui incarne l’unité, la continuité, la solidarité de la nation.

Grande est l’épreuve que traversent les peuples aujourd’hui. Et à défaut du «tout est bien qui finit bien» d’une célèbre pièce de Shakespeare, puissions-nous nous exclamer un jour, et le plus proche sera le meilleur: «Peut-être est-il vrai qu’il n’existe pas de remède contre l’amour», comme l’assure le même Shakespeare dans … Les joyeuses commères de Windsor«mais il en existe dorénavant un contre le Covid 19». C’est le plus grand souhait que l’on puisse former aujourd’hui pour le monde.

God save the Queen.

David Brunat

( 7 avril, 2020 )

Question de vie ou de mort

 

Lu sur « POLITIQUE MAGAZINE »

 

Les gens qui nous gouvernent étaient persuadés qu’ils allaient changer la vie. C’était leur programme ! Comme leurs prédécesseurs. Or la question qui se pose aujourd’hui c’est de savoir tout simplement comment survivre.

Oui, il convient de commencer par dire que la France est admirable dans l’effort qu’elle fournit aujourd’hui pour survivre. Car, aujourd’hui, il s’agit de cela ; survivre. Et il y en a encore pour un long bout de temps, quand il faudra affronter demain les conséquences des décisions prises précisément aujourd’hui.

La France toujours là

La majorité des Français qui se savent, se sentent et se veulent français – ça existe encore ! –, en ont parfaitement conscience et y consentent volontiers, même quand on leur demande, à la plupart d’entre eux, de rester confinés chez eux plusieurs semaines, cinq, six, peut-être plus, alors qu’ils ne souhaiteraient pas mieux que d’aider si la possibilité leur en était offerte ; ce qu’ils font dès qu’ils en ont l’occasion, ne serait-ce qu’en famille, cette famille dont on retrouve en ces jours difficiles toute la vertu, ou entre voisins, ce qui n’est autre que l’exercice de la charité.

Qui ne saluerait le dévouement jusqu’à l’épuisement des personnels de santé, comme il a été si justement signalé depuis le début de la crise ? Et, tout aussi bien, de tous les agents qui maintiennent le minimum d’activité économique, sociale, administrative, policière, sécuritaire, indispensable à la vie des citoyens ? Le pays s’organise, et comme par lui-même, faute de direction ferme, ne serait-ce que pour subvenir aux plus urgents besoins – le privé venant au secours du public – ; et d’abord pour les fabrications et le transport des produits nécessaires, sanitaires et vitaux, alimentaires et ménagers, ensuite pour les services en tous genres, sur la suggestion et à l’initiative d’entrepreneurs ou de particuliers et, heureusement, avec l’accord et le soutien des pouvoirs publics nationaux et, surtout, locaux, régionaux et municipaux, indépendamment même des administrations centrales qui se sont révélées souvent défaillantes. Grandes leçons pour l’avenir.

Il est donc bon de le dire ; la France n’est pas en-dessous de tout. Et il est encore meilleur de le redire, alors qu’il était de bon ton jusqu’à dernièrement de fustiger, vilipender, ridiculiser la France et les Français dans tout leur passé, dans tous leurs comportements jusqu’au sommet de l’État, ce qui était proprement scandaleux. Pour reprendre la distinction si juste de Maurras, une France légale qui prend parti systématiquement contre la France réelle, telle se présente la doctrine officielle de la puissance publique, tant dans la formulation de sa pensée que dans l’exercice de son action. Le savent bien les hauts fonctionnaires et les personnes qui sont à des postes de décision dans notre République. Bon nombre en souffrent et s’en affligent ; car comment faire quand on a le sens français ? Ils font comme ils peuvent ; « ils font avec » selon leur expression familière, pour sauver la France d’elle-même, préserver l’État de la sottise de l’État ! Quel Français n’en a pas fait l’expérience ; la doctrine d’État ne cesse d’aller contre l’État ; ce qu’on ose appeler « l’esprit » de la France, cet esprit de révolution permanente et de dissolution nationale, ne cesse de marcher contre la France ; c’est ainsi chez nous et, pour ainsi dire, constitutivement, pour ne pas dire constitutionnellement. Il est des gens parfaitement placés pour comprendre la pertinence de ce genre de propos. Les résultats sont là ; il ne faut pas s’en étonner. Ils sont flagrants en période de crise. Que faudra-t-il comme expérience supplémentaire pour que le mal soit dénoncé là où il réside essentiellement ? Tout le reste est littérature et vaines polémiques.

Ainsi, ce peuple français tant méprisé par ceux qui prétendent le régenter, tant insulté par ceux qui osent lui dicter sa ligne de conduite, sait faire preuve encore et toujours de ce courage séculaire qui lui fut tant de fois salutaire au cours de son histoire. La France tient bon ; elle fait face. C’est une bonne nouvelle dans la tempête qui vient et dont elle n’a essuyé pour l’heure que les premiers vents. Oui, combien de temps peut-elle tenir encore ?
La question est là.

Incertitudes majeures

Il faut dire maintenant que l’État a intérêt lui-même à ce que la France tienne. Et ceux qui sont les maîtres de l’État, dûment ou indûment peu importe, pareillement. Leur sort se trouve lié ; il faut que la France s’en sorte ! Ils en ont la compréhension et, aussi, l’appréhension. Pardi ! Ils ne s’attendaient pas à un tel coup. Où sont les rêves de 2017 ? Souvenez-vous ; ils allaient changer la vie, créer le monde nouveau. Et le monde de toujours leur revient dans la gueule avec la Camarde en surcroît. Quelle leçon !

D’où le langage des autorités, du chef de l’État en premier, qui expriment leur souci aux Français ; se faire comprendre au mieux dans la série des décisions qui doivent être prises au fur et à mesure que se déroulent les événements, ce qui n’est pas toujours très clair et peut paraître ambigu. Et pour cause ! Il s’agit de signifier progressivement que la France doit s’ingénier à trouver des réponses à une situation implacable et surtout totalement imprévue, à l’opposé de toutes leurs savantes prévisions. Et ce qui ne peut être dit nettement – car ce serait un terrible aveu –, c’est que cette situation est d’autant plus redoutable que le régime, – oui, le régime, cette République qui va de Chirac à Macron, pour ne pas remonter plus haut –, plus encore que le gouvernement d’aujourd’hui, avec ses ministres qui sont ce qu’ils sont, donc, oui, le régime, en tant que tel, n’a rien su anticiper et, quand il a fait ses prévisions, il les a faites au rebours des intérêts de la France et des Français, de telle sorte qu’il laisse les Français démunis devant la catastrophe. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire !

Inutile d’épiloguer sur l’état de l’hôpital public, sur la disparition des stocks de masques, sur l’impossibilité de tester en nombre faute de matériel dédié, ne serait-ce que d’écouvillons, sur le manque cruel de lits, d’appareils, de personnel. Qui y pensait ? La France, grande puissance ? Quel déclin, mais la faute à qui ? Des professionnels pestaient, mettaient en garde contre des règles budgétaires absurdes et des réductions de prévisions dont les conséquences pouvaient être dramatiques, alors que les coulages de politiques ineptes ou inutiles, munies de ministères, de secrétariats, d’administrations, d’agences, de comités redondants et superfétatoires pompaient les réserves budgétaires, rien n’y faisait ; la décision était entre les mains du politique incompétent entouré de ses escouades de communicants démagogues et de technocrates omnipotents qui ne sont souvent que des aventuriers et qui se font à cette occasion une situation. Ainsi fonctionnent les démocraties modernes, et singulièrement la nôtre. D’où l’état actuel de la France. Pareil état est tellement récurrent dans notre République et ce dans tout domaine, militaire, hospitalier, administratif, éducatif, industriel, agricole, qu’il faut s’aveugler pour ne pas voir que la France, en continuant sous ce régime de mort, court à sa perte.

Reste à Macron à jouer au chef de guerre ; la figure de Clemenceau le fascine ; il se rappelle ses classes. Il lui plaît d’entrer dans la peau d’un personnage historique. Il va donc faire la guerre à outrance, « la guerre », « la guerre », « la guerre », comme il l’a répété. Sait-il que le même Clemenceau avait fait partie de gouvernements radicaux et socialistes, qui, avant la guerre de 14, pendant que l’Allemagne augmentait considérablement ses budgets militaires en prévision de la guerre qu’elle anticipait, eux, refusaient systématiquement d’accorder des crédits supplémentaires aux Armées françaises. Il vaut la peine de relire les comptes rendus de séances. Telle est la réalité jamais dite ; elle est toujours la même en République ; rien de nouveau. Et quand le vieil anarchiste vendéen, d’abord profondément anticlérical et antimilitariste, eut compris qu’il pouvait se faire un nom avec la victoire, il sut alors utiliser l’Union sacrée pour l’imposer comme il se doit en pareil cas. Et, pourtant, la victoire enfin assurée mais mal assurée, car il ne sut ni ne voulut l’achever, il se laissa aller par habitude de pensée – toujours la même – à accepter la plus mauvaise des paix, grosse dès 1919 de la conflagration suivante de 1939. Bainville l’annonçait. Mais Macron a-t-il jamais lu Bainville et lit-on Bainville à Sciences-Po ?

La France se sauvera elle-même

Voilà que Macron qui n’avait jusqu’ici pas de mots assez durs pour stigmatiser le repli nationaliste, est obligé de concevoir une politique nationale. Il l’a dit de manière étrange au cours du mois de mars, laissant entrevoir de mystérieux changements. D’abord il faut produire français ; puis il faut fournir aux Français les outils nécessaires ; les tests, les masques vont arriver. Le confinement général de la population ne fut une politique obligatoire que par manque de ressources pour diagnostiquer et traiter. La Corée, quant à elle, s’est contentée de confiner ses malades testés positifs et leur entourage. C’est plus intelligent. À moins que Macron ne veuille devenir le docteur Knock qui réduit la France, son misérable canton, à la totalitaire médecine de son invention.

La crise économique et financière qui vient sera encore plus terrible que celle du coronavirus. Récession ? Dépression ? Les chutes vertigineuses d’activités et de chiffres d’affaires entraînent des effets dévastateurs sur toutes les entreprises, les artisanats et les commerces. Les quelques mesures prises par la loi d’urgence sanitaire et les ordonnances qui suivent ne sont que des palliatifs. À peine. Les comptes vont se faire dans les mois qui viennent. Si l’économie s’arrête presque totalement et c’est le risque aujourd’hui, à 80 ou 90 %, le relèvement sera quasi impossible, sauf à user d’une dictature de salut national. Les USA mettent déjà des milliers de milliards de dollars à la disposition de leur économie. L’Allemagne, 500 milliards d’euros. La BCE s’apprête à émettre 750 milliards pour subvenir aux besoins des États déjà violemment fragilisés. Mais l’Europe ne sauvera pas la France, ni l’Italie, ni l’Espagne, ce n’est pas son but. Elle tente de sauver l’euro et la zone euro qui est menacée d’exploser, quitte à faire sauter les critères. Les eurobonds, appelés coronabonds, le MES, sur lesquels comptent Conte et Macron font encore partie de ces illusions dont se contentent les dirigeants pour ne pas voir la réalité en face.

Les annonces de Le Maire et de Macron ne sont pour le moment que des chiffres et ils ne sont ni précis ni vraiment dédiés. Peuvent-ils l’être ? La vérité des choses s’impose, à l’encontre de toutes les chimères. Il est dur de revenir à la réalité quand cette réalité peut être synonyme de contrainte, de pénurie, de misère et de guerre sociale. C’est à la France de se sauver elle-même ; ce sont ses avions, ses bâtiments de marine, ses trains qui transportent ses malades ; ses hôpitaux et ses médecins qui les soignent. Même si le Bade-Wurtemberg a offert quelques places, la règle à laquelle oblige la nécessité d’aujourd’hui est d’abord nationale. Tous les pays ferment leurs frontières, même si Macron se contente de faire fermer celles de Schengen. L’avenir de la France est entre les mains de la France. Demain encore plus qu’aujourd’hui. Telle est la plus claire des certitudes.

Hilaire de CREMIERS

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( 7 avril, 2020 )

Romans-sur-Isère, un dégât collatéral du confinement ? Ça ressemblait pourtant vachement à du terrorisme islamiste !

 

Lu sur « Boulevard Voltaire »

 

Évidemment, le canapé est plus confortable que les tranchées, mais cette drôle de guerre est déjà, pour notre temps, plus douillet, très pénible à supporter.

Puis, les beaux jours arrivant, le confinement se relâche. Et l’annonce du report du bac n’aide pas. En 2020, nous aurons le premier bac « contrôle continu », Jean-Michel Blanquer a tranché. Enfin, façon de parler. Une décision suppose une alternative. Dans la purée de pois générale, et attendu que nul ne sait quand ce confinement mené, faut de tests, au doigt mouillé et à la boule de cristal sera levé… que pouvait-il dire d’autre ?

On ne sait ce qu’il en sera pour les concours des grandes écoles, mais cela promet d’être folklorique : tirage à la courte paille pour Polytechnique et loto pour HEC ?

Déjà, les cris de joie juvéniles fusent sur les réseaux sociaux : « L’année est terminée ! » La vie de famille dans des appartements exigus avec des adolescents désœuvrés, assurés de leur année, promet…

Même les membres du gouvernement rongent leur frein en ce début de vacances scolaires. Brune Poirson s’est ainsi déplacée ce week-end dans le sud de la France pour des motifs qui relèvent « de la sphère familiale et privée » (Le Dauphiné). Son staff les a confiés dans le creux de l’oreille d’un ou deux journalistes bienveillants qui s’en portent garants même si (chut !) ils ne peuvent rien vous dire mais vous pouvez leur faire confiance, n’est-ce pas ? Que ses raisons « familiales et privées » soient honorables est possible, voire probable. Comme le sont celles de tant de Français que l’impossibilité de se déplacer plonge dans des difficultés inextricables et qui ont tenté, eux aussi, de chuchoter à l’oreille des gendarmes… mais les pandores ont la feuille et le cœur durs. Ils ne sont pas Brune, ils ont une prune.

Mais si le confinement excite les lycéens et donne des fourmis dans les jambes des politiques, il suscite aussi (plus problématique) des vocations d’assassin : « Attaque de Romans-sur-Isère : le suspect était très agité et inquiet en raison du coronavirus et du confinement » (Franceinfo). « Attaque de : l’assaillant était aigri à cause du confinement, selon des témoins » (20 Minutes, La Voix du Nord et La Dépêche). « Attaque au couteau de Romans-sur-Isère : le suspect se plaignait du confinement » (Le Parisien).La source de ces titres est la même : le témoignage d’un proche recueilli par l’AFP.

Au vu du pedigree du Soudanais, de son Allahu akbar au moment de passer à l’acte et de la prose en arabe, retrouvée chez lui, décrivant la France comme un pays de mécréants, nous aurions juré, esprits simples que nous sommes, qu’il s’agissait d’un attentat islamiste. Mais non, il se faisait du souci pour sa santé. Quand d’autres mettent du collutoire, un suppo de Doliprane et une bouillotte au fond du lit, il a tué deux personnes et fait cinq blessés. Mais dans cette crise sanitaire, tout est tellement incroyable, inédit et disproportionné que, vous savez, on ne s’étonne plus de rien ! D’ici à ce que le docteur Salomon rajoute ces pauvres gens, allez hop ! à son décompte macabre comme victimes collatérales…

Après la drôle de guerre et le drôle de bac, le drôle de journalisme. Qui ne fait plus tellement rire.

Gabrielle Cluzel

 Ecrivain, journaliste
( 6 avril, 2020 )

La crise de 2008 a profité à l’Asie (petit rappel pour comprendre 2020)

 

Lu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin

 

Le texte ci-dessous a été écrit et publié en octobre 2008, et il ne me semble pas incongru de le republier aujourd’hui, pour entretenir la mémoire et en tirer quelques leçons, au regard de la crise actuelle qui voit désormais la Chine tirer bénéfice d’une situation qu’elle n’a pas entièrement créée même si elle en porte une part de responsabilité indéniable. Après 2008, la mondialisation a continué et s’est même accélérée, et la Chine a conforté ses positions, aidée en cela par l’irresponsabilité ou la cupidité des actionnaires et de nombre de multinationales qui ne raisonnent qu’en termes « d’avantages comparatifs » : les conséquences sont là, et nous pouvons les mesurer (les masques et le matériel médical qui manquent en France, puisque désormais fabriqués en Chine, par exemple), sans être bien certain, pour mon compte, que la République et les partisans de la mondialisation libérale aient la volonté réelle d’infléchir les choses et de revenir à plus de raison et, disons le mot, de « nation »…

 

La crise, transfert de richesses et de pouvoirs vers l’Asie. (9 octobre 2008)

 

La crise financière continue à se développer sans que l’on sache combien de temps elle va durer et quelles en seront toutes les conséquences. La dégringolade des places boursières donne l’impression d’une vaste panique incontrôlée et d’une perte de confiance généralisée dans le système financier mondial. Mais, au-delà des évènements, il me semble important de chercher à comprendre ce qui se passe, condition indispensable à toute stratégie économique crédible et à toute réponse politique.

 

En fait, il n’est pas inutile de se rappeler que le terme même de crise est la traduction française du mot grec « krisis » qui signifie « séparation » : c’est bien de cela dont il s’agit, une séparation entre un avant et un après, une forme de transition en somme entre deux situations, deux réalités, deux mondes.

 

Ainsi, nous assistons au « passage de témoin » de la puissance financière et économique, des pays du Nord (Etats-Unis, pays européens, principalement) à certaines nations d’Asie, en particulier l’Inde et la Chine, ce que soulignent quelques (rares) articles qui évitent de tomber dans le piège d’une lecture simpliste et seulement idéologique, pas toujours suffisante pour comprendre la situation présente : si crise du capitalisme il y a, cela ne signifie pas la fin de celui-ci mais son transfert dans de nouveaux espaces dominants, dans de nouvelles zones de réalisation et d’expansion. Le centre du monde se déplace vers l’Asie et, comme tout déracinement de ce que l’on a cru éternel et inexpugnable, cela se fait dans de grands craquements et dans la poussière soulevée par ces grands arbres qui s’abattent sur un sol devenu aride… L’argent est désormais ailleurs que dans nos pays qui, en caricaturant un peu, se contentent juste de consommer des produits fabriqués en Asie, serrant par là-même la corde autour du cou de nos économies.

 

La question posée dans « Le Monde 2 » dans son édition du samedi 4 octobre : « Au décours de cette crise, les actuels maîtres du monde seront-ils toujours ceux de demain ? » trouve ainsi sa réponse dans un autre article du « Monde » du même jour : « La crise renforcera l’Asie », article de l’économiste Jean-Raphaël Chaponniere qu’il conviendrait de découper et de conserver dans son portefeuille, non comme un talisman mais comme un avertissement, et qui confirme mes prévisions déjà anciennes.

 

Ainsi, est-il expliqué que « la crise financière, la plus grave depuis 1929, accélérera le glissement du centre du monde vers l’Asie », glissement commencé depuis les années 80-90 et freiné par la crise de 1997. « Cependant, tous les pays asiatiques ont tiré les leçons de la crise de 1997 et ont accumulé des réserves pour se protéger. Investis en bons du Trésor américain, elles ont permis aux Etats-Unis de maintenir des taux d’intérêt bas et aux ménages américains de s’endetter davantage. L’Asie a ainsi profité de la boulimie de consommation aux Etats-Unis. Ces excès ont conduit à la crise. (…)

Depuis l’été 2007, les Etats-Unis souffrent de la grippe des subprimes et, si les marchés asiatiques ont souffert, les économies réelles ont été épargnées. En 2009, elles seront bien sûr affectées par la récession qui s’annonce. Pour autant, elles connaîtront un rythme de croissance supérieur à celui des économies américaines, européennes et japonaises.

(…) L’attention portée aux échanges occulte l’essentiel : la croissance asiatique repose bien davantage sur la demande domestique. L’investissement et la consommation sont les principaux ressorts de ces pays. Ils ne seront affectés qu’à la marge par la crise. (…)

Les Etats et les ménages asiatiques qui en ont les moyens financiers continueront d’investir et de consommer. S’ils ont pâti de la crise financière, les fonds souverains asiatiques vont quant à eux probablement saisir cette opportunité pour acquérir des actifs aux Etats-Unis et en Europe.

(…) En accélérant le basculement vers l’Asie, la crise actuelle accouchera d’un monde multipolaire. ».

 

Comprendre ce transfert de richesses et de puissance économique, c’est en prévenir aussi les conséquences et en amortir le choc : le capitalisme libéral, s’il se retire de nos terres pour aller fleurir ailleurs, pourrait bien laisser la place à de nouvelles formes, traditionnelles ou inédites, d’économie et de société, mieux orientées vers le partage et la sobriété. Pour en finir, non pas avec l’Argent, mais avec son règne indécent et cruel…

Jean-Philippe CHAUVIN

 

 

 

(9 octobre 2008)

( 6 avril, 2020 )

Oui, il faut garder toute Espérance Oui, il faut garder toute Espérance

 

Lu sur le blog de l’Action Française

 

Un jour, nous sortirons de ces temps troublés et anxiogènes, générés par un assassin invisible qui rôde maintenant depuis quelques semaines.
Je ne souhaite qu’une chose, que ceux que j’aime, ma famille, mes amis, leurs proches, s’en sortent vivants. Mais la Grande Faux ne sélectionne pas. Elle aura déjà emporté bien des gens de qualité.
Plus tard, avec un peu de recul, il faudra comprendre cette tragédie et peut-être, faire en sorte que nos vies soient un peu plus en adéquation avec ce que nous sommes : des Humains.
Il sera alors utile de se rappeler de cette vieille formule médiévale : «  Memento mori  ».
Le (peu de) temps qui nous restera à vivre, devra être consacré à l’accomplissement de nos vœux et souhaits les plus chers. Mais en premier lieu, il nous faudra donner de l’amour à nos enfants, à nos familles, à nos amis et construire durablement avec celui ou celle que la Providence aura mis un jour sur notre chemin.
Mais nous nous souviendrons aussi, des erreurs et des fautes commises par ceux qui auraient dû protéger nos communautés, qu’elles soient familiales ou nationales. Puisse cette tragédie ouvrir enfin les yeux des français. Et qu’enfin, ils comprennent que tout système qui ne respecte pas les lois naturelles et traditionnelles, doit être rejeté, abandonné et détruit. Il faudra agir et ne pas rester passifs face aux représentants de cette engeance mondialiste, qui veut construire un monde, un monstre, de sa conception, dans lequel vivrait un homo-universel, consommateur docile, métissé, déraciné, atomisé. Ce monde-là, terrifiant, nous refusera d’être ce que nous sommes depuis l’aube de l’humanité. Des Hommes.

Plus que jamais, il faut relire Maurras. Un maurrassien aura toujours plus d’humanité qu’un démocrate mondialiste…

«  Je suis Romain dans la mesure où je me sens homme : animal qui construit des villes et des États, non vague rongeur de racines ; animal social, et non carnassier solitaire ; cet animal qui, voyageur ou sédentaire, excelle à capitaliser les acquisitions du passé et même à en déduire une loi rationnelle, non destructeur errant par hordes et nourri des vestiges de la ruine qu’il a créée. Je suis Romain par tout le positif de mon être, par tout ce qu’y joignirent le plaisir, le travail, la pensée, la mémoire, la raison, la science, les arts, la politique et la poésie des hommes vivants et réunis avant moi. Par ce trésor dont elle a reçu d’Athènes et transmis le dépôt à notre Paris, Rome signifie sans conteste la civilisation et l’humanité. Je suis Romain, je suis humain : deux propositions identiques.  » Charles Maurras, La démocratie religieuse, 1921

Amaury de Perros

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